V..., curé
R..., 6 mai.
J'aime à croire que vous me savez très dévouée à la cause que vous défendez si bien et très zélée pour la propagation du journal le mieux rédigé, le plus sage, le plus sérieusement chrétien que je connaisse. A ce propos, et bien que mon témoignage ne soit que de très mince valeur, je tiens à vous dire, monsieur, que je ne partage point l'opinion de ceux de vos abonnés qui blâment la publication des Lettres (Tun curé de campagne ; sans vouloir médire d'eux, leurs critiques semblent témoigner d*un esprit assez étroit... Tout ce qui est mesquin, égoïste, c'est-à-dire anti-français, m'afflige profondément. . . Oui, le curé de Saint-Julien rencontrerait ici les mêmes oppositions dans les châteaux et parmi ses confrères, car leurs préjugés sont invétérés, leur foi est plus robuste qu'éclairée, et les principes de la véritable charité paraissent atrophiés dans les cœurs les plus pieux...
J'ignore, monsieur, si l'adhésion de notre nouveau et éminent pontife figure parmi celles auxquelles vous faites allusion ; mais je puis affirmer que plus d'une fois, au cours de mes entretiens avec lui, comme avec son vénéré prédécesseur, nous avons échangé des idées absolument conformes à celles qui sont exprimées dans lesdites Lettres. C'est dans cet esprit de clairvoyance, de progrès,^ de modération que nous parait être le salut de notre pays.
Comtesse X...
Paris, 7 mai.
Vous n'avez pas à regretter l'amère critique de M. Fayet. Elle a provoqué parmi vos lecteurs une vaste consultation, une sorte de référendum qui vous vaut l'approbation de vos nombreux amis pour le présent et leurs précieux encouragements pour l'avenir.
Les Lettres d^un curé de campagne ont un charme infini pour tout lecteur de bonne volonté ! Elles disent le mot vrai sur la situation faite au prêtre dans les paroisses
rurales. Les relations sont devenues difficiles avec un châtelain qui sait rarement vivre de la vie de son siècle, qui, par fierté native ou par invincible horreur des idées modernes, slsole de ses compatriotes et ne connaît plus ses terres que par le nombre de perdreaux et du lièvres tués pendant la saison de la chassie. La châtelaine, femme d'un grand mérite et d'une irréprochable vertu» ne se fait pas toujours Tauxiliaire du curé. Pour elle, la cam-^ pagne est monotone et dénuée de toutes ressources. Aussi appelle-t-elle avec impatience le jour du départ pour Paris ou le chef-lieu départemental, où elle retrouvera ses amis dans un salon bien fréquenté, dans une étroite chapelle que ne vient jamais troubler le bruit des justes revendications populaires.
Elles sont surtout pénibles» les relations du curé, avec les gens qui vivent d*un métier manuel, les menuisiers, les cordonniers, les charrons, les maréchaux, etc. Ce sont pour la plupart les plus violents propagateurs des idées révolutionnaires. Sous la direction de l'instiluteur,dont ils se sont faits les âmes damnées, leur cons* tante préoccupation est la lecture d'un mauvais journal, la confection des listes et des bulletins qui doivent assurer le succès du candidat juif ou franc-maçon. « Mes huit aubergistes, disait un curé d'une paroisse de 400 âmes, ont élevé chacun chez soi une chaire en face de la mienne pour la contradiction et la destruction des idées religieuses. »
Mais qu'ils sont loin encore, ces nouveaux apôtres, d'avoir conquis le cœur de l'homme des champs ! Pour celui-là, les ministres sont responsables des divisions intestines qui, depuis quinze ans, font des habitants d'un même village des frères ennemis. Il murmure contre les impôts qui l'écrasent, contre les difficultés qu'il éprouve pour l'écoulement de ses denrées et de ses bestiaux à un prix rémunérateur. Il voit que toutes les faveurs gouvernementales vont aux amis de la grève et du désordre. Aussi, comme il préférerait aux engrais conseillés par
M. Viette pour combattre la sécheresse, des prières publiques, des processions dans toutes les communes de France, qui attireraient infailliblement sur ses champs et ses prés une pluie rafraîchissante. C'est qu'au fond de son cœur, le rural a gardé sa foi robuste, une calamité publique suffit pour la faire briller au grand jour.
Voilà ce qu'on a retrouvé dans les Lettres d'un curé de campagne. On aurait mauvaise grâce à ne point le reconnaître.
Après cela, que M. Le Querdec soit laïque ou prêtre, la question est peu importante. Ses avis sont d'un sage, l'essentiel est de les suivre. MM. M. Sepet, Welschinger, Huit ont souvent prodigué, dans ce journal, leurs éloges et leurs conseils aux prêtres qui se livrent aux fortes études, et il ne s'est levé personne pour les en blâmer. Leur compétence et leur courtoisie ont fait passer leurs avis avec elles. Dans un récent discours, M. de Mun ne s'est pas interdit, en sa qualité de laïque, de signaler au prêtre les moyens de hâter la pacification religieuse et sociale, et les nombreux ecclésiastiques qui se trouvaient mêlés à son auditoire ne l'ont interrompu que pour faire éclater leurs unanimes applaudissements...
C'est conforme à nos traditions françaises, où l'esprit laïque et l'esprit ecclésiastique, dans la partie saine de la nation, apparaissent toujours comme les manifestations diverses, mais mystérieusement unies, de l'esprit chrétien. C'est en vain qu'on a tâché de les dissocier. M. Yves Le Querdec contribuera à maintenir leur union si utile au succès de la cause des honnêtes gens. Au reste, votre journal, on a déjà pu s'en convaincre, évite les questions irritantes et propage les plus saines idées politiques, religieuses et littéraires ; son numéro du lundi est tout particulièrement précieux. Je vous l'ai dit de vive voix; je me plais à vous l'écrire, convaincu que je suis de r excellence de votre œuvre.
L'abbé M...
SaÎDte-F... (Charente-Inférieure) f 8 mai.
Je joins à cette demande toutes mes félicitations sur les Lettres d'un curé de campagne que vous publiez tous les lundis. Elles sont véritablement remplies de l'esprit sacerdotal, contrairement à l'esprit du jour qui n'est malheureusement que trop contraire à l'esprit de Notre- Seigneur Jésus-Christ. On voit l'homme inspiré du désir de procurer la gloire de Dieu et qui veut travailler au salut des âmes. Que n'avons-nous dans nos campagnes beaucoup de prêtres comme celui dont vous nous montrez le modèle ! Les populations deviendraient vite plus chrétiennes. Continuez donc, au risque de déplaire.
L'abbé D...