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P. SILVER

LES CORYANTHES

C'est un genre peu connu, mais extrêmement intéressant; la structure extraordinaire des fleurs lui donne un attrait tout particulier non seulement pour les amateurs, qui en font une des curiosités de leurs serres, mais pour les botanistes, qui trouvent un sujet d’étude précieux dans la singulière transformation du labelle et dans l’organisation de cette fleur en vue de la fécondation.

Peu d’espèces sont répandues dans les cultures jusqu'ici; mais plusieurs formes nouvelles d’une très grande valeur ont fait leur apparition, depuis un an, à l'établissement de L'HORTICULTURE INTERNATIONALE, et il y a lieu de penser qu’elles ne tarderont pas à entrer dans toutes les collections. Il convient d'admirer une fois de plus, à cette occasion, avec quelle rapidité, de temps en temps, la nomenclature des Orchidées, et avec elle les catalogues des horticulteurs se transforment comme par magie. Nous en avons eu depuis quelques années des exemples frappants; les Cattleya, avec leurs admirables nouveautés, les Catasetum, les Mormodes, les Coryanthes enfin, ont vu augmenter leur domaine d’une façon remarquable et acquis un éclat tout nouveau; parfois même une seule découverte, exceptionnellement brillante, suffit à modifier totalement l’opinion qu’on admettait généralement sur un genre un peu délaissé, et qui se révèle susceptible d’atteindre à une beauté supérieure, ou sur un genre très ancien et très nombreux déjà, et qui semblait avoir dit son dernier mot; telle l'introduction du Zygopetalum Lindenmiae, du Cochlioda Nütz:liana et de l’'Oncidium Leopold.

Dans le genre Coryanthes, nous citerons seulement le C. Bungerothi, dont les fleurs sont d’une taille géante ét d’un coloris incomparable (voir la belle reproduction de la Lindenia, pl. 237) et le C. leucocorys, plus récent encore, car 1l a fleuri pour la première fois en juin 1891 (Lindenia, pl. 293). Celui-ci, presque aussi grand que le précédent, possède également un coloris des plus attrayants; le seau du labelle est d’un rouge légèrement teinté de brun; l’épichile est arrondi en capuchon, et recourbé jusqu’au contact du seau; il est d’un blanc d'ivoire immaculé, avec une ligne de cils soyeux à peine indiquée à droite et à gauche. Les sépales sont d’un vert d’eau pâle, avec une faible teinte rouge par places.

Il existe quelques autres espèces très intéressantes, assez anciennement connues. Les principales sont : C. macrantha. Belles fleurs, d’un jaune éclatant tacheté de rouge, avec le seau du labelle jaune teinté de brun. — C. maculata. Fleurs jaune clair, tacheté de rouge vif; le seau jaune est tacheté intérieurement de cramoisi vif. — C. speciosa. Grandes fleurs jaune pâle, au seau légèrement rougeâtre ou teinté de brun. — C. elegantissima. Grandes fleurs jaunes, avec le seau rouge pourpre.

Nous avons parlé plus haut de la structure des fleurs de Coryanthes; elle est tout à fait insolite dans la famille orchidéenne, et extrêmement étrange. Le labelle, qui atteint un développement considérable, est formé de trois parties distinctes : l’épichile, ou partie basale, forme une vaste expansion charnue, soit étalée en plateau, comme dans le Coryanthes sheciosissima, soit repliée et recourbée en forme de capuchon, comme dans les C. Bungerothi et C. leucocorys. Il est généralement teinté de jaune. Le mésochile est une simple tige charnue reliant les deux autres parties; il porte, dans les deux espèces ci-dessus, plusieurs replis formant des espèces de dents; l’hypochile présente la forme d’un seau parfaitement régulier, aux bords légèrement évasés, ouvert à la base d’un côté seulement, et se terminant de ce côté par deux proéminences ayant l’aspect et la consistance de cornes, au-dessus desquelles vient se placer l’extrémité du gynostème; celui-ci masque l’ouverture du seau et la ferme presque. Tout cet arrangement semble véritablement conçu en vue de la fécondation de la fleur par les insectes, ainsi que nous allons l’expliquer. Enfin la colonne porte à sa base, contre la naissance de l’épichile, deux petites excroissances qui surplombent l’intérieur du seau et y laissent tomber continuellement des gouttelettes d’un liquide légèrement visqueux, et plus ou moins parfumé.

