LES VANDA
(Suite, voir page 205)
IL n’est aucun amateur d’Orchidées qui ne reconnaisse immédiatement une espèce du groupe des Vanda. Presque toutes ces plantes ont des fleurs splendides, répandant souvent un parfum suave et pénétrant; leurs feuilles sont étalées et distiques, c'est-à-dire disposées régulièrement sur deux rangs opposés. Mais parmi les plantes auxquelles on donne vulgairement ce nom de Vanda,
on peut observer de grandes différences dans l’organisation florale, ce qui les a fait répartir dans plusieurs genres; toutefois les limites de ceux-ci ne sont pas toujours bien fixes, et on ne trouverait peut-être pas deux auteurs qui soient complètement d’accord sur ce point.
Dans l'étude qui va suivre, nous adopterons les vues de BENTHAM, le célèbre auteur anglais qui a traité des Orchidées dans le Genera Plantarum (1883).
Parmi les espèces de vrais Vanda que l’on peut encore rencontrer en fleurs à cette époque de l’année, examinons d’abord le V. éricolor :
A part le labelle, les divisions du périanthe se ressemblent beaucoup : toutes sont étalées, remarquablement épaisses et charnues, et notablement rétrécies dans leur partie inférieure, où elles sont plus ou moins roulées en dehors, presque en forme de cornet; leur couleur est un fond jaune, chargé de nombreuses et larges macules d’un brun canelle. Le labelle, attaché à la base du gynostème, forme d’abord une sorte de sac profond ou d’éperon (voyez vol. I, p. 369) gros et obtus; à la hauteur de l’éperon, il se divise en trois lobes, dont les deux latéraux, assez petits, sont arrondis et relevés ; le lobe terminal est beaucoup plus grand et étalé; il se dilate assez fortement vers la base, se rétrécit au milieu et s’élargit de nouveau vers le sommet, ce qui lui donne
une forme rappelant celle de la caisse d’un violon et qui, à cause de cela,
porte le nom de panduriforme (du latin pandura, qui signifie violon); le sommet est lui-même divisé en deux lobules, par une échancrure médiane plus ou moins profonde selon les variétés de l’espèce; tout le lobe médian est d’un pourpre violet, avec des raies blanchâtres vers la gorge.
Le gynostème est très court et fort épais, presque arrondi, d’un blanc jaunâtre ; à son sommet, une large écaille brune assez adhérente est l’opercule de l’anthère. Enlevons cette écaille à l’aide de la pointe d’une aiguille, et nous voyons qu’elle est divisée intérieurement en deux cavités. À peine l’opercule est-il enlevé, que les pollinies se soulèvent sous la forme de deux masses cireuses de couleur jaune, entraînées par l’élasticité de leur pédicelle, qui est blanchâtre, fort élargi et très mince. Chacune des deux masses jaunes est ovoïde et assez comprimée; sur tout leur contour, on observe un sillon profond, qui les partage en deux lobes ; mais ces lobes restent adhérents entre eux et, en se servant toujours de la pointe de Paiguille, on ne parvient pas à les isoler sans les déchirer. Cette conformation est cause que les auteurs ne sont pas d'accord sur le nombre des pollinies : les uns, tels que LINDLEY et beaucoup d’autres, qui souvent n’ont fait que le copier, n’en décrivent que deux; les
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autres, parmi lesquels BENTHAM et M. Pr1TZER, en indiquent quatre. Il faut un léger effort pour les enlever, car elles sont retenues par le rétinacle; on voit alors que celui-ci est blanchâtre, très aplati, presque arrondi et large de plus de trois millimètres. Constatons enfin que la partie supérieure du pédoncule, celle qui forme l’ovaire, est garnie de six côtes longitudinales très prononcées, presque ailées.
Le Vanda coerulea, dont les grandes fleurs sont d’un blanc plus ou moins teinté de bleu ou de violet, présente la même organisation générale ; mais les divisions du périanthe sont bien moins épaisses et peu charnues. Le sépale supérieur est distinctement plus court et plus étroit que les sépales latéraux ; les pétales ont la même longueur que le sépale supérieur, mais ils sont plus larges et font un demi-tour complet sur leur onglet, de manière à porter vers le haut leur face inférieure. Le labelle a ses lobes latéraux prolongés en une longue pointe sur le bord antérieur ; le lobe médian, redressé, est assez régulièrement oblong et parcouru dans le milieu par trois côtes longitudinales, dont les deux externes s’élargissent en crêtes près de la base. Le gynostème, l’anthère et les pollinies diffèrent à peine de ceux du W. #ricolor, sauf que le stigmate forme ici une cavité très large et très profonde, tandis que dans la première espèce analysée, il n'apparaît presque que comme une fente transversale.
