POUR SON AH
[V. de Caumont, Statistique monumentale de l'arrondissement de Falaise, p. 212.)
(2) Journal de Pierre de Saint-Remy.
Pierre de Saint-Rcmy : la mort de sa mère, Madeleine de la Motte Fouquô, la dernière de sa maison en Normandie, morte à quatre-vingt-trois ans, celle du tabellion de la Ferté-Macé, M» Challumel, qui vécut jusqu'à cent dix ans, celle du fils de Renée de Sanzay, mort à Paris, à l'âge de vingt et un ans, «après avoir esté taillé d'une pierre de gra- « velle qui luy fust tirée de la grosseur d'un œuf,» et enfin la naissance du fils ou de la fille qui vient périodiquement chaque année à Pierre de Saint- Remy, voilà à peu près ce qui remplit les dernières pages de son journal. Nous mentionnerons seulement l'érection de la tour de l'église de la Motte, qui eut lieu en 1639, et la bénédiction de la chapelle du château que fit, en 1646, le doyen de la Roche-Mabille.
Ici s'arrête le journal de Pierre de Saint-Remy; son fils, Jean-Jacques de Saint-Remy, lui succéda comme seigneur de la Motte Fouqué. Tout jeune, il avait été envoyé à Paris, « pour y continuer ses « exercices , et connaître un peu le monde. » Il épousa, le il novembre 1G62, Anne Bidon, veuve de Thomas Poulain , maître des cinq grosses forges de Linières (1) ; c'est lui qui fit ériger la terre de la Motte Fouqué en marquisat, sous le nom de Cossé. Il laissa deux fils, dont le second, Jean-Baptiste de
(1) Armes do la famille Poulain : de sable à deux lions d'oi' passant l'un sur l'autre.
Sainl-Reniy; s'allia, en 1700, k Thérèse Nicole de Montgomery, fille de François de Montgomery et de Marie-Louise Grisson, dame de la Motte Villebouzin; elle avait pour frère Nicolas-François de Montgomery, baron de Vignatz et du Mesle-sur- Sarthe (1). Au nombre des témoins qui assistèrent
(i] Le premier Montgomery rentré en France serait Robert, qui se mit au service de François I". Il était petit-fils d'Alexandre de Montgomery, descendant des comtes d'Egland, en Ecosse, et allié par les femmes à la famille royale des Stuarts. 11 prit le titre de comte de Lorges, du chef de sa femme. Son ftls Jacques, plus connu sous le nom du capitaine Lorges, chambellan du roi et coloucl général de l'arrièrc-ban , fut l'un des plus vaillants capitaines du xvf siècle. En 1543, l'année même de sa mort, il racheta de François d'Orléans, marquis de Rotheliu, la terre, seigneurie et vicomte de Montgomei7, près d'Argentan , et voici au sujet de cet achat ce que nous trouvons dans le Livre des dépenses de la Reine de Navarre :
« Le 12 mai 1544, depesché à Sainct Germain en Laye le don « fait à messire Jacques de Montgomery , chevalier de l'ordre, « sieur de Lorges, de la somme de dix sept cens cinquante livres " tournoys à quoi se monte les treizièmes et reliefs esclius et « advenir aux roy et reine de Navarre à cause de l'achapt qu'il (I a faict de la comté de Montgomery tenu mouvant d'eulx h, a cause de leur duché d'Alençou. » (Registres de Jehan de Frotté, Chartrier du château de Couterne.)
De Claude de la Boissière, dame de Ducey, Jacques de Montgomery laissa plusieurs enfants : l'aîné fut le célèbre chef des protestants, Gabriel de Montgomery, qui s'allia à noble damniselle de la Touche, et en eut Gabriel II de Montgomery ; ce dernier épousa Suzanne de Bouquetot, qui lui apporta en dot la seigneurie de Joué-du-Plain. A ce titre, il percevait, tout protestant qu'il était, les dîmes de la chapelle du château et en payait les déci-
au mariage de Nicole de Montgoniery et de l'Léritier de la maison de la Motte, nous remarquons René de Mont-Pinson, baron de Lougé, de Saint- Ouen-le-Brisoul et de Saint-3Iaurice ; Jean-Baptiste Gauthierj seigneur des Authieux; Emmanuel de Quesnay, baron de Quesnay et comte de Clinchamps ; François Gohier, sieur de Saint-Cénery; Pierre Poulain, sieur d'Erneval et gentilhomme de la chambre du roi.
