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LES SEMIS D'ORCHIDÉES

Les semis d’Orchidées sont devenus à la mode; c’est un véritable entraînement et il n’est pas d’amateur qui ne se donne le plaisir d’en essayer. Ces expériences sont d’une grande importance; d'ici à une trentaine d'années, on aura tant croisé, amélioré, modifié la famille orchidéenne, qu’elle en sera radicalement changée. Nos petits fils se riront sans doute des types primitifs, dont nous faisons aujourd’hui notre joie et notre orgueil.

Les semeurs disposent de deux puissants moyens d'amélioration : la sélection et l’'hybridation. J’appelle sélection le choix à faire parmi les sujets, obtenus de plantes fécondées par elles-mêmes. Ces sujets croisés entre eux en donnent de nouveaux, de plus en plus supérieurs aux types primitifs, car la reproduction par graines produit des jeux inattendus et bien différents; ainsi le Cypripedium selligerum majus provient du même semis que le Cypripedium selligerum et est bien supérieur à son frère; l’Oncidium papilio majus est, sans aucun doute, un semis naturel de l’Oncidium papilio, etc. La sélection suffirait donc, à elle seule, pour donner des variétés de beaucoup améliorées. Ce principe a son importance, car il importe de ne pas considérer les semis comme une opération mathématique, dont les résultats sont inévitables; toutefois nous n’en parlons ici que subsidiairement, parce que l’hybridation est un moyen bien plus puissant, dont les résultats sont infiniment plus marqués et le seul employé, avec raison, par les semeurs.

Je ne sais quelles règles suivent les praticiens qui s’occupent spécialement des semis d’'Orchidées, et je ne me suis jamais livré à ce genre d’expériences, mais elles ne peuvent être abandonnées au hasard, sous peine de ne produire que des résultats incertains et le plus souvent informes et sans valeur. Si j'étais semeur, je me tracerais un plan, je choisirais à chaque opération un but nettement déterminé, je saurais alors ce que je veux et j’agirais en conséquence.

Je chercherais, par exemple, à produire une série de Cypripedium de couleur relativement blanche, une autre de couleur rouge, une troisième encore aux fleurs maculées.

Pour la première, on pourrait croiser le Cypripedium Leeanum superbum,

dont le sépale dorsal est blanc, avec le Cypripedium bellatuluin, fond blanc taché de brun rougeâtre. Les Cypripedium microchilum, presque entièrement blanc, Morganiae, Stoner, seraient très recommandables, à cause de la beauté de leurs fleurs, et enfin les C. insigne et variétés pourraient être également employés à la création des variétés de la catégorie blanche, vu la large bordure crême de leur sépale dorsal.

Pour produire la couleur rouge, on choisirait des parents qui la possèdent déjà, par exemple le Cypripedium Harrisianum superbum et l’oenanthum Superbum. Croisés entre eux, peut-être donneraient-ils trop de brun-noir, mais il serait possible de les unir à d’autres, de couleur un peu plus claire, afin d'obtenir le rouge vif, qui manque absolument parmi les Cypripèdes. A cet effet, 1l serait curieux de les féconder par le C. maicrochilum, car celui-ci, quoique blanc, montre quelques lignes rouges-clair.

Le Cypripedium villosum produit facilement le rouge, comme le prouvent ses fils (Cypripedium Harrisianum suberbum et Oenanthum superbum). En prenant la variété willosum castaneum, aux pétales presque oranges et marqués de brun, et en la croisant avec un ciliolare très coloré, comme la belle variété de M. M1iTEAU, 1l y aurait grande chance d’obtenir le rouge très accentué.

Continuant ainsi à rassembler entre eux les sujets en possession de la couleur cherchée à mesure qu’on les trouverait et obtiendrait, on arriverait certainement à un résultat à peu près complet et certain.

Quant aux fleurs maculées on les produirait par des croisements comme C. Argus Moensianum avec C. superbiens.

Je voudrais aussi essayer du mélange du blanc avec le rouge, pour obtenir des variétés roses, ou à fond blanc ligné de rouge, par exemple C. Harrisianum superbum X C. microchlum.

Le Cypripedium bellatulum fournirait un excellent Su pour l’amélioration de la forme, sa fleur ronde étant très belle et correcte.

Les fleurs ainsi produites seraient d’une originalité saisissante et se distingueraient par des couleurs vives, le blanc, le rouge, le rose, le fond blanc strié rouge, etc.

Elles donneraient une valeur toute spéciale et bien supérieure aux collections de l’avenir.

Inutile d'ajouter que les espèces employées pour les croisements devraient être les meilleures, et que le plus vigoureux des deux sujets employés servirait de porte-graines, afin d'obtenir des produits robustes et de croissance rapide.

S'agirait-t-il des Cattleya, on rechercherait avantageusement l’amélioration de certaines espèces imparfaites par le croisement avec d’autres, possédant les qualités qui manquent aux premières. Par exemple, le Laelia purpurata, excellent porte-graine, vu sa vigueur et sa rusticité, est une plante magnifique, mais il lui manque la largeur des pétales et l'ampleur du labelle. Supposons un sujet de cette espèce, aux pétales blancs et au labelle violet, fécondé par un de ces superbes Cattleya Mendeli, dont les pétales sont blancs et larges, d’une tenue irréprochable, et le labelle énorme, frangé et de couleur cerise, il donnera probablement un produit bien supérieur à lui-même. Les pétales et le labelle de la nouvelle plante seraient élargis, la couleur du dernier aurait plus d'éclat et la vigueur de la plante-mère serait en partie conservée. On perfectionnerait ainsi le Laelia purpurata, dont il sortirait toute une splendide tribu nouvelle.

Les Laelia purpurata à fleurs violettes seraient croisés avantageusement avec les Trianae de couleur foncée, ayant toutes les qualités voulues. Ils produiraient des résultats tout aussi harmoniques.

Le Cattleya Mossine pourrait être employé comme d’autres, mais il est moins recommandable, à cause de ses pétales de moins bonne tenue.

Pour créer une section de couleur particulière et de formes nouvelles, le croisement du Cattleya Buyssoniana avec le Cattleya Dowiana, tous deux jaunes et de formes différentes, seraient assurément heureux. Le splendide labelle du C. Dowiana donnera, sans doute, une beauté spéciale aux produits de cette plante.

Ces quelques exemples suffront, sans doute, pour faire comprendre ma pensée.

Est-elle juste? J'en laisse l'appréciation aux praticiens expérimentés, mais ici comme partout, il y aura toujours avantage à savoir ce que l’on veut et à raisonner les moyens à employer pour arriver à son but.

Comte DE BouUsIEs.

REMPOTAGE DES ODONTOGLOSSUM. — Nous sommes actuellement, et jusqu’à la fin de septembre, à la meilleure époque de l’année pour le rempotage des Odontoglossum néo-grenadiens, c’est-à-dire les crispum (Alexandrae), triumphans, luteo-purpureum, tripudians, Pescatorei, etc. N'employer que du bon sphagnum et de la terre fibreuse, mélangés en parties égales. Bon drainage, et le recouvrir d’une pincée de sphagnum pur.

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