Si l’on avait sous la main les fleurs d’autres espèces de vrais Vanda, il serait utile d’en faire aussi l’analyse; sinon on pourra y revenir plus tard, lorsque, par exemple, les VW. Bensoni, V. bicolor, V. coerulescens, V. cristata, V. Demisoniana, V. Hookeriana, V. insigmis, V. Parishü, V. Roxburghi, V. suauis ou V. teres fleuriront. Voici les caractères que l’on retrouvera dans toutes ces plantes, ou ce que nous avons appelé la diagnose du genre :
« Sépales presque égaux, libres, étalés, plus ou moins réfrécis en onglet à la « base. Pétales semblables aux sépales. Labelle inséré à la base du gynostème, « trilobé, prolongé inférieurement en sac ow en éperon obtus à la base; lobes « latéraux naissant sur les bords de l’éperon et redressés ; lobe médian plus ou « moins étalé, élargi ou oblong. Gynostème court et très épais, sans ailes ni « pied; clinandre peu proéminent. Anthère terminale, operculiforme, convexe « ou semi-globuleuse, à deux loges; deux pollinies cireuses, largement ovoïdes « et comprimées, plus ou moins divisées en deux lobes par un sillon latéral, « sans caudicule, réunies par un pédicelle aplati à un large rétinacle. Capsule « oblongue ou allongée, dressée ou étalée, munie de côtes longitudinales
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« proéminentes. — Herbes épiphytes, dépourvues de pseudo-bulbes. Tige « feuillée, souvent dressée et allongée. Feuilles distiques, étalées, coriaces « où un peu charnues, souvent échancrées au sommet, planes ou rarement « cylindriques. Fleurs souvent grandes, richement colorées, disposées en « grappes simples et lâches, qui naissent latéralement sur la tige. »
Beaucoup d’'Orchidées cultivées sous le nom de Vanda ne répondent pas à ces caractères, et par conséquent ont dû être placées dans d’autres genres. Ainsi nous avons en ce moment sous les yeux la plante nommée communément V. Batemanni, et voici ce que nous observons :
Les sépales et les pétales, maculés presque comme ceux du V. #ricolor, sont aussi fort épais, charnus et à peu près égaux entre eux; mais ils sont peu rétrécis inférieurement et ainsi #'ont pas d'onglet bien distinct. Le labelle assez concave dans sa partie inférieure, ne possède cependant aucune trace d'éperon; son lobe terminal, dont la pointe est repliée vers le haut, est très épais et foré étroit. Le gynostème, l’anthère et les pollinies ne diffèrent pas de ceux des Vanda.
Ces caractères sont ceux du genre Séauropsis, dans lequel on doit donc ranger le Vanda Batemanni, de même que les V. gigantea et V. undulata. On
voit que ce genre diffère des Vanda par ses sépales et pétales sans onglet, son
labelle dépourvu d'éberon, à lobe médian étroit. Sa diagnose est exactement celle que nous avons donnée plus haut pour le genre Vanda, en remplaçant seulement les caractères mis en italique dans cette diagnose par ceux que nous venons de mentionner.
Les V. Cathcarh, V. Lowii, V. multiflora, etc., font partie d’autres genres que nous étudierons et comparerons aux Vanda lorsque nous aurons l’occasion d’avoir ces différentes plantes en fleurs.
Le tableau de la page 46 nous montre que les Vanda et Stauropsis font partie de la tribu des VANDÉES. Mais nous avons vu, page 76, que cette tribu est la plus riche en genres; c’est pourquoi on l’a divisée en sous-tribus, au nombre de huit. Celle des SARCANTHÉES se distingue par : fige dépourvue de pseudo-bulbes, radicante au moins à la base; feuilles distiques, coriaces ou charnues, non phées; pédoncules naissant latéralement le long de la tige ou à l'aisselle des fewilles, caractères qui conviennent aux deux genres qui nous occupent.
