‹ Le journal de la comtesse de SanzayChapitre 1 sur 6 · CHEZ AUGUSTE AUBRY · texte numérisé non relu

CHEZ AUGUSTE AUBRY

l'un des libraires de la SOCIETE DES BIBLIOPHILES FRANÇOIS RUE DAUPHINE l6

M. D. CGC. LIX

De ùii

)L y a quelques années, nous avions publié dans \es3Iémoires de la Société des Antiquaires de Normandie une analyse du précieux Journal de la comtesse de Sanzay ; le tirage à part , très-limité , que nous en avions fait faire alors fut épuisé en quelques mois. Cet accueil favorable s'explique par la curiosité qui s'attache aujourd'hui à tous les documents qui mettent en lumière la vie privée d'au Irefoi/). Encouragé par cette bienveillance, nous nous sommes décidé à donner une nouvelle édition de cette étude.

Nous avons donc redemandé à la marquise de Saint-Léonard le vieux registre aux pages jaunies de la châtelaine de la Motte Fouqué, et nous l'avons feuilleté page à page pour réparer nos oublis, et lui faire de nouveaux et plus importants emprunts.

11 nous a semblé qu'il nous restait à étudier plus à fond encore cette société normande du xvF siècle, si nombreuse, si unie et si hospitalière ; nous nous sommes mis à interroger une à une les généalogies de tous les visiteurs du château de la Motte Fouqué, avec la pensée de rendre la vie pour un jour à tous ces morts oubliés sous l'herbe du cimetière de leurs villages, ou endormis sous les dalles de leurs chapelles seigneuriales. Grâce aux prodigalités de la comtesse de Sanzay, toute une province va passer sous les yeux du lecteur; mais, de tous ces noms inscrits si minutieusement sur son journal,, combien peu survivent aujourd'hui ! Lignou, Carrouges, la Motte Fouqué, grandes demeures où les d'Harcourt, les le Veneur, les Sanzay tenaient leurs états, que vous êtes silencieuses aujourd'hui!

Pour compléter notre première étude sur le prix et la valeur des choses d'autrefois , nous avons voulu interroger tous les livres qui s'en étaient spécialement occupés. Le Menagier de Paris, publié par l'un de nos amis, le baron Jérôme Pichon ; la Vie privée des François, de Legrand d'Aussy ; les Comptes de l'argenterie des rois de France , édités avec tant de soin par M. Douët d'Arcq ; les savantes études de M. L. Delisle sur V Agriculture au moyen âge; V Inventaire des m.eubles de Gabrielle d'Estrées; le Dictionnaire d'orfèvrerie chrétienne; les Recherches de M. Leber sur la fortune privée au moyen âge; celles de M. Lambert sur Bayeux; les Français des divers états^ d'Alexis Monteil; le manuscrit de M. de Brossard, l'une des raretés du chartrier du château des Ils-Bardel; le livre des dépenses de la reine de Navarre (Marguerite d'Angoulême), conservé au château de Couterne , nous ont fourni des notes et des rapprochements précieux. A la bibliothèque de l'Arsenal nous avons eu le bonheur de mettre la main sur les œuvres inédites de René III de Sanzay, le frère aîné de notre seigneur

de la Motte Fouqué. Les recherches qu'il avait faites, à la fin du xvi« siècle, sur le passé de sa propre maison nous ont également servi, et nous leur avons emprunté quelques nouveaux détails.

Enfin nous avons fait suivre le Journal de la comtesse de Sanzay par un Appendice , où , à côté de la prose remarquable à plus d'un titre de René III de Sanzay, le lecteur pourra trouver l'épître adressée par Vauquelin de la Fresnaye à notre châtelain de la Motte Fouqué. Pour faciliter les recherches, nous y avons joint une table détaillée, guide indispensable dans ce chaos de noms propres. C'est ainsi que notre mince brochure est devenue presque un livre.

\E nos jours, le goût des vieilles choses ne se ralentit pas : convertis en musées, les appartements modernes empruntent à d'autres époques leurs bahuts sculptés , leurs cabinets d'ébène incrusté d'ivoire, leurs fauteuils massifs aux pieds contournés ; le dressoir du moyen âge, la crédence du xvi« siècle (1), s'enrichissent chaque jour de ces mille riens que l'on se dispute au poids de l'or : ici la coupe émaillée de Limoges portant encore les armes de quelque haut suzerain; là le bronze florentin , ou bien encore quelque

(1) « On souloit nommer cela autiesfois buffet; mais, comme « les termes ue sont jamais semblables en ce pays-là deux années « consécutives, on le nommoit alors la crédence. » {L'Isle des Hermaphrodites, supplém. au Journal de Henri HI.)

statuette en ivoire ; un verre à pied du xv« siècle à côté de ces éblouissantes faïences de Faenza et de Rouen ; sur le cuir de Cordoue ou sur la tapisserie d'Âul)usson les vieux cadres eu bois de chêne étalent leurs capricieux enroulements, leurs découpures de feuillage ; la glace de Venise aux larges biseaux reflète les vases de vieux Chine; la pendule d'ébène rehaussée d'or, dont la sonnerie s'était peut-être arrêtée en pleine Fronde, retrouve son socle contre la boiserie de chêne, et se reprend à marquer les heures d'un autre siècle.

Celte religion des souvenirs ne s'est pas arrêtée là ; on ne s'est pas contenté d'emprunter à nos pères leurs étofl'es et leurs ameublements : de recherches en recherches , on a été amené à vouloir connaître leur vie intérieure, et l'on n'a pas dédaigné de relever les prix des choses même les plus vulgaires, tant l'intérêt s'attachait à tout ce qui pouvait donner une idée de la vie domestique d'autrefois.

Par un de ces hasards heureux qui datent dans la vie d'un bibliophile, un manuscrit du xvi« siècle est venu en nos mains : c'est le journal d'une noble châtelaine, de la comtesse de Sanzay, Marguerite de la Motte Fouqué. A l'aide de ce curieux registre , où la dépense de chaque année se trouve lidèlement consignée, nous pourrons conduire nos lecteurs dans l'intérieur d'un château normand, donner le prix des denrées et des étoffes à, la fin du xvi« siècle, et

surtout faire connaître la grande hospitalité qui se pratiquait alors, dans ces demeures que les exigences de la vie moderne nous font trouver si étroites.

Mais avant de suivre la comtesse de Sanzay dans les mille détails de sa vie domestique, disons quelque chose du passé du château de la Motte Fouqué, où elle vécut près de quarante-cinq années : ce sera la préface obligée de son curieux journal.

Le fief de la Motte Fouqué était un plein-flef de haubert, sous la mouvance de la baronnie de la Ferté Macé; il avait droit de haute justice ;, et s'étendait sur les paroisses voisines de Saint-Patrice et d'Orgères. Un papier terrier de la vicomte de Falaise, en date de 1316, nous apprend, en effet, que « le fye de la Motte doibt service au chastel de la « Ferté de quinze jours, et, en renforcement du dict « chastel, deux charrettes une fois l'an, quand le cas « s'offre. (Chaque service estimé à trois sols (1). » Il était, en outre, « tenu envers la dicte baronnie à '< dix livres, appelées rentes de la grande ayde [2].»

(1) En 4225, Philippe Hurepel, seigneur de Mortain et de Domfront, prétendit que la Ferté Macé était un fief mouvant de la vicomte de Domfront. 11 y eut enquête de chevaliers, qui déclarèrent que la Ferté Macé était tenue du roi en baronnie. (V. Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XV, p. 48.)

(2) Bibl. Imp. Suppl. franc, w 96. Ce même manuscrit contient un second abrégé du papier terrier de la vicomte de

Avant sa réunion au diocèse de Séez, en 1801, la paroisse de la Motte Fouqué dépendait du doyenné de la Roche Mabile ; Tévêque du Mans en avait le droit de patronage et en recueillait la dîme. Nous ne nous arrêterons pas à une vieille tradition imparfaitement justifiée qui , dans les seigneurs de la Motte Fouqué, veut voir les descendants directs des premiers seigneurs de la Ferté Macé, réduits , pour peine de leur forfaiture, à échanger leur nom primitif de la Ferté en celui de la Motte Fouqué (1). Cette prétention, constatons-le ici, se maintint jusqu'à la fin dans la famille de la Motte Fouqué. Pierre de Saint-Remy, dans des notes que nous avons retrouvées, parlant de la mort de sa mère, Madeleine de Saint-Remy, décédée, en 1618, au château de la Motte, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, a bien soin de rappeler qu'elle était la dernière de ce nom , en Normandie, descendue des premiers seigneurs de la Ferté lAIacé, et que ce nom n'est plus porté que par le baron de Saint-Surin, qui habite en Saintonge, et qui est un cadei de la famille de la Motte (2).

Falaise, en date de 1540. Nous y voyons qu'à cette époque le château de la Ferté Macé était démoli. L'emplacement qu'il occupait, y compris les fossés et places vides, s'étendait jusqu'à la rivière et à la poterne, et contenait « une acre et trois quartiers et demy, et valoit, communs ans, cinq sols. »

(1) .Manuscrit de M""= de Lachaux-Montreuil. [Charlrier du château de Rânes.) — Journal de Jacques de Saint-Remy. {Charlrier du château de la Motte Fouqué.)

(2) Journal manuscrit de Pierre de Saint-Remy. [Charlrier de la Motte Fouqué.)

Le premier titre certain que nous pouvons invoquer, c'est la vente des dîmes de l'ermitage de Saint- Patrice faite, en 1304, à Geoffroy de la Motte par les moines de Marmoutiers. Il n'y avait point encore, à cette date, d'église paroissiale dans la commune de Saint-Patrice (1). Le papier terrier de la vicomte de Falaise fait aussi mention, en 1316, de messire Geffroy de la Motte , chevalier « pour le fye de la « Motte. »

Dans les registres de la chambre des comptes de Paris, pour l'année 1339, il est fait mention de Barthélémy, de Jehan et de Huet de la Motte (2). Le 20 mars 1371, Guillaume de la Motte Fouqué rendit aveu d'un franc-fief situé dans les communes de la Motte et de Saint-Patrice (3). Ce fut sans doute lui qui;, en 1362, le jeudi avant la Conception , donna reconnaissance à Jehan le Cbapelais , chevalier, sieur du Bois-Hamelin, du droit de prendre deux chênes chaque année, dans la forêt de la Motte, pour réparation du manoir du Bois-Hamelin (4).

En 1397, suivant les registres de l'échiquierj Ou-

(\) Notes de M">= de Lachaux, extraites du Chartrier du château de Vaujois. [Chartrier du château de Rdnes.)

(2) La Roque, Histoire de la maison d'Harcourt, t. I, p. 890,

(3) Id., ibid.

(4) Notes manuscrites de M'"^ de Lachaux, extraites du Chartrier de Vaujois. {Chartrier de Rdnes.) — Le Bois-Hamelin, fief dans la paroisse de Saint -Oueu- le -BrisouL (F. Lepaige, Dictionnaire du Maine, t. II, p. 392.)

din de la Motte avait été établi tuteur de Guillaume Fouqué (1).

Roger de la Motte Fouqué fournit ses preuves de noblesse à la cour des aides de Normandie ^ le 7 septembre 1480 (2).

Dans la liste des abbés du Bec figure Jean de la Motte, troisième du nom, abbé du Bec de 1446 à 1452 (3).

Enfin, au nombre des cent dix-neuf chevaliers qui, en 1427, défendirent le Blont- Saint- Michel contre les Anglais , nous trouvons deux chevaliers du nom de la Motte. Ce sont bien là des la Motte Fouqué : nous ne voulons pour preuve de ce glorieux service que la confiscation par Henri V, roi d'Angleterre, des biens qui avaient appartenu à Hamon de Falaise et à Nicole de la Motte, sa femme (4); ces deux chevaliers doivent être Jean et

(1) La Roque, Histoire de la maison d'Harcourt, 1. 1, p. 889.

(2) Y. Piganiol de la Force, cité par la Chesnaye-Dcsbois, Dictionnaire de la Noblesse, t. X, p. 528.

(3) Auguste le Prévost, Notes jMur servir à l'histoire du département de l'Eure, p. H2,

(■4) Henri V donna à Guillaume de Gaillarbois les biens qui avaient appartenu à Hamon de Falaise et à Nicole de la Motte, sa femme, « de même que les tenoit Guillaume de Falaise, père de Hamon, et Jean de la Motte, pi're de Nicole. (La Roque, Histoire de la maison d'Harcourt, t. I, p. 890.) — En 1388, Jean de Falaise tenait le fief d'.\tliis de la seigneurie de Condé-sur- Noireau. [Histoire manuscrite des fiefs de Mortain, bibliothèque du château de Rànes.)

Guillaume de la Motte Fouqué. Ce dernier épousa Marguerite du Jlerlc , fllic du seigneur de Briouze et de Messei, et lorsqu'il rentra dans ses domaines, après avoir longtemps guerroyé contre les Anglais, ses vassaux eurent peine aie reconnaître.

On lui attribue la construction du château de la Motte Fouqué là où il est aujourd'hui : l'ancien château était situé dans la forêt de la Motte, au lieu qui se nomme encore maintenant la Vieille- Cour (1). Il laissa un flls, Jehan de la Motte Fouqué, qui rendit aveu de ses terres en juillet 1484 (2), et épousa Marguerite de Hauteville, dont il eut René et Guillaume de la Motte Fouqué, et une seule fille, Isabeau de la Motte Fouqué, laquelle épousa en premières noces Philippe de Harcourt, baron d'Écouché, Longé et Saint-Ouen (3), et en secondes noces François de Montagu , veuf lui-même de Barbe de la Perrière.

Ce qui rend si difficile la reconstitution précise de la généalogie de cette famille , c'est qu'une de ses branches a possédé la seigneurie de Lonlai-le-

(4) Chartrier du château de Rânes. '

(2) La Roque, Histoire de la maison d' Harcourt.

(3) Philippe d'Harcourt était le second fils de Jean de Harcourt et de Catherine d'Arpajon ; il avait épousé en premières noces Françoise de Mareul, et devint le chef de la maison d'Harcourt par l'extinction des deux premières branches. {V. la lloque, Histoire de la maison d'Harcourt , 1. 1, p. 879.)

Tesson, relevant aussi de la baronnie de la Ferté Macé, branche remontant à Jean de la Motte, qui donna aveu, en 1352, d'un membre de fief situe à Lonlai-le-Tesson. En 1513 , Guillaume de la Motte était seigneur temporel de Lonlai (i).

L'historien de la maison d'Harcourt cite encore un aveu d'un fief à Crasmenil (vicomte de Briouze), rendu le 13 avril 1352, par Guillaume de la Motte (2), et parle d'une branche établie en Bretagne, qui blasonne ainsi ses armes : de sable à la fasce d'or. La branche de Normandie portait d'azur à la fasce d'or, que les cadets brisaient d'un besant d'or à la pointe (3).

N'oublions pas cette branche de la Motte Fouqué, quij passée en Prusse après la révocation de l'édit de Nantes, a noblement soutenu l'honneur de ce nom à l'étranger.

« Dans la funeste , mais honorable défaite de « Landshut, nous dit l'historien des réfugiés pro- « testants, le général baron de la Motte Fouqué « tint tête avec huit mille Prussiens au général « Laudon, qui avait sous ses ordres vingt-huit « mille Autrichiens. Il rangea ses troupes en ba- •' taillon carré, et, après avoir consumé toute sa

(1) Lonleium Tessonis, ancien doyenné d'Asnebec. (Fouillé manuscrit du diocèse de Séez.) (2)>LaRoque, 1. 1, p. 890.

(3) Id., ibid., p. 891

w poudre, il continua de combattre à l'arme blan- « elle, repoussa pendant huit heures les attaques « furieuses de la cavalerie ennemie, et succomba « enfin sous le nombre , relevant par ce désastre « même l'éclat de sa réputation (1). Cette belle act tion^ suivant Frédéric II, ne peut être comparée « qu'à, celle de Léonidas et des Grecs qui défen- « dirent les Thermopyles , et qui eurent un sort (I a peu près semblable au sien (2), »

Laissons encore parler l'historien des réfugiés protestants : « La Motte Fouqué, petit-flls du héros « de Landshut, après avoir fait les campagnes de « 1793, 1794 et 1795 comme lieutenant de cavalerie « dans un régiment prussien, se voua entièrement « aux lettres, lorsque le traité de Bâle eut rendu la « paix à sa patrie. Il reprit les armes en 1813, et « combattit vaillamment à Lutzen, à Kulm et à Leip- « zig. Dans l'intervalle , entre ces deux périodes « de sa vie militaire et pendant la longue paix qui « suivit, il publia divers ouvrages, dont le plus jus- « tement célèbre est le roman d'Ondine, une des

(1) Ch.Weiss, Histoire des Réfugiés protestants, t. I, p. 200. Paris, 1853.

(2) Frédéric II , Mémoires sur la guerre de Sept ans , t. II, p. 88. Berlin, 4788. — Biographie de la Motte Fouqué, écrite par son pelit-fils. Berlin, \%2k. — Le nom de la Motte Fouqué est un de ceux inscrits sur la statue érigée récemment sur la place du château de Berlin, en l'honneur du grand Frédéric et de son siècle. (Ch. Weiss, 1. 1, p. 201.).

« créations les plus gracieuses de la littérature al- « mande (1).

Marguerite de la Motte Fouqué, dont nous allons suivre pas à pas la vie , était fllle de René de la Motte Fouqué, baron de Saint-Surin, seigneur de la Motte Fouqué, de la Poitevinière et d'Orgères (2), et de Renée de Coué. Son père, Jean de la Motte Fouqué, s'était allié à Françoise d'Anfernet, fille et héritière de Jacques II d'Anfernet , seigneur de Saint-Vigor- des- Monts. Sa sœur cadette, Madeleine de la Motte Fouqué, avait épousé, le 7 septembre 1566, Jacques de Saint- Remy, seigneur de Fié (3) et de Montigné, fils de Jacques de Saint- Remy et d'Yolande de Loré, nom qui au xv^ siècle fut si populaire, et personnifia glorieusement la résistance k l'étranger (4).

[i] C'est le seul de ses écrits qui ait été traduit en français. (Ch. Weiss, 1. 1, p. 216.)

La baronne de la Motte Fouqué, née Toile, vient d'en publier à Leipsick une charmante édition ornée de huit gravures coloriées.

(2) René était fils de Guillaume de la Motte Fouqué. [V. la Roque, Histoire de la maison d'Harcourt, 1. 1, p 889.)

(3) Fié, seigneurie dans la paroisse d'Assé le Riboul, au Maine, venue dans la maison de Saint-Remy par Isabeau de Montigné, vers 1440. [Bibl. Impér., cabinet des Titres.)

