‹ Le journal des orchidéesChapitre 179 sur 192 · REVUE DES ORCHIDÉES NOUVELLES OÙ PEU CO NNUES · texte numérisé non relu

REVUE DES ORCHIDÉES NOUVELLES OÙ PEU CO NNUES

CYPRIPEDIUM X DECORUM Horr. — Hybride obtenu par M. JULES HYE-LEeysEN, de Gand, entre le C. X Sallierr Hyeanum et leC. Lawrenceanum. Le sépale dorsal est brun foncé, dégradé en vert foncé à la base, et en magenta rosé près de la bordure blanche. Le labelle est d’un brun métallique à sa partie antérieure, plus pâle en arrière; le staminode, grenat teinté de mauve. Gard. Chron., 2 janvier, p. 11.

LEPTOTES BICOLOR LiINpL. VAR. BREVIS ROLFE. — Variété distincte, à segments larges et courts, avec le lobe antérieur du labelle largement elliptique, obtus, blanc pur et non pourpre. Elle a fait son apparition chez MM. WizziaMs, de Upper Holloway, dans un lot du type. Gard. Chron., 9 janvier, p. 42.

CYPRIPEDIUM X COWLEYANUM O’BRIEN. -— Bel hybride produit dans la collection de M. TaAuTz, entre le C. Curthisi et le C. niveum, celui-ci étant porte-pollen. Il est bien intermédiaire entre les deux parents et rappelle le C. Marshallianum. La fleur est blanche, le sépale dorsal porte une quinzaine de lignes légèrement pointillées d’un rouge cramoisi pourpré sombre, et il est teinté de rose pourpré entre ces lignes; les pétales sont couverts de petites taches cramoisi pourpré sombre. Le labelle est d’un rose pourpré vif, le staminode pourpre sombre, bordé de blanc. Gard. Chron., 16 janvier, p. 73.

CYPRIPEDIUM X BOSSCHERIANUM Hort. — Hybride obtenu chez M. Cu. VUYLSTEKE, de Loochristy-Gand, entre le C. Spicerianum et le C. barbatum superbum. Le sépale dorsal est très arrondi, très réfléchi sur les côtés, d’un vert vif à la base et blanc à la partie supérieure, avec une veine médiane pourpre foncé et cinq nervures pourpre clair de chaque côté, reliées par des

réticulations plus pâles. Les pétales et le staminode sont très analogues à ceux du C. Spicerianum, mais un peu plus plats, et le labelle est à peu près intermédiaire entre les deux parents. Gard. Chron., 2 janvier, p. z1.

CYPRIPEDIUM *X ENSIGN O’BRIEN. —- Hybride obtenu dans la collection de M. C. WIN, de Birmingham, entre le C. X Harrisianum et le C. barbatum Crossi, et dans lequel, par conséquent, le C. X Harrisianum est croisé avec l’un de ses propres parents. Le nouvel hybride lui ressemble beaucoup, mais il est plus brillant et a les pétales et le sépale dorsal plus roses. Gard. Chron., 16 janvier, p. 73. |

PHALAENOPSIS SCHILLERIANA RCH8. F. VAR. PURPUREA O’BRIEN. — Variété d’un rose pourpre vif, à fleurs plus foncées que le type, qui a fait son apparition chez MM. Hucx Low et Cie. Gard. Chron., 23 janvier, p. 105.

CYPRIPEDIUM X GIGAS O’BRIEN. — Hybride obtenu dans la collection de M. INGRAM, de Godalming, entre le C. Lawrenceanum et le C. X Harrisianum nigrum, celui-ci étant le porte-pollen. Il est intermédiaire entre les deux parents, mais il se rapproche davantage du premier par son sépale dorsal plat circulaire, d’un brun chocolat très foncé à la base, ligné de la même couleur sur fond vert émeraude à la partie supérieure et bordé largement de blanc pur. Les pétales et le labelle rappellent ceux du second parent, maïs le labelle est plus réniforme. Gard. Chron., 30 janvier, p. 136.

