‹ Le journal de la comtesse de SanzayChapitre 3 sur 6 · MENU DE LA REINE CATHERINE DE MEDICIS · texte numérisé non relu

MENU DE LA REINE CATHERINE DE MEDICIS

SAMEDT XSVIIie JOUR D'AOUST 1563

La Reine et son train disner à Villy, soupper et coucher à FaUaize.

Panneterie.

Aux boullangers, pour la boucbe et corn- liv. s. a. mu n, 33 douzaines de pains 8 7 6

Eschanconnerie.

A l'hoste de Saint .Alartin de Fallaize,

pour xiii pots VIII ch 10 8 »

A Robert Quesnon, pour viii pots viii ch. 6 8 »

A Thomas le Maistre, pour xxii pots

VIII ch 12 6 3

A Pierre Cap, pour le charoy dudit ofûce. » 15 »

Cuisine.

Aux pouessonnierS:, pour deux barbeaux, liv. s. d.

pied, 4 doigts » 15 »

Cinq raies » 30 »

Une carpe de deux pieds » 50 »

Sept allouzes sallées » 28 »

Six carpes de pied » 15 »

Demi-petit saulmon frais >» 15 »

Une truicte pied et demi » 40 »

Dix soUes » 50 »

Vingt-sept vives » 40 6

Deux niourues » 20 »

Trois merlues » 12 >^

Trois carpes de pied » 7 6

Trois merlues » 12 »

Trois garosseaulx » 9 »

Deux petites truictes » 10 »

Une portion et demie de cancres. » 10 9

Demi-panier moulles » 17 6

Deux plats chevrettes » 8 »

Ung quartron escrevisses » G »

Demi-quartron se//en/i » 6 3

Une barbue » 5 »

Aux bouchers, pour quatre livres de beurre. » 60 »

Trois cens et demi œufs » 26 3

Six livres chandelle » 9 »

liv. s. d.

A l'escuier de cuisine, pour oranges. ... » 5 »

Articbaux » 6 »

Farine ordinaire ») 5 »

Laict » 2 »

Œufs frais » 5 »

Huille d'ollif » 40 »

Poix cbictie » 4 »

Fourmage Millan » 4 >

Fourmage moul » » 12

Grozeil » 8 »

Auverdurier, pour verdure de ce jour... o 40 »

Au pâtissier, pour neuf tartres » 34 6

Une tourte » G »

Demi-cent mestier » 2 6

A. l'appoticquaire, pour ce jour Néant.

Fruicterie.

Aux fruictiers, pour fruict ordinaire » 60 »

Huict flambeaux blancs » 42 9

Dix bougies blanches » 8 4

Quatorze bougies jaulnes » .5 10

Trois flambeaux de demi-livre cire

jaulne » il 3

Et par suz 7 6 8

Fourrière.

Au sieur du Serlan , premier maistre d'hostel de ladite Dame, pour livrée

liv. s. d.

de ses gens, pour ce jour » 50 »

Au premier méJecin » 40 »

A l'appoticquaire » 25 »

Au trésorier et clerc d'office » 50 »

Au tailleur et son bomme » 28 »

Au serugien » 6 o

Aux deux couriers » 24 o

Aux garson chieretier » 5 »

Aux deux lavandières o 40 »

Aux porteurs de cuisine , pour charbon et

ballets » 8 »

A vallet de fourrière pour ballets » 12 »

Desroy faict à Fallaize ce dit jour ou la Reine à souppé ce dit jour, tant pour boys, fagots, paille que desroy de logis

ou autres parties 14 10 2

Au sommeiller Turpin,pour avoir fait frellater deux muitz de vin, et venu d'avant à argent pour sa despense que pour frellatage » 15 »

Somme de ce jour, cent sept livres douze sols six deniers tournois , ci 107 12 6

SERRTORZY.

t'Archives du Calvados, bureau des finances.)

Cette curieuse pièce nous a été communiquée par M. Cliatfl, conservateur des arciiives du Calvados.

VJ

,^Es quelques pages qui suivent servent de préface à la généalogie que nous a

ÈS^/^i^ laissée de sa propre maison René III v'i-C o C de Sanzay; c'est une suite de conseils adressés à son ûls aîné, et dans lesquels respirent une grande droiture, une haute loyauté.

