‹ Le journal d'un évêque, publiéChapitre 2 sur 37 · BUE BONAPARTE · texte numérisé non relu

BUE BONAPARTE

Toas droiu rtfaervés

n PRÉFACE

donné lieu à des critiques, soulevé même peutêtre quelques colères. Il n*est pas sûr qu'on les ait toujours compris. Je voudrais ici raconter en bref leur histoire, on verra combien l'auteur était éloigné des projets ambitieux qu'on lui a prêtés. Ce sera le meilleur moyen de répondre aux critiques, de dissiper les malentendus qui peuvent exister encore.

Ces livres qui paraissent le résultat d'un dessein concerté et laborieusement préparé sont nés au contraire avant tout dessein, ou plutôt, le dessein s'en est précisé à mesure que les pages succédaient aux pages sans autre unité que la logique des situations et de la vie, sans autre lien que Tunité de l'esprit et la persistance d'une même inspiration.

Les premières Lettres d'un Curé de Campagne furent en effet écrites sans dessein d'aucune sorte, pour fixer, en une notation d'art et de foi tout ensemble, des phénomènes de vie plutôt que pour tracer le plan de quoi que ce soit. Peu à peu, la figure du curé de Saint-Julien se précisa. Los idées ont leur logique. Celles qu'on prêtait à ce prêtre et qui n'étaient autres qu'une bonne volonté absolue à correspondre à sa vocation et

PRÉFACE ni

aux désirs récemment exprimés par Léon XIII i devaient nécessairement le faire agir de façon ' originale. De là Tétonnement que produisirent ses faits et gestes. On en eut au Monde des preuves multiples. Quelques-uns furent scandalisés. Ils le dirent très hautement. Un moment même il fallut suspendre.

La direction du Monde se décida à prendre le taureau par les cornes et à instituer une sorte d'enquête. On publia la lettre la plus violente qu'eût reçue la direction, la seule d'ailleurs dont l'auteur désirât se faire connaître (1). Peu de temps après, un article assez vigoureux défendait l'auteur des Lettres et faisait passer les rieurs de son côté. En même temps que cet article faisait justice des contradictions, il encourageait les approbations, elles vinrent nombreuses et on les publia comme les critiques. A partir de ce moment la cause du turé de Saint- Julien fut gagnée. L'auteur, qui ne comptait donner qu'une dizaine de lettres, fut ainsi amené à élargir le cadre de son travail, à raconter le cycle entier de la vie d'un curé. Ce qui n'était guère au début qu'un essai de représentation pittoresque devint une représentation sociale. Aussi, pour mieux exprimer sa pensée et la compléter, l'auteur intercala parmi les

(1) On trouvera cette lettre, l'article et les autres lettres dont il Ta être question k V Appendice à la fin du volume.

ÏV PRÉFACE

Lettres parues dans le Monde plusieurs lettres qu'il attribua au laïque correspondant du curé de Saint-Julien, il ajouta enfin les dernières oîi il est question des élections et des conférences agricoles faites par le bon curé.

Quelques jours après que les Lettres cTun Curé de Campagne eurent paru en volume (janvier 1894), M. Paul Harel, qui s'occupait alors de la fondation de la Quinzaine et travaillait à s'assurer le concours d'un certain nombre d'écrivains, pensa que l'auteur des Lettres d'un Curé de Campagne pourrait lui servir, et il vint lui demander de donner une suite à son premier livre. De là sont nées les Lettres d'un Curé de Canton. Sans ce concours de circonstances, il est probable qu'elles n'auraient jamais été rédigées.

Ici cependant il faut reconnaître que le plan existait déjà dans la pensée de l'auteur : les diverses œuvres auxquelles devait travailler le curé de Saint-Maximin avaient été étudiées et leurs lignes principales soigneusement combinées. Mais l'épisode du mariage du D* Verrier et de Mlle Fulvie, la grève, la mort du curé, tout cela a été inventé à mesure, selon que paraissait l'exiger la vitalité intérieure des personnages.

Cependant il était arrêté dans la pensée de l'auteur que le curé de Saint-Maximin devait mourir et mourir même avant de voir le fruit de son œuvre. Il y avait à cela plusieurs raisons.

PRÉFAGS ▼

Que ce prêtre déjà récompensé une fois ne lef&t pas une seconde par des avantages humains, cela d'abord semblait exigé par la haute moralité du récit; que l'ouvrier de sacrifice partit, le grain semé, sans lui-même voir la moisson, cela ensuite paraissait d'un symbolisme assez attachant et beau. Et enfin, le curé mort, Tauteur n'avait plus aucun prétexte pour aborder les problèmes autrement graves et difficiles qui se seraient imposés à lui, s'il avait voulu suivre son héros dans de plus hautes fonctions. De divers côtés, en effet, et même aux plus hauts degrés de la hiérarchie on lui écrivait : « Poussez plus loin, la voie est bonne », on lui demandait de mener son curé à l'épiscopat. L'auteur craignait ce redoutable sujet. C'est pourquoi il n'hésita pas à tuer impitoyablement le curé de Saint- Maximin.

Mais à peine était-il mort et les Lettres d^un curé de Canton avaient-elles paru en volume (mai 1895) que M. l'abbé Lacroix, fondateur de la Revue du Clergé Français^ venait demander que le Journal d!un Évéque fût écrit pour sa Revue. Après plus d'une hésitation l'ouvrage fut entrepris. Il devait ne former d'abord qu'un volume, il en a fait deux. Le premier a paru en octobre 1896, le second parait précédé de cette Préface. Seulement, tandis que la date des Lettres était une date contemporaine déterminée par les

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