CHAPITRE X Le divin auteur de la nature
Henri ne tarda pas de revenir à diverses questions qu'il avait déjà faites, et auxquelles le sage ermite n'avait pas voulu répondre sur-le-champ, afin de mieux exciter dans son jeune élève une utile curiosité et un plus vif désir de s’instruire. ‘Dis. moi donc, papa Ambroise, s’écria l'enfant, qui fait ainsi marcher le soleil ? qui a construit cette magnifique voûte là-haut? qui l’a peinte d’un si beau bleu? qui a renfermé dans le rocher cette grande quantité d’eau qui en coule si abondamment et sons interruption? qui dirige la marche des nuages et les envoie arroser les plantes d’innombra-
“bles gouttes d’eau : claire comme le cristal? qui a enseigné aux oiseaux à jouer de si jolis airs ? Ils n’ont pas comme moi un flageolet!... Qui a été assez habile pour enfermer de grandes fleurs et des arbres entiers dans de toutes petites graines, avec lesquelles nous en faisons venir partout où nous voulons? qui a tout autour de nous couvert la terre d’un tapis de verdure et de fleurs, et nous a donné tant de choses utiles et agréables? Quel est entin celui qui a pu faire et disposer tout cela si HE at avec tant de prévoyanse ?
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LE JEUNE HENRI La
— Tu crois donc réellement, disait l'ermiis, qu'il doit y avoir quelqu'un qui a fait un si admirable arrangement ?
— Oh! oui, certainement, répondit Henri ; cela est évident, et il faudrait être absolument privé de toute raison pour en douter. Je me souviens que les hommes, dans la caverne, ont été obligés de travailler pendant très longtemps pour agrandir un peu leur demeure ; il arriva même un jour que, a caverne menaçant de s'écrouler, ils eurent bien de la peine à l’étayer avec de grosses poutres, Mais ici, à cette ile grande voûte, je n’aperçois pas un seul pilier, !:4ns le souterrain, notre lampe ne s'allumait jamais d'elle-même, et il fallaiten avoir bien soin et la tenir toujours reriplie d'huile, si. nous ne voulions pas rester dans les ténèbres. Nous étions aussi obligés de renouveler fréquemment le tonneau d'eau, ou bien nous aurions couru risque de mourir de soif. Et puis, moi, je sais fort bien ce qu'il en coûte de travailler pour découper, peitidre et assembler une seule fleur. Quelle Patience, quelle adresse et quel juste coup d'œil il faut avoir pour cela ! Je conçois donc très bien qu'il est impossible que toutes ces belles choses que nous voyons autour de nous soient l'ouvrage de la main de Fhommc. Voilà pourquoi je voudrais savoir QUEL EST CELUI QUI A FAIT TOUT CELA.”
Actuellement que cet enfant de 1x nature était
si vivement pénétré de le grandeur, de ia beauté et de la sage ordonnance de l'univers, et que son
| jeune cœur, subjugué par le nombre et l'importance
des bienfaits j.artout maniéestés à ses eux, brûlait du: désir d':pprendre- gosu rare cu SUPRÈME SINN-
rarreun duquel provenaient toutes ces merveilles de la nature, le vénérable vieillard sentit que le moment était venu de lui parler de Dieu et de sa toute-puissañce, de sa sagesse el de «a bonté. Il se recueillit un instant et lui parla en ces termes :
“6 Tu as raison, mon cher Henri, il existe un Être qui a fait toutes ces choses. Cet Être infiniment sage, infiniment bon et tout-nuissant, qui a créé tout lunivers ; cet Être auquel les hommes mêmes doivent leur existence... se nomme DIEU, NOTRE PÈRES, QUI EST AU CIEL.”
Qu'on se rappelle les vives émotions dont le jeune Henri était agité dans cette matinée où, sortant du rocher, il vit pour la premièré fois le lever du soleil, qui de ses rayons bienfaisants éclairait et embellissait toute la nature,et l’on n'aura encore qu’une faible idée de l'impression que fit sur son âme neuve et candide la solennelle révélation du pieux ermite. L'idée d’un Dieu créateur et sage ordonnateur de tout ce qui existe venait, semblable à une belle aurore, dissiper les ténèbres dont son intelligence avait été enveloppée ; elle y répandit la lumière et lui fit envisager la nature entière sous un aspect plus beau, plus serein; car il y reconnaissait partout les innombrables bienfaits d’un père rempli d'amour.
