ACTE 1, SCENE VIII. i
DU PRÉ
Je vous le promets.
EUGÉNIE
Comme vous me le rappeliez tout-à-l'heure , mon eufance seule s'écoula dans ce pays... Pour achever mon éducation , je dus, par Tordre de mon père, me rendre à Paris , chez une tante que je regardais comme une seconde mère. Ma tante voulait me mettre à même de connaître le monde ... Je touchais à ma quinzième année . . . Le plus vif désir de ma tante était de me donner un époux de son choix. Parmi les jeunes gens qui fréquentaient sa maison, un surtout semljlait me faire une cour assidue. Il était d'une famille honorahle j chacun vantait son esprit,., ses qualités... ( Avec timidité. ) Jusque-là mon cœur avait été libre.
DUPRE, avec inquie'tude.
Oui... mais à compter de ce moment-là Eh bien?
Air de VÀngelus.
Mais vous ne me répondez pas ; Avait-il su toucher votre ame?
EUGÉNIE
Monsieur...
DUPRÉ
Parlez sans embarras :
Etiez-vous sensible à sa flamme?
J'avais promis d'être sa femme.
Puis on voulut , par un aveu bien doux , Que je comblasse son attente.
i6 LE JEUNE MAIRE,
DUPRÉ
Eugénie, enfin, l'aimiez-vous?
EUGENIE , baissant presque les yeux.
J'obéis sans peine à ma tante.
DUPRÉ
Oui, je comprends... je comprends.
EUGÉNIE
Ma tante allait solliciter de mon père son consentement à cette union. . . Moi , confiante et crédule , j'aimais à faire part de mes projets pour l'avenir à tout ce qui m'environnait, lorsqu'un jour, M°"^ de Mirbel, jeune veuve fort jolie , qui se trouvait chez ma tante , s'évanouit tout à coup au nom de celui qui devait être mon époux. . . Revenue à elle , elle tira d'un souvenir une lettre qu'elle avait reçue d^ lui... Jugez de mon indignation : tous les sermens qu'il me faisait, il les répétait à la jolie veuve.
DUPRÉ , à part.
Eh bien I voilà.. . ce sont ces mauvais sujets-là qui réussissent auprès des femmes.
Mais vous paraissez ne plus m'écouter.
DUPRÉ , très agile.
Si, si, mademoiselle... je vous écoute avec beaucoup d'intérêt.
EUGÉNIE
Comme vous le pensez bien , à mon retour je ne voulus jamais consentir à le revoir, et je revins ici, près de mon père, où, Dieu merci, j'ai tout-à-fait perdu son souvenir.
DUPRÉ
Serait-il vrai ?