‹ Le jeune Werther;Chapitre 2 sur 17 · SCÈNE IL CHARLOTTE, NICOLE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL CHARLOTTE, NICOLE

NICOLE

Madame, madame, v'ià une lettre pour vous.

CHARLOTTE

Pour moi ! serait-elle de mon mari ?

NICOLE

De M. Robert ? faut croire que non , puisque vous l'attendez aujourd'hui , et puis le commissionnaire m'a ben dit de nia remettre qu'à vous.

CHARLOTTE

Qu'à moi ?

NICOLE

Et d'vous r'commander de n'ia lire devant parsonne.

Qu'est-ce que cela signifie ?

NICOLE

Dam! lisez -, p't'êt'ben qu'la lettre vous Fdira.

charlotte , lisant l'adresse.

« À mademoiselle Charlotte , chez monsieur son père , » épicier-droguiste. »

NICOLE

Il y a mam'selle ?

CHARLOTTE

Vraiment oui.

NICOLE

Et v'ià cinq ans qu'vous êtes madame, faut que le commissionnaire se soit joliment amusé en route.

CHARLOTTE

Voyons.

NICOLE

Attendez donc , madame } que je m'en aille.

CHARLOTTE

Pourquoi ?

NICOLE

Puisqu'il faut qu'vous n'ia lisiez devant parsonne.

CHARLOTTE , SOuHant.

Oh ! tu peux rester , il n'y a pas de mystère.

NICOLE

Alors lisons.

charlotte , ayant ouvert la lettre.

Ah ! mon Dieu ! c'est de ce fou de Werther.

NICOLE

Un fou! tiens > ça doit être farce.

CHARLOTTE

Au bout de cinq ans , il pense encore à moi ! ( Lisant. ) « Je prends la plume... ma main tremble... ma vue se » trouble... mes larmes coulent, mon papier boit... »

NICOLE

Tiens ! ça commence comme ça !

charlotte , continuant de lire.

« O délices du ciel ! ô supplice de l'enfer ! »

NICOLE

Oh! la, la!

CHARLOTTE

Quel extravagant! il n'a pas changé. (Elle lit). « Est- » ce Charlotte toujours tendre et fidèle ou Charlotte per- » fide et parjure , qui lira ces caractères humides et brû- )) lans ? Oui , tu es la même , ma Charlotte n'est pas re- » froidie. »

NICOLE

C'n'est pas faute d'en avoir eu l'temps , toujours. CHARLOTTE , continuant.

« Au reste, j'arrive de Londres où j'ai appris la manière » de terminer ses maux } et si je ne retrouve pas ma Lo- )> lotte dans l'état où je l'ai laissée en partant...

Eh ben! quoi qu'il f'ra.

CHARLOTTE

Il n'a pas achevé sa phrase ,• mais il est capable de tout ; et si malheureusement mon mari revenait dans ce momentlà, juge donc , lui qui, avec tant de bonnes qualités, a le défaut d'être un peu jaloux !

NICOLE

C'est cPson âge ,* car , entre nous , il a plutôt l'air d'être vot'père que vot'mari , et il y a d'quoi s'mettre Martin en tète. Mais dites-moi , not' maîtresse , quand donc qu'vous avez connu un maniaque d'amoureux comme ça ?

CHARLOTTE

Il y a six ans.

Air : Du major Palme J'étais encor demoiselle Lorsque cet orignal , De l'amour le plus fidèle Me fit l'aveu dans un bal.

Une aussi brusque aventure Me fit tout-à-coup rougir ; Puis je ris de sa tournure :

Il prit ça pour du plaisir.

Certain alors de me plaire , Il forme le beau projet De m'obtenir de mon père , Qui , par bonheur voyageait.

Rappelé' par sa famille , Il part enfin , mais avant Il veut que de rester fille Je lui fasse le serment.

De se brûler la cervelle L'insensé' me menaçait , Et dans ma frayeur mortelle Je promis ce qu'il voulait.

Il revient que lui répondre

Quand he'las ! il apprendra ? . . .

Puisqu'il arrive de Londre, A coup sûr il se pendra (ter.)

NICOLE

Comme ça s'rait agréable pour vous !

CHARLOTTE

Voilà bien les hommes ; si je l'avais aimé , il m'aurait oubliée depuis longtemps 5 je ne l'aime pas, eh bien...

NICOLE

Eh ben ! not'maîtresse , il me semble qu'il y aurait un moyen d'nous tirer d'ià.

CHARLOTTE

Et lequel?

NICOLE

Air : Est-ce ma faute da* Puisque moins nous sommes Amoureuses d'eux, Plus messieurs les nommes D' nous sont ^loureux.

Réglez- vous là-d'ssus, Partagez sa flamme, Et p' t'êt ben , madame , Qu'il n' vous aim'ra plus. ( ter* )

CHARLOTTE

Joli conseil en vérité !

Même air*

Moi, si je m'marie ,

Comme j'de'sirons

Toujours êt'che'rie

DThomme que j'aurotis ,

D'peur qu'il n'chang' d'amours ,

Drès qu'il aura l'nôtre ,

J'en aim'rons un autre

Pour qu'il m'aim' toujours. ( ter. )

Mais j'crois qu'vous n'avez pas fini vot'lettre.

CHARLOTTE

Tu as raison. {Elle lit.) « Adieu Lolotte ! mais que » dis-je adieu ! Non , car ce papier dépositaire de mes plus » mystérieuses pensées ne précédera que de quelques mi- » nutes l'arrivée de votre plus que jamais passionné » amant..,. »

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