‘ Qui, mon cher enfant, ajouta l’ermite, Dieu a fait tout ce que tu vois. C’est lui qui a construit cette magnifique vobt bleue que nous nommons le ciel, C’est lui qui a enflammé le soleil et en a dirigé le cours, aûn que cet asire nous dévoilât lés merveilles à2.ses œuvres, nous éclairât pour nutre travail, et fit mèrir les fruits par sa cha-
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LE JETNE HENRI si
leur, comme les aliments cuisent devant le feu. C'est lui qui fait jaillir l’eau des sources, la fait tomber des nuages pour nous désaltérer et pour rafraîchir toute la nature. C’est lui qui étend sous
Ni nos pieds ce beau tapis de verdure émaillé de mille À espèces de fleurs. C’est sa toute-puissance qui donne
à ces fleurs et aux plantes leurs coûleurs et leur
# parfum. C'est par sa volonté que la terre nous
donne du pain en abondance, et que les collines
à nous fournissent le vin précieux. Il charge les arbres
de fruits de toute espèce. Dans les vallées verdoyantes, il nous offre des ruisseaux limpides, et dans
le creux des rochers et des arbres il nous fait trouver
le miel. 1 créa l'arbre dont l’ombrage nous rafrat. chiten été, et dont le bois nous réchauffe en hiver.
AI a enseigné aux oiseaux ces chants variés qui nous
réjouissent. 1] a couvert l'agneau qui repose à tes
Spieds de la laine moelleuse dont nos Vêtements sont
faits. 11 nous accorde tout ce dont nous avons besoin pour notre entretien et notre subsistance. Il a fait
out si beau, si admirable, pour que nous ayons du
plaisir à contempler ses œuvres, pour que nous 'aimions; et même, si nous le savons mériter par
Qune vie sage, il nous appellera un jour vers lui,
dans des régions beaucoup plus étendues que celle que tu vois autour de nous, et où nous attendent
e puissions le voir, il nous voit, car il est partout ; entend toutes nos paroles et connaît la plus secrète s nos pensées. À chaque instant nous pouvons ous adresser à lui, le prier, l’implorer dans nos soins, car il dirige et gouverne tous les événements :
de notre vie. C'est zut qui te délivra de la caverne, et te fit apporter chez moi sur les bras du berger. En un mot, il est notre premier bienfaiteur et notre meilleur ami, notre maître et notre père.”
Henri écoutait les paroles du vieillard avec la plus grande attention. Ses regards étaient attachés aux lèvres de lermite, et son cœur était profondément ému. Durant cet entretien, la nuit était venue. La lune, jusque-là pâle et à peine visible, se dégageant alors des nuages vaporeux, vint tout à coup bfiller de l'éclat le plus pur au-dessus du lac, et autour d'elle se groupèrent dans toute l'étendue du firmament une innombrable multitude d'étoiles élincelantes. Le lac, tranquille et limpide, ressemblait # une vaste glace, dans laquelle on croyait avoir un second ciel avec la lune et ses étoiles. Enfin toute la voûte céleste, se réfléchissant sur celte surface unie, présentait une brillante et fidèle Image de l’immengité. Les vents, retenant leur haleine, n'agitaient pas la moindre feuille des arbres ; la nature entière reposait dans un solennel silence.
Un nouveau sentiment que Henri n'avait encore jamais éprouvé, celui de la piété, de l’adoration et de la présence de Dieu, s’emparait de son cœur. Le respectable vieillard saisit cet instant, joignit les mains, leva ses regards vers le ciel, et prononça à haute voix une touchante prière. L'enfant aussi leva pour la première fois ses petites mains vers le ciel; il répéta mot à mot cette prière et y ajouta de luimême ces paroles: ‘‘ Je vous remercie encore, à Dieu infiniment bon, de m'avoir délivré de l’affreuc caverne et de m'avoir conduit chez ce bon père, 4
m'a appris à vous connaître, à vous aimer et à vous adorer.”
Ensuite le jè e Ambroise prit l'enfant par la main et le coduisit dans sa cellule.Là il lui arrangea un lit avec de la mousse bien molle, sur laquelle il étendit un tapis, et couvrit l'enfant avec son manteau.