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XXV. — Les Orchidées en Angleterre. — Les jardiniers anglais

Dans une précédente causerie, j'ai parlé des Orchidées à Londres, et je n’ai pas caché la déception que j'avais éprouvée en visitant les établissements des principaux horticulteurs de cette capitale. Mais Londres n’est pas toute l'Angleterre; en dehors de ce grand centre il existe des cultures d'amateurs très importantes; Je dirai même que la plupart des grandes collections qui font la gloire de ce pays, sont installées dans la province, en raison du goût, si répandu chez nos voisins, de la vie de campagne et de château.

Quelques-uns de mes lecteurs anglais ont paru voir dans mon premier article l'intention de rabaisser leur pays, et l’un de mes plus aimables confrères d’outre- Manche, le Gardeners Chronicle, a laissé entendre une interprétation analogue. Il y a là une méprise que je regretterais de voir subsister. Je n’ai parlé que de Londres, et à propos de plusieurs horticulteurs de cette ville, j'ai dit franchement mon opinion, à savoir que la culture des Orchidées était inférieure chez eux à celle de Belgique. Mais je ne fais aucune difficulté d’ajouter que les horticulteurs de Londres ne représentent qu’une très faible partie des cultures d’'Orchidées anglaises, et que celles-ci, dans leur ensemble, constituent un groupement d’une richesse et d’une importance auxquelles rien sur le continent ne peut encore être comparé.

C’est même précisément cette richesse, et l’existence de ces nombreuses et magnifiques collections d'amateurs, qui font juger plus sévèrement les horticulteurs de la capitale; l'étranger qui vient à Londres, ayant entendu parler de l'immense extension prise en Angleterre par le goût des Orchidées, s'attend à voir des établissements marchands supérieurs au point de vue de la culture et de l'entretien ; il éprouve forcément une déception.

Le journal anglais dont je parlais plus haut, en faisant allusion à mon jugement un peu sévère, disait que « cela donne à penser. » Je ne puis que souhaïter, en effet, que les horticulteurs de Londres trouvent dans ce récit absolument sincère des impressions d’un étranger l’occasion de sérieuses

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réflexions sur les devoirs que leur impose cette riche et vaste clientèle; Je n'hésite pas à répéter qu’à mon avis, ils ne sont pas à la hauteur des beaux résultats obtenus par les amateurs qu’ils comptent comme clients.

Ceci dit, j'ajoute que mon intention était de continuer cette étude et de lui donner une plus grande extension, et cela pour deux raisons : la première, c'est que ces nombreuses collections d'amateurs, formant un ensemble de richesses incomparables et inégalées dans tout autre pays, offrent à l’orchidophile un sujet d'étude éminemment attrayant et instructif; la seconde, c’est qu'il y aurait peut-être quelque chose de désobligeant et d’un peu injuste en apparence, à ne parler que d’une partie d’un ensemble aussi considérable, surtout lorsque cette partie préte à quelques critiques.

Quoique ce souci de l'exactitude entraîne des développements très importants, je n'hésite pas, pour expliquer pleinement ma pensée et porter sur nos voisins un jugement équitable, à compléter ce jugement et à parler à mes lecteurs de l’Angleterre tout entière; ce sera d’ailleurs un sujet d’étude du plus haut intérêt.

Je me propose donc d’ouvrir, sous le titre « Les Orchidées en Angleterre, » une série d’études consacrées aux principales collections d'amateurs de ce

pays si intéressant, et destinées à donner une idée d'ensemble des trésors qu’il

renferme. Après avoir dit franchement ce qui m'avait paru mauvais, je dirai ce qui est bon, excellent même; le choix n’en est pas embarrassant. Mais je ne me départirai pas de l’absolue impartialité dont je me suis constamment fait une règle.

C’est ainsi que je n’ai pas hésité à faire de la collection de M. MEASURES tous les éloges que je pensais ; et si j’ai prononcé à propos de celle de M. le 3aron SCHRÔDER quelques mots de réserves qui me semblent avoir peut-être été trop passés à la loupe, je n’ai nullement contesté l'importance et la luxueuse beauté de sa collection ; j'ai seulement constaté qu’à mon avis, les comparaisons tant usitées, parmi les amateurs, entre la première collection anglaise ct la première collection belge n'étaient plus de mise, et que celle de M. WAROCQUÉ était plutôt supérieure, comme ensemble, à celle de M. le Baron SCHRÔDER.