De Nicole de Montgomery et de Jean-Baptiste de Saint-Remy, sortirent un fils et une fille, Jean- Baptiste de Saint-Romy, mort le 25 avril 1726, à l'âge de vingt-trois ans, et Madeleine de Saint-Remy, mariée le 25 décembre 1725, avec Guy Antoine de Saint-Simon, marquis de Courtomer, capitaine des gardes de la duchesse de Berry (1). Il n'était que
mes à l'évêquc de Séez, tout comme en était tenu le chapcliiin. Au XVII"' siècle, la belle terre de la Motte, près d'Argentan, aujourd'hui la Motte Lezeau, appartenait également à cette branche de Jlontgomery. Ce fut Jean de Montgomery qui la vendit, le 14 ocobre 1654, à la veuve de Nicolas Ango. {Charlrier du château de la Motte Lezeau, titres communiqués i)ar M. David.)
Les Montgomery portaient: d'azur à trois fleurs de lis d'or, écartelé d'azur à trois coquilles d'or. (F. le Dictionnaire de Morery; l'abbé Desroches, Annales de l'Avrancliin.) Les archives de l'Orne renferment beaucoup de titres sur les Montgomery et sur le comté de ce nom. [V. également à la Bibliothèque impériale la généalogie de cette ancienne et illustre famille, n° 9891.)
(1) Voici les armes qu'il portait : de sinople h trois lions d'argent, armés et lampassés de gueules, deux en chef et un en
le second fils de Claude-Antoine de Saint-Simon , et de Jeanne de Caumont, fille du duc de la Force, et s'était fait recevoir chevalier de Malte ; mais son frère aîné, Jacques-Antoine de Saint-Simon, n'ayant pas laissé d'enfants de Renée de Catinat, une des nit'ces du maréchal, notre nouveau seigneur de la Motte Fouqué, devenu l'aîné de sa maison, se fit relever de ses vœux, obtint en survivance de son frère le régiment de Soissonnois, et finit par réunir en sa personne les deux seigneuries de Courtomer et de la Motte Fouqué.
Cette famille de Saint-Simon Courtomer descend par onze degrés de Robert Simon, qui, vers l'année 1195, possédait des biens dans la paroisse de Beuzeville, en Normandie fl). En 1585, Arthur Simon, seigneur de Sainte-Mère-Église; chambellan du duc d'Alençon et capitaine de 80 lances, obtint du roi Henri III la permission d'ajouter le mot Saint à son nom. Il avait épousé, en 1562, Léonore de Beauvoisien, baronne de Courtomer (2), et était fils de
pointe. (Vertot, Histoire de Malte, t. VI, p. 310, liste des chevaliers, année 1700,)
(i) Robert Simon fut reconnu comme noble par Montfaui dans la paroisse de Beuzeville. Jean de Saint-Simon fut également reconnu noble par Roissy. [Recherches de Monlfaut et de Roissy.)
Jean-Antoine de Saint-Simon, marié à Marie de Clermont- Gallcrande , fit ériger la terre de Courtomer en marquisat , en l'année 1620.
(2) Guillaume le Beauvoisien possédait, en i443, la baronnie
François Simon et do Renée de Toussainville; il paraît avoir été fort avant dans les bonnes grâces de Henri IV, qui l'appelait Mériglise, et se plaint dans une lettre qu'il ne lui donnait aucunes nouvelles de la cour (1).
Notre nouveau seigneur de la Motte Fouqué, Guy de Saint-Simon, reprit l'état de maison que comportait sa grande existence. Si l'on veut connaître ce qu'était, au commencement du xviii« siècle, la tenue d'une maison de haut rang, voici le relevé que nous en avons pris sur les notes mêmes de M. le marquis de Saint-Simon; elles datent de 1738, année qui précéda sa mort :
1 homme d'affaires 200 1.
1 maître d'hôtel 100 1.
1 cuisinier 150 1.
1 femme de chambre 60 1.
1 gouvernante 70 1.
1 valet de chambre du nom de Lafleur 150 1.
1 femme de charge 40 1.
