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XXXI. — La grande culture de la fleur coupée

La causerie publiée dans le dernier numéro du Yournal des Orchidées sur la culture des Orchidées pour la fleur coupée nous a valu un grand nombre de lettres exprimant des avis très différents, et dont il nous paraît intéressant de reproduire ici l’écho.

Beaucoup de nos correspondants nous font remarquer que nos appréciations restent au-dessous de la réalité en ce qui concerne le chiffre produit annuellement par la vente des fleurs ; que les Cattleya Warocqueana et Trianae de force moyenne donneraient certainement plus de deux fleurs par an, et qu’on pouvait hardiment en prévoir de trois à huit par plante; qu’enfin pour l’'Odontoglossum crispum on pourrait également compter sur un nombre de fleurs bien supérieur à celui que nous avions indiqué.

D’autres nous reprochent notre tendance à vouloir abaisser le prix des fleurs d’Orchidées.

D’autres enfin veulent bien nous féliciter de nos efforts pour les mettre à la portée de tout le monde.

Nous nous attendions bien à ce que l’article en question soulevât des discussions de ce genre et fit naître les opinions les plus contradictoires. C’est pour ne pas risquer d’être taxés d’exagération que nous avons pris une moyenne que nous savions péremptoirement bien inférieure à celle que peut et doit produire la grande culture des Orchidées pour la fleur coupée.

Ce qu’il faut bien ajouter, et qui avait peut-être été laissé un peu au second plan dans le précédent article, c’est le très grand charme que présente cette culture, et qu'aucune autre n'offre à un degré comparable. Un de nos collaborateurs, qui nous félicitait d’avoir choisi comme plantes de rapport l’Odontoglossum crispum et les Cattleya Warocqueana et Trianae, nous faisait en même temps le reproche d’avoir un peu négligé ce point de vue, qui méritait d’être mentionné à côté du point de vue purement commercial. N'est-ce pas pour l'amateur une jouissance extrème de guetter l'épanouissement de ses fleurs, de

296 LE JOURNAL DES ORCHIDÉES les voir s'ouvrir les unes après les autres, de surveiller les progrès de celles qui promettent, et d'espérer parmi elles les trouvailles, réalisées de temps en temps, de variétés supérieures ou nouvelles? Et combien sera grand ce plaisir lorsqu'il s'agira de quantités aussi considérables que celles indiquées dans la dernière causerie, de 5,000 Odontoglossum et 5,000 Cattleya !

Il est certain qu’il y a deux façons de comprendre la culture des Orchidées, qui ont toutes deux leurs avantages et leur charme très grand. Si le grand amateur, pouvant s’offrir le luxe d’une collection très complète de tous les genres, comme celles dont parlait récemment Sir TREVOR LAWRENCE dans l’article que nous avons traduit ici, si cet amateur a le plaisir de réaliser ainsi une œuvre artistique vraiment complète et en quelque sorte parfaite, d’autre part celui qui se borne à un choix des meilleures espèces et des plus splendides, qui en cultive de grandes masses, a constamment sous les yeux un spectacle admirable et sans défaut, sans infériorité, sans rien qui détone. C’est une tâche évidemment moins difficile et moins haute, mais qui procure encore à celui qui l’entreprend de très vives satisfactions.

Nous avons dit que nous parlerions également de l'emballage des fleurs. Sans vouloir entrer dans des explications techniques très détaillées qui forment l’objet d’une compétence professionnelle spéciale, il est bon de donner quelques indications utiles aux personnes qui auraient à envoyer des fleurs d’Orchidées.

Il va sans dire qu’il est prudent de ne couper les fleurs qu’au dernier moment, toutes en même temps, et juste avant l’emballage. S'il s’agit d’expédier de petites quantités, ou si ce sont des fleurs délicates, on pourra envelopper l'extrémité des tiges d’un petit tampon de sphagnum bien mouillé, et lié avec du fil. Cette précaution est généralement employée pour les Cattleya, Laelia, etc. ;

Les fleurs doivent être disposées dans les boîtes les unes près des autres, sans être trop comprimées ; entre les rangées horizontales, on place une petite latte de bois ou de carton bien fixée, formant séparation, afin d'empêcher que les fleurs soient mélangées dans la boîte pendant le voyage et se froissent les unes contre les autres. On applique les tiges contre la paroi du fond, de façon que les fleurs s'ouvrent vers le haut; elles s’aplatissent moins ainsi. Enfin, on ne doit mettre qu'une seule épaisseur de fleurs ; autrement elles se détérioreraient,

La boîte doit avoir juste la profondeur nécessaire pour y déposer les fleurs : si elle était trop profonde, celle-ci auraient trop de jeu et s’abimeraient.

Les fleurs doivent être entourées d’un fin papier de soie, que l’on étale dans la boîte avant de la remplir, et que l’on replie au-dessus. Ce papier remplit en partie les intervalles et empêche les mouvements des fleurs. Il est aussi très utile pour les préserver du froid.

La boîte une fois fermée, on l’enveloppe de papier assez solide, de préférence de papier gris goudronné, afin d'éviter le froid et l'humidité. Les fleurs voyagent ainsi très commodément, et arrivent dans un état parfait de fraîcheur.

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