A Monsieur le visconte CHARLES (1) , gentilhomme ordinaire de la chambre de Monseigneur Françoys, fils de France et frère du Roy, duc d'Anjou; et le dict Charles fils aîné de Monseigneur René , comte de Sanzay, visconte héréditaire de Poictou, sieur de S aine t- Marsault et chevalier de l'ordre du Roy, son

(1) Charles de Sanzay épousa Marie-Françoise d'Estrées, fille d'Antoine d'Estrûes, marquis de Cœnvrcs, premier baron H sénéchal du Boulonnais, grand maître de l'artillerie de France.

chambellan et conseiller en son conseil privé, collonel et cappitaine général de la noblesse de France, subjecte au ban et arrière ban, et superintendant gênerai des fortijications de ce royaulme, et de Madame Charlotte de Tliais, dame de Thaïs, baronne de Beaulle et de la Neupville le Roy.

Les plus grandes victoires que puissent avoir les hommes est de surmonter les vices et le temps : l'ung le veut faire maistre de noz personnes, honneurs et hiens; l'aultre de nostre mémoire, chose qui se peult aisément vaincre par les armes de la vertu, qui rend les actions des humains recommandables, avec ung beau subject de les laisser par escript à la postérité et triompher du temps, qui de son naturel consomme et dévore tout.

Or, ayant trouvé ce que par auctorité du deffunt roy Charles neufielme et de sa justice, a esté extrait pour la famille et maison de Sanzay des mémoires de deffunct M" Jehan le Perron^ historiographe du roy François premier de ce nom, et advocat en sou parlement, à Paris, qu'il semble avoir esté laissés par l'aucteur prévenu de mort sans y avoir mis la dernière main, à cause de la confuzion des dattes et désordre des descendans ou collatéraux, et sans y remarquer de belles choses qui se peuvent extraire des histoires concernantz les faictz généreux des sieurs de ceste maison, j'ay conféré

l'extrait du dict le Ferron , avec les histoires des Françoys, AllemansetAnglois, et avec les papiers et docuinens trouvez au Thresor des lettres de Sanzay, et de aulcunes abbayes et prieurez de leur fondation et augmentation, et aux registres et remembrées des lieux ou les dictz seigneurs et dames de Sanzay sont ensepulturez, et ay le tout fidellement rédigé et véritablement mys en ordre et manière qui se trouvera cy-apres.

Et premièrement, j'ay voulu insérer les lettres patentes du roy, le proces-verbal du commissaire, et la préface du dict le Ferron , à ce que des ungs et des aultres soict faicte icy mention, et que le lecteur juge de la vérité du faict, comme il se A^erra en ce livre que à vous j Charles très-noble et bien nay, j'ay voullu adresser, à ce que par la lecture de l'histoire domestique de votre maison vous congnoissiez les variables effectz de la Fortune, et de combien vous estes tenu à Dieu de vous avoir amené par tant de nobles générations, et sauvé, entre tant de hasars, de perdition de honneurs, biens et lignées, jusques en noz jours sain et entier, de ce qui vous doibt estre le plus cher, qui est l'ame chrestienne , l'esprit solide, la sancté bonne , et vray héritier de l'honneur de vos ayeulx père et mère , la vertu desquelz et leurs peines et travaux seront toujours en vostre mémoire. Or, comme les moins vertueux et moins craignans Dieu ont eu moins d'honneurs et de biens, vous establirez par là la conduicte de vostre jeunesse qui servira de

