EPILOGUE
Le mois de mai n*était pas encore fini. C'était par une de ces belles matinées où le ciel de Bretagne dépouille son manteau gris et laisse errer seulement quelques nuages transparents sur son azur pâle.
Le soleil fouillait joyeusement la feuillée nouvelle, et Tantique forêt du Geuil vous avait un air de gaîté comme ces vieillards de bonne humeur qui se ragaillardissent à point nommé pour rbeure de la fête.
Le printemps fleurissait; les ' marguerites riaient dans le gazon frais, et la jeune mousse étendait son opulent tapis entre les arbres.
Çà et là, les haies vives montraient, parmi le houx noir et la ronce qui rampe, la fleur d'or des genêts et ses éblouissants bouquets d*aubépine, parure des chemins rustiques.
L'air sMmprégnait de bonnes senteurs. Il y avait sous le ciel de la joie et du bien-être.
Vous souvient-il de ce sentier de la forêt où Tiennet Blône, monté sur Petit-Argent, livrait ses grands cheveux à Faverje et au vent, en chantant la chanson de : Monsieur Bertrand dit à l'Anglais ?...
Pauvre Argent qui allait mourir dans la Vesvre débordée, — et pauvre Tiennet Blône qui allait se briser le cœur contre ce roc : régoïsme d'une madame Marion« rentière !
Dans ce même sentier, nous rencontrons aujourd'hui deux de nos^connaissances les plus intimes, — des Parisiens, ma foi! — le beau capitaine Mazurke et madame de Harans.
En partant de Paris, la paavre Berthe avait pris d'iostinct le cbemin de la Bretagne.
Quant à Mazurke, le soir de ce Jour où Menand Jeune (quel souvenir funeste I) avait mangé sa dernière écbalotte, il avait reçu un billet de Lucienne.
Ce billet disait :
« Nous sommes à Cbartres et nous repartons. »
Gela su||sait à Hazurke qui prit la poste sur Fbeure.
Madame de Bfarans s'appuyait sur le bras de Hazurke et ils causaient comme de vieilles connaissances.
— C'est comme un rêve I... disait Bertbe.
— Ma sœur» répondait Mazurke, — moi, J*ai passé vingt ans à vous aimer, à vous cbercbér... ce que J'éprouve de Joie à tenir votre bras sous le mien, cela ne se dit pas... Je suis heureux, Je suis fier; il me semble que toutes les folies de ma vie sont expiées.- Ab çà ! s'interrompit-il brusquement, on se tutoie, entre frère et soeur!
Bertbe lui tendit son front souriant.
— Je veux bien te tutoyer, mon pauvre Tiennet, dit-elle, — mais nous qui sommes de vieilles gens, ne faisons pas comme les enfants...
Mazurke la baisa. Puis, il resta un instant en admiration devant cette merveilleuse et noble beauté.
— Ma sœur ! ma sœur bien-aimée ! murmnra-t-il; * que Dieu est bon I que Dieu est bon !
Il avait des larmes dans les yeux, ce grand Mazurke! Berthe, elle aussi, était émue, mais il y avait dans son cœur une autre pensée.
Ils continuèrent de descendre le sentier en silence.
Lorsqu'ils arrivèrent devant les deux roches dont nous avons parlé si souvent dans ce récit, Tiennet s'arrêta et dit :
— C'est là.
Berthe s'éveilla de sa rêverie.
— C'est là ! répéta-t-elle ; — la Mestivière I ...
Elle dégagea vivement çon bras et s'élança en avant Une fois sur le tertre, elle regarda tout autour d'elle. Ses mains se joignirent et ses Joues s'inondèrent de larmes.
— C'est là !... dit-elle encore.
Puis elle ajouta en souriant parmi ses pleurs : ^ Je ne l'avais jamais vue, moi, la Mestivière... mais il me semble que je l'aurais reconnue !..• C'est là! mon Dieu I c'est
S09 4pt|t d^sigpaUle 6h^ çif^, jjlHAt ^|ft f^rtt de
Ceuil, qui étendait toujours à TextréntUé ôfi t^%^ ^^ krw^ cbe9 ^ormea» grMSj^ copoe des ^ôoci^ dybjra^ oii^Mûres.
(Tttaim!
Hélas I faut-il dire ce qu'il y ays^i4dtyML l([^C9BiK.de 9ef|iia CD ce moment I
C'était le Ijei^ dn rendez-voi^
C'était li qi^e ^ou cbiep Gh^ri (a cco^dfjs^it çtffff^ Jovr ;^orsqU*eUç était aveugle et qu'elle avait s^è ^os.
C'était là qu'elle avait senti poyr ^ pfçii;j\$re if^ la^ mîu te Lucien trembler daos la ^eane.