Je consacrerai également un article à cet établissement scientifique qui devrait servir de modèle aux Jardins Botaniques du monde entier, je veux dire les Jardins Royaux de Kew, dont l’organisation constitue une des gloires nationales de l’Angleterre.

Ce serait une tâche trop vaste pour ce cadre que de vouloir décrire toutes les grandes collections d'Angleterre; je me propose seulement de mentionner brièvement les principales. Parmi les centres horticoles importants en dehors de Londres, l’un des premiers qui appellent l'attention des Orchidophiles est la ville de Manchester. C’est par Manchester que je commencerai, dans le numéro du 1% octobre, la nouvelle série de causeries sur la culture des Orchidées en Angleterre.

En outre des avantages dont j'ai parlé précédemment, des richesses accumulées de longue date et de la conception grandiose de la vie de campagne, si favorable au développement de l’horticulture, l'Angleterre en possède encore un dont l'importance est également grande; c’est de former des jardiniers de premier ordre. Les jardiniers anglais, comme le peuple anglais en général, sont sérieux, travailleurs, convaincus de l’importance de leur besogne et très désireux de s’instruire. Chaque peuple a ses qualités sans doute et ses défauts; mais J'avoue que j'ai une sympathie spéciale pour ce caractère, qui me paraît plus apte au progrès que tout autre. Ce que les continentaux raillent parfois chez nos voisins, parce qu’ils ne le sentent pas très bien, ce n’est pas de la morgue, ce n’est pas de la prétention, c’est le sentiment qu’on a un devoir à remplir, et qu’on le remplit scrupuleusement; c’est la conscience de bien tenir sa place, si modeste que soit cette place; n’est-ce pas ce sentiment qui constitue la dignité de l’homme? S'il prend son rôle au sérieux, le jardinier anglais a l’ambition d’atteindre plus haut et s’y prépare; il a peut-être plus d’idéal et d’ardeur au travail, et il serait peut-être à désirer que ses confrères de ce côté de la Manche prennent l’habitude d’une conception aussi élevée et aussi grave de leur profession, qu’ils se disent qu’un jardinier est un ouvrier, mais un ouvrier qui a reçu de l’instruction et qui est chaque jour à même de la compléter et de l’étendre — de l’instruction, c’est-à-dire le moyen de développer toutes ses facultés, de donner tout ce dont il est capable, et de parvenir aux sommets les plus élevés. Dans aucun pays, je crois, de simples jardiniers

n’ont atteint des situations aussi considérables qu’en Angleterre. LUCIEN LINDEN.

Nora. — J'avais adopté jusqu'ici l'habitude de publier sans signature les articles dont j'étais l’auteur ou qui paraissaient sous ma responsabilité personnelle. Je crois préférable de modifier ce procédé, pour rendre plus manifeste cette responsabilité ; à l'avenir tous mes

articles qui paraîtront dans ce journal seront signés de mes initiales : L. L.

LE COMPOST POURMEES. REMPORAGES

Le choix du compost, son entretien en bon état, son renouvellement au moment opportun, ont une grande importance dans la culture des Orchidées, car la plante est en contact intime avec lui par ses organes les plus délicats, ses racines. Tout ce qui contribue à vicier le compost porte atteinte à la santé de la plante, exactement comme une substance étrangère introduite dans l'air que nous respirons, et capable de le gâter, met en danger notre existence.

Sans doute la composition des matériaux de rempotage n’est pas aussi mathématiquement fixe, aussi nécessairement invariable que celle de notre atmosphère ; on peut ajouter aux matières que nous employons d'ordinaire telle ou telle autre en petite quantité, on peut faire varier les proportions de sphagnum et de terre fibreuse; même on pourrait concevoir que ces deux substances fûssent remplacées par d’autres, et elles n’ont pas toujours été

employées. Après bien des essais, on a reconnu que ce sont celles qui donnent

les résultats les plus favorables; peut-être découvrira-t-on dans l’avenir un autre mélange, naturel ou artificiel, capable de les suppléer avec avantage, et dans ce cas la terre fibreuse et le sphagnum seront abandonnés. Il faut bien, d’ailleurs, qu’on prévoie cette éventualité et qu’on s’y prépare. Si le sphagnum repousse après la cueillette, et fournit une nouvelle moisson à la saison suivante, il n’en est pas de même de la terre fibreuse, formée de résidus végétaux accumulés par les années, dont les dépôts commencent à s’épuiser dans certaines régions et ne pourront être reformés qu’au bout d’un temps très long. Le

sphagnum lui-même diminue en quelques endroits par suite de la négligence

des collecteurs, qui ne prennent pas les précautions nécessaires pour assurer les récoltes de l'avenir.