# CYPRIPEDIUM X SWINBURNEI O’BRIEN. — Hybride obtenu chez MM. Hegarx et fils, de Cheltenham, entre le C. insigne Maulei et C. Argus Moensi. Le sépale dorsal est vert à la base, avec des lignes de taches distinctes brun pourpré qui décroissent de grandeur vers la large bordure blanche du sommet. Les pétales sont blanc verdâtre, teintés de rouge sur les moitiés extrêmes, et portant de nombreuses macules pourpre sombre, comme dans le C. Argus. Le labelle est vert, teinté et réticulé de brun rougeâtre, et le staminode jaune, veiné de vert au centre. Gard. Chron., 30 janvier, p. 136.

R. A. ROLFE

CAUSERIE SUR LES ORCHIDÉES XXXV. —— La serre chaude en février-mars

A la fin des grands froids, à l’époque où l’on peut entrevoir l’approche du printemps, les serres d’Orchidées présentent à l’amateur un spectacle et une occupation d’un grand attrait. Les serres soigneusement fermées s’entrebaillent, les ventilateurs parfois aussi, avec beaucoup de précaution cependant; enfin les travaux recommencent avec une activité plus grande.

Dès le mois de février, on doit exécuter certains rempotages. La provision de sphagnum a dû être préparée en vue de ces opérations; on ne l’emploiera qu'après l'avoir bien aéré, lavé et dépouillé des insectes et des débris végétaux qu’il pouvait renfermer.

Le sphagnum se conserve beaucoup plus longtemps en plein air, étalé en couche mince, que quand on le renferme en grandes masses. Certains amateurs craignent de le laisser au dehors pendant l’hiver, exposé aux intempéries; il n’y a cependant aucun inconvénient à le faire; le froid tue plus sûrement les insectes ou les œufs que peut renfermer la mousse, et il ne la détériore pas; la surface peut noircir et se flétrir un peu, mais la couche inférieure reste parfaitement saine comme à l’état naturel en pleine croissance, et quand arrive la saison où il doit être employé, le sphagnum, même après avoir été recouvert quelque temps par la neige, est parfaitement en état de servir.

La faible élévation de la température extérieure permet déjà, dans certaines serres, de diminuer le chauffage à certains jours ou à certains moments de la journée, car la chaleur artificielle est moins profitable aux Orchidées que celle du soleil. Pour les Orchidées de serre chaude, il faut veiller, surtout pendant la fin de l’hiver, à ce qu’elles ne soient pas exposées à des variations dangereuses de température; certains jours clairs font monter le thermomètre de façon à inspirer au jardinier une confiance prématurée; ils sont suivis trop souvent de retours brusques du froid. Jusqu’au mois de mars, et même jusqu’en mai, les gelées sont toujours à craindre, et le cultivateur fera sagement de ne jamais laisser tomber le chauffage, de se tenir en garde contre la fraîcheur des

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nuits, et de n’aérer, s’il est indispensable de le faire, qu'avec la plus grande prudence, pendant quelques instants seulement et en chauffant davantage.

On peut procéder actuellement au rempotage des Aerides et Saccolabium qui auraient besoin de compost frais, ou de plus d’espace à leurs racines. Les pots sont au préalable remplis de tessons, jusqu’aux trois quarts de leur hauteur, et recouverts d’une mince couche de sphagnum qui entoure les racines. Les plantes qui n’ont pas beaucoup de racines à la base sont consolidées dans leur pot au moyen d’un tuteur de bois qu’on enfonce avec un léger marteau à travers les tessons.

Le drainage est surtout nécessaire aux plantes de serre chaude, parce que la chaleur de l’atmosphère, toujours un peu desséchante malgré les aspersions des sentiers, exige des arrosages très fréquents; par suite, les racines pourriraient dans le compost si celui-ci n’était pas en même temps très aéré.

