II INTRODUCTION
Nous étions, ce printemps dernier, ensemble à la campagne, et la pluie persistante nous avait forcés à fumer notre pipe au coin du feu. Ces derniers feux de la saison ont le charme intime des flambées de l'hiver, avec je ne sais quoi de plus allègre et de plus réveillant. La cheminée pétille encore comme en décembre, mais la fenêtre reste ouverte et l'on entend au loin, dans les arbres en fleurs des jardins, une chanson de merle ou de faiivette, qui sent le renouveau et vous met le coeur en joie. — Nous étions devenus plus bavards et plus disposés aux confidences. — Lorsque je suis entré au ministère, me dit Tristan, un vieux chef, auquel j'étais recommandé, m'a tenu à peu près ce discours : « Cher monsieur, la carrière où vous débutez est féconde en déboires; les appointements y sont modestes, Tavancement y est lent, les mécomptes y poussent dru comme Therbe ; si vous tenez à supporter gaîment les passe-droits, la morgue de vos supérieurs, les petites jalousies de vos collègues, les ennuis d'une besogne moutonnière, les tempêtes dans un