(4) La tradition est que cette maison est une branche cadette de l'ancienne maison de Saint-Remy, originaire de Picardie. La branche de Normandie porte : de sable au chevron d'argent accompagné de trois fleurs de lis d'or ; elle remonte à Jean de Saint-Remy, seigneur de Chauvigné, près d'Alcnçon, qui,

Suivant la triste nécessit(^ que l'époque faisait aux fllles cadettes , Marguerite de la Motte Fouqué entra en religion dans le couvent de la Trinité de Poitiers. Nous avons lieu de douter de sa vocation, puisque nous allons voir bientôt qu'à la faveur des troubles de l'époque elle quitta le couvent, pour suivre Claude de Sanzay, de cette ancienne famille d'Anjou, dont Ronsard a chanté quelque part l'illustre origine :

Mais ainsi que l'on voit toute chose mondaine Aller en décadence et n'estre point certaine , Aussi ne voit-on pas , eu chacune saison , Toujours en mesme estât une mesme maison ; Ains souvent elle change et d'armes et de race , Car toute chose humaine en ce bas monde passe.

d'Isabeau de Montigné, laissa Jean II de Saint-Remy, sieur de Fiée, marié à Françoise du Piu, d'où vinrent Ambroise et René de Saint-Remy. — Ambroise s'allia, en 1499, à Guyenne Coaisnon, fille de Pierre Coaisnon et de Julienne de Fesclial, et en eut Jacques de Saint-Remy, beau -père de Madeleine de la Motte Fouqué. Dans le dossier des titres de cette famille, à la Bibliothèque Impériale, j'ai relevé cette quittance :

« Sachent touz que je Pierres de Saint-Remy, escuyer eut receu « de Gillez Damel et Nicole Le Crouete trésor De cest présente « subside de gens d'armes octroyé à mons. le Dalphin de Vienn . « par les gens et eu pais de Normandie pour cause de ses guerres « neuf livres par que deus m'estoient de mes gaiges deservis « despuis le présent jour de ma monstre jusques au présent jour Il d'aoust et par compte faict de la dicte somme je me tien pour Il bien poié pour tout le temps dessus dict et donné à Rouen « soubz nostre sccl , le xii jour d'aoust mil ccc cinquante cinq. » (Bibl. Impér., cabinet des Titres.)

La tienne, mou Sanzay, sans avoir rien mué, A toujours son honneur au mieux continué, Comme ne venant pas d'une race petite , Où bien peu de noblesse en la maison habite , Mais de l'illustre sang des comtes de Poitiers, Dont tes prédécesseurs furent vrais héritiers.

A la fin de cette belle épître, que nous donnons en entier à l'Appendice , le poëte s'écrie :

Ta maison soit toujours toute pleine d'honneur ! La richesse toujours , et toujours le bonheur La puissent maintenir, et toujours puisse vivre Avecques un Sanzay un Ronsard en ce livre (1).

(1) Cette pièce de vers a été publiée dans le Ronsard , in-f», édité par N. Buon, M dc ix, sous le titre des Blasons, et dans la nouvelle édition de M. Blanchemain, qui a rétabli la dédicace au comte de Sanzay. Elle se trouve en tète de la Généalogie de la maison de Sanzay, dont'la Bibliothèque de l'Arsenal et la Bibliothèque Impériale possèdent toutes deux un manuscrit sur vélin, la première sous le n" 737 ; la seconde sous le n" 439, Sor6. Nous la reproduisons en eutier à r.\ppendice , et nous signalerons les nombreuses variantes qui existent entre la version imprimée et celle restée manuscrite.

Voici des vers que nous avons relevés sur le manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal ; le dernier renferme l'anagramme de J. le Fcrron , l'historiographe de la maison de Sanzay :

René, mon nom, — Sanzay c'est ma maison. — Mes armes L'oschiquier que lu vois aux martiaux alarmes. — Sans ayde , c'est mon cry. Je porte en mes bannières Ces armes de Poitou qui furent mes premières, Et & ce que tout soit fatal et que je face Rcuaistrc comme Œnéc en moy Kcné ma race,

Mais revenons à notre cliâtelaine do la Motte Fouqué, pour ne plus désormais la quitter. A quelle époque s'échappa-t-elle du couvent? Nous ne pouvons le préciser d'une manière certaine; mais nous présumons que ce dut être entre l'année 1568 et l'année 1571. Dans une note de sa main qui nous a été conservée, elle nous raconte comment elle partit, le !<='■ mai 1568, en compagnie de M. le marquis de Villars (1), de M. et de M-»" de Montpezat (2), et de Mme l'abbesse de la Trinité de Poitiers, pour aller prendre les bains à Caudes-Aigues et à Cauderetz (Cauterets (3).

Le riche rameau fî'or d'Hécate trois fois double

Pour devise j'ay prins — Que rien donc ne me trouble ;

Ainsi voire au travers de tout en fer on passe.

(V. Bibl. Imper., no 439, Sorb. — f. l'eiempl. de la Bibl. Mazar., no 1903.)

(1) Honorât de Savoie, marquis de Villars, était fils de René de Savoie, comte de Villars, et d'Anne Lascaris. Il avait épousé Jeanne de Foix, fille d'Alain de Foix, vicomte de Castillon, et de Françoise de Montpezat. Il fut maréchal de France en 4571, amiral en 1572. Guy de Montpezat, père de Françoise, avait épousé en 1502 Jeanne de Mareul. {V. la Roque, Histoire de la maison d'Harcourt, t. I, p. 880.)

(2) Serait-ce Jean de Montpezat tué devant Aix le 5 juillet 4593 ? Cette maison , qui se rattache à Constance de Toulouse , mariée en 1208 à Pierre Besnard, sieur de Sauves, et fille de Constance de France et de Raymond V, comte de Toulouse, porte d'azur au cygne d'argent nageant sur une rivière de môme , accompagné de trois molettes d'éperon d'or à la bordure du second émail charge de seize tourteaux du champ.

(3) Au xvi= siècle, le mois de mai était le mois choisi de pré-

Les voyages se faisaient alors à petites journées : partie d'Angoulème le premier jour de mai , la noble colonie n'arriva que le 13 à Laruns , oîi elle coucha au pied de la montagne.

« Le lendemain, nous dit notre voyageuse, mon- « tasmes la montagne, et fusmes au logis de la « royne de Navarre lui faire la révérence, estant « accompaignée du prince et princesse de Na- « varre , son filz (i) et fille , et de la princesse de « Nevers, qui a espousé le prince de Condé (2).

« Le xv« jour de may commençâmes à boyre des « eaux chaudes, et y demeurasmes jusques au 28 de « may. >

En quittant les eaux chaudes, la colonie prit la route de Cauterets. Elle y arriva dès le lende-

férence pour aller à Cauterets. « Par le conseil des médecins, « nous dit Marguerite d'Angoulème, le roy de Navarre, à ce mois « de may, s'en va aux baings de Cotteretz, où il se fait tous les " jours des choses merveilleuses. Je me délibère d'aller avecques « luy et faire pour luy ses affaires, car tant est que l'on est aux «baings, il faut vivre comme ung enfant, sans nul soucy. «> {Lettres de la reine de Navarre, édit. Genin, t. II, p. 189.)

Voir à l'Appendice l'itinéraire de ce voyage.

(<) Henri IV entrait dans sa quinzième année. C'est au commencement de cette même année 1568 que Jeanne d'Albret l'avait envoyé dans la basse Navarre pour y réprimer quelques troubles.

(2) Marie de Clèves. Elle était d'une grande beauté et inspira une vive passion à Henri HI. Elle abjura le protestantisme en 1572, peu de temps avant son mariage avec le prince de Condé, et mourut en 1.574.

main , après avoir passé par Lourdes et Pierrefilte ; elle en repartait le 3 juin. Que de fatigues ! quelle pénible route pour ne prendre les eaux que treize jours , et ne se baigner que trois jours à Cauterets ! Plus long fut encore le retour : partis de Cauterets le 3 juin, nos voyageurs n'étaient que le 30 à Pranzac ; ils y trouvèrent M. et M™« la princesse et M™»^ de Mézières (1).

Ce fut au retour de ce voyage qu'un événement imprévu décida de la destinée de notre héroïne : son frère, l'unique héritier de sa maison, Jean de la Motte Fouqué, vint à mourir à la fleur de l'âge sans laisser d'enfants. Un brillant avenir s'ouvrait donc pour Marguerite. Déjà à demi -enivrée par les plaisirs du monde, qu'elle n'avait fait qu'entrevoir, elle s'enfuit à jamais du cloître pour suivre le comte Claude de Sanzay, dont elle devint peu de temps après la femme.

Le mariage se célébra sans bruit, car Marguerite n'avait pas seulement rompu ses vœux : ce qui est plus grave encore, elle s'était faite protestante. La province avait les yeux ouverts sur les deux époux. Poétique interprète de la pensée de tous , notre grand satirique normand , Vauquelin de la Fresnaye,

(1) Gabrielle de Mareuil, femme de Nicolas d'Anjou, marquis de Mézières, lequel avait pour aïeul paternel Louis d'Anjou, baron de Mézières , fils naturel de Charles d'Anjou , comte du Maine. (V. Généalogie de la maison de Bourdeille, Œuvres de Brantôme, édit. de la Haye, i. XI, p. 498.)

tout lié qu'il était avec- le comte do Sanzay, ne lui épargne pas quelques malignes allusions dans une longue épître^ dont voici les derniers vers :

Je te diray mon avis Srancliement , Sans mes raisons déguiser nullement ; C'est qu'au hasard les sentiers et les routes Suivis de tous me plaisent par sus toutes , Et qu'il vaut mieux aller le grand chemin Que de passer dans le clos du voisin ('1 ).

Claude de Sanzay (2) était le troisième fils de René II de Sanzay et de Renée du Plantis (3) ,

(1) Nous donnons cette satire à l'Appendice; on y trouvera quelques détails piquants sur les mœurs du temps.

(2) Claude de Sanzay, sieur de Cossé, portait : de Poitou écartelé du Plantis , contre-écartelé de Bretagne et de Cossé, chargé de Sanzay, qui est échiqueté d'or et de gueules.

(3) Armes des du Plantis : d'or fretté de sable. Armes des Cossé : de sable à trois fasces d'or dentelées par le bas.

Voici la descendance de René H de Sanzay et de Renée du Plantis :

1" René HI, marié à Charlotte de Thais, fille de Jean de Thais,

capitaine général de l'artillerie de France, et de Charlotte

de Mailly; 2° Christophe de Sanzay, sieur de Saint-Macaire, qui entra

dans les ordres ; 3" Claude de Sanzay, sieur de Cossé, marié à Marguerite de la

Motte Fouqué ; 4" Charles de Sanzay, sieur de d'Ardanne; 5" Anne do Sanzay, comte de Magnannc, flUecl de messire

Aune de Montmorency, connétable de France.

comtesse de Magnanne^ dont la mère était une Cossé. Ce René II de Sanzay, qui fut longtemps gouverneur de Nantes, avait mal mené les affaires de sa maison : sans mesurer son dévouement au chiffre de sa fortune, il avait levé et entretenu à ses frais de nombreux hommes d'armes, voire même des gentilshommes pour faire service au roi François I'^'" ; enfin de longs et coûteux procès étant venus précipiter sa ruine, il s'était vu dans la dure obligation de vendre une partie de ses biens et d'engager les autres. «Au reste, homme de bien estoit-il, « bon chrestien , bon serviteur des roys et bon amy « de ses aniys (1). »

Il est temps de laisser parler elle-même la comtesse de Sanzay :

a L'an mil cinq cens soixante et onze, le xiii de « mars, nous espousâmes, et nostre contrat de ma- « riage fut passé et acordé par davent un notaire de « la cour d'Angers nommé Foullin. » Elle pouvait avoir alors de vingt-six à vingt-sept ans.

Le 13 d'avril suivant, elle prit possession de la terre de la Motte Fouqué , dont la forêt seule contenait 1,325 arpents, et fit partage avec sa sœur, Madeleine de la Motte Fouqué.

Le château de la Motte Fouqué ne devait pas alors avoir grand mobilier. « Pour commencer à

(1) Généalogie delà maison de Sanzay, Biblioth. de l'Arsenal, n» 737.

a nous meubler, nous dit-elle , advons achepté à la « Guibré (ij deux cielz de lit sans rideaux de bro- « derie sur estamet bleu l escus sol (-2).

« Quatre catelongnes blanches xxiiii l.t.

« Deux catelongnes rouges (3) xvi I. t.

« Un pavillon (4) et deux matraz xxx 1. t. (5).

« Un ciel vert à broderie xxv 1. t.

« Un mortier xxxv soubz.

(1) La foire de Guibray était alors, avec la foire de Beaucaire, une des plus importantes de France. ( V. les détails donnés sur Guibray, par M. Galeron, dans sa Statistique de Falaise, et V. de Caumont, Statistique monum. de l'arrond. de Falaise, p. 277.)

(2) ECUS au soleil. Le 2 novembre 1475, Louis XI fit faire des écus d'or au soleil, ainsi nommés parce que, au-dessus de la couronne, il y avait un soleil, du même titre que ceux qu'on appelait à la couronne; mais ils étaient plus pesants, parce qu'ils étaient de70aumarc. (Leblanc, Traité des monnaies, p. 9.)

(3) Catelongnes (couvertures). Ce mot est encore employé dans nos campagnes.

(a) On consacrait de fortes sommes à ces tentes, dais et pavillons, témoin ce pavillon compris dans l'inventaire des meubles de Gabrielle d'Estrées, estimé 3,000 écus. « Il était en tafetas « blanc, en broderie d'or et d'argent, semée d'oyseaux, bestions, « fleurs et autres Grotesques de soye de toutes coulleurs, garny « de son chapiteau de satiu blanc, ouvré de pareil ouvrage que « le pavillon. » (De Fréville, Notice historique sur l'inventaire des biens meubles de Gabrielle d'Estrées, Biblioth. de l'École des chartes, t. III, p. 148.)

(5) 0 Materaz, matheraz, matras, matelas. Edouard Thadelin « pour quatre pièces de samit, pour faire un matraz et un coussin, » XVI escus la pièce. » (l)ouét d'Arcq, Comptes de l'argenterie des rois de France, p. 18G.)

a Une boîte d'acier (i) c soubz.

« Plus, j'ai achepté cent livres de veselle d'estaing sonnant à sept soubz et demy la livre (2). 0 Deux douzaines et demye de petites escuelles. « Deux douzaines de plus grandes.

« Huit platz , iiii grandz et un petitz. « Troys douzaines d'assiettes, ix socieres. « Troys potz, troys pintes, deux chopines. « Une eguere d'estaing (3).

(1) « Ung grand miroir d'acier ouvré et doré. » (Inventaire de Charles VI, 1399.)

(2) Voici ce que possédait en vaisselle d'étain rarchevêque de Reims, en 1389 :

« sviii plats, grands et moyens, xlviii escuelles, une jatte « quarrée, deux quartes quarrées, deux quartes rondes à façon <i d'argent, une pinte quarrée, deux pots de trois chopines à façon « d'argent, un pol à ausmone et une chopine de potin, pesant « tout environ c et lv livres d'estaing. » (Testament de l'archevêque de Reims. — \. Dictionnaire d'orfèvrerie chrétienne, édit. Migne, p. 720.)

« Devant le Palais à Paris, nous dit Guillebert de Metz, de- « meure un pottier d'estaing, ouvrier de merveilleux vaisseaux « d'estaing, et teuoit des rossignols qui chantoient en yver. » (Description de Paris au xv= siècle, édit. de Leroux de Lincy, p. 54.)

« En 1423 la livre d'estaing valoit iiii soubz. » (Douët d'Arcq, Comptes de l'argenterie des rois de France.)

(3) Les aiguières destinées à contenir l'eau, soit pour le repas, soit pour les ablutions, étaient en général fort riches. 11 y en avait d'or et d'argent; souvent elles étaient éniaillées, quelquefois même c'étaient de véritables objets d'art :

Une aiguière ciselée et émaillée, pesant 2 marcs, 4 onces,

« Quatre chandeliers de cuivre de Villedieu, vu I.

XIII s.

« Plus, un baquet de cuivre viii 1.

« Un chaudron à passer poix et un autre avecq une poêle pour la cuisine un 1. t.

« Plus , un grand chaudron et un petit poêlon à « faire bouillie un 1. t. »

Cette longue nomenclature d'ustensiles de ménage nous remet en mémoii'e ce que disait un poëte du xv« siècle, Eustache Deschamps , dans son Miroir du Mariage :

Et si leur fault encor avoir

Beaux lis , beaux draps , chambres tendues ,

Dreçoirs , grant nombre de vaiselle ,

Maint plat d'ai'gent et mainte escuelle ,

Si non d'argent, si com je tain,

Les faut il de plomb ou d'estaiu ;

Pintes , pos , aiguiers , cliopines ,

Salières, et pour les cuisines

Faut poz , paelles , chauderons ,

Cramaulx (crémaillères), rostiers, sausserons (1).

17 estai. (Douët d'Arcq, Coinptes de l'argenterie des rois de France, p. 170 et 345.)

Un lyon d'argent, doré, cizelé en manière d'aiguière.

Une aiguière quarrce, dorée et lozcngée d'aimaulx des armes de France. (Inventaire du duc de Normandie. — ■ V. Dictionnaire d'orfèvrerie, édité i»ar l'abbé Migne, p. 50.)

(1) Eustache Deschamps, le Miroir du Mariage, édit. de Crapelet, p. 210.

Au mois de mai de l'année suivante (1573) , en bonne ménagère, la comtesse de Sanzay commence à acheter du linge :

« D'abord dix-neuf aulnes et demye de toile « d'œuvre de lin à faire tablez , avecq neuf aulnes « de grandes serviettes; le tout revient à mi^viii 1. a XV soubz.

« Plus troys douzaines de serviettes déliées de a mesme œuvre xxiiii 1. 1.

« Troys douzaines et demye de grosses serviettes « d'œuvre de lin ix 1. t.

t< Quatre-vingt-dix aulnes de toile de Laval pour « faire draps et chemises à xx soubz l'aulne.

« Deux cens ix livres de pleumes d'oye pour faire « des litz à viii soubz et demy la livre.

« Plus , en coiti pour faire les coittes (1) xxx 1. 1.

« En toile de lin pour chemises xxx 1. 1. xii s. (2).

(1) Le vieux français disait coûte et couste :

Mais il n'i ot COltte, ne oreiller, Ne couvretoir qui vansist un denier.

Auberis li Borgonuous, dans Keller, Romsart, p. 238. (Vers cites dans le Dictionnaire du Patois normand de M. du Mcrii.)

Pour deux taies, une à couste, et autre à coussin 9 1.

Pour entaier la couste 10 s. (Douët d'Arcq, Comptes de l'argenterie des rois de France au xiv' siècle.)