Il est intéressant de noter que le fond du seau forme, près de l’ouverture servant de sortie, un repli charnu qui constitue une sorte de barrage et empêche le liquide de s’écouler au dehors. Toute cette conformation est une des plus complexes et des plus finies que la nature présente en vue d’un objet déterminé.

Les sépales, très amples, de texture très légère et presque transparente, sont étalés en arrière du seau, comme des ailes; toutefois, au bout de quelques heures que la fleur est ouverte, ils se replient progressivement, se froissent et se roulent. Les pétales, courts et étroits, sont appliqués contre l’ouverture du seau des deux côtés du sommet de la colonne.

La fécondation des Coryanthes est effectuée d’ordinaire par des insectes ailés, assez volumineux, très remuants et très bruyants. Ces insectes se pressent en

foule autour des fleurs, surtout aux premières heures de la journée, et se battent entre eux pour parvenir à s’y poser. L'objet de leur empressement paraît être de se nourrir d’une certaine partie du tissu de la fleur, qu’ils dévorent avec voracité (partie qui semble être le capuchon de l’épichile). En se heurtant les uns contre les autres, ils tombent fréquemment dans le fond du seau; ils ne peuvent s’en échapper en volant, leurs ailes étant mouillées; ils rampent donc vers l’ouverture inférieure du seau, par laquelle ils ne peuvent sortir qu’avec effort, et en se pressant contre l’extrémité de la colonne, ils détachent les pollinies, qui restent fixées à leur dos.

Une fois séchés, ils retournent voler auprès des fleurs, sont de nouveau précipités dans le seau, et en sortent de la même façon; mais en s’échappant ils laissent les pollinies collées à la surface du stigmate, qui se trouve ainsi fécondé.

Les fleurs de Coryanthes se développent avec une extrême rapidité; les boutons, une fois formés, augmentent en quelque sorte à vue d’œil jusqu’à atteindre en quinze jours environ des dimensions énormes (à peu près un ellipsoïde ayant comme axes sept et huit centimètres). Mais les fleurs passent, malheureusement, avec la même rapidité; elles se fanent au bout de trois à quatre jours. C’est leur grand défaut, sans lequel elles seraient évidemment très recherchées par tous les amateurs.

Même en en tenant compte, d’ailleurs, ce genre mérite d’être représenté dans toutes les collections, auxquelles il contribuera à donner un intérêt et un éclat remarquable. L'aspect d’une serre contenant des Coryanthes, avec leurs grappes pendantes terminées par deux ou trois de ces fleurs géantes si curieuses, est très particulier.

La culture de ces espèces est facile; c’est la même que celle de la plupart des Catasetum. Les Coryanthes se cultivent tous en paniers; leur compost doit être formé de terre fibreuse et de sphagnum, mais avec prédominance du premier élément. Ils réussissent parfaitement en serre chaude, suspendus au vitrage, dans une position claire et ensoleillée, sans risquer cependant d’être brûlés par les rayons directs du soleil.

Après la floraison, les plantes doivent avoir un demi repos; on réduira donc les arrosages, sans laisser le compost se dessécher complètement, pendant une quinzaine de jours; l’ancien bulbe perd alors ses feuilles; puis une nouvelle pousse apparaît, et l’on augmente progressivement la quantité d’eau donnée

aux racines jusqu’à ce qu’on revienne à la quantité normale.

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