Comme les Aerides, Saccolabium, Vanda, Angraecum, etc., ont besoin de très peu de compost, il est aussi plus facile de renouveler ce compost qui n’est qu’à la surface, sans dépoter la plante et sans déranger les racines. Il est particulièrement important de ne pas blesser les racines dans ces genres où elles sont grosses et fragiles ; il faut donc se contenter de surfacer, sauf bien entendu dans le cas où une plante a perdu des feuilles à sa base ; elle offre alors un coup d'œil assez disgracieux avec.cette tige dénudée, d’aspect rugueux et comme desséché. Sans doute il n’y a là, le plus souvent, rien de bien grave; mais dans une collection bien tenue, surtout chez un amateur, tout doit concourir à flatter la vue, et elle ne doit se poser que sur des objets agréables et gracieux. Il convient donc, en pareil cas, de dépoter la plante, de couper le bas de la tige à la longueur nécessaire pour permettre de la descendre suffisamment dans son pot, et de la rempoter en recouvrant toute la partie non munie de feuilles.

Après cette opération, on donnera un peu moins d’air et d’eau aux plantes traitées, et on les placera dans une atmosphère étouffée et très humide.

Parmi les Angraecum qui attirent le plus l'attention en ce moment, on peut citer l'A. sesquipedale et l'A. eburneum, qui viennent de fleurir tous deux le mois dernier; le premier constitue assurément l’un des ornements les plus précieux de la serre chaude. Peu de plantes connues et cultivées offrent un coup d’œil aussi décoratif que cette magnifique Orchidée, de port très élégant comme la plupart des espèces de ce groupe, et qui produit des fleurs d’une taille gigantesque, d'une forme curieuse et attrayante entre toutes, et d’un très beau coloris, L’A. eburneum est beaucoup moins majestueux, mais ses fleurs, dis-

posées en longues grappes serrées et d’une taille déjà très raisonnable, sont également très gracieuses, surtout dans la variété superbum, qui est une notable amélioration du type. L’A. virens, qui fleurit également vers cette saison, est moins attrayant à cause de son coloris vert.

Le genre Angraecum offre d’ailleurs plus de variations que tout autre au point de vue de la grandeur; à côté de l’espèce géante qui le représente dans tout son éclat, on peut citer des espèces à fleurs petites, comme l’A. pellucidum et l'A. cityatum, si gracieux encore, d’autres très petites, comme l’A. pertusum, dont les fleurs n’ont pas plus de six millimètres de diamètre, ou enfin les A. odovatissimum, À. vesicatum, etc. qui sont tout à fait minuscules, et dans lesquels l’éperon attire l’attention beaucoup plus que le reste de la fleur.

Parmi les Saccolabium, le plus répandu peut-être et l’un des plus charmants du genre est le S. Cambodgeanum, qui, avec ses larges grappes retombant en courbes harmonieuses, offre le spectacle le plus exquis; il est difficile de donner

* une idée de la beauté de ces fleurs, d’une forme et d’un coloris splendides. Si le

S, coeleste est plus recherché, à juste titre d’ailleurs, à cause de la nuance bleue si rare dans les Orchidées et qui le place un peu hors de pair, le blanc taché de rose vif de l’espèce précédente ne me paraît pas inférieur en beauté à tout ce que la famille Orchidéenne offre de plus délicat. On peut citer encore les S. 2llustre, S. Harrisoni, S. bellinum, etc.

Les Aerides, si voisins des Saccolabium, ne sont guère moins séduisants, quoique leurs fleurs, un peu plus grandes en général, soient moins serrées sur les tiges. Ce genre renferme quelques espèces qui ne sont pas encore très abondantes dans les cultures, mais qui ne sauraient être trop vantées, À. Houlleh, A. Lawrenceae, à fleurs très grandes, À. Augushanum, dont les grappes sont entièrement nuancées d’un rose vif ravissant, À. Fieldingi, A. quinquevulnerum, A. suaussimum, À. Vandarum, très parfumé, etc.