(2) Dans le compte d'Etienne la Fontaine de l'an 1332, la toile bourgeoise est prisée 3 sous 6 deniers l'aune.

La toile déliée (fine) 7 s. 6 d.

La toile de Compi^gne 9 s.

La toile de Reims (fiuc) 8 s. [Id., ibid.)

a Une douzaine de draps de lanfez xii escus (l).

« Sept aulnes et demye de futaiue blanche à xxxs. « l'aulne m escus et demy.

« Un tapis vert de trois aulnes x livres. »

Les années suivantes, elle y ajoute 90 aunes de toile de Laval ; de plus elle fait faire 44 aunes de toile de chanvre en estoupes pour draps. Enfln elle achète «quatre tablez de chanvre en œuvre, de « trois aulnes chacune, à un livres v soubz le ta- <•< blez, qui est en tout xvii livres , et elle a fait faire « trois douzaines de serviettes de mesme ouvrage < et de mesme fil. »

Quelle pouvait être la dépense du jeune ménage et de leur maison?

En 1483, la toile fine de Cambrai valait 1 livre l'aune. (Lober, Essai sur l'agir éciation de la fortune privée.)

Au commencement du xvi'^ siècle, suivant notre vieux clironiqueur de Bras de Bourgueville, « les toiles de Hollande valoicnt de 20 à 25 sols l'aune , les communes toiles ne passoient point 10 à 12 sols. i> [Recherches sur Caen, p. 83.)

En 1596, durant son séjour à Rouen, où elle fit ses couches, Gabrielle d'Estrccs acheta quatre cent dix aunes de toile du pays. (De Fréville, Inventaire des meubles de Gabrielle d'Esirées, Bibliotb. de l'École des chartes.)

(1) u Lanfais, lanfois, est un mot dont se sert notre peuple pour dire de la filasse qu'on met à la quenouille , proprement de la filasse de chanvre. Je ne sçais si ce mot n'auroit point este corrompu du latin lanificium. » (Moisant de Brieux, les Oriijines de Coutumes anciennes, p. 142.)

Suivant M. du Mcril , ce mot viendrait peut-être du breton. (V. Dictionnaire du Patois normand, p. 248.)

Voici les chiffres de Tannée 1574 :

VI bœufs, évalués à lxix livres le couple (l). IX vaches grasses, estimées en moyenne xiii 1. 1. XII moutons gras, à xxx livres les douze (2). V à VI pourceaux: gras (le lard valait à cette époque IV sous la livre).

Et pour aider à passer cette grosse nourriture :

(1) En 119S, en Angleterre, le prix moyen du bœuf et de la vache était de 4 sols. (L. Delisle, Etudes sur la Classe agricole, p. 612.)

En 1331, un bœuf valait 7 1. 13 s. 4 d., chiffre représentant, au pouvoir actuel de l'argent, 229 fr. 88 c.

En 1458, un bœuf gras valait 8 1. (Leber, Appréciation de la fortune privée au moyen âge.)

Nous trouvons dans le journal manuscrit de M. de Brossard, conservé dans le chartrier du château des Ils-Bardel, qu'en 1661, deux bœufs maigres, destinés à être engraissés, furent achetés 55 1. au marché de Condé-sur-Noireau, et revendus 75 1.;

Qu'en 1680, trois vaches grasses furent vendues 72 1. , et deux vaches maigres achetées 36 1. ;

Qu'en 1698, deux bœufs de harnois furent payés 117 1.

(2) En 1255, l'archevêque de Rouen estimait cent soixantetreize moutons et quarante-six brebis de son bétail du manoir d'Alihermont h 4 sols 6 deniers pièce. (L. Delisle, Etudes sur la Classe agricole, p. 614.)

Le prix d'un mouton était, en 1361, de 12 s. 3 d., et de 7 s. 8 d. eu 1458. Au pouvoir actuel de l'aigent, ce prix représenterait 38 fr. 70 c. pour 1361, et 14 fr. 5 c. pour 1458. (Leber, Appréciation de la fortune privée au moyen âge.)

VII pipes de vin clairet^ à xxx livres la pipe (i).

IV poinçons de vin d'Orléans à xxv livres le poinçon (2).

VIII tonneaux de cidre, dont le prix , cette annéelà, était de xxvi livres le tonneau, et qui variait de XII à xxx livres, suivant les années (3).

(1) Deux poinsons font une pippe.

Et deux pippea font un muy,

(Reine de Navarre, Marguerites (le la Marguerite, édit. de J. de Tournes, t. II, p. 342.)

On appelait vin clairet celui qui n'était ni rouge ni blanc. Il y eu avait de plusieurs nuances : gris, paillet, œil de perdrix. On estimait beaucoup ces couleurs bâtardes. (Legrand d'Aussy, Vie ■privée des François, t. III. p. 6-7.)

(2) Louis le Jeune faisait des largesses de son vin d'Orléans. — En 1510, quand les ambassadeurs envoyés par l'empereur Maximilien h Louis XII traversèrent la France pour aller trouver le Roi h Tours, la Reine, à leur passage à Blois, leur envoya trois barils de vin vieil de Beaune et d'Orléans. {Id., ibid., p. 7.)

En 1444, à Gaillon, le baril de vin (ou quart du muid) est estimé à 20 s.

En 1459, à Evrcux, une demi-queue de vin (un muid), 110 s. (L. Delislc, Etudes swr la Classe agricole, p. 610.)

En 1469, le vin était à 6 1. 8 s. le poinçon. [Entrée du duc d'Orléans à Tours, Vei'gniaud Romagnesi.)

En 1492, le vin coûtait 2 d. 1|2 la pinte, et une basse messe était payée 1 s. 3 d. — Il y avait donc six pintes de vin à, boire dans le prix d'une messe du xv siècle, et l'on n'en trouverait pas deux à prendre dans les 20 s. qu'on donne aujourd'hui en pareil cas. (Leber, Appréciation de la fortune privée au moyen âge.)

(3) En 1459, à Rouen, une queue de cidre (deux muids) était

A ces chiffres, il faut ajouter xxn livres pour la provision de sel , à ii livres le boisseau (l).

Plus, XV livres pour la provision annuelle de sucre, qui valait alors xxii sous la livre (2) ;

Plus, XXIII livres pour le poyvre, la noix de muscade, le clou de girofle et le gingembre (3).

estimée 65 s., et la même année, à Evreux, 4 1. 10 s. (L. Delisle, Études sur la Classe agricole, p. 610.)

En lo4i2 , d'après les tables de M. Leber, le muid de cidre coûtait 1 1. 10 s., ce qui mettait la queue à 3 1. (Leber, Appréciation de la fortune privée.)

Le tonneau, d'après M. L. Delisle, semblerait devoir être de la même contenance que la queue. Il est donc facile de suivre la progression du prix qui s'explique par la décroissance du pouvoir de l'argent.

(1) Voir les curieux détails donnes sur la cherté du sel par M. Leber, dans son Essai sur la fortune privée au moyen âge, note B, p. 283. — Au xvii<^ siècle, le minot de sel du poids de 100 livres, et qui , rendu à Paris, revenait à l'État, à 2.5 s., était revendu 42 1. (classe de la grande gabelle), et 25 1. (classe de la petite gabelle.)

(2) Voici, suivant M. Leber, les variations du prix du sucre : En 1426, 8 s. la livre, représentant, au pouvoir actuel de

l'argent, 14 fr. 41 c.

En 1342, 3 s., représentant actuellement 2 fr. 20 c.; en 1492, par exception, la livre de sucre coûta 2 1.

(3) Voici, suivant le Ménagier de Paris, t. II, p. 112, les prix des épices au xiv siècle :

« Une livre pouldre de gingembre colombin, Ils. « Un quarteron gingembre mesche, 5 s.

i( Demie livre canellc batue, 5 s.

« Deux livres sucre en pierre, 16 s.

Plus, ce livres de beurre pour la provision du carême à VIII livres le cens (1).

Plus ce livres de harengs lxxv soubz (2).

Plus XVII poingnées de mollues du moulin de la Motte, à v soubz pièce;

Plus, iiii-'^''xii carpes, peschées dans les étangs de la Motte.

Notons ici que le canon de Matignon , assiégeant Montgomery dans le château de Dorafront, devait se faire entendre jusqu'au château de la Motte Fouqué, car, durant les trois semaines que dura le siège, «le temps fut calme, sans vent ni pluie, « sans une seule nuée qui pût obscurcir la clarté » des étoiles » et favoriser la fuite de Montgomery et de la poignée d'hommes restés avec lui ; mais

« Un quarteron clou et graine, 6 s.

« Demi quarterou poivre long, 4 s. »

La plus renommée des pâtes, au xvi'' siècle, était le gingemlire confit. (Legrand d'Aussy, Fie privée des François, t. II, \t. 326.)

En 1430, la livre de poivre eu grain valait 4 s. 4 d. ; la livre de gingembre 8 s. 5 d. [Leber.)

En 1397, la livre de gingembre valait 20 s. ; la livre de poivre 20 s. ; la demi-livre de clous de girofle 41 s. [Journal manuscrit de la comtesse de Sanzay.)

(1) La livTe de beurre, en 1427, valait, suivant M. Leber, I s. 2 d., ce qui, au pouvoir actuel de l'argent, représente 2 fr. 33 c.

En 1466 , à Bayeux, la livre de beurre estimée 7 d. (L. Delisle, Eludes sur la Classe agricole, p. C19.)

(2) En 1499, le cent de harengs coûtait 16 s. 8 d. , évalués par .M. Leber à 22 fr. 90 c.

notre châtelaine n'a pas une phrase pour cette grande lutte (l).

«En ceste mesme année, reprend-elle, advons « fait faire ung pressouer, qui nous revient tout < parfaict à cens vingt livres tournoys. »

Le premier acte de propriété du comte et de la comtesse de Sanzay avait été de construire une forge, qui de ce moment prit le nom de Forge de Cossé, qu'elle a gardé depuis. L'emplacement leur en avait coûté 100 livres , la construction, avec les divers ustensiles, 6,000 livres. L'affaire était bonne : ils louèrent leur forge, le 17 décembre 1574, au sieur Pierre Chouet, pour 1,400 livres par an.

En commençant , ils avaient eu de grandes charges, de lourdes dettes à payer (2). Pour y faire face,

(1) Montgomery arriva à Domfront le 17 mai ; il ne fut attaqué dans la ville que le 23, sur les dix heures du matin. Cinq piùces de batteries engagèrent un feu très- vif jusqu'à quatre heures du soir. A ce moment, une large brèche s'étaut faite dans les murailles, Montgomery et ses hommes d'armes se retirèrent dans le château. Durant une semaine on ne put les y attaquer, faute de munitions; mais l'artillerie et les renforts arrivèrent de tous côtés, et il se trouva un moment près de 15 à 20 mille hommes devant Domfront, qui , suivant le récit d'un contemporain , « fourragèrent tellement que le pays eust esté ruiné si le siège « eust continue après la moisson. » {Journal manuscrit de Bois- Pitard.)

(2) Voici leur passif à cette époque :

« A Friquet, orfèvre de Paris, 1,800 livres tournoys et 15 escus sol; à M. de Lusson, 200 escus sol; à Bodin, marchant de Bres-

ils vendirent, en 1576, le bois de leur grande forêt, qui était un bois de haute futaie, aux sieurs de la Morlière et Lemore , niaitres de forges, pour le prix de 32,000 livres, dont on devait leur payer 5,000 liv. par an.

Le vin, en 1576, étant fort cher, la pipé de vin blanc de xxx livres étant montée à xlv livres, la comtesse de Sanzay supprima de la dépense le vin d'Orléans, se limita à cinq pipes de vin blanc, et par compensation acheta onze tonneaux de cidre , dont le prix, cette année-là, était tombé à xiii livres le tonneau.

A cette fin du xvi« siècle, le mode de fermage le plus usité en basse Normandie était la métairie. Le maître, de moitié avec son fermier dans le produit ou la perte du bétail, prélevait certaines redevances. Ainsi nous voyons la comtesse de Sanzay louer, en 1577, les deux fermes dites de la Basse- Cour, pour le terme de six années ou de six cuillettes , et se réserver quatre-vingts boisseaux de seigle, cent soixante boisseaux d'avoine, soixante livres de filasse, quatre-vingts livres de beurre, douze chapons et vingt-quatre poulets. Du froment, il n'en était pas question ; on ne le cultivait point

suire, 510 liv.; au sieur de Vaucoullenr, 170 liv.; h Fournival, marchant de Paris, 100 escus sol ; à Congnet , chapellier à Paris, 200 liv.; à Noucl de Haire, drapier à Paris, ^U liv.; au capitaine des Malletz à Paris, 260 liv.; aux cordeliers de Paris, .500 liv. Somme 6,069 liv. [Note de la comtesse de Sanzay.)

alors dans la paroisse de la Motte, et elle en acheta douze boisseaux pour la dépense de l'année, au prix de xxiii sols le boisseau (1). Le cheptel des deux

(1) Au commencement du xiv" siècle, le marc d'argent fin étant à i livres de compte , le setier de blé , de 240 livres de 16 onces, mesure de Paris, se vendait 13 sols, égalant en poids d'argent, ou d'après le prix du marc actuel, 9 de nos livres de compte des derniers temps.

Au x\"« siècle, dans une année tout exceptionnelle, en 1421, le prix du setier de blé s'éleva à 5 liv. , équivalant à. 185 fr. ; mais, en 1492, le setier de blé descendit à 15 s. , représentant 3 1.8 s.

9 d., d'après le prix du marc actuel. (Leber, Appréciction de la fortune privée au moyen âge.)

En 1662, le boisseau de seigle valut, à Condé-sur-Noireau, 103 s. ; à Falaise, 110 s., avec beaucoup d'ivraie; le méteil, 6 1.

10 s. le boisseau; le froment, 7 1. 1|2 le boisseau; l'orge, 100 s. le boisseau; l'avoine, 60 s. le boisseau; le cidre, 8 s. le pot. L'on trouvait quantité de pauvres morts par les chemins. [Chartrier du château des Ils-Bardel, journal manuscrit de M. de Brossard.)

En 1690, suivant JI. Lambert, le boisseau de froment, contenant 16 pots, valait 1 1. 18 s. ; en 1693, 3 1. 10 s. ; en 1706, année d'abondance, 18 s.; en 1709, année de disette, 3 1. 10 s. {Essai historique sur Bayeux, p. 209.)

En 1738, le seigle valait 3 1. 13 s. le boisseau; le froment, 5 1. ; en 1760, le froment, 4 1. le boisseau. {Chartrier du château de Fiers, registres du comte de Fiers.)

Dans un compte du xiv" siècle, dont nous devons la communication à M. Chàtel, conservateur des Archives du Calvados :

« Le boessel de fourment ( mesure de Roncheville) est prisé « 2 s. 3 d. ; le boessel d'avoine, 7 d. ; le boessel d'orge, 18 d.; « la livre de poyvre, 6 s. ; le boessel de sel blanc, 2 s. ; chappons « (pièce), 18 d.; un gueline (geline), 10 d.; le cent d'œufs, 2 s. « 1 d. ; un saulmon, 20 s.; une pare de gans, 13 d. ; un fer à « cheval, 12 d. » (Archives du Calvados, plez de la vicomte de Roncheville, en 1437, 1458 et 1459. — V. L. Delisle, Etudes sur la Classe agricole, p. 396 et suiv.)

métairies de la Basse-Cour comptait « viii bœufs , « XVI vaches, v génisses, vi veaux, vi chevaux, « Lxviii moutons. »

« En ceste mesme année, nous dit-elle, le xxvi de « febvrier, avons marchandé à faire la petite tou- <i relie où sont les garde robes du logis de la Motte « à iiii"l., la massonnerie en chaux, charpente, « ardoises, clou et serviteurs. »

L'année suivante (1578) un procès amena à Rouen le comte et la comtesse de Sanzay. (Ils plaidaient contre M. de Yassy, sieur de la Forêt -Auvray.) Quelle belle occasion pour la châtelaine de faire des emplettes !

« Advons fait faire, nous dit-elle, au dit Rouen, « un ciel de broderie de satin jaune paillé et de « velours noyr à, nos chiffres, et force tableaux de «. painture ; le tout ensemble nous revient à cent « escus (1). »

L'année suivante, ils s'occupèrent des embellissements extérieurs du château de la Motte Fouqué, et firent tracer une une grant allée de mille pas de

(i) Dans le manuscrit de M. de Brossard, nous voyons qu'en 1G68 les tableaux de Saint-Jean, de Saint-Hubert, de Saint- Oucn et do Saint- Julien, placés à l'autel devant son banc seigneurial dans l'église des Ils-Bardel, lui coûtèrent 12 liv. L'artiste se nommait le Bois le Houx, de Falaise.

Le poitrait de M"'" de Guise, par de Court, peintre du roi, n'avait coûté que 90 liv. (Monteil , les Français de divers Etats, notes du xyi"^ siècle.)

longueur, marchandée à deux cens six livres tournois.

En 1580, le comte de Sanzay, qui de ce moment se faisait appeler M. de Cossé (1), partit pour Paris, où l'appelait sa place de gentilhomme de la chambre, et où il rendit aveu de la terre de la Motte Fouqué (2). Il en ramena un coche (3), qu'il paya cent escus sol, y compris les harnoys des chevaux. Il acheta aussi à Paris de la vaisselle d'argent (4) et quelques hardes d'or, pour cent escus sol. Le lendemain de Noël, il rejoignit la cour à Blois; il y séjourna un mois, puis revint à Paris pour y attendre son père, le comte René de Sanzay, qui lui avait donné rendez-vous, et ne s'y trouva pas. Lassé d'attendre, notre châtelain retourna h la Motte; il y était à peine depuis quinze jours, lorsque son père, arrivé enfin à Paris, le manda auprès de lui.

(1) La terre de Cossé, au Maine, lui était venue par sa mère, Renée du Plantis.

(2) Voir cet aveu à l'Appendice.

(3) « Je sortois et entrois librement en coche, nous dit Marguerite de Valois dans ses Mémoires , sans que les gardes regardassent dedans. » [Mémoires de Marguerite, édit. de M. Guessard, p. 40.)

« Pendant l'hiver de l'année 1576, le roi et la reine alloient souvent se promener en coche. » {Journal de Henri III, collection Michaud, 1" vol., p. 62. — V. Ramée, Histoire des chars, carrosses, p. 69.)

(4) Le marc d'argent valait alors 24 liv. (Note de la comtesse de Sanzay.)

Ces trois voyages ne coûtèrent pas moins de 1600 livres.

