PRÉFACE
Sons (T lilro simple : Paris Vivant, les artislos do la Soc,i{'l(' (lu Livre illustré vont présenter aux amateurs, directement, sans nul secours d'éditeur, une série curieuse d'('ludes sur. l'histoire pittoresque du Paris actuel. Ils ne viennent point les premiers dans le ^enre : depuis Mercier, charpie année a vu ('clon^ son ouvrage avec le nom de Paris en vedett(>; mais ce (pi'ils t'onl n'a point encore été tenté de cette manière. Us sont un groupe de jeunes, d'oseurs, (pii se sont partagé la hesogne et ont fait pour l'illustration de l'ouvrage un jk'u ce ipie .Iules Sandeau, Treorge Sand et aiilres avaient tenti- dans la Croi.r de Heriiij, une course d'ensemhle vers un hiil doniK'. lis veulent rendre dans leur écriture moderne, leurs dessins et leurs gravures, toute la ])hysionomie vivante et singulière de la grande ville, en pénétrer les recoins inconnus du honrgeois a couché toi,
levé tard », on marquer d'une note ironiffue et sincère les types ou les paysages.
Un journal de flâneur, de badaud avide de tout connaître, de rire ou de pleurer suivant le cas, la course romantique, si j'ose dire, de joyeux artistes, émus des moindres choses, qui ne laissent rien passer de la vie journalière, qui croquent en courant les plus simples histoires, depuis l'homme qui se casse des cailloux sur le ventre jusqu'aux pauvres honteux arrêtés à la porte d'un asile de nuit, depuis la belle fdle étalée dans un huit-ressorts jusqu'à la balayeuse des rues. Ce qu'ils vous donneront ainsi, vous le savez, ô bibliophiles, acquerra quelque jour l'importance des plus solennels mémoires. Restif de la Bretonne ou Mercier comptaient-ils beaucoup sur le succès posthume de leurs oeuvres lestement troussées et de leurs petites vignettes spirituelles et vraies? Même Gavarni pensait-il dessiner pour les chroniqueurs sévères de nos mœurs au xix*' siècle? Les artistes du Livre illustré n'ont aucune prétention, je le sais, mais à la réussite actuelle de leur travail se joindra, on peut sans crainte le leur prédire, le Tort regain d'une popularité ultérieure, que chacun de nous rêve tout bas, et que personne ne trouvera plus sûrement qu'eux-mêmes.
Habiles, ils le sont et « fm de siècle » on peut bien dire, car pour leur premier fascicule ils ont choisi le
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Journal, la piiissantx' du juiir, le uiuître qui dispense les renommées ou sème les oublis. Ils l'ont pris comme répondant le mieux par son essence à leur tentative. Le journal est un album quotidien de croquis rapides où l'audace, la dolence, le plaisir, l'esprit de tout un peuple s'inscrit d'heure en heure. Et pour en préciser la tourmur, c'est à un poète, à un fertile et étourdissant écrivain, journaliste par occasion, député (juelquefois, qu'ils se sont adressés, sûrs de rencontrer en lui le collaborateur pi'imesautier et disert dont leur verve s'accommodera.
Bientôt d'autres volumes viendront compléter la série; ils porteront tous ce cachet d'exactitude et de vérité, de pittoresque, que les artistes-éditeurs comptent montrer dans le Journal à Paris : journées d'élections, soirées de théâtre, après-dînées de musi(|ue, llàneries de badauds, existence de gens de lettres, amusements des foules, plaisirs de riches ou de pauvres, camelots ou linanciers, tout, en un mot, ce que nous frôlons sans le bien voir, dans notre lièvre laborieuse.
Ces livres séparés, tirés à petit nombre en grand luxe, seront ornés de dessins et de gravures à leau-forte ou suj* bois exécutés par les éditeurs eux-mêmes. Retour curieux el inatl(Mi(hi, en ce temps de besognes hâtives et mal venues, au labeur tran(piille, sérieux, patient, des premiers maîtres