SCENE V
RicuanrD, RoGer, PAMPHYLE. P.
PAMrHYLE. è À
Jusqu’à la fin j'ai retenu ma voix, Ce père m’attendrit et m’indigne à la fois, 2 HI Païtremblé, cher Roger, j’ai craint que ta tendresse ? ei HE
Ne te fit faire enfin
J'ai frémi, je l'avoue et j'ai cru quelque tems Pamphyle, que j'allais abjurer mas sermens,
J'ai pesé, balancé
Combattirent longtems, mais soudain le parjure offrant à mes regards dans toute son horreur, Etlraya mon esprit, et rafflermit mon cœur,
Qu: j'atire sur mi
Jamais la trahison
Que j’aime ta constance et tes nobios vertus !
À tant de cruauté
quelque indigne bassesse.
RoGEer.
; le devoir, la nature,
ni la louangz ou le blâme, ne souillera mon âme.
PAMrHYÉE.
RiCIHARD. Je des lonneurs sont rendus !
Qn encense un mortel que les lois de la Grèce Auaient jeté vivant au fond d’une fournaise ; Je
Qu'en tout tems, qu’en tous lieux, l’on aurait re—
Eomme un monstre d'horreur ct d’'inhumanité..,
Funeste aveuglement,
Mais d’où vient que cet homme Que l’on vit autrel Un poignard à la main, percer de vingt-trois coups
“oardé
PAMPHYLE.
uis dans le sénat de Rome,
Le grand César son maitre, et le maitre de tous, Qu D'où vient que ee Brutus meurtrier de son père, Est célébré par Reme et par la terre enticre ? D'où v'ent que ses exploits en tous lieux sont chan-
[tés ?
Qu’on le porte en: triomphe au: milieu des cités ? Plu Ah! c’est qu’à son devoir il fut toujours fidèle ; C’est que pour son pays, plein d'amour el de zèe Que De tout sacrilier il n’a pas hésité, Dite Quand il vit qu’on voulait ravir sa liberté.
César voulait régner, c’était une injustice ; Tou
Que César, dit Bratus, que mon père périsse, Et maleré sa clémence il périt en effet :.
Toutl’Univers admire un si g'orieux fait,
Pou
Qui,
VAiXs
ndresse e,
pariure ‘eul,
us À
‘èce
Lise 3 urait re— gardé
lafités..s
omme me
$ Coups e tous, in pères re ?
ont chan”
[tés ?
cités "À fidèle ; de zè'e
Oui,
Et l’on voudrait qu’un fils, qu’un enfant de in
[Franc e Pour montrer sa tendresse et sa reconnaissance À cet homme ïinsensé qui lui donna le jour...
RicHaRrD, (en tirant son épée, ) Homme insolent.. (Pamyhyle tire aussi son épée.) ROGER,
(à Pamphyle) (en se jelant entre les deux.) Tais toi : ne me fais point la cour, Pamphyle, en méprisant un père que j'estime Même quand il me porte à me charger d'un crime. Laissons tous ces discours qui ne pourraient servir Qu’à prolonger ma peine, au lieu de la finir J2 suis déterminé ; ni larmes, ni prière, Ne pourront ébranler ma constance première.
RicnarD.
Oh! qu’entends-je! est-cevous qui blas sphémez ains Vos paroles, Roger, m'ont troublé, n'ont saisi, Rocer.
Je ne blasphème point.
RICHARD
O fils impitoyable !
Rocer.
Je suis juste, RicrrarD.
O Roger PAMPHYLE.
Sois toujours implacable, Et tes amis, Roger, te préteront leurs bras ; Pamphyle, sois-en sûr, ne te quittera pas.
Rocer, Quand même il le ferait, je recterais fidèle. RicHARD.
A l’amour filia: ?
Rocer.
Non, jy serai rebelle Plutôt que de tiahirle devoir et l’honneur, RicHarn.
Que faut-il, dites-moi, pour toucher votre cœur ? D; (es, Rocer.
Toucher mon cœur! que voulez-vous entendre ?
Pour changer mes sermens ce qu’il faut entrepren-
[dré ?