De son côté, la comtesse de Sanzay achetait pour sa toilette :

« Six aulnes de serge d'Ypres à lxv sous l'aulne;

« Deux onces de passement à border, au prix de XXIII sols l'once ;

« Une livre de fil noyr à xxv sous ;

« Troys aulnes de gros de Naples incarnatin , au « prix de vu livres et demye l'aulne ;

« Le tout à XLV li^Tes tournois. »

Le mardi 17 juillet 1581, la comtesse de Sanzay partit pour Paris, en compagnie du dit sieur comte, ainsi qu'elle appelle son mari.Yoici son itinéraire, jour par jour, avec le chiffre de sa dépense :

« Le XVII juillet allasmes coucher à Alençon, 14 1. (1).

(1) « Nous logeasmes, nous dit Montaigne, à la Couronne, qui « est un beau logis et y sert'on en vessele d'argent et la plus « part des lits et couvertes sont de soie. » [Voyage de Montaigne, passage à Chà!ons-sur-5Iarue.)

Toutes les auberges de France n'étaient pas en un aussi bon renom, et Passerat, dans le sonnet suivant, s'est vengé de l'hospitalité qu'il avait reçue à Artenay et à Angerville :

Qui a rompu l'humaine et divine loi Qui a trahy sa foy, son pays et son Roy Et allumé les feux de la guerre civile.

Quiconque est celui-là, s'il veut que ses péchés Ne lui soient à la fois devant Dieu reprochés,

Qu'U dîne à Artenay et soupe à Angerville. (Voir V Histoire des Hôtelleries , par Francisque Micliel et Edouard Fouruier.)

« Le mardi xviii allasnies diner à Bcaumont et « coiiclier à Monligni ix 1. t.

« Le jeudi diner à Bonestable vu 1. t. ;

« Et coucher à LafTerté Bernard xiii l. t.

« Le vandredy diner à Nogent le Rotroux ix i. t. ,

« Et coucher à Champront ix 1. t.

< Le samedy diner à Chartres ix 1. 1. ;

« Et coucher à Àrmenonville.

« Le lundy diner à Bonnelle ix 1. 1,

« Et coucher à Pallezeau xi 1. t.

« Le mardi xxv diner à Paris xi 1. t. ;

« Et souper en la rhue de St.-Anthoine et notre « logis loué à XL soubz par jour (1).

« A Meudon fusmes promener xi 1. 1.

« A St.-Denys en France lx s.

« Le mardi viii d'aoust allasmes loger en la rhue « de Saine h la Bergerie; le logis loué à quarante « cinq soubz par jour.

« Depuis fusmes loger à St-Germain en la rhue « Neufve-au-Dauphin à un escu par jour pour le « louage du logis.

« Le ii« de septembre partismes de Parys à nous « en revenir et allasmes coucher à Neaufle vu 1. 1. « xviii soubz.

(I) En 1578, un dîner chez Lemore, traiteur fameux de l'époque, coûtait par tète environ 5 liv.; au pouvoir actuel de l'argent, 26 fr. 73 c. (Leber.)

V. à l'Appendice le menu d'un souper de Catherine de Médicis à Falaise, lors de son passage en cette ville en 1583.

« Le iiF diner à Serizay ix 1. 1.,

« Et coucher en la ville de BrezoUes ix 1. 1. x. s.

« Le iiiF diner au Creux-Chemin cxv soubz;

« Et coucher au Melle-sur-Sartre ix 1. 1. xiii soubz.

« Le v« jour diner à Allençon xiiil. t. et y ache- « tames huit pièces de tapisserie à ii^^lx 1. t. et « fusmes coucher à la Motte Fouqué (1). »

L'année suivante , la comtesse de Sanzay accompagna de nouveau le comte à Paris. Voici les étapes de ce nouveau voyage :

H Coucher à Sex (Seez) qui estoit le lundy prea mier janvier ;

« Le mardy diner à Echaufoux et coucher à «■ Laigle.

« Le mescredy diner à Saux et coucher à Es- « corpin.

« Le jeudy diner à Serizay et coucher à Houdam.

« Le veudredy diner aulx Clays et coucher à « St-Clou.

« Le samedy diner à Paris. »

Elle y séjourna trois mois , et n'en rapporta qu'une pièce de toile de lin de vingt-quatre aulnes à xxiiii soubz l'aulne.

A la fln de juillet, elle quitta la Motte Fouqué pour aller visiter son vieux manoir de Cossé au

(1) En 1542, suivant M. Leber, la tapisserie fine de marche ou baute lisse coûtait 5 liv. l'aune, représentant aujourd'hui 73 fr. 33 C.

Maine ; le mobilier en était si délabré qu'elle ne Voulut point s'y arrêter, et qu'elle en prit roccasion d'un voyage à Angers pour acheter des meubles. Elle en rapporta:

a Une grande garde-robe de sapin , couverte de « cuir et bien ferrée, xvi 1.

a Une douzaine de draps de Lenfez, xii escus.

« Deux nappes avec deux douzaines de serviettes « de lin, xvi 1.

0 Sept aulnes et demie de futaine blanche à xxx s. « l'aulne.

« Deux grandes catelongnes, l'une blanche et « l'aultre verte, xxxii 1.

« Un tapis vert de troys aulnes, x 1.

« Deux douzaines d'escuelles, quatre platz, deux « douzaines d'assiettes, six socières, le tout d'es- « taing, et se monte le tout pezant soixante-quatre a livres qui revient à viii soubz la livre, xxx 1.

(1) Voici quelles étaient les principales pièces de la vaisselle d'étain d'une famille noble de Rouen , en 1412 , suivant uu document publié par M. Stanislas de Saint-Germaiu :

« Six plas d'estain, dont il y en a trois grans et trois petis, douze escuelles d'estain, c'est assavoir six grandes et six petites avec six petis saussiers d'estain, 40 s.

« Uem trois pos d'estain à la mesure de Fontaines; — item une pinte à la mesure de Rouen; — item deux choppines d'estain à la mesure de Fontaines; — item deux sallières d'estain, 30 s.

« Uem treize grans plas et six petis et ung grant plat d'estain percbic, 56 s. 8 d.

« Plus deux chandeliers de cuivre, l s. (1), « Un chaudron, un bassin à laver des herbes, qui a sont de cuivre; une poêle de fer avec la cuillère, « une pinte, une chopine et un pot de chambre qui « sont d'estain. »

C'était l'année des emplettes : elle revient à la mi-août pour aller à la foire de Guibray, où elle achète :

o Un couple de chevaux, cinquante escus pièce, « pour ce cent escus (2).

« Deux catelongnes blanches, ix escus.

« En sucre et épicerie, viii escus.

« En dragée, iiii escus (3).

« Item deux dousaines de grandes escuelles d'estain et six petites, 63 s. 4 d.

« Uem cinq sallières d'estain quatre grans et une petite, 7 s. 6 d.

<i Item ung benesquiez d'estain, 5 d. (V, de Saint-Germain, Un Partage mobilier en 1H 2. — Bulletin monumental, t. XVIII, p. 445 et suiv.)

(1) « Item onze candelliers a bougie esmaillics,25 s. » (De Saint- Germain, Un Partage mobilier en i4iS.)

(2) Dans l'inventaire des meubles de Gabrielle d'Estrées, il est fait mention d'un attelage de quatre chevaux gris -pommelé « aagcz de cinq à six ans, prisés trois cens escus. » (De Freville, Bibliothèque de l'École des chartes, t. III, p. 159)

(3) Voici un compte du xv"= siècle qui nous fait connaître ce que coûtaient alors les friandises :

« Ce sont les espices de chambre que Jehan Noble, espicier et vallet de chambre, a délivrées pour M. le duc de Normandie,

« Une livre de soye noire, m escus.

« En selles pour les chevaux, ix escus.

« Quatre aulnes et demye de serge de Beauvoys « pour unerobbe, à vi 1. l'aulne.

« Une once et demie de passement de soye noire, « <à XXXIII s. l'once, et viii aulnes de frize rouge à « xii soubz l'aulne. »

Pour faire face à toutes ces dépenses vient s'aligner sur le livre de compte une somme de quortorze mil six cens livres, prix d'une vente de bois de haute futaie faite au sieur de la Cronerie. Avec le reste de la somme, la comtesse partit pour Paris vers la fin de décembre, où elle passa deux mois ; elle y acheta « cinquante gerbes d'or et

Dalphin de Viennois, pour le mois de juillet, contenant trente et un jours.

« Sucre rosat en plate, 36 livres à 8 s. la livre, argent 131.8s.;

« Anis confit, 32 livres a ce pris 12 I. 16 s. ;

« Manus christi, 25 livres a ce pris 10 1. 8 s. ;

« Noiesettes confines, 26 livres a ce pris 10 1. 8 s.;

i< Dragée grosse, 11 livres à 12 s. la livre 6 1. 12 s. ;

<i Sucre rosat vermeil, 15 livres à 10 s. 7 1. 10 s. ;

« Citron, 8 livres à 18 s. la livre 7 1. 3 s.

" Eau rose, 12 barilz, 6 s. pièce 72 s. » (Cliartrier du château de Ronteugerai. V. le Ménagier de Paris, t. II, p. 92 et 122.)

u Ânnis, madrian , noix confites

o F.t autres espices assez

« Que je suy de nommer lassez. »

(Eustachc Deschamps, édit. du Crapelct, p. 212.)

0 LUI feuilles d'or, au prix de xvi livres; le tout « pesoit deux onces trois gros et un estelin.

« Plus XIII boutons d'or pesant trois onces, deux « gros, une maille, trois grains qui se montent à « iiii"v livres tournois vi sous et de façon xiv li- « vres (1). Sur quoy, elle baille au sieur Friquet, « orfèvre, trois onces, deux gros de vieil or. »

Revenue de Paris le 15 février, et n'ayant soldé que très-difficilement les frais de ce coûteux voyage avec le prix d'une nouvelle vente de bois de haute futaie à M. de la Morliére, notre châtelaine se résigna à passer à la Motte le printemps et l'été de l'année 1583.

Son beau-frère, René III de Sanzay, chef de leur maison, qui y était venu pour la première fois, y fut pris de maladie, et y mourut le 25 de septembre.

Dans le journal de notre châtelaine, la mention de cette mort se trouve placée entre un compte de sucre et un compte d'escuelles de dessert. Elle ne trouve pas un mot , pas un regret pour cette grande

(1) Voici une note de la main de la comtesse de Sanzay :

<< Dans Parys, l'once d'or vault 26 livres ; les deux gros qui est

<i le quart d'once 6 1. 10 s. ; l'estelin a 28 grains ; la maille

« 14 grains; le feslin qui est le quart d'estelin 7 grains. » Suivant Alexis Monteil, la livre d'or valait, au xvF siècle,

444 fr., et la li\Te d'argent 37 fr. 10 s, [Histoire des Français

des divers états, t. VI, p. 182.)

illustration de leur famille ; nous allons essayer de suppléer à cet impitoyable silence :

René III de Sanzay fut l'un des chambellans du roi Charles IX, et fit partie de son conseil privé (1) ; mais, chez lui, l'homme de guerre l'emporta toujours sur rhomme de cour. Durant vingt ans, il vécut au plus fort des guerres (2); treize fois il fut envoyé en ambassade. De tout ce labeur, nous ditil, «n'ay jamais espéré et ne veulx aultre récom- « pense que continuer la réputation d'estre loyal « chevalier. »

Lorsque l'épée vint à peser à son bras débile, quand l'âge lui commanda la retraite : « Je me « suys résolu à la vie domestique et aux grandes « et presque insupportables affaires de ma maison, « provenants de ceulx desquelz je debvois recevoir « tout bien et contentement (3). »

Etait-ce là une triste allusion au mariage de son frère cadet avec l'héritière de la maison de la Motte Fouqué , devenue protestante ? Nous sommes porté à le croire, car René de Sanzay était pro/on-

(1) Son bisaïeul, Étienue de Sanzay, était l'un des chaiiibe4lans de Louis XI, et son arrière-grand-onclc , Etienne de Sanzay, commandait, eu qualité de colonel général, les francs-archers de France.

(2) Généalogie de la maison de Sanzay. {Bibliothèque de l'Arsenal, n" 737.)

(3) Ibid.

dément attaché à la religion catholique, et dans de touchantes recommandations qu'il a laissées à son fils aîné, Charles de Sanzay : (< Chassez sur toutes « choses, lui dit-il, chassez d'avec vous l'hérésie, « vacquez souvent à oraison; que l'abus des preb- « très ne vous facent séparer de l'Église, et croi- « rez que tout cela sont punitions de nos pe- « chez qui nous rendent indignes d'un meilleur « temps (1). »

Au milieu des camps^ le comte de Sanzay s'était toujours senti porté aux recherches historiques. A ses heures de loisir, il déchiffrait les vieilles chartes, feuilletait les anciennes chroniques. Les nobles occupations de son âge mûr devinrent la ressource, la consolation de sa vieillesse. Il voulut réunir, coordonner toutes les notes éparses qu'il avait prises çà et là sur la noblesse et sur les devoirs des gentilshommes; car il espérait lui, l'homme de l'ancien temps, quelque profit de son expérience et de ses observations pour la génération nouvelle: « Nous sommes, s'écriait-il avec tristesse, « nous sommes, en nos novalites, esloignés des « bonnes et politiques institutions. » Aussi ce qu'il ambitionnait en prenant la plume, c'était « de poul- « ser ses lecteurs à ne plus tant se desvoier du

(1) V. à l'Appendice ce dernier advis du comte de Sanzay à son fils aîné; nous l'avons relevé à la Bibliothôque de l'Arsenal. Nous y avons joint la Préface de le Ferron, l'historiographe de la maison de Sanzay, et l'Épitaphe de René lU de Sanzay.

« chemin d'honneur et de redresser au plus tôt le « bastiment de cette monarchie sur le premier fon- « dément d'icelle; de paour que ce bastiment sé- « paré du fondement conféré à la noblesse n'attire la « chute de l'Estat, qui se doibt maintenir par la « réduction de tous Estatz en leur premier ordre « et le limite de la monarchie. C'est sans art ou « grammaire qu'il entend écrire, en style commun «■ de gentilhomme , souvent interrompu par les « soings des affaires, amateur de vérité plus que « d'éloquence (1). »

Il ne se contenta pas de léguer de stériles conseils à son fils; il lui parla plus encore par ses propres exemples, fondant à Sanzay « une escole i< et collège pour la jeunesse, et une aumosnerie « pour l'hospitalité des pauvres indigents et raa- « lad es (2). »

Nous nous sommes proposé d'étudier cette fin du xvF siècle dans ses mœurs et dans sa vie domestique : ce n'est donc pas une vaine digression que de reposer un instant nos regards sur une si belle figure. Au milieu de la confusion des guerres civiles, dans les plus mauvais jours de notre histoire, il y a toujours eu en France quelques cœurs d'élite, quelques foyers privilégiés oii se conservent le respect des grandes choses, le culte des

(1) Bibliothèque de l'Arsenal, n° 737.

(2) Ibid.

traditions, et l'attachement inviolable aux grands principes qui , en dépit des révolutions; nous ont faits tout ce que nous sommes.

La comtesse de Sanzay n'aimait pas à s'arrêter longtemps à des souvenirs tristes. La sécheresse de son journal, quand il s'agit de la mort de l'un de ses proches, ne nous laisse aucune illusion sur sa sensibilité. La mort de son beau- frère lui fit pour quelque temps prendre en dégoût le séjour de la Motte Fouqué, et, au mois de janvier de l'année suivante, elle alla s'établir à sa forge de Cossé, où elle se fit meubler une petite habitation, et où elle tint maison; mais le soin de sa santé l'obligea bientôt à entreprendre un grand voyage. Le 22 juin 1584, elle partit de sa forge pour aller aux bains de Spa.

Suivons-la dans ce voyage à petites journées, qui nous fera connaître les routes que l'on parcourait dans ce temps-h\ :

« Le xviie de juing diner à Joué-Duboys , coucher « au Vieux-Pas.

o Le xviiF diner à Ranne et coucher à Argenten « et y séjournâmes le lendemain.

« Le xx« diner à Vimoutier, coucher à Orbec qui « sont dix lieux la journée.

« Le xxi« diner au Pont-Autour et coucher au a Bouteroude ; sont dix lieux la journée.

« Le xxiP diner et coucher à Rouan vi lieux et y « séjournâmes deux jours.

« Le xxiiiie diidit moys partîmes de Rouan pour « aller coucher à Escouys : ce sont sept lieux la « journée.

« Le lundy xxv« passâmes par Trepagni , ou y a « château qui est à madame de Longueville , pour « aller diner à Gisors, qui est une ville, et passa- « mes contre le château de Trie qui est à laditte o dame pour aller coucher à Beauvoys en Beau- « voysin, fort belle ville : ce sont xiii lieux.

« Le xxvi« diner à St-Just, qui est une abbaye a de moynes, et coucher en la ville de Mondidier : « ce sont X lieux le jour.

« Le xxviii^ du mois partismes de la ditte ville, a passâmes la ville de Roye pour aller diner à Ham « ville et coucher à la Fére ville frontière , ou il « y a fort beau château : ce sont xiv lieux la jouro née.

« Le xxixe diner à Pierrepont bon bourg, et cou- « cher en la ville de Moncornet : ce sont xi lieux « la journée.

« Le xxx« jour du dit mois nous fumes diner à St- " Jehan qui est un bourg, et coucher à Meziere « ville frontière : ce sont xi lieux la journée.

« Le ii« de juillet 1584 partismes de la ditte ville o pour nous embarquer sur la rivière de Meuze, « passâmes devant le château Renault , qui est à « mons' de Guize, pour aller coucher à Ervain, qui « est un bourg au Roy d'Espagne : ce sont vi lieux « la journée.

« Le iii« nous nous mismes sur la ditte rivière, « passâmes à Ciiariemont, qui est ville de forteresse « au Roy d'Espagne, et deux beaux bourgs tout au- « près appelez Givet de ça, Givet de la, la rivière « entre les deux ; passâmes ung aultre château ap- « pelé Chateau-Therry , forteresse au Roy d'Espa- « gne, coucher en la ville de Diuan : ce sont xii « lieux la journée.

« Le ive de juillet nous remontâmes sur l'eau ou a passâmes une petite ville nommée Louvain, ou y « a château , et la ville de Namur et un château « nommé Sansom, le tout au Roy d'Espagne ; cou- « cher à Huy, fort belle ville et fort beau château : « ce sont X lieux la journée.

« Le v« du mpys diner en la belle ville de Liège (1 ou séjournâmes trois jours (1) : ce sont v lieux la « journée.