HISTORIQUE. — Le genre Vanda a été établi en 1820, dans le quatrième volume du Botanical Register, par le célèbre botaniste anglais ROBERT BROWN, qui lui donna le nom hindou de l’espèce qu’il décrivait, unique dans le genre à
cette époque, le V. Roxburghii. En 1833, lorsque LINDLEY traita ce genre dans son Gencra and species of Orchidaceous Plants, il y rangea dix espèces; en 1853, dans ses Folia Orchidacea, ce même botaniste porta le nombre des espèces à vingt-cinq, et il les répartit en cinq sections. La première de ces sections, Fieldia, est aujourd’hui séparée du genre, comme nous le verrons plus loin. La quatrième, Anota, avait été réunie aux Saccolabium en 188r par BENTHAM (Notes on Orchidene); tout récemment, dans le sixième volume de la Flora of British India, Sir J.-D. Hooker l’a réintégrée dans le genre Vanda. En 1862, REICHENBACH a encore retiré du genre le V. Cathcarti, pour en former le nouveau genre Esmeralda; ce dernier genre est maintenu par quelques auteurs,
mais réuni par d’autres aux Arachnanthe.
A. CoGNIAUx.
(Sera continué.)
PESSORCHIDÉES CÉRZNIELLES IV. — Cattleya Eldorado et C. superba
Ces deux belles espèces croissent ensemble, à l’état naturel, dans les régions du Rio Negro supérieur, au Brésil; je les y ai revues dernièrement en plein éclat, en même temps qu’une autre nouvelle et splendide espèce nouvelle. Cette partie du Brésil septentrional, où les Orchidées sont moins nombreuses, mais non moins belles, que dans les districts du Sud ou dans ceux de la Colombie et du Venezuela, est un peu délaissée par les explorateurs actuellement, et 1l est permis de croire qu’elle n’a pas dit son dernier mot.
Au point de vue du climat, cette région diffère notablement des autres districts de Cattleya de l'Amérique du Sud, et il en résulte des différences correspondantes dans la culture des deux espèces dont je parle. D'une façon générale, elles exigent une température plus élevée ; en outre, les alternatives de sécheresse et d'humidité auxquelles elles sont habituées à l’état naturel doivent être reproduites autant que possible par le cultivateur.
Les parties basses de terrains qui se trouvent au-dessous du Rio-Negro sont fréquemment inondées par ce fleuve, qui atteint parfois une largeur énorme et représente une masse d’eau quatre ou cinq fois égale à celle de nos cours d’eau de l’Europe occidentale. Par suite, les Cuttleya Eldorado et superba, qui
croissent dans ces terrains, se trouvent pendant plusieurs mois de l’année baignés d’une humidité abondante; puis quand arrive la saison sèche, ils restent, pendant plusieurs mois encore, à peu près privés d’eau.
On doit s’efforcer de reproduire à peu près ces circonstances dans les cultures, et c’est faute de les bien connaître que beaucoup de cultivateurs d’Orchidées éprouvent tant d'échecs avec ces espèces, et finissent par les considérer comme à peu près impossibles à acclimater dans nos serres.
Le C. superba fut découvert par le célèbre voyageur A. DE HUMBoLDT dans son exploration du cours de l’Orénoque, vers 1804, puis par MARTIUS, le botaniste allemand qui a tant fait pour l'étude de la flore brésilienne, et dont l’herbier a été acquis par le gouvernement belge. Il fut introduit dans les cultures par Sir ROBERT SCHOMBURGK en 1838. Ses fleurs, de dix à douze centimètres de diamètre, sont d’un rose vif; le labelle est magenta pourpré, avec le disque jaune et une macule blanche de chaque côté de la gorge. La variété splendens est particulièrement remarquable.
Le C. Eldorado a été découvert par M. LiNDEN, et introduit par lui en Europe pour la première fois en 1866. C’est également une superbe espèce, très florifère, et remarquable par son extrême variabilité. Un certain nombre de variétés ont été nommées, entre autres les crocata, ornata, splendens et virginalis, pour ne citer que les plus tranchées. La variété virginalis, introduite également par M. LINDEN, est blanche, sauf la macule orange du labelle qui subsiste, quoique sensiblement réduite. En outre, la Lindenia publiait encore, il y a quelques mois, quatre formes distinctes qui n’ont pas reçu de noms particuliers.
Le C. Eldorado a les sépales et les pétales d’un rose plus ou moins vif, parfois très pâle; le labelle est plus tubulaire et moins étalé à la partie antérieure que dans les autres espèces de Cattleya en général; il est généralement bordé de cramoiïsi pourpré en avant, et porte une large macule orangée, entourée quelquefois d’une zône blanche étroite.
Cette espèce a le port moins majestueux que plusieurs des plus splendides du genre, mais elle est extrèmement gracieuse, d’un coloris très gai, et sa floraison vient à merveille remplir l'intervalle entre les Caftleya Mendeli, Mossiae et autres joyaux de l'été, et les espèces plus tardives, C. Warneri, C. Gaskelliana, C. granulosa, etc.