fondement pour y bastir ce que Dieu et les services fldelles que vous ferez aux roys et à vostre république vous donneront de bonheur, qui comme le commencement sera apuyé en la crainte de Dieu et sur la vertu, tout le succès vous en sera heureux, bonnorable et proffltable. Chassez donc sur toutes choses d'avec vous l'herezie et superstition, gloire et présomption, le mespris de Dieu et de ses esluz, et vacquez souvant à oraison ; que l'abus des prestres et pasteurs ne vous facent séparer de l'Eglise, et croirez que tout cela sont punitions de nos péchez, qui nous rendent indignes d'un meilleur temps. Soyez courtois et gracieux, sans dédain ou mespris, car par là vous serez aymé de tous. Craignez, et aimez, et auctorisez la justice, parce que par là la vertu est auctorisée par dessus le vice et la noblesse par dessus le peuple. Chassez toutes paillardises, mesmes la domestique, la scandaleuse et l'effrontée; chassez le blasphème, la vengeance, l'oppression sur tous inférieurs, tous soudains mouvemens et légères entreprises, jeune conseil , folles et grandes dépenses , vous souvenant que le mauvais mesnage et les démesurées entreprises ont cinq fois reduict vostre maison à l'extrémité, de laquelle elle a esté miraculeusement relevée. Vous ne délaisserez pour cela de suivre courageusement, accortemcnt et selon vos moyens l'honneur et la fortune ; et surtout aux prosperitez, ne soyez insolent, et n'abusez de la faveur et prospérité; ains usez en selon le temps;

et aux adversitcz, soyez constant et fort;, sans touttefoys vous laisser submerger au torrent ou estouffer à la violence, et pancez que, avec le temps et patience, l'on fait tousjours les affaires. Soiez vaillant, brave, résolu et considéré exécuteur de vos entreprises , et surtout chassez d'auprès de vous deux monstres horribles qui ruynent les deux pars de la noblesse : la présomption et l'ignorance; et, pendant que vous estes jeune, faictes vous cappable de toutes choses vertueuses, tant de celles qui vous ont à estre commandées , que de celles que vous avez à commander : à ce que vous ayez à dignement faire les unes, et à accortement commander les aultres. Ne vous advienne de faire trop licentieusement aulcune chose, soit par amour, par amitié, ambition, avarice ou nécessité, et soyez en toutes choses charitable et condolent à toutes nécessitez , obéissant, à vos supérieurs, aymant vostre famille, vos parens et vos subjectz, et n'abusez de ce don de grâce héréditaire en vostre maison de la guerison des malades par la toute puissance de Dieu, au nom de Jésus , par l'imposition de voz mains, et ne vous advienne de en user que le premier vous n'ayez supplyé Dieu guarir votre conscience et pardonner vos péchez, à ce que vos actions luy soient d'autant plus agréables. Ce faisant, vous humiliant devant Dieu , et n'abusant de vostre noblesse et moiens, je vous predictz par oracle que vous ou celuy de vos descendans qui feront ces choses restabliront la dignité et les biens de votre grande

maison , qui sera benito et bienheurôe de la main de Dieu , qui ores par juste courroux en voulust retirer sa grâce. Il la bénira de siècle en siècle, et de génération en génération, dont je le supplie, et vous faire la grâce de vous rendre digne de sa saincte bénédiction.

RENÉ III DE SANZAY termine ainsi l'histoire généalogique de sa maison.

JouT ce que dessus a esté mis selon la vérité du faict, et comme il est escript aux histoires, avec labriefveté promise au commencement de ce livre, sans se estre arrêté à plusieurs matières et discours que l'on eust peu extraire de beaucoup de beaux falctz d'armes. 3Iais l'entreprise n'ayant esté que de la famille de Sanzay, je me suis contenté de remectre en ordre et vérifier ce qui avoit esté laissé par maistre Jehan le Ferron en confusion, comme lui mesme l'avoit bien recogneu, et que je l'avois veu et vérifié auparavant son décès. Ayant aussi de ma part passé légèrement ce qui est faict de nostre temps, rayant remis à aultre saison et ne se trouvera estrange le precomptement et déduction de si longue lignée, chose à toutes personnes commune, car il est certain aue nul n'est nay sans père.

ayeul, bisayeul et ainsi des autres ascendans; mais comme les familles ont esté plus pladoyées et sont plus curieuses et plus illustres^ les lignages se peuvent mieux précompter, ce qui n'est pas aux petites maisons et de basse condition. De tout ce que dessus l'on pourra apprendre que d'aultant que les hommes et femmes sont naiz plus illustres et constituez en plus grande dignité, ores que ce soit une mesme chose que du plus abject du monde, si sont-ilz d'aultant plus tenuz à en remercier Dieu et à luy tenir et à rendre compte de ce qu'il a pieu à sa divine Majesté, leur commectre et donner qu'ilz sont exaltez, enrichiz et honorez pardessus les aultres, et comme tout cela vient de Dieu, aussi ont-ilz à se tenir en sa protection, par craincte de l'offenser, de peur que estant abandonnez de sa saincte et forte main, leurs peschéz les facent précipiter avec plus de honte et avec perte de l'ame, de l'honneur, de la personne, des biens et de la succession légitime.