(1) Faute de renseignements dont notre châtelaine n'est pas prodigue, nous allons recourir aux Mémoires de Marguerite de Valois, la femme de Henri IV. Elle y séjourna un mois en 1577, et nous en raconte des choses merveilleuses pour le temps :

« La ville est plus grande que Lion , et est presque en même « assiete, la rivière de Meuse passant au milieu ; très-bien bastie, « n'y ayant maison de chanoine qui ne paroisse un beau palais; <i les rues grandes et larges ; les places belles, accompagnées de « très-belles fontaines, les églises ornées de tant de marbre (qui " se tire près de là) qu'elles en paroisseut toutes ; les horloges « faictesavec l'industrie d'AUeraaigne, chantans et représentans « toute sorte de musique et de personnages. » (Mémoires de Marguerite de Valois, édit. de M. Guessard. p. 108.)

« Le viii« dudit nioys partîmes de Liège pour « aller coucher à Spa ou sont les fontaines à boyre : « ce sont VIII lieux.

« Nous y trouvâmes les compagnies qui s'ensui- « vent : Madame de Vaudemont aveq toutte sa « suilte; deux princes ellecteurs de l'empire; Mes- « dames de Montafié , de Sassigny, de Prie, du ■< Renouard, de Singée de St-Boyre, de Chambray, « de la Personne, de Bleneville, de Coullonges, « Darson ; mesdamoyselles d'Herne, de St-Lorent, « de Nuelb, de Lansisiere; la vicomtesse d'Allen- « çon, de Grillemont, de Sauceuze , des Quatre « Champs, de Chauvincourt, le Clerc de Parys et « une infinité de gentishommes tant françoys, alle- « raans, espagnolz que angloys, aveq leurs femmes '< ou parentes (1).

« Le lundy xxiip de juillet partîmes de Spa pour « aller diner au château de Lambour et coucher en « la ville de Aix en Allemagne, ou séjournâmes « douze jours pour me baigner : ce sont x lieux.

(1) Depuis quelques années, Spa avait dii prendre un grand accroissement; car Marguerite do Valois nous dit, dans ses Mémoires, « qu'en 1577 il n'y avoit auprès qu'un petit village de « trois ou quatre meschantes petites maisons, » et sa compagne de voyage , la princesse de )a Roche-sur-Yon , « fust conseillée « par les médecins de demeurer à Liège et d'y faire apporter '< son eaue, l'assurant qu'elle auroit aultant de force et de « vertu, estant portée la nuict, avant que le soleil fust levé. » [Mémoires de Marguerite de Valois, édit. Guessard, p. 109.)

« Le v du moys d'aoust retournâmes diner à « Lambour et coucher à Spa.

« Le dimanche xix« du dit moys partîmes de Spa a pour aller coucher à Stavelot qui est un beau « bourg et abbaye souverayne, qui est au prince de a Liège : ce sont que m lieux pour la journée.

« Le xx'= dudit moys diner à Gouvi et coucher en « la ville de Debastonne : ce sont dix lieux.

« Le xxi« diner à Hour qui est de l'abbaye de « St-Taber, et coucher à Pallizieux ; ce sont x lieux « la journée.

« Le xxiF diner à Sedan en y séjournant un jour « entier : ce sont viii lieux le jour.

« Le xxiiii" jour St. Berthelemy diner au cha- « teau de Chemeré qui est à mons"" de Coussi et « coucher au Clïesne : ce sontv lieux.

« Le xxv« coucher en la ville de Rheims : ce « sont xiiii lieux la journée.

« Lexxvi« du moys, diner en la ville de Fémez « (Fismes) et coucher à Fére (1), qui est à mons'' de « Monmorancy ou il y a fort beau parc : ce sont « XI lieux la journée.

« Le xxvip diner à Gandelu, qui est à mons'" de « Thoré, et coucher en la ville de Meaux en Brie : « ce sont XIII lieux.

" Le xxvin« dudit moys diner à Yere et coucher a à Parys : ce sont x lieux.

(1) Fère en Tardenois.

« Le xxix-^ partîmes de Parys pour aller coucher « à Ponllioize : ce sont vu lieux.

« Le xxx« diner à Magny et coucher à Escouys : « ce sont XIV lieux.

« Le 1" jour de septembre diner à Rouan, ou je « demeure malade : ce sont vu lieux.

<i Le xxvi« du moys partîmes de Rouan pour aller « diner au Bouteroude et coucher au Pont-Autour.

« Le xxviF diner à Orbec, coucher à Vimoutier ; « le lendemain coucher à Argenten.

« Le xxixe diner à Ranne, coucher à notre forge. »

Le 9 de janvier 1586 , le comte de Sanzay partit pour Paris, et n'emmena pas la comtesse avec lui; mais, pour lui faire prendre en patience sa solitude, il lui envoya, à la fin de ce mois, une fort belle litière qui coûta vi" escus; elle s'en servit pour aller à Carrouges « aux nopces de mademoi- 0 selle de Bellegarde, qui espousa monsieur des « Mézerés. » Ce vieux château de Carrouges, où, dans une confusion qui n'est pas sans charmes, les lourdes constructions du xiv« siècle s'entremêlent avec les élégantes ornementations de la renaissance, où chaque seigneur a laissé la marque de son passage, chaque époque la trace de son style, ouvrit toutes ses salles alors pour recevoir royalement la province. Le vieux Tanneguy le Veneur, gouverneur du palais de Rouen; son fils, Jacques le A'eneur, lieutenant général en Normandie; sa belle-fille, Charlotte de Chabot-Charny en faisaient

les honneurs. Au retour , notre châtelaine , émerveillée de tant de luxe, commanda à Âlençon, pour achever de meubler le château de la Blotte Fouqué, cinq lits, deux buffets, une douzaine d'escabeaux et quatre chaises de cuir. Le tout lui revint à sept vingts livres; pour l'usage de sa maison elle fit, cette même année, « accouter à la Ferté Macé cent a six pesets de laine^ revenant, l'un portant l'autre, a à deux carolus par peset. » Le tout réduit en livres se montait à 134 livres de laine qui, données au drapier, produisirent 9 aunes de bure, 17 aunes d'estamet, 13 aunes de petite serge pour les pauvres, 17 aunes de serge pour robes.

Aux dépenses de cette même année vint se joindre l'acquisition de 40 arpents de bois dans la forêt d'Andaine, à raison de 60 livres l'arpent (1).

Au moment où une partie des villes de Normandie prenait parti pour la Ligue , le comte de Sanzay, à l'exemple du seigneur de Fiers, de Henri de Pellevé (2), tenait pour le roi ; placé entre Falaise et Domfront, où flottait le drapeau de la Ligue, il devait avoir quelques inquiétudes pour sa propre s"ûreté, ce qui le déiermina à faire fortifier le châ-

(1) Notons ici que la corde de bois valait 6 sols. La comtesse de Saiizay aciiela 900 cordes pour 90 escus.

Suivant M. Leber, le cent de fagots pris dans la forêt valait 8 sols, en 1598.

(2) V. notre Histoire de Fiers.

teau de la Motte. Quant à la comtesse, elle crut devoir se réfugier dans le Maine, et partii pour Cossé le 5 août 1589(1). Mal lui en prit, car elle fut faite prisonnière en arrivant au bourg de Bas; mais sa détention ne dut pas être de longue durée, puisque nous la retrouvons peu de temps après à la Motte. Au milieu des articles de sa dépense journalière, elle mentionne, dans son journal, la prise d'Alençon et de Falaise par Henri IV.

Ce bourg de Cossé lui était fatal : étant retournée une seconde fois dans le Maine, au mois de juillet 1590, elle faillit de nouveau être prise par ceux de la garnison de Craon '< et m'allay sauver, « nous dit-elle, au château de Thevalles (2), ou je

(1) Cossé en Champagne, gros bourg du département de la Mayenne.

(2) Dans les Mémoires de Vieilleville , il est question de M. de Thevalles qui << estoit d'illustre extraction, et d'une des plus « anciennes maisons de tout le Mayne. Lorsque la reine Cathe- <i ri ne de Médicis accoucha du duc d'Alençon, le roy lui dépes- « cha un courrier exprès jusqu'au château de Thevalles, lui an- « noncer que son gouvernement estoit né, qu'il vint à la cour « poui en prendre possession, ensemble de l'estat de chambellan « du petit prince.» [Mémoires de Vieilleville, édit. du Panthéon litt., p. 480.)

Le château de Thevalles entra dans la famille des Maillé Brézé par Jacqueline de Thevalles. Les Maillé n'eurent qu'une fille, qui épousa le grand Condé. Le comte de la Rochelambert l'acheta, au xviii'= siècle, de M"= de Charolais. 11 appartient encore aujourd'hui à son petit-flls, le marquis Henii de la Rochelambert.

« y fus jusques au vf d'aoust, le jour St-Sauveur, a que l'on vint me quérir avec xxx arquebuziers à (' cheval pour revenir en cette ditte maison de la « Motte. »

Peu de mois auparavant, M. de Sanzay s'était particulièrement distingué dans le combat livré aux ligueurs dans les faubourgs de Mayenne, combat où furent tués près de trois cents des leurs et deux de leurs cbefs, Montesson et Moreau de la Béraudière(l).

A la fln de l'année 1591 eut lieu la construction de la chapelle de la Motte, placée sous le vocable de saint Hubert. La maçonnerie en coûta 27 escus sol, la charpente 25 escus, plus les journées de quatre serviteurs pour les maçons à 5 sols par jour (2).

[l] La Béraudièrc , fief dans la commune de Ceaucé, arrondissement de Domfront.

(2) Voici, suivant Alexis Monteil, ce que coûtait la maçonnerie au xvi" siècle: « Journée d'un ma(;on, 10s.; celle d'un « maçon limousin, 7 s.; celle d'un manœuvre, 5 s.; le millier de briques, 12 I. ; la toise de pierre de taille posée, 85 1. [Histoire des Français des divers états, t. VI, p. 276.)

En 1307, suivant M. Leber, la journée d'un charpentier était, sans dépens, de 1 sol, représentant, au pouvoir actuel de l'argent, 5 l'r. 70 c. (V. L. Delisle, Études sur la Classe agricole.)

D'après un registre de comptes de l'église de Marbeuf , dans l'évêclié d'Evreux, dont M. Raymond Bordeaux nous communique

La dépense de la maison se ressent du surcroît de monde qu'on eut à nourrir cette année-là. On tua douze bœufs gras et Ton consomma vingt tonneaux de cidre; il ne valait pas moins de 10 escus le tonneau.

Dans les années qui vont suivre, on peut juger de l'état des esprits par le nombre des visiteurs qui vinrent au château de la Motte. A la suite de toutes les crises de guerre civile, de grandes perturbations politiques, il y a comme un désir d'oublier, un besoin irrésistible de se rapprocher, de se voir, une sorte de fièvre de plaisir. La reprise de la ville de Mayenne sur les ligueurs fut une occasion de fête; au nombre des visiteurs , trop longue en serait la liste, nommons François des Chapelles,

des extraits, les prix des matériaux et de la main-d'œuvre étaient les suivants en 4380 et lo81 :

Un mille et dcmy de tliuille , 6 1.

Douze boysseaux de eaux rendus en ce lieu , 24 s.

Six cents de latte à tliuilie et une canlatte, 30 s.

Quatre mille et demy de clou à latte, 27 s.

Trois Testiez, 2 s. 6 d.

Une journée de couvreur, 3 s.

Six boysseaux de plattre , 30 s.

En 1582 : dix boysseaulx de eaux, 23 s.

Six vingtz pieds de pierre, 7 1.

En 1392 : trois boysseaulx de chault, 20 s.

En 1599 : Deux boysseaulx de plattre, 10 s.

En 1600 : Troys cents de tuilic rendus ycy, 30 s.

En 1612 : Troys baniaulx de sablon, 30 s.

l'un des 100 gentilshommes de la maison d'Henri III et capitaine de la ville et du château de Domfront (1) ; Jacques de Vauborel, sieur de Charapsegré (2); M. du Champ de la Pierre; M"'= de Saint- Germain, fille de Jean de Saint-Germain, baron de Rouvrou (3) ; Jl"" du Creux (4) ; Ambroise de Loré, sieur de Coupetrain, qui avait été l'un des gentilshommes ordinaires de Henri III, et qui, lors de la reprise de Mayenne sur les ligueurs, venait de combattre glorieusement aux côtés de M. de Sanzay; M""'^" de Loré, sa femme, en son nom Suzanne de Hauteville, et sa sœur M""» de Sacey Tillon, la trop célèbre Catherine d'Hauteville (5). L'événement

(1) Il était fils de Guillaume des Chapelles, capitaine de Domfront, et de noble damoiselle de Montesson. Sa sœur avait épousé, en 1571 , Pierre de Villette , seigneur de Villette et de la Fallu.

(2) Il avait épousé, en 1564, Anne Leverrier, dame de Champsegré. Armes des Leverrier : D'argent à la hure de sanglier de sable défendue d'argent. La famille de Vauborel porte : d'azur à la tour d'argent. Elle est originaire du comté de Mortain, et l'cmonte à un Vauborel compris dans un rôle de chevaliers sous Philippe Auguste.

(3) Armes de Saint-Germain : De gueules au chevron d'argent, accompagné de trois bcsants de même.

(4) Sans doute M"" Millet du Bois-Blondel et du Creux. Le flef du Creux (commune de la Sauvagére), appartenait au commencement du XVII" siècle à Charles Millet. En 1665, l'héritière de cette ancienne famille apporta les fiefs du Creux et du Bois- Blondel à Charles de Villette.

(5) Elle avait été donnée comme fille d'hormeur à la duchesse

du jour était l'arrivée d'un détachement d'Anglais à la Motte. Il y séjourna dix jours entiers. Le vin clairet coule à flots , quatre grands bœufs et huit pourceaux gras tombent sous le couteau, dix tonneaux de cidre sont achetés le même jour, deux des chambrières épousent deux des valets de pied, le château est à la joie.

Le 3 janvier 1593 arrivent à la Ferté Macé 2,500 Anglais, « conduitz par leur général Norys, et y « ont demeuré huit jours entiers, » nous dit le journal.

Le 14 février suivant revient une autre armée d'Anglais de 3,000 hommes, conduite par le frère du général Norys (1), et « tous logèrent un jour et « une nuit dans la paroisse d'Orgères et le lende- «. main allèrent à Prez-en-Pail. » Le passage de tant

de Savoie, et passait pour avoir épousé le cardinal de Chàtillon, qui l'emmena en Angleterre. Voici une lettre de Catherine de Mcdicis à AI. de Limoges, qui fait allusion à ce mariage secret : « L'on m'a dit ce soir des nouvelles que je m'asseure qui ne « vous plairont non plus qu'ils m'ont plues ; qui est que M. le « cardinal de Chàtillon est marié à une dame de la court. »

Catherine d'Hauteville finit par épouser Urbain de Sacey Tillon, qui portait : de sable à deux épces d'argent passées eu sautoir. (V. Louis Paris, Négociations sous le règne de François [F, p. 864; le Paige, Dictionnaire historique du Maine, 1. 1, p. 180; la Roque, Histoire de la maison d' Harcourl, t. II, p. 1390.)

(1) Le général Norys commandait les Anglais et les Écossais envoyés en Flandre par Elisabeth, eu 1578, pour combattre Don Juan d'Autriche.

de troupes fait renchérir les denrées : le poinçon de vin clairet monte à 50 livres, la pipe de vin blanc d'Anjou à 26 escus, et le tonneau de cidre à 50 livres.

Avec tant de visiteurs, un cuisinier était devenu une nécessité pour le château de la Motte : le nommé Gabriel fut donc loué à raison de 25 livres par an et d'une paire de souliers (1). Ses talents furent sur-le-champ mis à l'épreuve. Dans les mois d'août et de septembre vinrent successivement à la Motte Jacques de Harcourt, sieur de Hardancourt et de Lignou, et vicomte de Falaise (2); M. Arthur Dupont, sieur de la Blanchère (3); M"« de Fresne- Boismalet, flUe de François Malet, sieur de la Bermondiôre et de Fresne; MU^ de Bernières et ses deux oncles, MM. de la Roque -Mesnillet (4)

(1) « En 1542, le Maistre Queux en la cuisine de la royno de « Navarre (Marguerite d'Angoulème), recevait 80 livres de gages << par an. » (Registres de Jelian de Frotté, Charlrier du château de Couierne.)

(2) Jacques de Harcourt, seigneur de Hardancourt, de Lignou et de la Nocherie, gentilhomme de la chambre du roi, était le huitième fils de Guy de Harcourt et de Marie de Saint-Germain, dame de la Nocherie. (F. la Roque, Histoire de la maison d' Harcourt, t. H, p. 1390.j

(3) V. pour Arthur Dupont , notre Histoire du canton d'Athis , p. 330.

(4) Le fief du Mesnillet relevait de la seigneurie de Dernières (vicomte de Vii'e). Celle ancienne maison remonte à Pierre de la Roque, vicomte de Valognes, en 1380; elle porte : fascé d'azur et

René de Frotté, ancien gentilhomme ordinaire de la chambre du duc d'Anjou, et le fils aîné de Jehan de Frotté, secrétaire de François I" (1),

d'argent de six pièces. (F. notre Histoire du canton d'Athis, p. 223.)

(1) Don de mil escus au s'' de Coterne Frotté, gentilhomme ordinaire de la chambre du duc d'Anjou. (Àntiq. de Normandie, i. xvni, p. 14.)

Dans les lettres de Marguerite d'Angoulême, il est bien des fois question de Jehan de Frotte, s' de Couterne , « homme de grande " expérience, nous dit Charles de Sainte-Marthe, et de bon es- " prit, prudent et ayant peu de semblables au debvoir et à la di- « ligence de son office. » C'est Marguerite qui l'avait marié à Jeanne le Coustelier, fille de Jean le Coustolier, seigneur de Say. Il lui resta inviolablement attaché; et voici les vers que lui inspira la perte de sa bienfaitrice :

Las, je ne puis (tant sont faibles mes sens)

Vous coUauder, esprit de Marguerite,

Ny exprimer de tous ce que je sens ;

Car Totre los (louange) si grand gloire mérite

Que par ma voix et ma veine petite

Narrer ne puis ce qu'en ont veu mes yeuls ;

Mais quand plaira au souverain des Dieus

M'oster le deuil qni pour vous tant me serre ,

A vous louer feray encore mieuls

Que n'ay servy vostre cori>s en la terre.

(Charles de Sainte-Marthe , Oraison funèbre de la Royne de Navarre, dans les Épitaphes, p. 128.)