Le sphagnum possède admirablement les qualités qui conviennent à la végétation des Orchidées; il est suffisamment serré pour retenir l'humidité le temps voulu, et suffisamment élastique pour la laisser s’évaporer, et admettre la circulation d’air indispensable. Il se conserve aisément vivant, et fournit par suite aux racines un milieu bien sain, qui seconde parfaitement la végétation.

J'ai admiré souvent les excellents effets qu’on obtient en déposant sur une

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couche de sphagnum vivant les plantes nouvellement importées ou celles qui ont perdu leurs racines et sont arrêtées dans leur végétation ; au bout de très peu de temps des racines nouvelles apparaissent, grandissent, se multiplient et s’enfoncent dans la mousse, avec une apparence de vigueur et de santé merveilleuse.

Le sphagnum convient particulièrement à certains genres, dans le compost desquels il doit dominer : ce sont surtout les Vanda, Aerides, Saccolabium, Angraecum, Phalaenopsis, pour lesquels il est employé pur, les Pescatorea, Warscewiczella, Bollea, etc. Pour la plupart des Orchidées, on le mélange par parties égales avec la terre fibreuse; enfin celle-ci doit être utilisée en excès pour la culture des Cattleya, Laelia, Cypripedium, Lycaste.

Des soins spéciaux doivent être pris pour la conservation des matières du compost. La terre fibreuse se garde facilement en bon état, pourvu qu'on la fasse parfaitement sécher et qu’on la tienne à l’air. Renfermée, elle ne tarderait pas à fermenter ; bien aérée, elle se conserve indéfiniment. Le sphagnum doit être également tenu bien sec; à l’air, il se conserve un ou deux ans; renfermé, il ne dure guère que de quatre à six mois.

Avant d'employer ces deux matières, il est indispensable de les laver attentivement pour les débarrasser des poussières, des débris décomposés, et des insectes qu’elles contiennent. Le nettoyage de la terre fibreuse est particulièrement long et minutieux, car elle renferme toujours en abondance des rhizômes de fougères diverses qui donneraient plus tard naissance à des plantes, et qu’il faut enlever complètement. Il faut que le corps fibreux que l’on emploie soit assez fin, parfaitement élastique au toucher, et d’une couleur brun clair analogue à celle du tabac.

Il a déjà été indiqué dans ce journal que le sphagnum et la terre fibreuse s’emploient hachés en morceaux menus, de deux centimètres de longueur environ. On mélange le tout avant de s’en servir, pour rempoter les Odontoglossum, Masdevallia, et la plupart des Orchidées.

Le compost, dans des conditions normales, dure longtemps sans qu’on ait besoin de le renouveler: il peut durer trois ou quatre ans et plus pour certaines Orchidées; d’autres, notamment les Cypripedium, semblent exiger des changements plus fréquents. En tous cas, il est bon de renouveler tous les ans la surface du compost, c’est-à-dire de surfacer, dans tous les pots où ce compost n’est pas en pleine croissance. C’est un moyen de donner aux plantes un meilleur aspect, et aussi d’activer la production des racines sans déranger et

risquer de blesser celles du fond.

Ce qui rend le plus souvent nécessaires les surfaçages et les rempotages, c’est la formation sur le compost de masses noirâtres agrégées, qui constituent en quelque sorte des gâteaux d’une matière graisseuse, compacte, qui ne laisse passer ni l’air ni l’eau, et nuit par suite à la végétation. C’est d’ordinaire en hiver que ces graisses se produisent; il est très rare d’en trouver en été, sauf sur les plantes qui se trouvent très éloignées du jour, et l’on peut conclure de cette observation que l'éclairage des serres joue un grand rôle dans leur production.