Le premier laquais 60 1.
de Courtomer. Jean de Bcauvoisien est meutionné dans un arrêt de l'échiquier de 1433. Son fils, Gabriel de Beauvoisien, épousa Anne de Saint-Germain de llouvrou. {Archives du Calvados f, papiers de famille des d'Harcourt. — V. la Uoque , Histoire de la maison d'Harcourt, et notre Histoire du canton d'Athis, p. 268.)
{i) Lettres missives de Henry IV, 1. 1, p. 80 (note do M. Berger de Xivrey).
Le deuxième laquais 60 I.
Le cocher 120 1.
Le postillon 60 1.
Le palfrenier 60 1.
Le piqueur 100 1.
Le jardinier 100 1.
La servante de cuisine 30 1.
La servante d'office 30 1.
La servante de basse-cour 30 1.
Le premier charretier 50 1. et un surtout de toile.
Le deuxième charretier 50 1.
Le garde 60 1.
4 gardes au même taux.
Le courrier pour aller à la poste 50 1.
Pour pousser encore plus loin cette étude sur la vie d'autrefois en province, et pour établir des points de comparaison entre la vie du xvP siècle et celle du xviii", nous avons cru devoir également relever, sur les registres de M. de Saint-Simon, les prix des étoffes et des denrées à l'époque où il voulut faire revivre les beaux jours du château de la Motte.
En 170.3, la vaisselle d'étain était estimée à vingt sols la livre ;
Le lanfez, à 2 solz de façon l'aune ;
Le droguet sur estain (l) à 18 sols de façon l'aune ;
(I) On appelait fil d'estaiu le fil retors fait avec de la laine de Flandre peignée.
La toile commune à 2 sols de taçon l'aune ;
L'aune de futaine blanche coûtait 24 sols l'aune ;
L'aune de toile à carreaux verts et rouges 19 sols ;
L'aune de toile pour nappes dites à carreau couronné, 18 sols ;
Le lin était fllé à la main à raison de 15 sols la livre.
Passons maintenant aux prix des denrées, en prenant toujours pour guide les vieux registres de dépense du château de la Motte.
En 1733, la viande était payée à raison de 4 sols la livre. (La consommation de la maison du marquis de Saint-Simon était environ de 500 à 600 livres par mois).
En 1738, la viande redescend à 3 sols 9 deniers.
En 1739, elle remonte ù, 5 sols la livre.
En 1752, elle descend à 3 sols 6 deniers.
En 1759, elle remonte à 3 sols 9 deniers pour redescendre encore, en 1762, à 3 sols 6 deniers.
En 1760j la livre de lard est évaluée à 4 sols.
En 1762, le veau évalué à 2 sols et demi la livre (1).
(1) I,e prix actuel en Normandie varie, suivant la saison, de 9 à 12 s.
En 1738, une paire de poulets est évaluée à 13 sols. (Ce prix varie, dans les années suivantes, de 10 à 13 sols.)
En 1754, le prix d'une paire de canards est de 10 sols.
En 1738, et dans les années suivantes, le prix des œufs se maintient entre 3 et 5 sols la douzaine.
Le poisson de mer (raie ou merlan) revient à un franc la livre.
Un baril de hareng 7 1. 10 sols.
La chandelle à 8 sous la livre.
Le pot de vinaigre à 2 livres.
Deux cierges pour la chapelle du château, 2 1. 6 sols.
Il ne nous reste plus qu'à faire connaître le prix des journées d'hommes.
En 1738, la journée d'hommes, suivant les registres du marquis de Saint-Simon était de 5 sols (1).
(1) En 1301, la journée d'un moissonneur évaluée à 12d.(I'-Deiisle, Eludes sur la classe agricole, p. 623.)
En 131.Ï, la journée d'un homme pour scier le blé évaluée à 13 d. (Papier terrier de la vicomte de Falaise, Bibliothèque Impériale, Supplémenl français, u" S6.)
En 1477, un vigneron offrit à la chambre des comptes de
La journée d'un couvreur de 12 sols.
Si nous consultons le livre de dépenses du comte de Fiers, qui habitait un château voisin, nous retrouvons à peu près les mêmes prix :
En 1734, la journée d'un maçon était de 12 sols; la journée des servants des maçons, 6 sols;
Celle d'un jardinier, 6 sols;
Celle d'un charpentier, 16 sols (1) ;
Celle d'un tailleur de pierres, 11 sols ;
La journée d'une lavandière , 3 sols.