Les Vanda, d’une perfection de formes admirable pour la plupart et de coloris très beaux, sont au nombre des plantes les plus merveilleuses de la famille des Orchidées. Plusieurs espèces de premier ordre ont fleuri à l’automne, mais les V. tricolor et suavis, qui fleurissent à toutes les époques de l’année, fournissent encore les serres de leurs superbes grappes et les embaument de leur parfum.

Les Vanda tricolor et suavis sont tous deux très variables et comprennent un grand nombre de formes de coloris différents, que l’on a renoncé à distinguer toutes par des noms spéciaux ; le second est même considéré par certains auteurs comme une variété du premier.

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Les autres principales espèces sont le W. coerulea, magnifique espèce à segments très amples et bien étalés, entièrement colorés d’un bleu d’azur plus ou moins vif; le V. coerulescens, très analogue au précédent, dont il représente en quelque sorte une réduction ; le W. Sanderiana, à fleurs très grandes, la plus belle espèce du genre ; le V. teres, espèce très belle, très robuste et très florifère, qui a les feuilles cylindriques et réussit parfaitement, fixée à une branche d'arbre à laquelle elle s’enlace; le V. insigmis, qu’il ne faut pas confondre avec le V. tricolor var. insignis, et dont les fleurs ont de cinq à six centimètres et plus de diamètre; le V. Denisoniana, le V. Roxburghi, l'une des plus anciennes espèces connues, le V. Cathcarti, le V. Low: ou Renanthera Lowr, enfin les V. Amesiana et V. Kimballiana, d'introduction plus récente, et qui réclament, ainsi que les V. feres et V. coerulea, une température moins élevée que le reste du genre.

Les Vanda se cultivent en paniers ou en pots dans un compost de sphagnum pur, aussi près que possible du vitrage et bien exposés au soleil; ils ne doivent être abrités que quand les rayons sont très brûlants et pourraient nuire aux feuilles. On peut dire en principe que plus les Vanda auront été exposés au soleil, plus leur floraison sera abondante, et elle sera plus belle aussi, car les fleurs seront mieux colorées.

Les insectes envahissent souvent les Vanda; on doit nettoyer les plantes

soigneusement, feuille par feuille, avec de l’eau de savon ou mieux de l’eau de

nicotine très diluée. En outre, mettre sur les tuyaux de chauffage une couche mince de côtes de tabac, mais ne jamais faire de fumigations. Si les fumigations sont mauvaises pour toutes les Orchidées, elles sont particulièrement funestes aux Vanda et leur font perdre beaucoup de feuilles.

Les Phalaenopsis, les Orchidées-papillons, comme les appellent les Anglais, rivalisent de magnificence avec les genres que je viens de citer; tandis que ceux-ci, d’un port élevé et noble, forment sur les gradins de grandes masses de beaux feuillages étalés, les Phalaenopsis, placés çà et là dans les intervalles, ou mieux encore suspendus au vitrage, et ne tenant guère de place dans des paniers de petit volume, déploient la grâce de leurs tiges souples, infléchies d'une façon pittoresque et chargées de larges fleurs de la forme la plus ravissante, Si la longueur de ces tiges délicates les fait paraître suspendues dans les airs et comme envolées au-dessus des autres plantes, le nom de papillons traduirait mal cependant leur extrême beauté. Rien n'égale la finesse et l'élégance de leurs labelles si finement découpés, prolongés en filameuts ténus et relevés de stries délicates à la gorge et au centre. Les P. Aphrodite,

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P. grandiflora, P. amabilis, d’un splendide coloris blanc pur, le P. Schilleriana, rose vif, le P. Séuartiana, sont les plus répandus et les plus célèbres; le P. violacea offre un superbe contraste de blanc crême et de violet pourpré; d’autres espèces plus petites sont également d’une très grande beauté.