Cette décomposition provient peut-être quelquefois de la qualité de l’eau d'arrosage, mais elle est le plus souvent causée par le manque d’air et de lumière, qui empêche l’évaporation rapide de l’eau. Pour l’éviter, il faut ventiler toutes les fois que cela peut se faire sans inconvénient, et veiller aux abris. Il arrive souvent que les cultivateurs d’Orchidées laissent ceux-ci en place à une heure trop tardive; c’est quelquefois un travail très fastidieux, aux mois de mars et d’octobre surtout, d’enlever les abris et de les remettre en place dix fois et plus dans une même journée; mais il ne faut pas mesurer sa peine ; il est indispensable de couvrir les serres quand le soleil est brûlant; il est également indispensable de rendre aux plantes le plus possible de lumière dès qu’on le peut sans inconvénient. |

Il arrive aussi parfois que des cultivateurs, n'ayant pas leur personnel disponible le dimanche, laissent les abris en place du samedi au lundi; le danger est moins grand sans doute qu’il ne serait si on laissait brûler les Orchidées; mais elles souffriront néanmoins du manque de clarté. Les bulbes seront faibles et mous, et la floraison médiocre; le compost s’aigrira et donnera ces graisses

qui nuisent tant à l’aération, à l’arrosage, et qui rongent les racines et même 4 les feuilles. Ÿ

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Dès qu’on en aperçoit, il faut enlever les parties décomposées, et surfacer à nouveau la plante, ou la rempoter complètement si le mal est très étendu. En outre, il faut laver soigneusement les bords et l’intérieur du pot, qui ne peut manquer d’être souillé et obstrué par la matière grasse. | PAS D

ERRATUM. — Une faute d'impression a fait mettre, dans la Liste des Cypripedium de M. Orro Barrir, page 178, *C. passerinum au lieu de "TC. passerinum. Ce Cypripedium est une espèce à feuillage caduc et annuel et non pas un Selenipedium.

ÉTUDES DE BOTANIQUE ÉLÉMENTAIRE SUR LES ORCHIDÉES

(Suite, voir page 173) 2° LES MASDEVALLIA.

Les Masdevallia forment un groupe des mieux caractérisés et des plus faciles à reconnaître. Si l’on examine leur fleur intacte, on ne distingue guère que les trois pièces qui forment le calice; ces pièces sont généralement soudées dans leur partie inférieure pour former un tube plus ou moins élargi, et elles se prolongent à leur sommet en queues étroites, parfois extrêmement allongées. Pour observer les autres organes de la fleur, qui sont relativement très petits, il faut fendre le tube du calice, puis enlever les sépales, comme nous l’avons déjà fait en étudiant le M. ignea (voyez 1° année, page 365). Quelle que soit l’espèce étudiée, et à part de légères variations dans la forme des organes, on trouvera une structure absolument identique à celle que nous avons décrite alors.

Comme on trouve presque toujours diverses espèces de Masdevallia en fleurs, il sera bon d’en analyser quelques-unes, particulièrement celles qui présentent des particularités dans leur organisation florale.

Parmi ces dernières, mentionnons le M. chimaera, qui, indépendamment de l'aspect étrange de ses fleurs, a des pétales avec une double aile longitudinale sur leur face interne, et un labelle à limbe élargi, extrêmement concave, presque en forme de sac. Le M. triaristella a le sépale supérieur à peine soudé avec les sépales latéraux; en revanche, ceux-ci sont unis presque jusqu’à leur sommet ; ils sont arrondis à leur extrémité, qui ne se termine pas en queue, celle-ci naissant sur le bord extérieur de chacun d’eux. Dans le M. Dayana, les sépales latéraux sont entièrement soudés: chacun de ceux-ci est uni avec le sépale supérieur à la base et au sommet, laissant dans la partie médiane une ouverture ou une sorte de fenêtre latérale. Le M. ochthodes présente plusieurs particularités remarquables : la fleur est placée en sens inverse de sa position habituelle, le sépale impair étant en bas, et les sépales pairs avec le labelle se trouvant tournés vers le haut; de plus, les sépales pairs, devenus supérieurs, sont soudés presque jusqu’à leur sommet, pour former une sorte de nacelle fort concave,

recouvrant un labelle extrêmement petit; leurs sommets libres sont arrondis et se prolongent en deux pointes très fines et très divergentes. Cette dernière espèce, avec les M. Swertiaefolia, M. verrucosa et quelques autres, qui croissent surtout en Colombie, ont été séparées des Masdevallia en 1888 par M. PFITZER, qui en a formé le genre Scaphosepalum (in ENGLER und PRANTL, Die natirlhichen Pflanzenfamilien, livr. 23, p. 139). Ce nouveau genre paraît suffisamment distinct des Masdevallia par ses fleurs tournées en sens inverse de leur position habituelle, le sépale impair se trouvant en bas et le labelle en haut, ce dernier étant recouvert par les sépales pairs, soudés en nacelle.

