‹ Le Journal d'un bourgeois de GisorsChapitre 15 sur 38 · XX NOTICE SUR LE MANUSCRIT · texte numérisé non relu

XX NOTICE SUR LE MANUSCRIT

cTautres ouvrages, et de plus importants : dès i65o, Roland Fréard, sieur de Chambroy, avait dédié à la mémoire de M&r de Noyers, baron de Dangu, ministre et secrétaire d'Etat, un livre fort remarquable : le Parallèle de ï 'Architecture antique avec la moderne (Paris, in-f°. E. Martin, pi.) Bérée de Courpont a consacré deux pages de son petit travail aux luttes contre les Anglais ; il s^tend un peu plus longuement sur les guerres de la Ligue; et c'est ici que son ouvrage nous intéresse, en ce sens qu^l révèle l'existence de notre manuscrit, comme étant alors sa propriété,

« J'ay », dit -il, « une histoire manuscrite de ce qui s^est » passé à Gisors pendant les guerres de la Ligue... »

Sur quoi, il cite tout le passage compris depuis les mots : « Iceluy fieur du Mayne.... » jusqu'aux mots : « mieux taire que dire. » (V. ci-après, p. 26-28). M. Hersan, dans son Histoire de Gisors, a reproduit ce passage ; mais il semble n'avoir connu que le manuscrit d'Evreux, et avoir ignoré complètement la source réelle à laquelle il se trouvait avoir puisé cette citation.

Bien que paraissant avoir occupé une situation distinguée à Gisors et dansleVexin Normand, la famille Bérée, ou de Courpont, ne semble pas être d'extraction noble : on ne la trouve pas enregistrée dans le Grand Armoriai de Ch. d'Hozier, dressé en vertu de l'édit de 1696; et d^utre part, ces noms ne se rencontrent pas dans le Nobiliaire de Normandie de M. de Magny. Cétait une de ces familles bourgeoises, qui, nous l'avons dit, aimaient à conserver les traditions du passé, et qui, autant qu'on en peut juger, avaient l'amour des livres.

Dans quelles mains passa le volume après avoir fait partie de la bibliothèque du bailli de Dangu ? C'est ce que nous ne saurions dire exactement ; une main enfantine, ou bien inexpérimentée, a tracé, postérieurement à l'écriture de M. Bérée, ces mots sur le dernier feuillet : « Monsieur Champ ai gn. »

Le manuscrit devint enfin la propriété de Gaspard Moyse ,

marquis de Fontanieu, conseiller d'Etat, intendant et contrôleur général des meubles de la Couronne.

M. de Fontanieu avait collectionné une énorme quantité de pièces sur l'Histoire de France : il vendit au Roi toutes ses collections, le 27 août 1765, mais il en conserva la jouissance jusque sa mort (26 septembre 1767). En dehors des imprimés fort nombreux et des estampes, sa collection se composait : i°de portefeuilles manuscrits contenant plus de 100,000 pièces historiques; 20 de 376 volumes in-40, pièces fugitives, collectionnées et reliées ; 3° de ses ouvrages et pièces de ses intendances, soit environ 192 volumes manuscrits ; 40 enfin , d'environ 270 autres volumes de manuscrits anciens et modernes.

C'est dans cette nombreuse compagnie que fit son entrée à la Bibliothèque Royale le Journal d'un Bourgeois de Gisors; l'édition de la Bibliothèque historique de la France, du P. Le Long, publiée par Fevret de Fontette, en 1772, c'est-à-dire quelques années après, ne fait que signaler sommairement la collection des manuscrits du marquis de Fontanieu ; on ne saurait trouver là un éclaircissement utile à notre sujet. Grâce aux travaux de M. Léopold Delisle, les manuscrits de la Bibliothèque Nationale sont assurés désormais d'être plus souvent consultés et mieux connus : V Inventaire dont l'érudit Directeur a entrepris la publication, sera un véritable guide et un précieux catalogue pour les chercheurs de l'avenir.

Voilà donc comment le manuscrit de Gisors est actuellement conservé à la Bibliothèque Nationale où, avec l'autorisation de M. le Ministre de l'Instruction Publique, nous en avons fait la copie pour la publier. Nous n'en connaissons aucune édition ; cependant, plusieurs auteurs ont parlé de cette pièce ou l'ont invoquée comme une autorité ; nous citerons seulement Y Histoire de Vernon, de MM. Meyer ; M. A. Potiquet l'a consultée pour ses recherches sur Magny. Enfin, de l'avis d'hommes distingués et compétents en matière de publications, c'est un document historique intéressant, inédit, et à tous égards digne d'être publié.

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