La culture des Phalaenopsis a été parfaitement décrite dans le Yournal des Orchidées, et je n’y reviendrai pas ici; ils réussissent surtout dans des serres basses, étroites et étouffées ; mais quand ils sont en fleurs, on peut les transporter dans la grande serre des Orchidées de l’Inde, où ils produisent au milieu des autres genres un effet des plus pittoresques. Leurs fleurs se conservent très longtemps, et on pourra les garder pendant deux mois et plus en pleine frafcheur, avant de les replacer dans leur serre.

Le genre Dendrobium est également au premier rang des Orchidées de serre chaude, et parmi les espèces qui le composent, un grand nombre ont le précieux avantage de fleurir pendant la mauvaise saison. C’est à la fin de l'hiver, au mois de février, qu'apparaissent la plupart des merveilles de ce genre. D. nobile, avec ses magnifiques variétés : D. nobile nobilius, D. nobile Cooksoni, etc.; D. Wardianum, D. crassinode, D. Findleyanum, qui réussit bien suspendu au vitrage, D. Devonianum, D. Brymerianum, d’un coloris jaune d’or exquis, et d’une forme très élégante avec son labelle prolongé en longs filaments formant une sorte de dentelle; D. Mac Carthiae, espèce d’une forme curieuse, d’un coloris ravissant, qui fleurit à des époques de l’année très variables, parfois en été, parfois en novembre, et fréquemment en janvier ; D. Dalhousieanum, le géant du genre, à segments très larges, étalés, d’un jaune clair transparent, avec deux larges macules d’un rouge pourpré sombre des deux côtés de la gorge du labelle; D. heterocarpum, aux fleurs très parfumées.

Plusieurs de ces espèces peuvent être placées dans la serre tempérée, ou tempérée chaude, et y prospèrent parfaitement, surtout à l’époque de la floraison. Beaucoup se cultivent à peu près indifféremment en pots ou en paniers, sauf l'inconvénient de suspendre des plantes à grands bulbes qui s'élèvent beaucoup en hauteur. La plupart sont aujourd’hui très nombreuses dans les cultures, grâce à des introductions abondantes faites dans ces dernières années, et qui les ont mises à la portée de tous les amateurs même les plus modestes. Il faut citer notamment le D. bigibbum, l’une des espèces que les collecteurs établis en Australie ont répandues en plus grand nombre, et qui est certainement appelé à rendre de très grands services, grâce à une floribondité extraordinaire. Quelques centaines de plantes, à L'HORTICULTURE INTERNATIONALE, n’ont pas

cessé d’être couvertes de fleurs depuis dix mois environ. Parmi les D. bigibbum se trouvent fréquemment deux autres espèces très voisines, le D. superbiens et le D. Phalaenopsis.

Les D. nobile, D. Wardianum, D. crassinode, etc., pourront être rempotés dès que leur floraison sera finie, c’est-à-dire dans un mois et demi à deux mois. Jusque là ils doivent recevoir très peu d’eau.

Plusieurs Oncidium réussissent bien dans la serre chaude, notamment l'O. Lanceanum, surnommé dans son pays d’origine oreilles d'âne à cause de la forme de ses larges feuilles, et les curieux O. Papilio et O. Kramers. Ces espèces se cultivent en paniers suspendus au vitrage, ou même, pour les deux dernières, sur bloc. Les O. Papilio et O. Krameri ont été introduits en Belgique l’année dernière en assez grandes quantités, pour la joie de beaucoup d'amateurs qui aiment avec raison les fleurs d’un coloris éclatant et joyeux.

