‹ Le jeu de l'amour et de la mortChapitre 39 sur 50 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

racenter, mont rendu la clarté de la vue et la tranquillité de l'esprit.

Et je serai heureux -de prendre enfin mes responsabilités.

| CARNOT Lesquelles 2

JÉROME Je flétrirai les proscriptions et la dictature de sang.

Tu ne le feras point. Tu n’en as pas le droit, ni d’ailleurs le pouvoir.

IÉROME J'ai le droit de ma conscience,

. 204 LE JEU DE L'AMOUR et le pouvoir de me sacrifier pour elle.

. CARNOT Fou, qui ne vois point qu'on ne saurait en ce moment ébranler le Comité, sans ruiner notre œuvre: la

République!

JÉROME

\ ÂNotre œuvre fut de vouloir fonder les droits de l’homme 4

libre.

CARNOT e.

Pour que l'homme soit libre, il faut d’abord le défendre contre ceux qui l'asservissent. Les droits de

* l'individu ne sont rien sans la force

de l'État.

JÉROME

Ils ne sont rien, sacrifiés à la force

de l'État.

CARNOT

Îls ne sont rien. Îls seront.

Sachons sacrifier le présent à

l'avenir!

JÉROME Sacrifier à l'avenir la vérité, l'amour, toutes les vertus humaines, 2 e ° A 2 e et l'estime de soi-même, c'est sacrifier l'avenir. La justice ne pousse

pas sur un sol vicié.

Parlons franc, Courvoisier! Nous sommes hommes de science. Nous connaissons tous deux l’inexorabilité | des lois de la Nature. Elle ne se soucie point de sentimentalisme. Et les vertus des hommes, elle les foule | sous ses pieds, pour accomplir ses … fins. La vertu, c'est la fin. Je veux 4 la fin. À quelque prix que je la

paye. Ce prix, ce n'est pas moi qui M

l'ai fixé. Je l’accepte. J'ai le dégoût, 3 comme loi, peut-être plus que toi, de « ces hommes de ruse et de sang. Plus 7à que toi, je dois vivre avec eux, côte

à côte. J'ai le dégoût des violences, 4

que chaque jour ils me font signer.

Mais je ne me crois point permis de

ET DE LA MORT 207 BARS ER ERP ERP EE 28 me refuser à elles et de déserter l’action, parce qu’elle me tache les mains. Je considère l'objet de la :

bataille engagée. Le progrès de l'humanité vaut bien quelques saloperies — et, s'il le faut, des

crimes.

Je te comprends, Carnot. Je ne condamne point ton manque de pilié.

La science, tu l'as dit, se passe de pitié. Je me défie, comme toi, du sentimentalisme. Mais je me défie aussi de l'idéologie. Et, plus âgé que toi, je n’ai plus ta foi dans le Progrès humain. Je suis trop homme de science pour croire sans réserves à

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une de nes hypothèses (car ce n’est rien de plus). Et si flatteuse qu’elle seit pour le génie de l'hemme et sen ardent espoir, je n'en ferai jamais un dieu sur un autel, qui se nourrit de l'odeur sanglante des sacrifices. Îl n'est de sacré pour moi que la vie, la vie présente.

CARNOT Et tu livres la tienne?

JÉROME | Je me refuse à livrer, pour elle, la ‘vie des autres.

CARNOT

Leur vie, de toute façon, est perdue.

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