SCÈNE XIX
LES MÊMES, LE ÏAiMBOUR-MAITRE.
LE TAMBOUR-MAITRE
C'est pour avoir l'honneur de saluer monsieur le futur, et souhaiter za mon lieutenaut une santé indéfinie et une prospérité idemdito, accompagnée de plusieurs autres... Tiens, mais ce n'est pas mon lieutenant. Qu'est-ce que vous m'aviez donc dit, M. Comtois, que c'était le lieutenant qui était le futur? COMTOIS.
Va toujours, ce n'est pas ton affaire; appelle-le toujours lieutenant.
DORVILLE
Qu'est-ce qu'il dit donc, Comtois ? Il m'appelle son lieutenant?
COMTOIS
Vous entendez la finesse, futur lieutenant!
DORVILLE
Est-ce que je serais déjà porté sur les contrôles ?
COMTOIS
Vous voyez bien.
DORVILLE
Oh! quel avancement! Moi qui n'étais que caporal à Troyes. (ûu tambour. ) Je suis flatté, camarade, del'aimable attention de la garde nationale qui veut bien m'envoyer un interprète aussi éloquent.
LE TAMBOUR MAITRE
Lieutenant, c'est pas l'histoire du pour-boire; c'est seulement la chose de dire : on salue son oflTicier.
DORVILLE {à Comtois).
Crois-tu qu'en lui donnant une petite gratification, je ne blesserai pas sa délicatesse.
Soyez tranquille, il ne s'en formalisera pas. (JDorvil te donne une pièce de monnaie. ) ( à part.) Paye, va, paye toujours.
LE TAMBOUR MAITRE
Lieutenant, sensible à voire politesse... C'est pour boire à la santé de la vôtre, et de celle de votre aimable épouse. (Le tambour fait un viouvement de sa canne à la feniitre , les tambours battent aux champs et les clarinettes jouent le môme air.^ DORVILLE.
Quelle harmonie ! Dieu ! la jolie musique !
COMTOIS
Et l'accompagnement, monsieur.
DORVILLE
Divin, divin, mon ami; on dirait du Rossini — Mais voilà les convives qui vont se réunir... C'est le moment de présenter les cadeaux, avant le départ pour la mairie. Comtois, va vite les chercher... là, dans mon appartement? COMTOIS.
Comment, monsieur, la corbeille est arrivée?
DORVILLE
Oui, mon cher, elle est superbe la corbeille, elle est superbe.... Un rose magnifique.
COMTOIS (à part).
Comment rose; mais je l'ai commandée blanche.
DORVILLE
Va donc; les voilà qui approchent.
COMTOIS
Ma foi, je n'y conçois rien; celui-là n'est pas de mon fait.
DORVILLE
Je jouis d'avance de la surprise de ma femme.