SCÈNE VII Dorante, Arlequin
Dorante. Eh bien, tu quittes la fille d'Orgon: lui as-tu dit qui tu étais? s
Arlequin. Pardi, oui. La pauvre enfant! j'ai trouvé son cœur plus doux qu'un agneau: il n'a pas soufflé. Quand je lui ai dit que je m'appelais Arlequin et que j'avais s un habit d'ordonnance: "Eh bien, mon ami, m'a-t-elle dit, chacun a son nom dans la vie, chacun a son habit ; le vôtre ne vous coûte rien." Cela ne laisse pas d'être gracieux. 1
Dorante. Quelle sorte d'histoire me contes-tu là ?
Arlequin. Tant y a 2 que je vais la demander en ma- 10 riage.
Dorante. Comment! elle consent à t'épouser?
Arlequin. La voilà bien malade! 3
Dorante. Tu m'en imposes: 4 elle ne sait pas qui tu es.
Arlequin. Par la ventrebleu! 5 voulez- vous gager que je 15 l'épouse avec la casaque sur le corps, avec une souguenille, 6 si vous me ticoez? Je veux bien que vous sachiez qu'un amour de ma façon 7 n'^st point sujet à la casse, que je n'ai pas besoin de votre friperie pour pousser ma pointe, 9 et que vous n'avez qu'à me rendre la mienne. 20
Dorante. Tu es un fourbe. Cela n'est pas concevable, et je vois bien qu'il faudra que j'avertisse monsieur Orgon.
Arlequin. Qui, notre père? Ah! le bon homme! nous l'avons dans notre manche. 10 C'est le meilleur humain, la meilleure pâte d'homme 11 . . . Vous m'en direz des nouvel- 25 les.
Dorante. Quel extravagant! As-tu vu Lisette?
Arlequin. Lisette! non; peut-être a-t-elle passé devant
mes yeux; mais un honnête homme 1 , ne prend pas garde à une chambrière: je vous cède ma part de cette attention-là. Dorante. Va-t'en, la tête te tourne.
(Arlequin. Vos petites manières sont un peu aisées; 2 mais c'est la grande habitude qui fait cela. Adieu. Quand j'aurai épousé, nous vivrons but à but. 3 Votre soubrette arrive. Bonjour, Lisette; je vou s recommande Bourguignon : c'est un garçon qui a quelquemerite. ~ ~™