Q'étsM^ lâ^ (|^*^1]f avait entendis pouip ^ j^e^iière (oii te voix ^e Lucien, émue Qt si t^in^àe.l mùrnoiuj^qr ^ son ç^eWa :
— Berlhè l ob \ Berthe, H VaiflS^^Ï
C'était làl -T se^ jeuae^ WQ^^^ ^4 somvQ9\r», soit tiûtt* heur î
Elle allait d'un objet à l'autce, cOiUt^^Qt i^ifie^seaneal cbaque cbose. La balustrade qu'on savait m^ U autrefois à cause d'el^; -r ^a Ve^yç^. doul, e^leayai^ éc^ijt^tç s^ soiuvent le murmure; — le creux du chêije, — ^l cet endroit où, les braa étendus, elle s'était précipitée, en disant :
-r Af ou Di,eu, prenez q^on âoueu
Toutes ces pensées, Bf^i^ifkçi 1^ ^^î\ «ur ^çkj^ vidage.
Il la &oivfl^ en s^leBce, fespec^i^ ^ j/Àp ^Wl^itf^seel la religion de ses souvenirs.
Iflle sie reto^rf^^ ^or^ lu^ ^ ^U se i^t^^ im^ )e& bsas rtmdçTautrç/
— Lucien I mon pauvre Lucien! murmura-t-ell«i; «njaV^ vu... pour ^ première fois. ^ paijiç \^ (fergèif^ ffâfk^
Ms^url^e baissa U tétç pour cac^eç p ^(^^. son regard ç^e tqurn^ ^ers le fourré. " Personne ne se montrait de ce icôiéJ
— Tiens, Berthe, dit-il, — voi^ (^ r^ciiA^ ^ (^ ^mçt»s Cbéri avec son rubaa (^.•- i^)e irojj^y^l l4 ^)^ 1^ ^^^^^ peuri
rr Qh\ cette ^Iti^eusi^n^iit».*.
— El l& |pUF qqi U^^pEçcé^el.., Çe^tp «iTWÇif^ 4^ ««3 liage que tu cherchas en vàinî... Mais tu élâis aveo^^* ^lûcs, ma pauvre Berthe... Peut-être que tu ^e cherchai^ p9i^ bieiM...
U lui axait pris ta ma\n et il rentr^^ûctaiit ver^ 1§ çi^eux do chêne. Berthe se laissait faire,
•r- Kou§ plions là... dit-elle en, voyant le banc 4ç tK>îs ; — il prit son fusil et il me dit : je vai$ à Yiiré... Qhl Û xfie ^emblfii quetou^e^ cçschçsçs sç soni passées biei^l...
— Yoil^ le trou, interrompit Mazuçke.
11 enleva deux ou trois poignées de mousse l
— A quoi bon ?... cojjamenea Bertl\^.
— Cherche à ton tour dit Mazurke.
Elle obéit comme on fait pour se pr^tçr à vay eufa^tillage.
Se;s doigts rencontrèrent un papiçr.
Elle poussa un cri.
Ia promesse de mariage était entre ses maioj^
Elle devint pâle et fut obligée de s'assçoir.
— Berthe... ma petite Berthe, — dit Mazurke qui se mit à genoux auprès d'elle, — si tu le revoyais...
— Jamais! jamais! s'écria madame de Marans avlec une exaltation soudaine.
— Tu ne Taimes ^onc plus?
— Que Dieu te i\ardonne cette pensée, Tiennet !
— Alors... pourquoi?...
— Ecoute I... Tu ne* sais pas!... et je ne puis pas te dire... Quelque chose d'affreux... Une harrlèrç q[ue rien ne peut briser...
— C'est le père de tes enfants, Berline.
— C'est pour cela... 11 ne faut pas qu'il appreune ..Oh! Jamais, jamais^ mon Pleul... q,ue la Daère de Çucienue ej de Gabi^iel...
— Et s'il le savait déjà!...
Berthe regarda Mazurke en face.
Ses deux mains s'appuyèrent sur so^ cœur.
— S'il le savait! balbulia-t-elle, —je mour-'aisl.'. ^.e çaît-il? Comme Mazurke ne répondait point, lapàlçuç (\e Çerlhe ^-
vint livide. Ses lèvres tremblèrent.
— Il le sait! pj^ononça-t-elle. sii bas que Mazurke eut peine ii rentêndi^e.
Ses yeux se fei^mèrept. Elle, ne respira plus. Au moment où Mazurke se lev^i^ effrayé, il se trouva fa\ce à face avec Lucien.