En 1882, M. BArBosA RoODRIGUES, botaniste brésilien, avait aussi fondé le nouveau genre Cryptophoranthus (Genera et Species Orchidearum novarum, II, p. 79), dans lequel doivent rentrer les M. Dayana, M. fencestrata et quelques autres espèces non cultivées, qui parfois ont été aussi rapportées au genre Pleurothallis. Le caractère principal du genre Cryptophoranthus est d’avoir les sépales soudés par leur pointe, de manière à fermer la fleur, mais en laissant deux ouvertures ou fenêtres latérales.

En écartant ces deux petits groupes, voici la diagnose qui peut convenir au genre Masdevallia :

Sépales plus ou moins soudés à la base, de manière à former inférieurement un tube presque cylindrique ou parfois largement campanulé, la partie libre de chacun d’eux se prolongeant presque toujours en une queue longue et grêle. Pétales beaucoup plus petits que les sépales, parallèles avec le gynostème, et généralement étroits. Labelle également petit, de forme très variable, articulé avec le pied du gynostème. Gynostème dressé, marginé ou aïlé à la partie supérieure, souvent prolongé en pied court à la base. Anthère terminale, operculiforme, convexe, uniloculaire; deux pollinies cireuses, ovoïdes, libres, dépourvues d’appendices. Capsule cylindrique ou en forme de fuseau, à six côtes. — Herbes épiphytes, naissant souvent en touffes, sans pseudo-bulbes. Tige portant une seule feuille, dressée, couverte de gaînes membraneuses, la partie en dessous de la feuille étant très courte ou presque nulle. Feuilles coriaces, lancéolées ou elliptiques à base rétrécie ou pétiole. Pédoncule naissant de la base du pétiole et enfermé avec lui dans une gaîne membraneuse; il porte généralement une seule fleur, ou plus rarement, il est terminé par une grappe de peu de fleurs. Celles-ci sont médiocres ou grandes, souvent vivement colorées, de teinte uniforme ou à macules variées.

D’après le tableau donné plus haut, page 46, et en consultant les caractères

exposés précédemment (1° volume, page 369), on reconnaîtra sans difficulté que le genre Masdevallia fait partie de la tribu des ÉPIDENDRÉES. Mais nous savons que cette tribu est extrêmement vaste, car elle est formée de quatre-vingt huit genres, qui comprennent environ deux mille espèces (voyez page 76); on a donc été forcé de la diviser en sous-tribus, qui sont au nombre de neuf dans la classification de BENTHAM.

Les Masdevallia appartiennent à la première sous-tribu, nommée les PLEURO- THALLÉES, dont les principaux caractères sont : Tiges gréles ou très courtes, dépourvues de pseudo-bulbes, portant une feuille unique et terminées par l'inflorescence. Cette sous-tribu comprend une dizaine de genres, tous spéciaux à l'Amérique tropicale. Plusieurs de ces genres ont quatre ou huit pollinies ; parmi ceux qui n’en ont que deux, le genre Masdevallia se distingue facilement aux caractères fournis par le calice et que nous avons signalés au commencement de cet article.

HISTORIQUE. — Le genre Masdevallia a été fondé en 1794 par RuIz et PAVON (Florae Peruviae et Chilensis Prodromus), botanistes espagnols, que leur gouvernement avait envoyés au Pérou en 1777, pour rechercher les forêts de quinquina dans la chaîne des Andes. Ils le dédièrent à leur compatriote JosEPH MASDEVAL, physicien et botaniste.