Une charretée de pierres était évaluée à 3 livres (eu égard sans doute au mauvais état des routes) ;
Un fer de cheval 8 sols;
Bourgogne de cultiver, au profit du roi, 1^8 journaux à un peu plus de 8 fr. par journal (le journal contenant 360 perches de 9pieds<i2.)
Pour ramener ces valeurs au chiffre de nos jours, il faudrait les multiplier par un nombre flottant de 7 à 10 à 20. Or, les 1,200 fr. donnes par la chambre des comptes de Dijon, pour la culture des 1-48 journaux de vigne à Dijon, équivaudrait à une somme d'au moius 10,000 fr., ce qui ferait plus de 60 fr. pour la culture d'un journal. (Rossignol, Histoire de Bourrjoijne, p. 170.)
Suivant de Bras de Bourgueville , la journée d'homme , au commencement du XVI' siècle, était de 2 s., celle de femme de 18 et 20 d. [Recherches et Antiquités de la ville de Caen, p. 83.)
(1) En 1450, les charpentiers occupés au siège de Cherbourg reçoivent une paye journalière de 5 s., les raanouvriers 3 s. (L. Delisle, Études sur la classe agricole.)
Une roue de charrette, 15 livres; Une paire de sabots pour un enfant, 4 sols; La façon d'un tonneau de cidre, 20 sols.
Revenons, pour la dernière fois, aux possesseurs du château de la Motte Fouqué :
La maison de Saint-Simon Courtomer se continua dans la personne de Kicolas-Philippe-Antoine de Saint-Simon, lequel épousa en 1749 Louise-Rose de Tliiboutot, ûlle unique de Louis-François de Tbiboutot et de Marguerite de la Vieuville-d'Orvillé; il n'en eut qu'un seul fils, Pierre de Sainte Simon Courtomer. Ce fut ce dernier qui vendit , en 1752 , la belle terre de la Motte Fouqué à Jean David de Falconer.
Ce nouveau seigneur de la Motte Fouqué était de très-ancienne maison; sa famille, originaire de rile-de-France, reconnaît pour auteur Raoul Faulcon, sieur de Ris et d'Argenteuil , au commencement du xii" siècle. Parmi les compagnons de Charles d'Anjou figure un Beaudouin Faulcon, lequel s'établit en Sicile, et devint le chef d'une branche qui, aux xiv<= et xv^ siècles, donna plusieurs gonfaloniers à la république de Florence (1). Le frère cadet de ce Beaudouin, David Faulcon, passa en Ecosse, où il forma une seconde branche. Sous Charles VIII, le chef des Falconi de Florence rentra
(1) En 1334.
en France. Nous voyons l'un de ses fils devenir évèque de Carcassonne; son petit-fils, prtinier président du parlement de Bretagne; enfin son arrièrepetit-fils , Alexandre Faulcon de Ris , remplacer Claude Groulart comme premier président du parlement de Normandie (1). Un des descendants de la branche d'Ecosse, David Faulcon, lequel servait dans la garde écossaise, rentra aussi en France, s'y fit naturaliser en 1517, et devint, par un grand mariage , seigneur et baron de Basoches en basse Normandie.
De ce dernier descendait notre seigneur de la Motte Fouqué, le marquis de Falconer. Il épousa, le 29 septembre 1774, noble damoiselle Armande de Bezons, fille de Jacques Bazin, marquis de Bezons, et arrière -petite -fille de Jacques Bazin de Bezons, maréchal de France en 1709. La terre de la Motte Fouqué appartient aujourd'hui à M'"'' la marquise de Saint-Léonard , fille du dernier marquis de Falconer (2).
(1) U avait commencé par être conseiller au pailemciil de Bretagne, puis maître des requêtes. (V, Floquet, Histoire du parlement de Normandie, t. IV, p. 234.)
(2) La maison de Falconer porte : d'argent à un sautoir de gueules, au faucon de sable éployé, posé au chef et accompagné de ti'ois molettes de même, posées 2 et 1 ; elle est représentée aujourd'hui par M. Amable-Jean David, marquis de Falconer, qui, de M"' Sophie-Joséphine de Quetteville, n'a eu que deux lilles, M"" des Moutis et M""^ de Vauborel.
C'est à son obligeance que nous sommes redevable et du précieux journal de la comtesse de Sanzay et d'une partie des documents que nous avons pu recueillir sur ce vieux château de la Motte Fouqué.