Ricirarp,
RoGer.
Rien. Pé RICHARD: Ÿ M.
Qu'’entends-je encor ? mon ami,......mon Roger. RoGer. Î Q Cessez, n’espérez point de jamais me changer. “ He RICHARD.
Roger, à vos genoux faut-il que je:m’abaisse ?: 4 Où ! non, écoutez-moi: partoute ma tendresse, Vo Par ces soins que ma main vous donna si longtems;. ‘Er Par votre père enfin, changez de sentimenr. k ‘Se RoGcERr.. pi «N Mhis tout cela s’efface au seul nom de patrie. 2 ‘H. RicHARD.. $ Ve Ah ! cher Roger, quel charme aura pour vous la ; De vie ? ; Tu Lorsque vous vous verrez maudit de vos parens, ù C’e Où lorsque le trépas aura tranché leurs ans. ' Ou Où ! laissez, oubliez cette vertu stoïque,. Je Cet orgueil que l’on vante et qu’on nomme héroïque: fi Je : RoGER, Au Vous allez m’irriter. S'il RicHARD.
Seriez-vous si cruel !........ Je: Rocur. .. Nor Ah ! j'ai trop de douceur, et j’offense le ciel. Qu RicHARD; É Adi Ah ! que faut-il done faire, d mon aimable élève ? k Pou J2 me jette à vos pieds et je ne me relève ê Car Que lorsque votre cœür révoquera sa foi. il RoGer. ( en se re'evant ) à. É.
Tous les hommes seraient à genoux devant moi L L'on ne me ferait point révoquer ma paroie.
Le devoir l’à dictée, elle n’est point frivole, RicHanD.
Ce est done fait, eh bien va-t-en, cœur de rocher. Tu ue peux consentir à te laisser toucher, ; L 1l Fais ce qu’il te plaira, sois toujours inflexible, Ne ol | Mais, Roger, je te plains, si ton père sensible Rèste HE Aux outrages cruels qu’il reçoit de son fils U fa AN ‘Fa compte pour. jamais avec ses enneinis. = Te al Jl'u sentiras alors le poids de sa vengeance Quoi fill Tu recevras ta juste et digne récompense: ti RoGERr.. Ah!
Ni: porte, je mourrai, Richard, avec honneur;
ruÏque:
moi e,
‘ocher. .
le,
le
Re
Je concentre en cela tous les vœux de mon cœur: Périssons, s’il le faut, sous les mains paternelles,. Mais à notre devoir soyons toujours fidèles,
Ricrarp,.
Qui te l’a donc appris ce barbare devoir ?:
Homme féroce: et dûr.
RoGer.
Vous devezle savoir :
Vous m’avez répété cent fois dans mon enfance ::
“En tous lieux, en tous tems, sois fidèle à Ja France. ‘Servir son Dieu, son roi, mourir pour son pays, ‘Ne point courber le front devant ses ennemis “Honorer ses parens-par un amour sincère ‘Voilà tout le devoir,” Oh! qu’il est doux à:faire ! Devoir trois fois sacré, .sublimeet sainte loi, H Tu m'ordonnes, tu veux que je serve mon roi ; { C'est là ce que je cherche et’ que j’ämbitionne, 1} Oui qu’un autre que moi de palmes se couronne,
Je ne porterai point envie à’ses lauriers,
Je ne chercherai pas à fouler ses sentiers, fo
Au contraire, Richard, je plaindrai sa folie, FN 4 S'il ne travaille alors au bien de sa patrie,
Mais je vois à pas lents mon père revenir ;
Je ne pourrai done point me rendre à ses dés'rs ?
Non, j'aime mieux plutôt m’arracher à sa vue: Que de porter la mort à.son âme abattue.
Adieu, donc, essayez de calmer sa douleur,.
Pour toi mon noble ami, mon doux consolateur,
Suis-moi, viens avec moi soupirer en silence;
Car, Pamphyle, je crains que ton zèle n’offense, Cet homme malheureux dont j’ai reçu lé jour
Et qui conserve encor mon plus ardént amour. * ( Le Père entre avec Raymond }