‹ Le journal d'un évêque, publiéChapitre 19 sur 37 · PRÉFACE XXXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXXI

angoisse à cette heure un grand nombre d^éduca*» teurs, et les jeunes gens eux-mêmes sentent bien que tout n'est pas pour le mieux dans la façon dont, avec la meilleure volonté du monde, on les a trempés pour les luttes de la vie. Voici ce qu'on a pu lire récemment dans la Revue d'une Association dont la plupart des jeunes adhérents sont d'anciens élèves des premières maisons religieuses.

Ahl le cache-nez, quel rôle il a joué dans notre éducation et quelle confiance on avait en lui pour la lutte contre le courant d'air, ce croquemilaine moderne !

Nos parents craignaient les rhumes. Nos maîtres, plus que celles du corps, redoutaient pour nous les fluxions d*âme. Aussi quel luxe de précautions pour nous tenir chaudement, pour nous abriter du souffle ennemi venant du dehors par les entre-bàillements sur le monde, cependant réduits à l'indispensable. Nul vent funeste, nul souffle brutal n'arrivait jusqu'à notre nid tiède où Ton couvait notre venue, où poussait bien vite ce duvet lisse et soyeux qui fait si jolies les âmes d'enfants, mais d'un plumage, hélas! trop peu ferme pour résister aux brises violentes du large et qui trop souvent, à leur premier essai, se révèle incapable d'élévation ou de résistance, et les abandonne au tourbillon dont elles deviennent le jouet...

Je ne me targue pas de science pédagogique ; mais est-il téméraire d'affirmer que l'infériorité qu'elle a yis-à-vis de l'innocence, la vertu la rachète par sa moindre fragilité? Les plumes de couvée trop douil-

XXXlt PRÉFACE

lelte et les plantes de serre trop chaude ont ceci de commun devant la tempête : que leur artificielle venue se flétrit au premier souffle, se brise au premier choc; tandis que les petites plantes rabougries et les ailes menues des roitelets, fortifiées par la lutte sont à l'épreuve des caprices du vent. Les âmes d*enfants trop dorlotées, trop préservées des contacts mauvais, ont elles aussi des reflets superbes de candeur naïve, de liliale fraîcheur ; mais en elles le feuillage s'est épanoui aux dépens de la tige, les qualités du cœur au détriment de la volonté. Gare le vent pour la première épreuve !

Cependant n'exagérons pas nos reproches à Téducation de serre chaude; nous risquerions d'être injustes. Elle vaut mieux que celle du ruisseau, mieux encore que certaine culture en parterres ou en platesbandes. A elle nous sommes redevables de ce que nous sommes et nous aurions trop mauvaise grâce à nous mépriser. Ce que nous avons en nous de meilleur c'est à elle que nous le devons — lâche qui Foublieraitl — et peut-être, en somme, est-ce à nous seuls la faute de nos érergies trop peu développées, de notre initiative engourdie l — Cela dit, je suis à Taise (1).

La question est ainsi posée en excellents termes avec la justice nécessaire rendue aux intentions, sans la pointe d'acrimonie qui exaspère sous la plume injuste des pamphlétaires, avec la reconnaissance qu'on doit à des maîtres

(1) Revue de V Association de la Jeunesse catholique. — Z.'tnttiative de pensée et d'action chez les catholiques^ par Henrj Dazirb (février 1897), p. 66.

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