La famille de Frotté, à l'une des branches de laquelle appartenait le général de Frotté, fusillé à Verneuil, est aujourd'hui représentée par M. le marquis Ernest de Frotté, possesseur du beau château de Couterne, rebâti par Jehan de Frotté, au xvi' siècle; et par ses quatre frères, Henri, Louis, Charles et Alphonse de Frotté. Les armes de Frotté sont d'azur au chevron

et de sa sœur la duchesse d'Âlençon; Jeanne de Camboul, femme de Léonard de Robillard ; Jacqueline de Thiboult, dame du Grès (1) et ses filles; M"'" de Mathan, dame de Saint-Ouen et femme de Georges de Mathan, maître d'hôtel ordinaire de la duchesse de Longueville (2) ; Gilbert de Loré ; Jean de Poret, seigneur du Bois-André (3); Jacques de Sairil-Remy ; Charles de Royer, sieur de la Brizolière (4j, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi; 3IM. Achard de Bonvouloir (5), et du Chauvel;

d'or, accompagné de deux moleUes eu chef, et en pointe d'un besant d'argent.

(1) La famille do Thiboult se rattache à Guillaume Thiboult qui, en 1350, épousa Jeanne Blin, dame de Crasmenil. Jean de Thiboult était chambellan du duc d'Alen^'on, frh'e de Charles IX. Les armes de cette maison sont d'argent à deux quintefcuilles et une fleur de lis en pointe, le tout de gueules. (F. notre Histoire du canton d'Athis, p. 438.)

(2) Les armes des Mathan sont de gueules à deux jumelles d'or et au lion de môme passant en chef.

(3) Fief dans la commune de la Carneille. La maison de Poret remonte à Guiot Poret, qui, au xv<^ siècle, possédait dansl'Avranchin la terre du Freine, connue depuis sous le nom de Fresne- Poret. Ses armes sont d'azur aux trois glands d'or. (7. notre Histoire du capiton d'Athis, p. 242.)

(4) La famille de la Brizoiière remonte à Fabien le Royer, seigneur de la Brizoliôre, mort en 1487. (V. le Paige, Dictionnaire du Maine, t. H, p. 495.)

La terre de la Brizolière est située dans la paroisse de Lucé.

(.5) La terre de Bonvouloir est située dans la commune de

Juvigny-sous-Andaine. La maison Achard remonte à ce riche

M. de Vigneral (1) ; M™« de la Boiiverie (2); M. de l'Estelle (3); M. et M"« de Champsegré; M. du Bois Dodru; enfin M"»« la comtesse de Tillières, Charlotte de Chabot Charny, «venue de Carrouges « dans son carrosse (4). »

Pour faire honneur à de pareils hôtes, la com-

Acliard, comme l'appellent les chroniques, que les habitants de Domfront députèrent, en 1092, à Henri Beaucler, frère de Robert Courte - Heuze , pour lui offrir de lui remettre leur ville; elle s'est subdivisée, dans la vicomte de Domfront, en trois branches : celle de Bonvouloir, celle de Saint-Auvieu et celle des Hautes-Noes. Cette dernière est la seule restée fidèle au lieu de son berceau. Les armes de cette ancienne maison sont d'azur à un lion d'argent, et à deux fasces de gueules brochant sur le tout.

(1) Vigneral était un fief de la paroisse de Sevray, arrondissement d'Argentan, dont cette famille portait le nom. Ce fut un M. de Vigneral, conseiller au parlement de Rouen, qui, au commencement du xviii" siècle, obtint la réunion du principal fief de Sevray et celui de Ferrières à son fief de Vigneral. En 1719, nous trouvons un Jean de Vigneral, vicomte et maire d'Argentan. (De Caix, Notice sur le prieuré de Briou-e, p. 30.)

(2) La Bouverie, fief dans la paroisse de Tubeuf.

(3) Louis de Brunet, sieur de l'Estelle, baron de Pujols et de Cazeneuve, vicomte d'Ambialet et de Monbahus, conseiller et chambellan du roi de Navarre, qui le traitait avec la plus grande familiarité. (Lettres missives de Henri IV, t. I, p. 180; Note de M. Berger de Xivrey.)

(4) « A la fin du xvi" siècle, nous dit Alexis Monteil, l'usage des « carrosses devient tous les jours plus général en France. Il en « est de même en Allemagne, en Italie, où ils sont plus riches, «eu Angleterre, oîi ils soni plus élégants.» (V. Histoire des Français des divers états, t. VI, p. 312 et 578. — Journal de

tesse de Sanzay s'habilla de neuf et flt faire corps et cotillon aux chambrières.

Les noces de Jacques d'Harcourt, qui épousa à Prez-en-Paille Isabeau Tillon, dame de Sacey Tillon, furent Toccasion de nouvelles réceptions; aussi, en faisant le total de sa dépense, notre châtelaine a-t-elle bien soin d'ajouter : « Nous avons « tué ceste présente année xxv pourceaux, xii bestes « aumailles (1), sans ce que a fourni le boucher. >^ C'était justifier le reproche que les étrangers nous faisaient alors, de couvrir nos tables de viande : « Les François , écrivait l'ambassadeur vénitien, «Jérôme Lippomani, sont désordonnés dans leur « manière de manger, car ils mangent quatre ou « cinq fois par jour, sans règle ni heure fixe. Ils « mangent peu de pain et de fruits, mais beaucoup « de viande ; ils en chargent la table dans leurs »< banquets (2) . »

Henry IV, édit. Michaud, p. 192. — 7. Ramée, Histoire des chars, carrosses, p. 88.)

Dans l'inventaire des biens et meubles de Gabrielle d'Estrces, il est fait mention u d'un carrosse doublé par dedans de velours orange, garny de franges de soye, à crespines d'argent, et piqué par escalles, prisé cent escus. » (De Fréville, Bibliothèque de l'École des chartes, t. UI, p. 139.)

(1) Aumailles, en vieux français, signifiait bestiaux.

Les aumailles marcher lentement, pas à pas.

(Vauquelin de la Fresnaye.)

(2) Tommasseo, Relation des Ambassadeurs vénitiens. [Collection des documents inédits, t. II, p. 568.)

Le premier jour de décembre 1594, le comte de Sanzay, en compagnie de Jacques d'Harcourt, partit pour la cour, où tous deux allaient prendre leur service. Il en revint au mois de février, assez à temps pour assister au service du seigneur de Cbampsegré, « où il y avoit grant compagnie, tant 0 gentilz hommes que damoiselles. » Ce deuil fut vite oublié, et le château reprit son joyeux train de vie.

Parmi les visiteurs figurent de nouveaux noms : la nouvelle mariée, M™" d'Harcourt ; sa jeune sœur, M"e de Sacey Tillon, et M. de Saint-Malo, venus ensemble; puis M. de Tbiboult, M'i-^^ de Montagu (1). Ces dernières firent un premier séjour à la Motte, avec tout leur train, en allant au château de Medavy, chez les Rouxel (2) ; elles s'y arrêtèrent

(i) Isabeau de la MoUe Fouquc, ainsi que nous l'avons dit, avait épousé en deuxièmes noces François de Montagu, lequel laissa deux filles, Renée de Montagu, mariée à René de Quellenec, sieur de Mesnil-Garnier, et Jeanne, mariée à Jacques Dayy, bailli du Cotentin et parent du cardinal du Perron. [V. la Roque, Histoire de la maison d'Harcourt, 1. 1, p. 891.)

(-2) Commune de Medavy, canton de Mortrée.

Jacques Rouxel, sieur de Medavy, était gouverneur d'Argentan en 1573; Pierre Rouxel, lieutenant général en Normandie et père du maréchal de Grancey, épousa, en 1386, Charlotte de Hautemer, fille du maréchal de Fervaques. Cette famille remonte à Jean Rouxel, qui épousa, vers l'an 1428, Marie Larconneur, fille de Guillaume Larconneur, seigneur de Medavy. La terre de Medavy, située dans la commune de ce nom , relevait du comté

— code nouveau en revenant de Medavy et en allant à Fié, chez les Saint-Remy; enfin, à leur retour de Fié, elles y firent une nouvelle balte, en compagnie de MM. de Loré et de Boissé.

La liste est loin d'être épuisée, et, dans cette marée montante de visiteurs, arrivent presque en même temps Jean de Bron, sieur de Cossesseville, le frère de Jean de Bron, gouverneur de Domfronl (1); toute la famille de Frotté (2) et toute la noblesse de Magny (3). Le passage de M. de Saint-

de Montgomery par un plein fief de haubert. (F. les Mémoires de Castelnau, édit. de le Laboureur.)

V. Dénombrement de la terre de Montgomery. [Bibliothèque Impériale, n" 9891.)

(1) Cette famille donna encore un gouverneur à Domfront, François de Bron, tué en 1652 ; il était baron de Fourneaux, sieur d'Aligné et de Cossesseville, et avait épousé Gilonne d'Harcourt, fille de François d'Harcourt, baron de Beuvron et de Françoise de Gaillon. [V. le P. Anselme, t. V, p. 149.)

(2) René de Frotté avait épousé, en 1570, Françoise Mandat, fille de Guillaume Mandat, secrétaire du roi et de la reine de Navarre, dont il n'avait qu'un fils, Benjamin de Frotté, déjà attaché, quoique tout jeune, à la personne du prince de Coudé; mais trois de ses fr^res vivaient encore : Léon de Frotté, seigneur de Vieux-Pont i François de Frotté, sieur du Mesnil, et Jean de Frotté, sieur de la Uimblière, auteur d'une branche qui subsiste encore aujourd'hui.

(3) Parmi les maisons nobles qui habitaient h cette époque la commune de Magny-le-Désert , nous citerons la maison de Boauvais, représentée alors par Michel de Beauvais, portant pour armes : tascé d'or et d'azur de six pièces; la maison de Foulogne, dont

Luc (i; qui allait en Bretagne avec son armée, et qui séjourna sept jours dans les environs de la Motte, devint un nouveau prétexte de dépenses et de plaisirs. Un seul cuisinier ne pouvait suffire; le curé de Bannes en amène un second de Chemeré le Roy (2); M. de Sanzay loue les étangs de Thorigny au prix de 400 escus, et fait venir de Bretagne un traquenart (3). Le château ne désemplit plus : sans compter les anciens visiteurs, qui n'eurentgarde de faire défaut, nommons encore le capitaine la Villière; Jean de Yanembras, sieur de la Coul-

les armes étaient d'azur à trois fasces d'or, à la bande brochante de gueules chargée de trois coquilles d'argent; la maison de Caignon , que déjà Montfaut avait trouvée à Magny, et qui était très-nombreuse à la fin du xvi^ siècle ; elle portait : d'azur à trois bandes d'or, et possédait les fiefs de la Poterie et de Bois-Magny. Nommons encore la famille de Catteï qui se partageait en deux branches, celle de Saint-Ouen et celle de la Magnerie, et les deux maisons de Durcet et de Magny, ainsi nommées des fiefs de ce nom, situés dans la commune de Magny.

(1) François d'Espinay, seigneur de Saint-Luc, fils de Valeran des Hayes, dit d'Espinay, et de Marguerite de Grouches, lieutenant général au gouvernement de Bretagne. Il fut tué au siège d'.\ncenis, le 4 septembre 1397. [Lettres missives de Henri IV, 1. 1, p. 689, Note de M. Berger de Xivrey.)

(2) Gros bourg du Maine. C'est dans cette commune qu'est situé le château de Thevalles.

(3) " Un cheval traquenart, soubz poil bai, ayant craiu, queue et oreilles coupées, aagé de six ans, garny de sa selle et de sa bride, prisé cent escus. » (De Fréville, Inventaire des meubles deGabrielle d'Estrées. — Bibliothèque de l'École des chartes,

longe (1); IMicliel de Montreuil, gouverneur de Cherbourg et bailli du Cotentin, si connu dans les guerres de religion sous le nom du capitaine La Chaux (2), et sa jeune femme, Françoise de Mondot, dame de Veaujois et du Bois-Hamelin, et fille de Joachim de Mondot et de Nicole du Bailleul (3); Mlles (Je Fleury et de Saint-Roch; Desnos et de l'Espine; Claude d'Arquennay, sieur d'Hauteville et du Boys Magny (4) ; M. de Saint-Hilaire, et 31. de Mésange, sieur de Saint-André de Messei; Claude Doynel, sieur de la Saucerie (5); le capitaine Sillet ;

(1) V., pour la famille de Vanembras, de Caumont, Statistique monumentale de l arrondissement de Falaise, p. 356, et notre Histoire du canton d'Athis, p. 416. — En 1471, Jehan de Vanembras était écuyer du duc d'Alengon. Les armes de cette ancienne famille, qui subsiste encore de nos jours, sont d'argent à un chevron de gueules, accompagné de trois feuilles de chêne de sinople.

(2) Michel de Montieuil était fils de Guillaume de Montreuil et de Jeaime de Mailloc; il fut confirmé par Henri IV dans le gouvernement de Cherbourg, que lui avait confié Henri III, auquel il resta toujours fidèle. Il mourut au chiteau de Veaujois en 1621 . Il portait : d'argent à trois tètes de cerf de sable. ( V. L. Dclisle, Mémoire sur les baillis du Cotentin, dans le t. XIX des Mémoires des Antiq. de Normandie, p. 118.)

(3) Joacbim de Bailleul était fils de Guillaume de Bailleul et d'Ambroisine des Escherets. {V., pour la maison de Bailleul, le Paige, Dictionnaire de la province du Maine, t. II, p. 313.)

(4) Il avait épousé Madeleine de Bourneuf. {V. pour la maison d'Arquennay, le Paige, Dictionnaire du Maine, t. I, p. 280.)

(5) La terre de la Saucerie (paroisse de la Haute-Chapelle),

MM. des Burlières et de Bois Genest; M. de la Meillière, sieur du Tilleul et de Saint-Maurice (1); MM. de Juilly, de Vouzy, d'Ardanne (-2), d'Artray, de Fontenay et de Panon; ces trois derniers « revenant de la guerre à Domfront avec M. de Magnanne (3) ; » enfin, pour en finir avec cette éternelle liste, Je vicomte de Sanzay, allant en Picardie prendre possession de ses biens ; le baron d'Écouché (4) ; les trois frères de la maison d'Amigny ; Thomas du Hardas; le sieur de la Croix, prévost du Maine; Jacques de Crux, le nouveau possesseur de l'abbaye de Cerisy-Belle-Etoile^ dont il avait

donnée par Aliéner d'Angleterre à Saucier, son écuyer, fut apportée, au w" siècle, à Jacques Doynel par Guillemette de Villaines, fille de Pierre de Villaiiies, lequel était de la même maison que Pierre de Villaines dit le Bègue, et que Pierre de Villaines, évèque de Bayeux. La famille Doynel, qui porte : d'argent au chevron de gueules, accompagné de trois merlettes de sable, est encore représentée par >DI. Olivier et René Doynel; c'est ce dernier qui possède la terre de la Saucerie.

Claude Doynel , dont il est ici question , avait été nommé , en 1398, maître d'hôtel ordinaire de Henri IV.

(!) 11 épousa Louise de Couterne et acheta plus tard la terre de Hauteville (paroisse de Charchigné, au Maine). La terre de Saint-Maurice, canton de la Ferté Macé, appartient aujourd'hui à M. le comte de Contades.

(2) Charles de Sanzay, sieur d'Ardanne.

(3) Anne de Sanzay, sieur de Magnanne.

(4) Sans doute Bonaventure d'Harcourt, le fils d'Isabcau de la Motte Fouqué, cousin germain , à ce titre, de la comtesse de Sanzay.

chassé les moines; René de Bouille, seigneur de Créance, « ce Manceau plus fin que le Grec,<> comme disait de lui Henri IV (1) ; Charles d'Argouges, baron de Rânes, amenant avec lui six gentilshommes du Cotentin (2); Robert d'Harcourt, sieur de Chastignonville (3); Pierre d'Harcourt, marquis de Beuvron (4), avec lequel notre châtelaine venait de

(1) Il était fils de René de Bouille et de Jacqueline d'Estouteville, comtesse de Créance. Henri IV faisait allusion à la manière dont il venait de se tirer d'une embuscade au siège de la ville de laFerté Bernard, défendue par Comnène, Grec d'origine. [Lettres missives de Henri IV, t. III, p. 192.)

(2) Charles d'Argouges était le fils aîné de Jacques d'Argouges et de Renée de Pont-Bellenger, dame de Rànes et de Briouze, dont la sœur avait épousé François d'Orglandes. Cette illustre famille remonte à Vaultier d'Argouges, sieur et patron d'Argouges sous Bayeux, que Guillaume le Conquérant laissa en Normandie pour faire partie du conseil de la reine Matliilde. La princesse de Talmont, belle-mère de la comtesse de la Rocliejacquelein, était une d'Argouges. Les d'Argouges portent: écarteléd'or et d'azur, à trois quintefeuilles d'argent. (F. la Roque, Histoire de la maisoi} d'Harcourt, 1. 1 , p. 305, et l'Orne pittoresque, publiée par M. Léon de la Sicotière.)

(3) Il était le neuvième et dernier eufaut mâle de Guy d'Harcourt, baron de Beuvron, et avait épousé Catherine Mallet, dame de Messei et de Landigou; il en laissa cinq filles, dont trois entrèrent à l'abbaye de Sainte-Claire d'Argentan.

(4) C'était le deuxième fils de Guy d'Harcourt ; il était né au château de Lignou, dans la paroisse de ce nom, en 1350, et s'allia, en 1577, à Gilonnc de Matignon, fille de Jacques de Matignon, comte de Thorigny, gouverneur et lieutenant-général en basse Normandie. Le château do Lignou lui était venu par sa grand'mère, Marie de Saint-Germain Langot.

tenir, à Lignou, l'enfant de Jacques d'Harcourt; la marquise de Beuvron, sa femme (en son nom, Gilonne de Matignon) ; Jeanne de Pont Bellenger, la seconde femme de Charles' de la Brizolière; M. de Bonvouloir; Charles de Belley, sieur de la Courbe et du Bois-Tbibaut (1), dont le père, Eustacbe de Belley, avait été un opiniâtre ligueur. Mentionnons encore MM. des Rotours , de Saint-Germain, du Manoir, de la Bouverle.

Les redevances en nature des métairies de la Motte ne pouvaient, quelles qu'elles fussent, suffire à une réunion aussi nombreuse : « Nous advons achepté, « dit la prodigue châtelaine, lxx boisseau de bled, « le froment à iv livres le boisseau et le seigle à « Lx sous, et XII tonneaux de cidre à x et xii escus « le tonneau. »

Ainsi en fut-il de la lingerie, qu'il fallut de beaucoup augmenter :

0 Jay fait faire, dit-elle, six"vi aulnes d'étoupes et a ferrons et soixante et troys aulnes en serviettes, « qui est en tout cent quatre vingt neuf aulnes de « toille ; la façon en revient à xi escus et demy.

« J'ay fait faire, ajoute-l-elle, en cette ditte an- « née sept aulnes de tablez de lin à carreaux, et « six aulnes en désirez qui coustent de façon douze « soulz l'aulne.

(<) Les magnifiques ruines du château de Bois-Thibault sont près de Lassay.