L'on pourra aussi apprendre que jamais habile homme ne laissa passer l'occasion de se accroistre et augmenter sans la prendre avec résolue discrétion de ne différer à aultre temps ce qui se peult exécuter, et en cela user de meilleure diligence et continuité, que de force qui de son naturel est odieuse, sans touttefoys faire ou commectre chose qui puisse irriter la bonté de Dieu contre toute une race qu'il fault tousjours croire et imaginer estrc Dieu juste, miséricordieux et bon.

L'on pourra aussi souvenir que ung homme et une femme de bien et bonne mesnagere font, accroissent et conservent grandement leur maison. Les folz et folles inconsidérées gastent et ruynent en ung jour ce que par longues générations avoit esté acquis et conservé, et comme de la dignité, haultesse et accroissement, les hommes ont la réputation, ainsi les femmes de l'honneur et bon mesnage de la maison , et n'est sans cause ce que l'on dicl que les femmes font ou deffont les maisons : triple honte et reproche en tous siècles, comme à violateurs et meurtriers de leur propre sang, à ceulx et celles qui, sans charité et dilection de leur postérité, dissipent leur biens, et qui par ce moien sappent par pied et arrachent les fondements du temple d'honneur, sans considérer qu'avec grandz et longs travaulx, retranchemens de plaisirs et délices, perte d'amys et serviteurs, hasart et abbréviation de vie, et quelquefois non sans offence de Dieu.

Et pour conclusion, je diray que le plus grand secret que je sache de se conserver, et sa maison est de tousjours bien faire, et par ce moien laisser de ses actions une bonne odeur à la postérité, veu que ce monde n'est aultre chose que vanité et ung exercice perpétuel de la patience humaine, plein de vicissitude, et que tout perist et se consomme, fors aymer Dieu et son prochain , duquel la haulte et incompréhensible majesté supprime l'orgueilleux et exalte le charitable et l'humble de cueur, à la

quelle soit gloire, louange et honneur par les siècles des siècles, et paix et félicité au lecteur de ces présentes.

[Bibliothèque de l'Arsenal, n" 737.)

Etienne Pasquier, l'auteur des Recherches, était en correspondance suivie avec René lU de Sauzay (V. OEuvres choisies d'Ét. Pasquier, édit. de Prosper Feugères, t. II, p. 351). De Thou parle de René III de Sanzay et des services qu'il rendit à Henri III. On a conservé de lui deux harangues, dont l'une, adressée au pape Paul IV, « contre les calomnies que l'on mettoit sus au Roy de France. » On a encore de lui des Remontrances à Henri III « sur la réformation de tous les abus et extirpation de l'hérésie. » (F. la bibliothèque de du Verdier, t. III, p. 411, et le P. le Long, t. II, p. 302.)

Parmi une série de piôces relatives aux états de Blois de 1.^88, imprimées à Lyon la même année, in-S", s'en trouve une intitulée : « Remontrances, par le comte de Sanzay, député de la noblesse du Poictou. »

La Bibliothèque de l'Arsenal possède en double copie, sous le n° 799, les œuvres manuscrites de René III de Sanzay.

Le volume commence par une épître au Roi , signée de la main de l'auteur.

A la suite de cette épître se trouve en note tout ce que l'auteur désire qui précède son ouvrage : son portrait, ses armes, des vers à la louange de Dieu, des vers de lui à son livre, de son livre à lui , et une épître de sa femme ou de son fils aîné, en cas qu'il décède avant que son livre ne soit mis en lumière.

Puis vient la table des chapitres :

L'origine, dignité ,• devoir du prince ou seigneur, du gentilhomme et du noble homme; les licfs, les seigneuries; éducation, religion, faits d'armes, honneurs, rangs, cérémonies, qualités et différences ; le moyen de pacifier toutes querelles par le point d'honneur.

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