Beaucoup de Cypripedium ont une végétation très active pendant l’hiver, et à certains aussi il faudra donner des pots plus grands. Je citerai entre autres le C. Leeanum, qui vient de fleurir, le C. Spicerianum, très vigoureux ainsi que le précédent, les C. Sedeni, C. grande, et plusieurs autres hybrides du même groupe qui s’accroissent avec une grande rapidité. |

Beaucoup de ces plantes pourront être en même temps divisées, ce qui

permettra de leur donner un meilleur aspect, car leur feuillage trop touffu prend souvent une apparence assez désordonnée.

Les insectes s’attaquent beaucoup aux Cypripedium, surtout pendant l'hiver, où ils recherchent dans les serres la chaleur artificielle. On doit leur faire une chasse acharnée; pour certaines espèces plus délicates, il est indispensable de laver de temps en temps les feuilles une par une, afin de les débarrasser de ces ennemis. Quelques cultivateurs ont aussi recours aux seringages, ou plongent les plantes entières dans l’eau ; mais ce sont des moyens quelque peu violents qu'on ne peut appliquer qu'avec beaucoup de précautions. Les Cypripedium à feuilles charnues, spécialement ceux du groupe laevigatum, praestans, Rothschildianum, et les C. niveum, C. concolor, C. Godefroyae, sont très sujets à perdre leurs feuilles quand l’eau séjourne sur elles, et si une goutte reste au cœur de la plante, elle pourrit presque toujours.

La plupart des Cypripedium ont beaucoup de racines à l'extérieur des pots, ct ces racines se collent aux parois avec une ténacité extraordinaire. Comme il n'est pas possible de chercher à les détacher, à moins d’en briser un assez grand nombre, quand on veut rempoter ces plantes il faut se résoudre à casser les pots

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à coups de marteau; puis on dégage facilement chaque morceau attaché aux racines.

Les Calanthe sont également en pleine floraison actuellement, et si leurs bulbes durcis, de forme bizarre, et privés du feuillage qui les ornait pendant la période de végétation, offrent un coup d’œil peu attrayant en comparaison de tout ce que nous venons de passer en revue, en revanche leurs fleurs abondantes, de formes et de coloris très agréables, méritent de figurer dans toutes les collections.

Les Calanthe sont au nombre des Orchidées de serre les plus rustiques ou du moins les plus terrestres que l’on connaisse. Ils prospèrent parfaitement dans un mélange de terre végétale et de terre de bruyère, voire même, ainsi que l’a expliqué notre éminent collaborateur, M. J. DE LANSBERGE, dans de l'argile ordinaire; ils réclament de temps en temps, pendant la végétation, de l’engrais qui peut être appliqué sous diverses formes, mais de préférence mélangé à l’eau d’arrosage.

Deux des espèces les plus amples et les plus décoratives, le Calanthe Masuca et le C. veratrifolia, fleurissent pendant l'été; mais les C. veshita (comprenant de nombreuses variétés supérieures au type), C. Turneri, C. Regmeri et le bel hybride C. Vaitchi, sont actuellement en pleine floraison.

Les Cymbidium, que certains amateurs cultivent en serre tempérée, prospèrent mieux, en serre chaude; ces plantes, d’une végétation très vigoureuse, ont un feuillage assez élégant et forment des masses touffues très décoratives. Il n’est pas rare d’en voir des spécimens ayant de 10 à 30 tiges florales, et quoique les fleurs de la plupart des espèces ne possèdent pas un coloris très brillant, elles sont d’un bel effet ; elles sont disposées généralement en longues grappes qui se posent au-dessus du feuillage et forment avec lui un agréable contraste.

Les Cymbidium sont également ce qu’on appelle des Orchidées terrestres; ils réclament un compost substantiel, et reçoivent avec profit une petite dose d'engrais de loin en loin. Les espèces les plus connues sont le C. Lowianum, qui forme actuellement ses tiges florales et dont le labelle rouge vif relève gracieusement le coloris jaune brunâtre des segments; il pourra être rempoté après la floraison; le C. Mastersi et le C. affine, plus beau encore que le précédent et plus florifère; le C. eburneum, espèce très remarquable également, etc.