« Plus xr.viii aulnes de serviettes à carreaux et « XXXVI aulnes de serviettes en désirez, à douze n soubz l'aulne de façon.

« C'est en tout xiii aulnes de tablez, iiii"^!!! aul- « nés de serviettes. Les treize aulnes de tablez à a VII 1. XVI s. et les serviettes à xxiiii 1. xviii s. « Somme xxii 1. ix s.

0 Six couvrechies;

" Six touailles d'oreiller (1) ;

« Douze aulnes de bure. »

Même augmentation pour les ustensiles de ménage :

0 Une grant buye d'estain à x 1. ; a Une grant marmite à un 1. »

La garde-robô de la châtelaine avait aussi besoin

(1) Les Lotties de meubles des extensilles de Guill. du Bosc, publiées par M. Stanislas de Saint-Germain, contiennent do nombreux articles sur les diverses espèces de linge et de toile au commencement du xv siècle :

« Trois paire de draps de lin , de deux lez, 25 s. ;

« Item deux paire de draps d'estouppes a varies, 1 3 s. -i d. ;

« Item trois oreillers en taycs, 8 s. 4 d. ,

« Item quatre touailles menues, en une pièce contenant neuf aulnes ou environ , IG s. 8 d. ;

« Item quatre doubliers , 32 s.

« Item trois petites touailles a laver au pot laveur, 4 s. 2 d. ;

« Item une autre touaille de lin a laver aprez disner, 6 s. 3 d. ;

<i Item une petite pièce de toile- et deux cuevrcchics, 21 s. 8 d. ( Un Partage mobilier en 1H3. — Bulletin monument al, t. XVIH, p. U5.)

d'être renouvelée; elle partit pour Rouen le 11 décembre I59G, où un procès contre M. de Belley de la Courbe appelait M. de Sanzay.

La présence de Henri IV, venu dès le mois d'octobre pour l'assemblée des notables (l) avait amené une telle affluence de visiteurs, que la comtesse eut grande peine à se loger en la rue Perchere, au Chandelier d'or. Si elle ne put assister au baptême de la fille légitimée de Gabrielle d'Estrées, ni à la messe du Saint-Esprit, qui eut lieu le l^r novembre, la veille de l'ouverture de l'assemblée des notables, elle put voir du moins l'entrée à Rouen du légat, le cardinal de Médicis; et, le jour de Noël, elle entendit sa messe, <« dite à la façon de Royne» ; enfin elle assista à la réception des cbevaliers du Saint-Esprit, que le roi fit célébrer à Saint-Ouen les 5 et 6 janvier, « avec beaucoup de solennité et de « magnificence (2). »

Son procès traînant en longueur, elle alla se lo-

(1) Henri IV logeait dans l'élégant hôtel, détruit aujourd'hui, des abbés de Saiut-Ouen. Gabrielle d'Estrées, qui l'y avait précédé, logeait daus la chambre au-dessus. Ce fut là qu'elle accoucha, le 2 novembre, de Catherine-Henriette, depuis légitimée de France. Groulart, dans ses Mémoires, en nous racontant les magnificences du baptême, nous dit « que le prince de Conti « portoit l'enfant qui avoit un drap d'argent doublé d'hermines « mouchetées, la queue longue de six aulnes, portée par madeu moiselle de Guise. » [Mémoires de Groulart, collectiou Michaud.)

(2) V. Mémoires de Groulart, collection Michaud.

ger auprès du Palais, et, en attendant le prononcé du jugement, qui lui fut favorable, elle pensa à ses emplettes.

« Achetâmes, dit-elle, six aulnes de satin noyr « pour faire pourpoint et chausses plissez à viii 1. « et demie l'aulne (l).

a Troys aulnes et un quart de drap pour un « manteau à ix 1. v s. l'aulne.

' « Un manteau de camelot de six aulnes à qua- « rante-cinq soubz l'aulne.

« Quatorze aulnes de taffetas pour robbe, à cent « soubz l'aulne (2).

(1) Dans le livre des dcpcusos de la reine de Navarre pour l'année 1542, nous, trouvons : « Pour dix aulnes de satin noyr, « pour faire robbes à quatre livres 16 s. l'aulne, 48 1. » (Registres de Jehan de Frotté, Chartrier du château de Couterne.)

(2) «En 1498, l'aulne de taffetas noyr pour tenture de l'église de Saint-Florentin d'Amboise, prisée à 2 1. » (Leber, Appréciation de la fortune privée au moyen âge, p. 100 )

Dans le coniiHe de Geoffroi de Fleuri, en l'année 1316, il est fait mention do quatie aunes de taffetas vert, «baillées à Yollcnt, pour faire bourses cotes pour madame la Royne, à 7 souIjz l'aune.» (Dûuët d'Arcq, Comptes de l'argenterie des rois de France, p. 35.)

Dans le livre des dépenses de la reine de Navarre pour l'année 1542, «quatre aulnes et demye de taffetas jaulno pour faire doublures, sont prisées à 6 1. 15 s. t., à raison de 30 s. l'aulne. » (Registres de Jehan de Frotté, Chartrier du cluîleau de Couterne.)

Au commencement du xvf siècle, si nous consultons le vieux ohroniqueur de Bras de Rourgueville :

« L'aulne de bon velours no coustoit que 100 s. et 6 1. , le satin

« Douze aulnes de serge d'Escot pour robbes « aux filles à xl soubz l'aulne (1).

« Quatre-vingtz et une aulne de passement à « border à m soubz l'aulne.

« Une aulne et demye à'estamet pour laquaix (2) « à cv soubz l'aulne.

« Un chaperon de velours, une coiffe de taffetas, 'I un masque de velours et un de satin, le tout ence semble vu escus et demy (3).

« Treize aulnes un quart et demy de satin fa- « çonné.

« Six aulnes de damas à vin 1. xv s. l'aulne (4).

a Huit aulnes de serge noyre teinte en soye un « seizième moyns xxiii 1. xvii s.

et le clamas 60 s., le tafetas 35 et 40 s., la bonne escarlate 100 s., les toiles de Hollande 20 et 23 s., les communes toiles ne passoient point 10 et 12 s.» (De Bourgueville, Recherches et Antiquités de la province de Neustrie.)

(1) En 1498, la serge noire, pour le deuil d'Anne de Bretagne, prisée à 6 s. 8 d. l'aulne. (Leber, Appréciation de la fortune privée au moyen âge.)

(2) Dans un compte du roi Charles IX, on voit que ses laquais portaient des chausses d'estamet gris. {Archives curieuses de l'Histoire de France, t. VIU, p. 363.)

(3) Un compte de dépense de 1491 porte l'aune de velours bleu uni à 6 1. 4 s. , représentant 232 fr. 50 c. , et l'aune de taffetas de Florence à 4 1. 6 d. (Leber, Appréciation de la fortune privée au moyen âge.)

(4) Dans le livre des dépenses de la reine de Navarre pour l'année 1542, l'aulne de damas blanc est estimée à 6 1. (Registres de Jehau de Frotté, Chartrier du château de Couterne.)

« Quatre onces troys gros et demy de passse- « ment, flne soye noire vi 1. xiii s. vi d.

« Une once et demye de soye noire à xxxvi « soubz [ly.

" Plus deux aulnes de serge de Beauvays mi- « nime (2) à vi 1. x soubz l'aulne, et quatre aulnes « couleur vert de mer à m 1. et demye l'aulne.

(1) Au xiv= siècle, la soie était si rare qu'elle se vendait alors 3 1. 13 s. la livre, euviroii un marc d'argent, au pouvoir de 330 de nos francs.

En 1428, le fort de Mercués, assiégé par les bourgeois de Caliors, fut racheté moyennant une pièce de damas ajoutée à 16,000 moutons d'or, monnaie de ce temps.

Vers 1483, l'once de soie valait encore 16 s. 4 d., représentant 24 fr. 28 c. de nos jours. (Lober, Appréciation de la fortune privée au moyen âge.)

(2) C'est d'Aubigné, dans le Baron de Fœneste, qui nous dira par quels noms étranges on désignait alors les couleurs. (Aventures du baron de Fœneste, édit. de M. Mérimée, 1. II, cb. xi.)

D'après une note de la comtesse de Sanzay, voici comment on blasonnait ou symbolisait les couleurs : Le minime, prudence, Le vert de mer, le change, Le vert guay, espérance, Le vert brun , malheur, Le zizolin, audace, Le jaune paillé, jouissance.

Le jaune doré, Irahyson.

Le colombin, douceur.

Le gris de lin, attente.

Le gris, travail.

Le tanné, discrétion, La couleur de roy, justice,

« Sept gros de gallon de soye minime xxviii « soubz.

« Une pièce d'estamine à viii escus et dcmy la « pièce.

« Cinrf aulnes de serge verte pour cotillons aux « filles à cv soubz l'aulne.

« Une coche xxxv escus.

« Du camelot de poil de chèvre pour faire greqiies, « 'à aulnes, x 1. x s.

« Quatre aulnes de futaine de Milan pour faire « chausses, vi escus.

« Seize aulnes de gallon blanc à m soubz l'aulne « k Lxiiii soubz. •

« Demye once de soye blanche xiiii soubz.

« Trois douzaines de boutions ix soubz.

« Deux aulnes et demye de revesche à lxxv « soubz.

« Une paire de pantoufles à xxx soubz. »

C'est contre cett3 recrudescence effrénée du luxe que se déchaînait un poëte normand contemporain. Sonnet de Courval, dont le vers énergique a

La couleur d'Isabelle, je meurs,

Le bleu, jallouzie,

Orcngé, désespoir.

Le noyr, amitié,

Feuille morte , espérance perdue ,

Le blanc, chasteté,

Couleur de cbair, cruaullé.

quelque chose de la crudité de Villon Ne serail-il pas, lui aussi, venu au manoir de la Motte Fouqué, en compagnie du plus Sybarite des poètes d'alors, de Vauquelin des Yveteaux? Nous le croirions presque à la peinture qu'il nous fait des folles vanités du temps et des capricieuses exigences de la mode, que les lois somptuaires de Charles IX et de Henri m étaient impuissantes à réprimer. L'on dirait vraiment que, dans les vers suivants, il veut parler de notre châtelaine :

Sans scavoir si ses biens, sa terre on son village

Pourront entretenir ce superbe équipage (l),

Voudra des cotillons d'un taffetas changeant ,

De velours, de damas, ou satin esclatant

Qu'il convient d'enrichir de tant de broderie.

De bandes de satin pour la piafferie.

Ce n'est encore rien, il faut mille aiSquets,

Bagues, Chaînes, Carquans, Ceintures et Bouquets,

Des Bourses au métier, de belles Picadiîles,

D'un relief esclatant de bordures gentilles,

Les beaux Gants parfumez, les esmaillez Coutteaux,

Et d'un azur bruny les damasquez Ciseaux ;

Les Miroirs façonnez de glace de Venise ,

L'Eventail dentelé, les Rabats à la Guise ,

Tant de Chaisnes de Gée et tant de Bracelets ,

De Perles, de Grenats et de riches Collets,

(1) Ce vieux mot est resté en Normandie; on appelle encore équipage le trousseau d'une mariée.

Des Rabats à la Neige et à la Fanfreluche,

De beaux Manchons doublez de Martre ou de peluche ( 1 ) .

Il faut en outre avoir de superbes Patins

D'un velours cramoisi ou de mignards Multins,

D'un Marroquin violet, couleur jaune ou pourprine

Et en teste porter Coëffe à la Jacobine.

Et mille inventions, et autres nouveautez

Mille façons d'habits d'heure en heure inventez.

Le gain de son procès remit la comtesse en goût de dépense; elle fit engraisser quatre grands bœufs, quatre pourceaux à larder, et elle amena de Rouen un nouveau cuisinier qui eut fort à faire pour cette fin d'année, car le château regorgea de monde.

L'année suivante (1598) ne devait le céder en rien comme dépense à celle qui venait de s'écouler : dix compagnies du régiment de Bréauté (2) viennent tenir garnison à la Ferté Macé. Capitaines et lieutenants sont ctiaque jour sur la route de la Motte. Du Maine, de la Normandie, de l'Anjou viennent et reviennent de nouveaux visiteurs ; il faudrait des

(1) Sonnet de Courval, Satyre Ménippée, Paris, 1609.

(2) n est question dans les Lettres missives de Henri IV da régiment de Bréauté. Leur savant éditeur pense qu'il appartenait, non pas à Adrien de Bréauté, mort dans un combat singulier, à l'âge de seize ans, mais à Adrien de Bréauté, fils d'un autre Adrien de Bréauté et de Jeanne de la Haye, lequel fut bailli de Gisors et colonel du ban et de l'arrière-ban de Normandie. (Berger de Xivrey, Lettres missives de Henri IV, t. IV, p. 801.)

pages pour inscrire tous les noms qui se succèdent sur cet éternel registre : ce sont MM. de Bourgneuf, de Courdemanche, de la Roche Fatras ^ de Boycière, le poëte des Yveteaux, le marquis de Villaines, le comte de Créance; MM. de Chivré, de Courvaudon, de fliontguyon; M. du Chemin, sieur d'Echalou ; MM. de Bonvouioir, de Meaulne, du Motte, et leurs femmes et leurs filles ; et les Montreuil, et les Frotté, et les d'Harcourt, et les Loré, et les Saint-Remy; c'est un tourbillon!

La mort de la mère du comte de Sanzay, décédée dans sa terre du Plantis , à l'âge de quatre-vingtquinze ans, vient interrompre toutes ces joies : c'est un instant de trêve forcée ; mais si le château se met en noir, si quelques pièces de camelot sont achetées « pour âccouter de deuil M. de Sanzay et ses gens, » la comtesse s'en dédommage au bout de quelques mois :

« La vigile des Roys et le lendemain estoient « céans, nous dit-elle, Messieurs du Sac (1) et

(I) Michel et Guillaume des Rotours, les deux flls aînés de IMciTC des Rotours, seigneur du Sacq, et d'Anne Vauquelin, fille de Guillaume Vauquelin, sieur de Sacy et des Yveteaux et conseiller et avocat général au parlement de Rouen. La terre du Sacq vint, au xv*^ siècle, dans cette ancienne famille par le maiiage de Denise de la Meslière, dame du Sacq , avec Jean des Rotours. Celte maison a eu pour Ijcrceau la paroisse des Rotours, au diocèse de Séez, élection de l'alaise ; elle figure dans la salle des Croisades et portç : d'azur aux trois besants d'argents.

« monsieur et dame de Loré qui dancerent un ballai « avec quatre gentilz hommes et quatre nimphes, « qui s'en retournèrent le lendemain (l). »

L'année 1600, toute brillante qu'elle avait été, devait être éclipsée par celle qui va suivre. Le vicomte de Sanzay amena sa jeune sœur au château de la Jlotte : occasion bien naturelle de nouvelles réceptions. A la fin d'avril vinrent le comte et la comtesse de Tillières, leur fils aîné, Tanneguy le Veneur, le futur ambassadeur en Angleterre, leurs doux: filles j M"'^ des Panlollières et trois gentilshommes; puis René de Saint-Remy, tout occupé alors de faire sa cour à sa fiancée, Renée de Sanzay (2); M. de la Chevalerie et plusieurs gentilshommes du Poitou. Pour fêter sa nièce. Renée de Sanzay, la comtesse engage toutes les jeunes filles de la contrée : M"" de Fleury, du Cruchet, des Buatz, de Saint-Ouen, toutes celles de Magny. Le mariage de Renée de Sanzay, retardé jusqu'au mois de septembre, fut célébré avec beaucoup de pompe. Pour cette grande cérémonie, notre châtelaine fit venir d'Alençon deux tailleurs, qui lui apportèrent 0 quatre robbes touttes faittes. »

(1) Si l'on veut quelques détails sur les ballets, qui faisaient fureur alors, on peut consulter les jlmbassarfes d'Antoine de la Boderie.

(2) Elle était fille de René IH de Sanzay, frère aîné de Claude de Sanzay. René de Saint-Remy était le second tils de Jacques de Saiut-Remy et de Madeleine de la ilotte Fouqué.

Les mois suivants virent de nouveaux visiteurs ; enfin une dernière réception, au mois de décembre, couronna cette ruineuse année. Parmi ces retardataires se trouvèrent le comte et la comtesse de Magnanne, le baron et la baronne de Pennemarc et leur sœur, « avec trois gentilzliommes et sept damoiselles ». Toute cette colonie, en allant à Paris, séjourna quelques jours à la Motte. Enfin vinrent encore MM. de Goulaines et de la Crespinière, M. de la Métairie et sa fiancée, M"« de Paragôre, M. de Saint-Macaire (l) et M. d'Ocagne, « d'auprès Séez. »

Mais tout a une fin ! La mort^ la triste visiteuse, vint à son tour frapper à la porte du cbàteau : le lendemain de Noël de l'année 1605, le jour de saint Etienne, sur les dix heures du soir, M. de Sanzay décéda. « Il fut, nous dit sa veuve, enterré le jour « des Innocens; le luminaire coûta xii escus, le « drap mortuaire et les armoiries viii 1. Il estoit « âgé de Lxvi ans, etmoy, ajoute-t-elle, de lxi ans. » Puis elle aligne froidement dans son registre ce qu'elle a pris pour son deuil chez un drapier d'Argentan :

« XXII aulnes et demye d'estamet noir à lxx s. '< l'aulne;

« Plus VII aulnes de serge de Falleze à nu I. l'aulne;

(1) Cliristophe de Sanzay, le seccuid fils de René II de Sanzay.

« VI aulnes et deniyc de drap en grent laize , à « VI 1. l'aulne;

« VI aulnes demy tiers de serge de Limestre, h '< VIII 1. l'aulne;

« VIII aulnes de serge d'Ipres à lv soubz l'aulne ;

« XV aulnes de revesclie à xxii soubz l'aulne ;

« II aulnes et demye d'estamet à lxx soubz « l'aulne-,

« Somme touste, n«xxxiiii 1. vi soubz viii de- « niers;

0 VI aulnes de camelot noyr à xxv s. l'aulne (l) ;

« XXII aulnes de lizette à xv deniers l'aulne;

& VI paquetz de baleine valienl ix soubz ;

« iiii onces de soye noyre à xii soubz l'once ;

a II chapeaux vallent lxv soubz ;

vc I père d'epousettes vu soubz vi deniers ;

« I renard et demy pour un manchon xxxvii soubz f VI deniers ;

« VI douzaines de boutons xv soubz;

« X éguillettes noyres x soubz ;

« i aulne et demye de bougran xviii soubz ;

(1) Eu 1382, les trésoriers de l'église de Marbeuf, dans la plaine du Neubourg, au diocf'se d'Evreux, payaient « vnc aulne de ostade pour refferc lachaiipc des trespassez, 21s. » (Communiqué par M. U. Bordeaux, qui adonné, sur le registre de comptes de la paroisse de Marbeuf, une notice dans le Bulletin du Bou^ quiniste du 1"^'^ juillet 1858, p. 328.)