CHPÉLNER Collecteur de L’HORTICULTURE INTERNATIONALE.
PETITE CORRESPONDANCE
Nous recevons la lettre suivante :
CHer Moxsteur,
Je trouve le contenu du Journal des Orchidées extrèmement intéressant et j'aimerais à devenir un de ses abonnés.
Je vous adresse ci-inclus 10 francs. Ayez la bonté de me le faire envoyer régulièrement à l’adresse ci-après.
Dans mes loisirs, j'écris souvent des articles sur les Orchidées et des poésies sur ces merveilleuses plantes ; Je vous en envoie ci-inclus un spécimen ; dans le cas où vous désireriez que j'écrive de la prose ou des vers pour le Journal des Orchidées, veuillez me dire le prix que vous paieriez pour une production de ce genre...
St Albans, 7 octobre 1891.
Josgpir GODSEFF Chef des cultures de l’établissement Sander.
Nous avons bien reçu votre souseription et nous vous faisons inscrire sur la liste de nos abonnés.
La pièce de vers que vous nous avez adressée ne saurait rentrer dans le cadre de ce journal; elle contient d’ailleurs des erreurs manifestes. Vous pouvez nous euvoyer d’autres articles; nous examinerons s’ils sont assez intéressants pour nos lecteurs.
Ainsi que nous le disions dans le corps du journal, il ne nous est pas possible de répondre à toutes les personnes qui ont bien voulu nous apporter leur témoignage ou nous adresser diverses communications au sujet de la « question du Cattleya labiata autumnalis. »
Nous adressons à toutes nos sincères remerciements, et nous prions celles dont les lettres avaient un caractère particulier pouvant réclamer une réponse, de bien vouloir nous accorder un délai de quelques jours pour pouvoir achever le classement de cette nombreuse correspondance.
FLEURS DU MOIS Phalaenopsis Esmeralda var. — Nous avons reçu de M. Burserry, chef des cultures à Highbury, Moor Green, Birmingham, une inflorescence d’une superbe variété de cette espèce, dans laquelle le coloris est remarquablement plus vif que dans le type; la fleur tout entière, sauf la base du labelle, est d’un splendide violet vif analogue à celui qu’on admire dans Ph. vio-
lacea. C’est une ravissante acquisition.
Comte px T. — Les fleurs de Cattleya Warocqueana que vous nous avez adressées sont d’un superbe modèle et méritent de figurer parmi les plus belles variétés de cette riche espèce. Ce n’est pas tout à fait l’amethystina mais plutôt analogue au flammeu, dont les journaux anglais avaient fait tant d’éloges l’année dernière. Nous avons justement quelques variétés à peu près semblables en fleurs en ce moment, et qui font l’admiration de tous les connaisseurs.
En outre, vos plantes témoignent d’une vigueur et d’une floribondité remarquables. Deux grappes de quatre fleurs et une de cinq, doivent offrir un coup d’œil merveilleux.
Vte DE N., à Nantes. — M. Romax a fait connaître les principes sur lesquels il a fondé la composition de son « eau intensive » dans une brochure que nous nous proposons d'analyser prochainement pour les lecteurs du Journal des Orchidées. En outre nous espérons pouvoir obtenir pour nos ahonnés la communication des résultats obtenus par M. Romax et des conclusions auxquelles il aura abouti, lorsque ces résultats seront définitifs.
20 La question est un peu délicate; pour parler de la mise en pratique, on aurait à traiter des questions de personnes qu’il est difficile de soulever dans ce journal. Nous sommes tout disposés, cependant, à faciliter par les moyens en notre pouvoir cette utilisation d’une si grande portée. À
À. Z. — Oui, il est possible en effet que la plante mise en vente en Angleterre, et dont personne n’a vu la fleur jusqu'ici, ne soit pas la même que le Cattleya Warocqueana; mais, naturellement, il en résulterait que ce ne serait pas le C. labiata autumnalis. D’après les informations que nous avons reçues, en effet, cette plante ne serait qu’un C. labiata ordinaire À FLORAISON PRINTANIÈRE.
Il sera facile de trancher la question l’année prochaine, probablement au mois de mai ou juin. Mais afin d'éviter toute confusion à notre détriment, nous vous prions instamment de marquer la plante que vous avez reçue, de façon à bien la distinguer de vos C. Warocquean«.
Le 1* Volume du JOURNAL DES ORCHIDÉES
EST ENCORE DISPOXIBLE