Il s’en faut de beaucoup que j'aie épuisé la liste des trésors de la serre des Orchidées indiennes. J'y reviendrai plus tard, mais je passerai d’abord aux

Cattleya et aux Orchidées de serre tempérée et de serre froide. L. L.

LES ORCHIDÉES DE PLEINE TERRE Cypripedium spectabile

Cette remarquable Orchidée croît à l’état naturel dans les lieux marécageux de l'Amérique septentrionale, d’où on importe chaque année en Europe de grandes quantités de rhizomes. Cette espèce pouvant être acquise à des prix très modiques, on l’utilise avantageusement dans nos jardins pour l’ornementation des rocailles qui se trouvent près d’une pièce d’eau, où ce Cypripède à feuillage caduc et annuel fleurit à profusion pendant les mois de mai à juin. Ses ravissantes fleurs sont blanches, sauf le sabot qui est délicatement teinté de rose violacé.

Peu de nos Cypripèdes de serre peuvent lutter avec cette espèce de pleine terre, pour l'élégance de son port, la fraîcheur et l’éclat de ses fleurs; aussi ses brillantes qualités nous ont-elles engagé à en faire l’hôte de nos serres, en le soumettant à un léger forçage, qui nous a réussi parfaitement depuis plusieurs années. Nous rempotons, en automne, les rhizomes dans un mélange de sphagnum haché, de terre tourbeuse et de terre franche, puis nous abritons les pots jusqu’à

la fin de janvier sous châssis. A partir du mois de février, nous les rentrons en

serre, en les soumettant à une température variant entre + 12° et + 20° C. Les plantes ne tardent pas à se développer avec vigueur et sont généralement en pleine floraison dans le courant de la cinquième semaine de leur mise en végétation. OrTo BALLE.

ÉTUDES DE BOTANIQUE ÉLÉMENTAIRE SUR LES ORCHIDÉES (Suite, voir page 335) 6° LES RODRIGUEZIA Pour étudier ce genre, on pourra choisir soit les espèces qui sont cultivées

sous le nom même de Rodriguezia, soit celles qui portent le nom de Burling-

(ona, ces deux genres étant aujourd’hui généralement reconnus comme absolument identiques.

Examinons d’abord le R. refracta de REICHENBACH, nommé autrefois Burhngtonia refracta par LiNDLEY, et dont les fleurs, d’un beau blanc légèrement rosé couvertes d’une multitude de petits points pourprés, sont disposées en charmantes grappes recourbées.

Le sépale supérieur, long de deux centimètres et demi, est dressé et plié longitudinalement ; il est lancéolé, notablement élargi dans sa moitié supérieure, puis acuminé au sommet, c’est-à-dire terminé en pointe très aiguë et étroite. Les sépales latéraux nous offrent une organisation tout à fait exceptionnelle : ils sont soudés ensemble exactement jusqu’à leur sommet, de manière à ne former qu’une seule pièce, comme si c'était un sépale unique (*), rejeté vers le pédoncule et roulé en un cornet très aigu, fortement arqué et long de près de trois centimètres et demi; on prendrait facilement ce cornet pour un éperon prolongeant le labelle et semblable à celui que nous avons déjà observé dans le Calanthe vestita (1'° année, p. 369) et dans les Vanda (plus haut, p. 240); mais en le déroulant, on voit qu’il enveloppe complètement le véritable éperon, lequel ne dépasse pas une longueur d’un centimètre.

Les pétales, redressés contre le sépale supérieur et le gynostème, sont obovales-lancéolés, acuminés, fortement arqués en forme de faux et longs de 27 à 28 millimètres.