« I millier d'espingles noyres vu soubz vi de- « niers ;

« En fll noyr xxiiii soubz. Somme toutte xxii 1. « XIX soubz;

« Somme toutte, tout ce que j'ay prins cbeux le a drappier d'Argenten, nommé Busnel, se monte à « la somme de deux cens cinquante et sept livres « cinq soubz six deniers.

« Pour les povres à les babiller xiiii escus;

« Pour du crespe crespé et de lisse pour les « coiffures xxi 1. ;

c< Pour le voille iiii escus;

« Le V de février 1606, qui estoit le dimancbe « gras, fut fait, ajoute-t-elle, le service de defïunt «monsieur de Sanzay, où il y avoit quelques « vil"'' personnes, sans les pauvres; le tout revient a à la somme de iiii*" escus. »

C'était la dernière fois que le cbâteau de la Motte devait revoir tous ces anciens visiteurs qui y avaient mené si joyeuse vie. De ce moment la seigneurie de la Motte Fouqué s'en va en lambeaux ; les métairies , la forge de Cossé sont vendues successivement. La comtesse de Sanzay quitte ellemême le cbâleau de ses pères, et se retire dans une petite babitation, nommée la Touchette, que possédait sa sœur dans la paroisse de Montreuil-Ie- Cbétif , au pays du Maine. C'est là qu'elle continua à écrire régulièrement la dépense de sa maison, bien réduite alors :

« La vigylc des roys (1G09) , nous dit-elle, mada- « moysclle du Rocher est venue céans pour nous « estresner de deux ecbarpes de taffetas noyr, et de « viandes, cbappons, et de simereaux (l) , et deux (I cens livres de beurre pour la ferme de Raillere. »

Une partie des fermes de la Motte était passée entre les mains de ce M. du Rocber, qui était un bâtard de la maison de la Motte Fouqué. Entin , à demi-ruinée, hors d'état de mettre ordre à ses affaires, notre châtelaine cède, le 23 septembre 1611, moyennant une modique rente viagère de 600 livres, la propriété de la terre et du château de la Motte Fouqué à son neveu Pierre de Saint-Remy, le troisième fils de Jacques de Saint-Remy et de Madeleine de la Motte Fouqué, sa sœur cadette.

Depuis longues années elle était revenue sincèrement à la religion de ses pères. Si, par une sorte d'habitude, elle s'occupe eocore de sa toilette; si elle écrit scrupuleusement sa dépense, elle n'a plus en vue ni le monde ni les plaisirs mondains; ses désirs , ses aspirations sont ailleurs : « Les der- « niers jours de mars, nous dit-elle, j'ay fait faire a ung manteau d'éstamine, qui coûte xiii 1. la « pièce, ou il y avoit xvi aulnes en la pièce.

a Ung corset piqué, une paire de souliers de ma-

(1) Sorte de gâteaux faits avec des œufs. Le nom leur en est resté , et beaucoup de fermiers normands sont encore dans l'usage d'en offrir chaque année à leurs maîtres.

0 roquin (1), une escharpe et une ceinture de soye, « le tout pour le jour de Pâques, au dernier jour « de mars 1614. »

Elle tient encore son journal; mais la main devient tremblante, l'écriture pénible. A l'année 1615, nous ne trouvons que deux articles : « Le ix avril « m'a esté acliepté, dit-elle tristement, un cotillon « de camelot de Lille , de couleur de pensée cra- « moysie à xl soubz l'aulne (2).

« Plus VI onces de passement noyr frangé à xxiii « soubz l'once.

a Plus une paire de souliers de maroquin à « XL soubz. »

Ici une grave maladie interrompt le journal. Le malheur était entré dans cette maison: Renée de Sanzay, la nièce chérie de la comtesse, tombe malade presque en même temps qu'elle. Toutes deux luttèrent des mois contre la mort ; mais la plus jeune devait succomber la première, le 9 décembre 1615. La comtesse se traîna jusqu'au surlendemain,

(1) Voici, suivant Alexis Monteil, le prix des souliers au xvP siècle : ceux de veau, de maroquin, à raison de 16 d. I2 point, 13 s. 4 d. ; ceux de vache, à raison de 1 s. le point, 1 1.

(2) Dans le livre des dépenses de la reine de Navarre (Marguerite d'Angoulême), il est porté en compte une somme de lxxviii 1. x s. t. , pour quarante-cinq aulnes de camelot noyr à ondes pour faire robbcs aux damoyselles de Myosscns, de Sentrailles et de Saint-Patlicr, (i trente-r.inq sols l'aulne. (Registres de Jehan de Frotté, Charlrier du château de Couterne.)

11 décembre. Elles furent toutes deux portées le même jour dans la pauvre église de Montreuil-Ie- Chétif, et inhumées dans le chœur, à côté l'une de l'autre. Il y eut cela de singulier dans les destinées de cette maison de Sanzay, que quatre fois, et sans compter Marguerite de la Jlotte Fouqué , elle se vit ruinée par les femmes : d'abord par Atilde de Vermandois, puis au xiip siècle par Sybille de la Flocelière ; au xiv par Jehanne de Nesle (l) ; enfln au xv« siècle par Jeanne d'Amboise. C'est ce qui faisait dire à René III de Sanzay, l'historiographe de son illustre maison (2) :

« Les inconsidérées gastent et ruinent eu ung «jour ce que par longues générations avoit esté « acquis et conservé; et comme de la dignité^ haul- « tesse et accroissement les hommes ont la répu- «tation, ainsi les femmes, de l'honneur et bon « mesnage de la maison, et n'est sans cause ce que (' l'on dit que les femmes font et défont les mai- « sons. »

Après nous être si longtemps arrêté au château de la Motte Fouqué, nous ne voulons pas le quitter tout d'un coup sans faire connaître à, nos lecteurs ses derniers possesseurs. Commençons par Pierre de Saint-Remy, qui habita durant quarante

(1) Jehanne de Nesle, fille de Guy de Nesle, dit Clermonl.

(2) Généalogie de la maison de Sanzay. (Bibliothèque de l'Arsenal, n" 737.)

ans ce vieux manoir. Quelques notes de sa main, à la suite du journal de sa tante ;, la comtesse de Sanzay, vont nous faciliter cette nouvelle tâche.

Les dix premières années de son séjour à la Motte, Pierre de Saint-Remy se condamna à les passer enfermé dans son château solitaire, se libérant péniblement des lourdes charges qu'il avait acceptées. Une fois il en sortit, pour son malheur. Etant allé, dans le courant de l'année 1616, en compagnie de quelques gentilshommes , faire escorte à M. de Quemadeuc, qui allait prendre possession du gouvernement de Fougères, celui-ci tua à Rennes, en pleine rue, durant la tenue des états, un gentilhomme breton, nommé le baron de Nevet. L'affaire fit grand bruit ; on arrêta tous les gentilshommes de la suite de M. de Quemadeuc. Enfermé comme tous les autres dans la prison de la ville, le vendredi 28 octobre, Pierre de Saint-Remy ne fut élargi que le lundi suivant. Un écuyer du sieur de Quemadeuc paya pour tous, et fut exécuté dans la ville de Fougères (l).

L'année suivante, le sieur de Quemadeuc, qui avait été conduit à Paris et mis sous la garde de M. de Vendôme, s'échappa de prison, et venant droit à Fougères, s'en empara par surprise. MM. de Vendôme et de Vitry l'y suivirent de près;

(1) Notes manuscrites de .Jacques de Saint-Remy. {Clmrtrier du château de la Motte Fouqué.)

repris de nouveau après un siège en règle, il fut ramené à Paris, et finalement exécuté en Grève, le 24 septembre de la même année (l).

L'année suivante, un événement non moins triste mit en deuil toute la province. Voici le récit que nous en donne Pierre de Saint-Remy : « Le vingt- « huitième jour de may, monsieur de Faverolles (2), « frère de monsieur d'Argouges, baron de Rasn^s, « MM. d'Harcourt, de Longaunay (3), et moy estans « à la cbasse dans la forest de la 3Iotte, et faisans « nostre retraite , le sieur de Faverolles s'arresta « ung peu derrière, et entra dans les vieux taillis « ou il mist pied à terre; voyant qu'il ne suivoit

(1) Dans ses Histoires tragiques, p. 378, François de Rossct a consacré quelques lignes à la triste fin du baron de Guemaduc, comme il l'appelle : « Sa femme alla se jeter aux pieds du roi , « demandant miséricorde ; elle n'eut aucune réponse de Sa Ma- « jesté, sinon: «Eu cet endroit, je dois préférer la justice à la « miséricorde ; pour les biens qui me sont confisqués, je vous « les donne. » Suivant Rosset, le baron de Quemadeuc ne fut pas seulement convaincu du crime de V'se majesté , mais des assassinats commis es personnes du baron de Nevet, du sénéchal de Cliàtillon , et d'avoir par deux fois fait déterrer le corps de la dame de Villori, mère dudit sénéchal. (V. Mercure de France, t. V,p. 92; P. haicroix, Curiosités deV histoire de France, p. 329.)

(2) Le fief de Faverolles est situé dans la paroisse de ce nom, arrondissement d'Argentan.

(3) Charles de Longaunay, le fils aîné d'Hervieu do Longaunay, qui fut tué à la bataille d'Ivry , à l'âge de quatre-vingts ans. Il était gouverneur de Carentan, et s'allia à Suzanne de Bréauté.

« point le reste de la compaignie, l'ung de ses la- « quays va au devant de luy, qui le trouva tout « étendu mort, et avoit attaché son cheval près de « luy; estant porté en son logis tout près de \h, en « Magny, et estant visité, on luy trouva le corps « tout frangé de sang et le visage et le col fort en « sang et enflé. »

Le 28 juin 1618, Pierre de Saint-Remy rend aveu, à la chambre des comptes de Rouen , de la terre de la Motte Fouqué. Au mois de juillet suivant, il loue la forge et fonderie de Cossé à Pierre Choué, sieur de Vieux-Moulin, avec une certaine étendue de bois taillis, pour le terme de six années et pour en payer 10,000 .livres durant ledit terme (1).

Uniquement occupé de l'amélioration de ses vastes domaines, Pierre de Saint-Remy mentionne minu-

(1) Quelques rapprocliements , si l'on veut bien nous permettre cette courte digression , feront apprécier ce qu'était devenue, au xviii" siècle, l'industrie du fer dans cette partie de la basse Noimandie : En 1729, la forge de Cossé fut louée à M. de la Guiberdière la somme de 10,000 1. par année; en 1738, ce prix fut réduit à 8,000 1. L'année 1740 fut ruineuse pour les maîtres de forges de Cossé , de Liniéres, de la Sauvagère, de Halouze, de Champscgré, de Varenncs; les fers qui, l'année précédente, se vendaient à raison de 160 1. le mille, étaient tombés à 100 1. Cette industiiese releva pourtant, car nous voyons que la forge de Cossé fut louée, en 1759, aux sieurs du Bosquier et de Courcelles, à raison de 9,000 1. par an, (Notes extraites du Charlrier de la Motte Fouqué et d'un manuscrit sur la forêt de la Lande-Pourrie, située dans l'ancienne vicomte de Mortain.)

— Hh —

tieusement toutes les remarques qui intéressent l'agriculture : « Au mois de juillet 1618 se trouva « un grand nombre d'oyseaux, gros comme étour- « neaux, qui estoient incognus , qui gastoient tous « les fruicts en les ouvrant et ne mangeoient que « les pépins. A la mi-septembre, je vis, nous dit-il, « des prodiges au ciel, et la peste commença peu « après à Falaise et à Caen. A la même époque, « ajoute-t-il, arriva à la cour le général des carmes «déchaussés, Italien donation, qui donnoit des «avis assurés, comme par révélation divine, de « de ce qu'il y avoit à faire, et de ce qui arriva au « siège de Montauban (1). «

Nous espérions que le journal de Pierre de Saint- Remy nous fournirait quelques renseignements nouveaux sur la prise d'armes de Montcbrestien de Vasteville, la forêt de la Motte avoisinant la forêt d'Andaine, où se tenaient les assemblées des protestants; mais il n'ajoute rien au récit que nous en a laissé Malherbe (2) ; il nous confirme seulement dans ce que présentait de vraiment grave cette tentative d'insurrection : « Montcbrestien s'es- « toit assuré de l'appui de la pluspart de ceux de « la religion réformée , qui dévoient lever les ar-

(1) Ce doit être le P. Dominique de Jesu Maria, Espagnol de nation, et non Italien, précédé d'une grande réputation pour les prédictions et les avis en fait de batailles. (F. Bazin, Histoire de Louis XIII, t. II , p. 398.)

(2) Lettres posthumes , éditées par Biaise.

« mes en ung mesme temps, et estoit comme as- « seuré des villes de Caen, Allcnsoii et Fallaize et «des maisons des genlilzbommes, ou il devoist « faire de grandes tirannyes, et croyait donner se- « cours h Montauban (1). »

A la vigile de la Saint-Jean 1626 , notre nouveau seigneur de la Motte Fouqué épousa Blarie d'Oilliamson, flUe de M. de Coulibeuf (-2) seigneur vi-

(1) V., pour le récit de la mort de Montchrcstien, notre Histoire du canton d'Athis, p. 70.

(2) Ce M. de Coulibeuf était Julien d"Oilliamson , vicomte de Coulibeuf, chevalier de l'ordre du Roi, qui, le 8 février 1593, avait épousé Marie de Grente, fille de Robert de Grente et de Stevenotte d'Harcourt.

La famille d'Oilliamson est originaire d'Ecosse; elle s'est établie en France sous le règne de Charles \1U. Suivant laChesnaye- Desbois [Dict. de la NoblesscJ, le premier qui soit venu en France est Thomas d'Oilliamson , archer, en 1495 , de la garde écossaise. Il épousa Marguerite Rault, fille et héritière de Guillaume Rault, sieur du Mesnil-Hermé. En 4-120, Guillaume d'Oilliamson obtint de Henri V, roi d'Angletcire , un tcnemcnt dans la ville de Harfleur. T. Bréquigny (Normandie), Bibliothèque impériale, année 1420. — Les armes des d'Oilliamson sont : d'azur à l'aigle d'argent bccqué et ongle d'or, posé sur un baril de gueules. (F. Raymond Bordeaux, Etudes héraldiques sur les anciens monuments de Caen, p. 39)

La famille de Grente, dont Pierre de Saint-Remy devenait l'allié, portait : d'argent à la croix ancrée de gueules. Cette ancienne famille , qui se rattache avec quelque certitude à l'illustre maison des Grente-Mesnil, si souvent mentionnée par Orderic Vital, a fait ses preuves en 1463, eu 1540 et en 1669; elle a pris des alliances dans les familles de Maillé-Brézc , de Chavigny , de

comtal dudit lieu. L'année suivante, elle lui donna un fils, « lequel, nous dit-il, ne vescut que deux « jours pour le grand travail qu'il y eut à l'accou- « chement qui fut l'un des plus périlleux qui se « sont poinct veu, et dura ce travail huict jours. » M. d'Hardaneourt (Jacques d'Harcourt) en fut le parrain. Ce qui n'empêcha pas M-»" de Saint- Remy d'avoir par la suite treize autres enfants, dont chaque année, sans interruption, le journal enregistre très-ponctuellement les naissances, sans oublier, en regard de chaque nom, le numéro d'ordre.

« Dans le mois de juin 1636 vinrent de si grands « orages et de si grandes inondations qui ruinèrent » tant de cantons, que les blés furent jusques à « IV livres la mesure d'Écouché, et l'avoine à xxv « sols. »

L'année même du mariage de Pierre de Saint- Remy, son beau-frère, M. de Villerville, le ûls aîné de Julien d'Oillianison, vicomte de Coulibeuf , fut attaqué au Pont-Angot, sur la Dive, par Jacques de la Moricière, grand doyen de Bayeux, avec lequel il avait eu de violents démêlés. Le grand doyen , suivant le récit que nous en laisse Pierre de Saint- Remy, avait avec lui plusieurs complices, « jus-

Uochccliouart, de Thémines et le Veneur; elle est de nos jours représentée par M. le vicomte de Grente, dont la fille unique a épousé M. de la Roche Thulon.

(( qu'au nombre de vingt-cinq. M. de Villerville « fut tué d'un coup de pistolet, et fust encore tué « l'un des siens , et ung gentilhomme nommé '< Martinville bien blessé. » Le grand doyen se réfugia au prieuré des Moutiers au Perche ; mais M. de Héroussart, nommé tuteur à la personne du jeune frère de M. de Villerville poursuivit le meurtrier. Nous voyons, en effet, * que, le 30 juin 1627, a fust donné arrest au premier conseil pour M. de « Villerville contre le doyen de Bayeux et ses com- « plices, contenant renvoi au grand conseil. » Néanmoins, la justice n'eut pas son cours : Jacques de la Moricière devait mourir aussi de mort violente; car peu de temps après , en passant à Villers-Canivet, il fut tué d'un coup de fusil par une main inconnue.

On croyait alors aux esprits (et l'on y croit encore de nos jours). Le 25 octobre suivant, « un « fantosme se disant l'ombre de M. de Villerville, « apparutàunnomméCharles,son ancien secrétaire, '< le requérant de faire le voyage de Saint-Jacques- « de-Compostelle pour lui (1). L'affaire délibérée, « ledit Charles flst le voyage de Saint-Jacques où, « estant Va, eut encore des apparitions; et, la nuict.

(1) Dans quelques provinces du midi de la France, h Poitiers, par exemple, les pèlerins de Saiut-.lacques se trouvaient encore assez nombreux , au siècle dernier, jiour former une confrérie qui avait sa chapelle à quelque distance de la ville, sur la route d'Espagne.

« le mesme fantosnie luy parla, et a faict son rea tour le 17 mars 1627 (1). >

Entre toutes les autres, l'année 1633 fut une année calamiteuse : la peste fut universelle et si forte dans les paroisses de la Motte, Saint-Patrice, Orgères, Lignères et Magnj', «que je fus contraint. « nous dit Pierre de Saint-Remy, de desloger dua rant six mois; et, sur la fin de l'année et le com- « mencement de l'année 1638, les neiges furent si « grandes que de mémoire d'hommes on ne les « avoit vues telles. L'on ne pouvait aller ni par « voies, ni par chemins. A ces calamités vint s'a- « jouter une grande cherté (2). »

Dans les années qui suivent, bien peu d'événements méritent d'être relevés , sur le journal de

(1) Voici répitaphe du sieur de Villerville (elle est incrustée dans le chœur de l'église de Coulibeuf) :

Cy devant gist le corps DE Henri Deoilliamson en

Page 1