Ê LÉ JEUNE HOMME
à chacun une mission à remplir, une fin à atteindre, même ici-bas. Ce but ne saurait être que souverainement digne de son infinie sagesse et de la noblesse de notre nature :—-c'est le perfectionnement indéfini, continuel de l’homme et de la société.
But noble, élevé, sublime ; pour y parvenir il nous faut des moyens proportionnés à son élévation. Ces moyens—il faut l'avouer —la Providence toujours admirable et bienfaisante dans ses dons, les a multipliés sur notre chemin, laissant à notre liberté le choix que nous devons en faire.
La religion, évidemment, est notre premier moyen de perfectionnement, à la condition, bien entendu, de pénétrer sérieusement notre vie tout entière, car comme l'a dit Madame de Staël : “ La religion n'est rien si elle n’est pas tout.”
Il s'en suit—étant donné les harmonies
du monde moral—-que la religion est aussi
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la condition indispensable de notre bonheur | | ici-bas ; et ceux qui l'ont perdue doivent confesser tôt ou tard dans un accès de sincérité qu'avec elle ils ont tout perdu, comme
‘f) en témoigne ce cri d’aigle blessé échappé 1 à Alfred de Musset sur la fin de sa carrière :
| J'ai perdu ma force et ma vie Et mes amis et ma gaieté ; J'ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.
Mais après la religion, ce que je trouve de plus efficace pour le perfectionnement humain :—c'est l'étude et spécialement ’étude de la littérature ou des belles-lettres. Je ne prétends pas résoudre ici, je ne prétends pas même poser la grave question de | la prééminence des lettres sur les sciences ou des sciences sur les lettres. Amenée inci-
demment devant la Chambre française par
la discussion d'une mesure relative à l'or-
ganisation universitaire, cette question a donné lieu jadis à l’une des plus brillantes passes-d’armes dont les annales parlerhentaires aient gardé le souvenir. Mais ni la dialectique d'Arago ni l’éloquence de Lamartine n'ont pu provoquer une solution
définitive, et l'on doit confesser que :
ss @dhuc sub judice Lis est.
Réservons donc la question d'autant plus que, dans cet auditoire, les sciences comme les lettres comptent bon nombre d’adeptes distingués dont il faut respecter les légitimes susceptibilités. Rappelons seulement, en dehors de toute comparaison, ce que pensent de la littérature, au point de vue de l'éducation et du progrès social, des hommes aussi recommendables par leur expérience que par leur haute raison.
Mais hâtons-nous de dire ce que c’est
que la littérature. Il importe avant tout, de
re
sant
bien fixer le sens de ce terme nfin de ne pas égarer en chemin l'esprit de nos auditeurs.
Platon, avec cette nuance d'exagération qui caractérise les rêveurs sublimes, disait qu'il vénèrerait à l’égal d'un Dieu celui qui saurait bien définir. Pour nous, en ce moment, nous n'entendons donner de la littérature qu'une définition plus ou moins précise, sûr que le divin Platon ne nous viendra pas poursuivre de son encens sacrilège.
À la considérer comme science on peut dire que la littérature est la connaissance des ouvrages de l'esprit dans les différentes iangues et à toutes les époques ; comme art elle nous donne les règles qui nous apprennent à parler ou à écrire dans un style convenable et d'une maniere atta-
chante.
Nous la désignons souvent, dans notre
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