EUGÉNIE, DUPRÉ
DUPRÉ , à part.
Allons , voilà qu'il nous laisse seuls ensemble.. . Je déteste ça, parce que devant lui j'ose parler, j'ai de la hardiesse;... mais avec elle... plus j'ai de choses à lui dire, et moins... Ça me suffoque; et je crains d'avoir un air.. . que je ne voudrais pas avoir... surtout à ses yeux.
(Tous deux gardent pendant quelque temps un silence embarrassé. ) EUGÉNIE , a part.
Le moment est favorable; il faut que je lui paille absolument. . . Ma franchise doit être égale à la sienne . . . Mais comment le préparer?. . .
DUPRÉ
Mademoiselle. .. savez-vous que c'est bien singulier. ..
EUGÉNIE
Quoi donc , M. Auguste?
DUPRÉ , h pan.
Je ne sais plus que dire... (Haut.) Mademoiselle Eugénie, nous .sommes du même pays; nos pères étaient liés
intimement l'un à l'autre Nous avons été élevés ensemble... et même, lorsque nous étions encore entans, je vous tutoyais , je crois.
EUGÉNIE
C'est vrai... je me le rappelle...
DU PRÉ
Alors, la plus grande intimité régnait entre nous... j'étais ùvec vous à mon aise , sans façon , libre comme avec une sœur... Je ne vous aimais pas cependant... c'està-dire, je ne vous aimais pas comme je vous aime à présent.
EUGÉNIE
Eh bien?
DU PRÉ
Eh^ bien ! d'où vient que depuis votre retour de ce long voyage que vous fîtes à Paris... je ne suis plus le même avec vous? Plus de familiarité, plus d'abandon? Votre présence me déconcerte, 'm'intimide... Cependant, votre père autorise mes aveux.. . . puisque notre mariage. . . Mais vous semblez émue, embarrassée... Je vous importune peut-être . . . alors. . .
(Il fait un mouvemenl pour sortir. )
Non. . . restez . . . aussi bien j'avais à vous parler. . . à vous seul.
DU PRÉ
Comme elle a l'air sérieux à propos de notre mariage.
EUGÉNIE
Ecoutez-moi, M. Auguste j et quelque pénible que vous paraisse l'aveu que je vais vous faire , promettez-moi de m'entendre jusqu'à la fin.