L’unique espèce que composait alors le genre, le M. umiflora, a été figurée en 1815 par KUNTH, dans son grand ouvrage sur les plantes récoltées en Amérique par HUMBOLDT et BONPLAND; mais aucune espèce n’y fut ajoutée jusqu’en 1833, année où LINDLEY en décrivit deux nouvelles, dans son Genera and Species of Orchidaceous Plants.

Vers le milieu de ce siècle, le genre s’accrut rapidement : le relevé fait par REICHENBACH, dans le sixième volume des Annales de WALPErs, et allant jusqu’à la fin de l’année 1855, comprend déjà trente-six espèces. Depuis cette époque, il n’a cessé de s’accroître; en 1883, BENTHAM estimait que le nombre des espèces dépassait une centaine; dans ces dernières années, il s’est encore accru notablement.

Nous avons déjà parlé plus haut des deux genres qui en ont été distraits, en 1882 et en 1888, par MM. BARBoSA RODRIGUES et PFITZER.

SUBDIVISIONS DU GENRE. — A mesure que le nombre des espèces de Masdevallia augmentait, il a été nécessaire de les grouper en sections de plus en plus nombreuses et établies généralement par REICHENBACH, le descripteur de la grande majorité des espèces dont se compose aujourd’hui le genre.

Toutes ces sections ont été ramenées à quatre par M. RoLFE, dans la partie V du Manual of Orchidaceous Plants de M. VErTCH (1889). Voici les caractères des sections admises par ces auteurs :

Sect. I. EUMASDEVALLIA. — Labelle généralement ligulé (en forme de languette) ou linéaire-oblong, presque plan, plus ou moins charnu; pétales plans, souvent quelque peu obliques; sépales réunis en un tube souvent plus long que large, et terminés par des queues très variables.

Sect. II. SACCOLABIATAE. — Labelle en forme de sac ou dilaté en forme de cuillère; pétales en formes de massue ou élargis, carénés et papilleux près du sommet; tube du calice court et ouvert, généralement plus ou moins velu. C’est le groupe nommé parfois Chiméroïde par les horticulteurs, et dans lequel il faut ranger les M. astuta, M. bella, M. Carderi, M. Chesterioni, M. Chimaera, M. erythrochaete, M. Gaskelliana, M. Houtteana, M. nycterina, M. vadiosa, M. Troglodytes, M. Vespertilio.

Sect. III. TRIARISTELLAE. — Tube du calice extrêmement court; sépales latéraux unis presque ou tout à fait jusqu’au sommet; queues latérales, c’est-àdire qu’elles ne sont pas le prolongement des sépales, mais qu’elles sont insérées sous le sommet, sur le bord externe. Pédoncules grêles : feuilles petites et

étroites. Les espèces les mieux connues sont les M. gemmata, M. triaristella et

M. tridactylites.

Sect. IV. — Cette section correspond au genre Scaphosepalum Prirz., mentionné plus haut.

La première section, Eumasdevallia, comprenant à elle seule le plus grand nombre des espèces, a dû être subdivisée à son tour, comme suit :

1. Cortaceae. — Calice distinctement coriace, à tube court, plus ou moins élargi; queues des sépales variables, ordinairement courtes et rigides ; pédoncule uniflore; bractée généralement petite. Principales espèces : M. calura, M. civils, M. coriacea, M. elephanticeps, M. floribunda, M. Gargantua, M. ionochoris, M. leontoglossa, M. Mooreana, M. pachyantha, M. peristeria, M. platyglossa, M. Reichenbachiana, M. velifera.

2. Cucullatae. — Diffère seulement du groupe précédent par ses bractées grandes et cuculliformes (enroulées en forme de cornet). Les espèces sont : M. corniculata, M. cucullata, M. macrura.

3. Polyanthae. — Diffère surtout des deux groupes précédents en ce que le pédoncule porte plusieurs fleurs, Dans ce groupe sont compris : M. Ephippium, M. infracta, M. maculata, M. Schlimi, M. Tovarensis.

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4. Coccinene. — Calice écarlate, rose, pourpre ou jaune, presque membraneux, à tube généralement étroit; queues des sépales latéraux toujours courtes ou presque nulles; pédoncule normalement uniflore, excepté dans le M. racemosa. Ce groupe comprend : M. amabilis, M. Barbaeana, M. coccinea, M. Dawisi, M. sgnea, M. mailitaris, M. racemosa, M. rosea, M. Veitchianu.

