SCÈNE XX
EUGÈNE, Mad. de SAINT- VALERY, DORVILLE, gens de la noce, COMTOIS, ensuite , apportant la corbeille.
cnœuR.
Air de la walse de l'A^'ai-e en goguettes.
Tout est fini ( tù ) :
Ealin l'hymen a couronné leur flamme, Elle est sa femme , 11 est Lien son mari.
DORVILLE {présentanl la corbeille à Mad. de Saint-yalery.) Permetlez-moi , ma btllc dame .
De vous offrir Dieu !
Mon neveu.
CHœUR.
Tout est fini, etc.
DORVILLE
C'est encore lui (iù).
Oui, la fureur s'empare de mon âme, Près de ma femme Que vient-il faire ici?
DORVILLE (« Eugène).
Il me semble que je t'avais signifié...,
EUGÈNE
MoQ oncle.
DORVILLE {à Mad. de Saint-Valery).
Mille pardons , belle dame ; c'est que je suis d'une colère. . .
Mad. de ST-VALERY.
En effet, vous paraissez agité.
DORVILLE (à Eugène).
Tu me le paieras... (à Mrt</. de Saint-yalery.) Une foule d'importuns, les dames de la halle, la garde nationale, enfin toutes les tribulations qui affligent un pauvre fiancé... ÎHais j'ai entièrement soldé avec eux, et nce voilà totalement en mesure... Nous pouvons partir quand vous voudrez. <
Mad. de ST-VALERY.
Partir? Et pourquoi faire? Non , mon cher monsieur Dorville, j'entends que personne ne nous quitte. C'est ici que le repas et le bal sont préparés, et si vous nous avez manqué de parole là-bas, j'espère ^au moins qu'ici vous ferez preuve de complaisance.
DORVILLE {Snrpi-is).
Je vous ai manqué de parole là-bas? Mais d'où venezvous donc?
Mad. de ST-VALERY.
De la mairie.;.
DORVILLE
Laissez-moi donc tranquille.
Mad. de ST-VALE?,Y.
D'où vient donc votre étonnement?
DORVILLE
Ce n'est pas possible ; je vous dis que vous vous trompez. . .
Mad. de ST-VALERY.
Je vous jure , monsieur.. .
DORVILLE
Qu'est-ce que vous êtes allé faire là sans moi?
Mad.de ST-VALERY.
Me marier.
DORVILLE {hors de lui).
Comment, vous marier? Et avec qui donc?
Avec moi, mon oncle.
Ohl quelle atrocité ! Gomment, madame; c'est mon neveu.. ,1e suis anéanti... Ainsi donc, madame , vous me trompiez! Mad. de ST-VALERY.
Moi, monsieur?
DORVILLE
Cette lettre que vous m'avez écrite?
Mad. de ST-V.\LERY.
Je ne vous aip int écrit.
EUGÈNE
C'est moi, mon oncle.... qui vous ai annoncé....
DORVILLE
Il est fort celui-là !.. Quand j'ai les preuves en maiu, . Voyez, madame, dénierez-vous votre signature?
Mad. de ST-VALERY.
Cette lettre n'est pas à votre adresse.
DORVILLE
Voyez vous-même, Monsieur E. Dorville à Troyes.
EUGÈNE
Permettez, mon oncle; madame me croyait à Troyes, et je me nomme Eugène.
DORVILLE
Eugène, Eustache; ahl malheureux Eustache î
EUGÈNE
Cette lettre vous a été remise par erreur.
Mad. de ST-VA.LERY.
Ou plutOl par suite tle mon étourderic ; c'est tno'i qui n'ai mis que la lettre initiait; du prénom... Monàieur, combien je suis afiligée de ce malentendu.
C'est une horreur, unïvabomination!.. Non, madame,, non, je ne vous pardonnerai jamais une abréviation de cette nature- 1.^... Comment! moi qui ai payé une corbeille magnifique, et désaltéré la moitié de la garnison, EUGÈNE.
Quoi , mon oncle , vous avez payé ma corbeille !
DORVILLE
Non , de par tous les diables; c'est bien assez d'avoir payé celle-ci... que Comtois a achetée. "^
COMTOIS (à Doruille).
Monsieur, vous vous trompez; ce n'est pas celle-ci. On vous apportera la vôtre ce soir... sans faute. DORVILLE.
Il est possible î... Allons, je puis dire que c'est moi qui suis le... Adieu, je repars pour ïroyes.. . Garde ta femme, garde ta corbeille... Puisque tout est payé... Je ne réclame rien. . Mais je n'oublierai pas le tour infâme... (// veut sortir. Eui;cnc et macl . de Si- Valéry lé retiennent.') EUGENE.
Mon oncle, je vous en conjure ; non, vous ne nous quitterez pas sans nous rendre votre amitié.
Mad. de STVALER-Y Qui poavcz-vous accuser? Personne n'a voulu se jouer de vous... Le hasard seul vous a trompé ; voudriez-vous nous en punir tous?
DORVILLE
Allons, vous êtes une cnch-interesse. Je veux bien oublier tout cela, ù condition que tout restera secret, s'il est possible, car je vois qu'il y a beaucoup de dames dans la confidence. {A part.) Faisons contre fortune bon coeur, car je deviendrais la fable de toute la Champagne , si on savait. .. {Haut) . Eugène, je te pardonne,;pn(squ'i!le faut ; et si tu rends la femme heureuse , quoique j'aie beaucoup payé, je regarder.ù encore ce compte-là comme soldant en ma faveur.
EUGÈNE. ,
Ah! je vous reconnais, moQ oncle; accompagncz-noos en
Bretagne : demain nous nous mettons en route; tu entends, Comtois.
COMTOIS
Monsieur, tout sera prêt.
DORVILLE
Volontiers; justement j'ai des recouvremens à effectuer dans le Finistère.
COMTOIS, à Rosine.
Et toi, madivine, tandis que M. le Maire est sous les armes yeux-tu aussiconclure ?
ROSINE
Non, non ; tu vas partir avec monsieur; attendons ton retour, car il me semble que la responsabilité serait trop forts.
COMTOIS
Comme tu voudras.