‹ Le jeune Werther;Chapitre 3 sur 17 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Précédens, WERTHER.

(Werther entre , se jette aux genoux de Charlotte et dit: ) Werther ! !

(Il reste quelques temps sa?is pouvoir parler. ) NICOLE y s" enfuyant.

Ah ! mon Dieu î qu'il est laid !

charlotte , effrayée.

O ciel! relevez- vous.

Non.

On peut survenir.

Non.

Je serais perdue.

WERTHER

CHARLOTTE

WERTHER

CHARLOTTE

WERTHER

Non... non, j'y mettrai de l'entêtement \ puisque je vous ai retrouvée.

Air : Oh ! c' cadet-là.

Le voilà donc Cet heureux jour dont Je raffollais d'avance!

Oui, le voici Cet heureux jour qui Comble enfin mon espe'rance.

charlotte , inquiète.

Silence ! silence !

Werther , étouffant sa voix*

Voilà ses traits Si parfaits ; Oui, je les Reconnais. . .

O amour ! ô tendresse !

Voilà ces deux Jolis yeux Dont les feux Radieux. . .

O espoir ! ô ivresse ! Quel arrêt vais- je , he'las ! ouir

O divine maîtresse ?

Parlez , faut- il m' épanouir, Ou bien m'ëvanouir ?

CHARLOTTE

Taisez-vous donc.

( A. part ). Le pauvre garçon

Est en pleine de'mence !

Si mon mari Survenait ici, Que dire pour ma de'fense ?

WERTHER

Ah ! voilà donc , etc.

Pardon Charlotte; je ne vous demande pas des nouvelles de votre santé, il est aisé de voir... 5 mais moi... vous devez me trouver bien maigri.

CHARLOTTE

Moi non , je vous ai toujours vu de même.

WERTHER

Ali! je vous demande bien pardon; je suis considérablement maigri... je ne puis pas me faire illusion là-desdessus... (Il approche les deux revers de son habit.) Mais laissons cela , et souffrez que je parle du sentiment que

(9) j'emportai en vous quittant , du sentiment que je rapporte^ de ce sentiment qui, loin de vous , charma mon existence; de ce sentiment enfin qui doit l'embellir ou la terminer, en raison de ce que vous allez me dire.

CHARLOTTE , à part.

Nous y voilà.

Ptépouds, orna Lolotte ! ton cœur...

charlotte, hésitant et d'un air embarrassé. Mon cœur . .

WERTHER,, cherchant à deviner son sort dans les traits de Charlotte.

Charlotte, je suis à vous.

(// vaposerson chapeau et sa cravache sur la table, revient près de Charlotte , et tire de sa poche un pistolet dont il fait jouer la batterie}.

CH ARLOTT E , effrayée .

Que faites-vous? (à part. ) il m'effraie.

WERTHER

Ne faites pas attention.

CHARLOTTE

Mais ce pistolet;..

WERTHER

Simple mesure de sûreté. D'ailleurs ça dépend de vous. Dites-moi , Charlotte , plein de votre image, je vous ai conservé ma main , malgré toutes les occasions que j'aie eues de la perdre.

CHARLOTTE

Vous avez eu tort.

WERTHER

Tort ? est-ce que votre cœur ne serait plus dans l'état où. . .

CHARLOTTE

Si fait > si fait...

Ah! votre cœur est toujours dans l'état où...

CHARLOTTE

À peine fùtes-vous parti il y a six ans , que mon père revint du voyage qu'il était en train de faire à l'époque où vous m'avez connue , et ramena avec lui un ami de son enfance

( io) WERTHER.

tJn ami! (// arme).

CHARLOTTE

Dont la fortune lui avait inspiré l'idée d'en faire son gendre.

WERTHER

Son gendre ! ( II veut porter le pistolet à sa bouche , mais Charlotte , qui a suivi les mouvemens de Werther , lui retient le bras , toutes les fois qu il fait le simulacre de vouloir se suicider).

Mais le temps n'avait pas encore effacé de ma mémoire

les larmes que notre séparation vous avait fait répandre ,

( Werther désarme par degré son pistolet en prenant un air

de satisfaction ), et j'osai résister aux volontés démon père.

WERTHER , désarmant tout-à-fait.

O ma Charlotte ! quel baume et quel poison tu fais circuler tour à tour dans mes veines brûlantes.

CHARLOTTE

Cependant un jour mon père, las de mes refus continuels, fixa le jour démon mariage.

Werther , commençant à armer.

O Werther!

CHARLOTTE

Et voulut me forcer de marcher à l'autel.

WERTHER

Dieux/ ( Il porte de nouveau le pistolet à sa bouche ; même jeu de scène. )

CHARLOTTE , continuant.

Mais votre image vint se retracer à mon cœur ; je tombai sans connaissance. ( Werther désarme par degré. ) Mon futur et mon père craignant pour mes jours , renoncèrent» enfin, l'un à son projet, et l'autre à un cœur que je ne pouvais plus lui donner, puisque...

Werther ? désarmant tout-à-fait et posant les pistolets sur une table.

O ma Lolotte! le lait est moins pur, la crème moins douce y le miel infiniment moins suave que les paroles qui découlent de ta bouche consolatrice.

CHARLOTTE, à part.

Je le trompe, mais je le sauve.

WERTHER

Pardon , Lolotte, j'aurais dû commencer par là , depuis six ans que je suis parti.

CHARLOTTE

Eh bien?...

WERTHER

Air : Du vaudeville de partie carrée.

Nul mal n'a-t-il menace l'existence De Têtre cher par qui vous existez?

Du temps qui fuit la maligne influence jX'a-telle pas troublé ses facultés?

Croit-on des jours de ce père si tendre Longtemps encor voir s'étendre le fil?

Autrement dit , pour mieux me faire entendre , Comment se porte-t-il? ( ter. )

CHARLOTTE

Vous êtes bien honnête , il se porte assez bien.

WERTHER

Ah ! tant mieux ; mais ce bon père,, ce respectable père , ne s'offrira- t-il jamais à mes yeux attendris? car enfin , pour obtenir votre main, il serait peut-être nécessaire que je la lui demandasse.

( On entend un enfant crier dans la coulisse, )

Merci ma bonne , merci ma bonne.

WERTHER

Ne serait-ce pas lui que j'entends?

( On voit arriver Fijine avec un jeu de quilles à la main. )

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