5. Caudatae. — Calice membraneux, à portion tubuleuse généralement courte et ouverte, sépales terminés par de longues queues grêles; pédoncule uniflore. Groupe étendu, comprenant entre autres : M. Armani, M. caudata, M. Estradae, M. leroglyphica, M. ludibunda, M. triangularis, M. Wagneriana.

6. Amandae. — Fleurs petites, en grappe dressée; calice membraneux, avec les queues courtes. Espèces les mieux connues : M. melanopsis et M. polysthicta.

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — À l'exception de deux ou trois espèces qui se rencontrent au Brésil dans les montagnes des provinces de Minnas Geraës et de Rio de Janeiro, d’un nombre égal qui croissent dans la Guyane anglaise, et de quelques autres qui se rapprochent des côtes du Vénézuela, tous les Masdevallia sont spéciaux à la chaîne des Andes, depuis le Pérou, vers 15° de latitude sud, jusqu’au Mexique. Cependant ils deviennent rares au nord de l’isthme de Panama; ils abondent, au contraire, dans la Nouvelle Grenade, depuis l’Équateur jusque vers le 5° degré de latitude nord, région où les Andes forment trois chaînes parallèles et où ils atteignent leur maximum d’abondance dans la Cordillière centrale : dans les environs seuls de Sonson, ROEZL en a observé vingt-cinq espèces.

Ils croissent généralement dans les régions humides et ombragées de la zône tempérée des montagnes, le plus souvent à une altitude de 2000 à 2500 mètres;

cependant certaines espèces s'élèvent jusqu’à 3700 mètres. A. COGNIAUX.

(Sera continué.)

MISCELLANÉES

L'EAU D’ARROSAGE n’a pas fait défaut cette année, grâce aux pluies abondantes qui n’ont guère été interrompues depuis la fin d'octobre jusqu’à la seconde quinzaine d’août. La chaleur et la sécheresse semblent se produire un peu tardivement, et il pourrait arriver que des amateurs voient diminuer leur provision d’eau de pluie. Rappelons que dans ce cas, on peut à la rigueur

employer de l’eau de rivière ou de ruisseau, mais que l’eau des villes doit être écartée absolument, car elle contient une grande quantité de calcaire, qui se dépose sur les racines et fait le plus grand tort à la végétation.

Lorsqu'on n’a à sa disposition que de l’eau de ville, on doit la débarrasser au préalable de ce calcaire; ce qu’on fera en l’additionnant, soit d’ammoniaque, soit de chaux éteinte ou d’une solution de savon très alcalin.

LA PROVISION DE CHARBON doit être prête dès maintenant pour l'hiver, où la consommation journalière sera assez forte. Il est bon de prendre ses précautions sans tarder, afin de ne pas s’exposer à être pris au dépourvu, car la moindre interruption dans le chauffage pourrait coûter la vie à beaucoup de plantes, surtout dans la serre chaude. On réalisera d’ailleurs une économie

appréciable en faisant ses achats avant le commencement de la mauvaise saison.

LE PRIX DES FLEURS D'ORCHIDÉES a été cette année, supérieur encore à celui qu’elles atteignaient les années précédentes. Malgré le développement de la culture, les demandes restent toujours supérieures aux offres, et dans certains grands centres, à certaines époques, la disette a été telle, que les fleurs d’'Odontoglossum, de Dendrobium, de Cattleya se sont vendues au-dessus de la valeur de leur poids d’or, notamment pendant la season de Londres.

Nous pourrions citer un amateur-cultivateur d’Orchidées qui possède 5000 Odontoglossum Alexandrae, et qui, pendant huit mois de l’année, a envoyé chaque semaine des fleurs pour une somme de 400 à 500 francs dans les ventes publiques. Il est peu de branches du commerce, et notamment du commerce horticole, qui soient aussi productives. IL convient d'ajouter que ces beaux résultats n’exigent pas de soins compliqués et coûteux, et que les plantes, tout en fournissant cette riche moisson, augmentent chaque année de volume et de valeur, et donnent des bulbes et des grappes de plus en plus forts.

Nous parlons, bien entendu, des Odontoglossum Alexandrae du plus beau type, dit Pacho, qui est de beaucoup le plus recherché. Les autres formes ont une valeur commerciale beaucoup moindre.

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