‹ Le JournalChapitre 2 sur 13 · BOUCKOT · texte numérisé non relu

BOUCKOT

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« Achetez !... » El. le titre (lu journal sonne en coup ric clairon, un clairon enrhumé, avec des déchirures dans le cuivre : c'est le camelot qui s'empare du boulevard !

Dès quatre heures du matin, hiver /' comme ete, il a stationne dans la rue du Croissant, sous quelque porte secouée du bruit montant des machines, tantôt collé de dos à la muraille, les jambes en équcrre, le pouce tendu hors des poches, en l'étirement des mains rageusement enfoncées, tantôt accroupi sur le trottoir, silhouette de cariatide sans iardeau, comme agenouillé des reins, la tête dans les ('paules, les épaules dans la poitrine, la poitrine dans

l'Ali I s VIVANT.

les janibos, los jambes dans les ])iods. Queliiiiolois, rien dans le ventre : un vide répété qui lui lait des boyaux (le caoutchouc, pour l'ironique facilité de la dislocation.

Si c'est en hiver et que la « dernière nouvelle » ait mis dans sa poche un tintement joyeux, il a llànoché autour des Halles, non sans « licher » quelque litre chez le mastro(|uel, dans le niatineux brouhaha des maraîchers (pii arrivent. Histoire de se réchauffer, quoi ! et « y a pas d'mal à ça ! » Ou bien il a demandé un supplément de souj)e au marchand , un brave homme éreinté de vivre, qui a gardé sur sa face -y':/- 1'"^ lividili' crépusculaire des heures où il sort, les yeux lourds de sommeil, poussant devant lui la misérable charrette branlante où s'équilibre tant bien que mal une pyramide de vaisselles douteuses. Et les doigts ramassés autour du bol bien chaud, il s'est de nouveau, à petites gorgées, réconforté contre le froid devenu lentement visible au bord des toits, dans le blêmissement de l'aube qui envahit le ciel.

La rue du Croissant s'est réveillée, tout au moins par en haut; car en bas, sous le dégringolement des étages,

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