— J'^i tout entendu, dit ce dernier; — elle ne parle plus... Elle a dit qu'elle allait mourir... Berthe! Be^hel
Bjertbe était privée de sentiment.
— Est-elle morte? demanda Lucien ^veçun calme effr^aut.
Sans attendre la réponse, il arracha le bandeau qai lut couvrait encore le front et les yeux.
Il poussa un cri terrible, au lieu du cri joyeux que lui eût arraché la lumière recouvrée, un instant auparavant.
Car il n*étaît plus aveugle.
— Berthel Berthe! s*écria-t-il en se Jetant sur elle, je te vois!... mortel morte!
Ses lèvres s'appuyèrent sur la bouche de Berthe à qui le souille revenait, et il sembla qu-elle retrouvait la vie dans ce baiser.
— Berthe, dit Lucien, écrasé par Texcès de sa Joie, nous allions mourir ensemble !
Le soir de ce Jour, la famille Gréhu de la Sanlays était réunie dans la salle à manger du château du Geuil.
Ils étaient tous là : Benbe, Lucien, Tiennet, Gabriel, Lucienne et Clémence.
Ils ne mangeaient guère, les heureux!
Nous devons dire, cependant, que Mazurke n*avait pas entièrement perdu Tappétit.
Il était assis auprès de Lucienne, qui ne parlait pe< et qui avait le cœur bien gros parmi toutes ces Joies.
Berthe et Lucien se regardaient et regardaient leurs enfants. Berthe semblait dire : — Vois ce que Je te donne I
Mazurke repoussa brusquement son assiette.
— Voilà ! dit-il; — moi. Je pars.
Lucienne tressaillit douloureusement.
Tous les yeux interrogèrent Mazurke.
— Tout le monde est content, reprit-il ; ma sœur Berthe a quatre millions pour enrichir tous ceux qu*elle aime... Nous donnons notre belle Clémence à ce vaurien de Gabriel, qui a expié tous ses méfaits en rendant la vue à Lucien... Lucien a retrouvé sa femme... Je n*ai plus rien à faire ici... ^
— Comment!... voulut interrompre Berthe.
— Petite sœur, voici mon cas... Je suis amoureux fou de Lucienne, qui est ma nièce et qui m'aime...
Lucienne était rose depuis le front jusqu'aux seins. Elle n'osait plus lever les yeux. Tout le monde gardait le silence.
— Parce que nous sommes une famille poussée Dieu sait comme et à la grâce du hasard, reprit Mazurke avec fermeté, ce n'est pas une raison pour transgresser les lois de la famille... Au contraire : il faut se serrer et mériter devant Dieu le bonheur que Dieu nous envoie... Je dis donc ced : J*ai roulé par le monde, mais Je suis resté bon chrétien... Si la religion catholique me permet d*épouser Lucienne, Je reste ici avec vous pour le reste de mes Jours... Sinon, Je la bMse au front une dernière fois, comme son père. Je lui rends certaine fleur bleue que les quatre millions de Berthe ne pourraient pas payer... et Je vais quelque part où Ton se bat... n'importe où... au midi ou au nord, à l'orient ou à l'occident, me faire tuer comme un brave garçon qui ne peut plus être heureuxl
Deux larmes roulaient sur les Joues de Lucienne. Berthe fit le tour de la table et vint prendre la nain de sa fille.
— L'aimes-tu P demanda-t-elle.
Lucienne se pendit à son cou et répondit tout bas s
— Oh I oui, mère. Je l'aime!...
Berthe mit la main de sa fille dans celle de Mazurke.
— Jean Gréhu de la Saulays, dit-elle, n'était pas mon père... ma mère me mit au monde sur son vaisseau quelques Jours 2iprès qu'il l'eût enlevée... Je te laissais m'appeler ta sœur, Tiennet Blône, parce que Je t'aurais aimé pour frère.
Mazurke enleva Lucienne entre ses bras comme on saisit une proie.
— Vive Dieu t s'écria-t-il ; ^ en ce cas-là on peut se battre sans moi ; Je me fais poltron oomme un millionnaire et Je ne montre plus mes griffes que pour défendre mon beau trésor.
— Censé, se dit notre ami Taume qui entrait en ce moment» apportant le rôti : — Voilà M. Philippe qui en fait une fin, comme l'on dit dans l'union du mariage... Ça .me tenterait assez d'en agiiP pareillement de même à l'instant... mais ayant servi et voyagé en dehors des frontières et douanes, me faudrait plus huppé qu'une paysanne de la campagne... J'ambitionne une bourgeoise dans le commerce ou une domestique de confiance... Je chercherai..* M. Philippe a bien trouvél
rm DU DBUXlfelIB BT DBRNIEE VOLUME.