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le dire, à éprouver une impression bien différente de celle que je viens de mentionner, car 1l constate bientôt que s’il n'existe guère d’espèce ou de variété qui compte dans cette collection un grand nombre de représentants, en revanche elle est exceptionnellement riche en espèces rares et intéressantes que les serres d'amateurs ne renferment pas fréquemment.
Le Bulletin de Kew du mois de mars dernier donnait une liste d'Orchidées ayant fleuri à l'établissement l’année précédente; cette liste est particulièrement concluante. L'introduction qui la précédait contenait notamment le passage suivant, qui me paraît intéressant à citer ici pour donner une idée de l’histoire et de la constitution de cette collection :
« La collection d’Orchidées de Kew se distingue, par sa nature aussi bien « que par son étendue, de toutes les autres, à part celles des établissements « similaires. On ne s’y préoccupe nullement de faire la part plus large aux « espèces à fleurs brillantes, et de les cultiver en plus grand nombre; d’autre « part, on s'efforce autant que possible d’y faire entrer et d’y cultiver même « les espèces petites et disgracieuses d’un intérêt purement scientifique, que « les collecteurs ordinaires dédaigneraient; on s’attache à établir, dans l’espace « restreint réservé aux Orchidées, une collection d'espèces aussi complète que « possible. Aussi l’on ne voit jamais à Kew une grande abondance de fleurs, « mais il n’est pas d'époque de l’année où l’on ne puisse y trouver des fleurs « intéressantes. Le nombre le plus élevé que l’on ait pu inscrire pour les « espèces en fleurs dans un mois a été de 125 au mois de mai; le nombre le « plus faible a été de 85, en janvier.
« Quelques mots au sujet de la formation de cette collection pourront « paraître intéressants. En 1811, le nombre des espèces cultivées à Kew « n’était que de 37. Ce n’est qu'environ trente ans plus tard, que des efforts « furent faits en vue de former une collection plus nombreuse de ces plantes, « qui avaient commencé à cette époque à attirer l'attention de tous les horti- « culteurs. Peu de temps après la nomination de Sir WiLLIAM HOOKER en « qualité de directeur, en 1841, il fit un traité avec MM. LODDIGES, de « Hackney, qui étaient alors les plus célèbres horticulteurs d'Europe, pour « fournir à Kew 200 espèces d’Orchidées au prix de 50 livres (1250 francs). « La collection formée par le Révérend J. CLowes, de Manchester, fut léguée « par lui à Kew en 1846. Le Duc DE BEDFORD et d’autres donateurs enrichirent « généreusement l'établissement à la même époque. On fit aussi des échanges « avec des cultivateurs d'Orchidées, et des collecteurs furent envoyés pour en
« collecter; bref, en 1850 le nombre des espèces cultivées à Kew atteignait 830.
« Aujourd'hui il y en a 1342, appartenant à 158 genres; ces chiffres ne. « comprennent pas 174 variétés et plus de 100 plantes non déterminées.
« La collection s’augmente par voie d'échanges et par de petits achats, se « montant environ à 500 francs par an, pour les plantes qu’on ne peut se « procurer d’une autre façon. »
Il ne m'a pas été possible, au cours d’une visite forcément un peu rapide, de prendre des notes très détaillées sur la collection d’Orchidées. Les genres les plus connus et les plus étendus y sont représentés par un ou plusieurs exemplaires des espèces populaires aussi bien que de celles qui n’ont pas de valeur horticole. J'ai remarqué les Arachnanthe Cathcarti et A. Clarkei, en parfaite condition; le premier est fixé à un mur dans la serre des Aroïdées, et atteint une hauteur de 4 mètres. Dans la même serre, des Vanilles sont enroulées autour de longs poteaux, notamment le Vanilla planifolia commun, et les V. platanilla, V. Moon, V. Walherae etc., tous en vigoureux exemplaires. La vaste serre des Palmiers contient également des Orchidées, parmi lesquelles un très beau spécimen de Renanthera coccinea, grimpant sur une superbe plante de Séevensoma grandiflora, et qui portait encore les restes fanés d’une longue grappe de fleurs, un fort spécimen de Cymbidium pendulum, qui croît sur le tronc d’un très grand Livistona et qui se trouvait en fleurs au moment de ma visite.
L'Epridendrum (Diacrium) bicornutum est particulièrement bien cultivé à Kew; il croît dans une petite serre, suspendu près du vitrage au-dessus d’un bassin d’eau chauffée; le délicat Dendrobium Mac Carthiae est installé dans une position analogue, et produit des pseudobulbes de près d’un mètre de longueur. Les Phalaenopsis ne semblent prospérer qu’à demi dans les serres de Kew; les Coelogyne, au contraire, paraissent jouir d’une santé luxuriante; le C. pandurata recouvre une longue tablette; les C. conferta, C. corymbosa, C. clata, C. Massangeana, C. tomentosa sont tous représentés par de beaux exemplaires. Les Catasetum et les Cycnoches ont un petit coin réservé dans une des serres interdites au public; ils y ont beaucoup de chaleur et de soleil, et semblent réussir fort bien; il en est de même des Bulbophyllum, Megaclinium et Cirrhopetalum, genres qui sont représentés à Kew en plus grand nombre que dans aucune autre collection que je connaisse.
J'ai encore noté les Millonia spectabilis Moreliana, Phaius Manni, divers Spathoglottis et Anguloa, l’Ansellia milotica, le Broughionia hlacina, le Moorea
iwrovata, le Liüddemannia Pescatorei, plantes dont plusieurs, à ce qu’on m’a assuré, appartiennent à des variétés supérieures ; le gracieux petit Habenaria militaris, ainsi que plusieurs autres espèces du même genre non encore dénommées, mais qui promettent beaucoup; un certain nombre d’Angraecum variés, et de Vanda, de petite taille, mais pleins de vigueur de santé, croissant presque tous dans des cylindres de bois de teck; les Disa racemosa, D. tripetaloïdes, Disa à fleurs bleues, et d’autres Orchidées du Cap, telles que des Satyrium, Bonatea etc.
Il est impossible de terminer cette brève description sans mentionner quelques-unes des curiosités botaniques qui font la collection de Kew si rare et si intéressante. Je citerai spécialement le Saundersia mirabilis, le gracieux petit Laelia monophylla, des Polystachya, des Oberonia, des Caladenia et des Pterostylis d'Australie, le petit Earina provenant de la Nouvelle-Zélande, et des Pleurothallis, depuis les plus petits, atteignant à peine la taille d’un lichen, jusqu'aux plus grands, P. Roezli et P. insignis. L'espace me manque pour énumérer un plus grand nombre des trésors que renferme la collection des Jardins Royaux; du moins ces quelques notes suffiront peut-être à donner une idée de l’ensemble.
Je ne puis me dispenser d’adresser, en terminant, mes compliments à M. W. WATSON, assistant curator, sur la façon dont il dirige les cultures du plus vaste établissement botanique du monde. ] DEMI ER
LES AERIDES ET SACCOLABIUM