Le labelle, également redressé parallèlement au gynostème, est fort rétréci inférieurement, de manière à former un long onglet épais et profondément canaliculé ; sa partie élargie a les bords ondulés et présente au milieu deux crêtes longitudinales très aiguës, qui s'arrêtent à sept ou huit millimètres du sommet, lequel est un peu échancré. Sa longueur totale est de trois et demi à quatre centimètres, non compris l’éperon enfermé dans le cornet formé par les sépales latéraux et dont nous avons déjà parlé plus haut.

Le gynostème forme une longue colonne grêle, cylindrique, blanchâtre, ayant plus de deux centimètres de longueur; tout en haut et en avant, il présente deux très larges ailes blanchâtres, lavées de pourpre, entre lesquelles se trouve le stigmate. Au sommet, mais fort en arrière, on voit le clinandre, qui présente en haut une saillie médiane assez prononcée, et de chaque côté, une petite dent pourpre très aiguë. L’opercule de l’anthère, à une seule cavité, abrite deux pollinies d’un jaune pâle, ovoïdes, un peu comprimées, rattachées

(x) C’est exactement la même soudure que celle que nous avons notée précédemment dans les

Cypripedium (voyez page 43).

à un petit rétinacle brunâtre par un pédicelle blanc, très grêle et droit, long de quatre millimètres. .

Le R. Granadensis (Burlingtonia pour LINDLEY) a une organisation florale qui offre de grands rapports avec celle de l’espèce précédente. Ses fleurs sont ordinairement blanches, et les divisions du périanthe sont si minces qu’elles sont translucides. Le sépale supérieur est plus large et presque arrondi au sommet. Les sépales latéraux sont aussi soudés exactement jusqu’à leur sommet et rejetés du côté opposé aux autres pièces, parallèlement à l'ovaire ; ils sont également roulés en cornet et simulent un faux éperon, cachant dans leur intérieur le véritable éperon, avec lequel ils sont soudés postérieurement sur une longueur de six à sept millimètres ; l’éperon lui-même est grêle, obtus et long d’un centimètre et demi. Les pétales diffèrent peu du sépale supérieur. Le labelle, long de deux centimètres, est tordu à sa base et rejeté à gauche; inférieurement, il forme un onglet assez long, et son sommet est un peu échancré ; il est pourvu d’une très forte côte médiane. Le gynostème, d’un blanc un peu verdâtre, diffère peu de celui de la première espèce, sauf qu'il est plus court d’un demi-centimètre, et tordu de manière à faire un demi tour à gauche. Outre les deux larges ailes antérieures, le clinandre présente de chaque côté une longue dent aiguë. L’opercule est blanc, très convexe et muni d’un gros appendice antérieur. Les pollinies sont comme celles de l’espèce précédente.

Le R. secunda, qui porte de longues grappes formées de nombreuses petites fleurs rouges tournées toutes du même côté, présente quelques particularités que nous nous bornerons à signaler brièvement. La pièce unique résultant de la soudure des sépales latéraux est redressée jusque près du labelle; elle est très concave, à tel point que ses bords viennent à peu près se toucher; sa base est fort bossue, et à son sommet on observe deux petites dents aiguës, qui sont les pointes imparfaitement soudées des deux sépales. Dans la partie inférieure de cette pièce, se trouve aussi caché l’éperon du labelle, qui est d’un pourpre brun foncé et atteint à peine une longueur d’un millimètre et demi; cet éperon est projeté en avant, ses bords à droite et à gauche sont notablement épaissis, ct il présente une cavité antérieure assez profonde. L’opercule de l’anthère, blanc en arrière et pourpre antérieurement, est muni d’une forte crête aiguë en avant et en haut. Le clinandre est DÉË profond et à bords presque entiers.

Dans le R. decora, charmante espèce à fleurs d’un blanc à peine rosé maculé de rouge cramoisi, les sépales latéraux sont redressés contre le labelle, comme dans l'espèce précédente, et ils deviennent aussi libres au sommet sur une

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