ACTE PREMIER
UN DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur le baron 1 . . ,
BRASBiRO, entrant; il est frisé, pomponné^ tiré à quatre épingles.
Bonjour, Miguel 1... Eh bien ! comment me trouves-tu, hein? Je sors des mains de mon coiiïeur... quel homme, ce Lespès! le plus fort du Portugal, il n'y a pas à dire... Ja lui ai dit: surpasse-toi... il s'est surpassé... Voilà comme nous sommes, nous autres Portugais!... N'est-ce pas que je suis proprement accommodé?...
MIGUEL
Un soleil, Monseigneur...
BRASEIRO.
Ahl dame! on a beau être bien conservé, l'œil vif, le teint frais, la jambe souple... un peu d'art ne nuit jamais... Songe donc que j'attends ma femme aujourd'hui!... Une femme charmante, exquise, divine... du moins, je le suppose, car je ue la connais pas...
MIGUEL
Comment! vous ne connaissez pas la femme que vous avez épousée?
BRASEIRO.
Mais non! Tu sais bien que je me suis marié par procuration. . C'est le cousin Dégomez qui m'a remplacé, comme d'habitude.
UIGUEL.
Comme d'habitude?...
BRASEIRO.
Oui... J*ai le malheur d'élro très souvent veuf. Je ne
sais pas pourquoi, mais ça m'arrive plus souvent qu'à mon tour... Alors, chaque fois que j'ai envie de reprendre femme, j'envoie le cousin Dégomez qui ne fait que ça... c'est sa spécialité... Il se rend à Lisbonne, un grand centre ; il scrute, il observe, et, quand il voit quelque chose qui lui convient, il se dit : ça me plaît, ça lui plaira... Nous avons les mêmes goûts... Il fait la demande, on dresse le contrat, il signe pour moi et il me ramène la jeune personne... ça m'évite un dérangement... Cette fois-ci, il paraît qu'il a choisi une veuve... Je n'en ai jamais eue, ça me changera.
miGUEL.
C'est égal, à la place de M. le baron, j'aimerais mieux choisir moi-même.
BRASEIRO.
Mais le puis-je? Est-ce que j'ai le temps, mon ami?
MIGUEL
Le fait est que la position de gouverneur d'Elvas,.,
BRASEIRO.
Sur la frontière de Portugal et d'Espagne...
MIGUEL
Est loin d'être une sinécure.
BRASEIRO.
Toujours sur le qui-vivo... A chaque instant des alertes, la guerre...
MIGUEL
La guerre I...
BRASEIRO.
Ces Espagnols qui, pour un oui, pour un non, nous envahissenu... Ah! ces Espagnols!,..