CHAPITRE VIII Les plantes et les arbres
Le vieillard entra dans la cabane et en apporta d’abord du lait et du pain, ensuite du beurre, du miel, et un joli panier rempli de belles pommes, pour son petit ami; et puis, pour lui-même, des herbes et des racines, un beau melon, et un peu de vin rouge dans une carafe de verre.
Henri mangea de bon appétit. ‘ Mais, dis-moi, demandat-il, où prends-tu toutes ces bonnes choses ? Est-ce qe tu sors aussi quelque{vis pour aller
au pillage ?” À cette question naïve, le bon ermite
ne put s'empêcher de sourire, et pendant le repas il raconta la manière merveilleuse dont venaient toutes les producticas de la nature.
“ Vois-tu, dit-il en prenant une pomme qu'il se disposait à peler et à découper, vois-tu les pommes qui sont dans cette corbeille ? C'est cet arbre qui me les a données ; et de ces petites branches il sort assez de ces fruits pour remplir plusieurs paniers.
— Cela est-il bien vrai ?” répliqua l'enfant en regardant le vieillard d'un air qui indiquait ses doutes.
Alors Ambroise le prit dens ses bras, abaissa une des branches, et lui fit remarquer les petites pom-
, mes encore toutes verles qui s’y trouvaient, ‘ Tu vois maintenant qu'elles sortent de ces flexibles branches. Sur ces branches elles grandissent insensiblement et deviennent enfin aussi grogses et aussi
bien colorées que celles de cette corbeille; etce grand arbre lui mime, ajouta-t-il en découpent une Pomme, es sorti d'ua pelit pépin pareil à celui que je tiens dla pointe de ce couteau. J'ai vu cet arbre quand iFn'était encore qu'une graine semblable à celle-ci. C'est moi qui l'ai planté dans la terre, je l'ai vu nafire, je l'ai soigné, je l’ri élevé ; Maintenant il fournit une partic de mu subsistance. Ainsi chacun de ces pépins peut produire un arbre semblable, et il en peut sortir tant de pommes, qu'uu homme dans sa vie entière ne pourrait les compter.
‘Ce paia-là aussi provieni de pelites graines semblables, continua le père Ambroise en montrant au jeune Henri quelques grains de blé qu’il avait apportés de la cabane. 11 en est de ceux-ci comme des pépins de pommes, comme des semences de fleurs ; avec une poignée de grains de blé on’peut obtenir bien des miches de pain'aussi grandes que celle que nous avons sur notre table. Ambroise Jui expliqua clairement comment cela pouvait se faire, et, lout en ezusant, il montra son champ, où l’on ne voyait autrefois que des ronces et des bruyères, et qui r-intenant était couvert d’une riche moisson. Henri . courut, et fut transporté de joie quand il reconnut dans chaque épi un grand nombre de grains de froment. .
“Il en est de même encore, reprit l'ermite, de toutes les plantes que tu vois ici, tant de celles qui entourent ma demeure que de celles .que la vue découvre dans le lointain, L'herbe qui fleurit sous nos pieds, les buissons chargés de roses, les innom- - * brables épis qui couvrent mon champ, les \,y1 es : qui poussent sur la colline et celles qui ombrageuww
si LE JEUNE HENRI
ma cabane, les pins et les chênes majestueux qui s'élèvent sur la montagne, et Ja tendre mousse qui s'aitache au tronc de ce pommier: tous végétaux doivent leur origine à de petites graines, ou peuvent en être tirés. Tout ce que tu vois sur celle table, nous le devons à de semblables semences. Sans les herbages, dont les vaches, les chèvres et les brebis se nourrissent, nous n’aurions ni lait ni beurre, C'est avec le suc des fleurs que les abeilles nous préparent du miel. Les grains de blé donnent la farine dont on fait le pain qui nous nourrit, et la vigne le vin qui nous fortifie. Toutes les herbes et les racinesique voilà, le cresson, la carolte, ce beau melon, même les branches dont on a tressé cette jolie corbeille, le bois dont on a fait ces assiettes et ces gobelets, la table sur laquelle nous mangeons et le banc où nous sommes assis, tous ces divers objets nous les devons à de petites graines comme celles que tu viens de voir. Je n'ai eu besoin que de les mettre en terre pour faire venir ici un pommier, et là des milliards d’épis de blé, ou des milliers de ceps de vigne; et c'est ainsi que j'ai pu embellie ces lieux, qui n'étaient jadis qu'un désert aride et sauvage. Ce simple moyen m'a suffi pour orner mon séjour de tout ce qu'il y a de plus beau dans
- a nature, et me procurer en abondance toutes les choses nécessaires à la vie.”
Tout cela paraissait miraculeux au jeune Henri. Autant les objets qui s'étaient offerts à sa vue depuis sa sortie du souterrain lui avaient causé de surprise, autant il s'étonnait maintenant de ce que l’ermite venait de lui raconter.
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<Vois-tu ce grand lac qui s'étend dans toute la vallée? tout cela n’est que de l’eau.”