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XXXVI. —— Les fleurs d’Orchidées dans le « monde

Le YFournal des Orchidées a soulevé dernièrement, dans une série de causeries qui constituent une étude des plus complètes et des plus concluantes, une question qui ne pouvait manquer d’exciter un vif intérêt chez les amateurs comme chez les cultivateurs, et en un mot chez toutes les personnes qui, d’une façon quelconque s’occupent d’'Orchidées. Ce qui prouve que le directeur du journal a touché juste, c’est la grande impression produite par ces causeries, et dont j'ai pu faire la constatation moi-même en maints endroits; je ne fais d’exception que pour une ou deux personnes qui, aveugles sur l'avantage général et sur Le leur propre, opposent à cette utile propagande des chicanes de boutiques ou des discussions mesquines sur tel ou tel choix; mais ces oppositions intéressées ne sont guère intéressantes, et le grand public des consommateurs ou des producteurs ne s’en souciera guère. Ce qui devrait crever les yeux, c’est qu’il y a là le point de départ d’une évolution utile à tous; on ne saurait, avec la meilleure volonté du monde, y trouver une réclame, une tentative d’accaparement. C’est absolument le contraire.

L'intérêt des amateurs, tout d’abord, est évident. Beaucoup de grands propriétaires se composent des collections d’Orchidées parce que c’est une des façons les plus agréables et les plus élégantes d'employer une grande fortune ; les serres à Orchidées forment en quelque sorte le pendant des galeries de tableaux, et constituent une annexe charmante au château, annexe qui a parfois une très haute valeur artistique; mais il est très naturel que les propriétaires de collections se préoccupent d’en retirer un produit, et de diminuer d’autant leurs charges, ne fût-ce que pour augmenter d’autant le budget de leurs acquisitions. Ce produit servira d’ailleurs à légitimer leur passion auprès des personnes (souvent des membres de leur propre famille) qui ne la partagent pas. Les amateurs d’Orchidées se voyaient parfois reprocher le goût de ces plantes comme une fantaisie coûteuse et n’apportant avec elle aucun profit. Eh bien, ce profit existe, ainsi qu’il a été démontré ici d’une façon péremptoire, et je

suis même persuadé qu’il est bien supérieur aux chiffres que M. LucIEN LINDEN a établis avec beaucoup de modération. Trop peut-être !

Seulement, je reconnais que, comme il le disait, autre chose est de cultiver pour l'agrément, autre chose de cultiver pour le rapport. Il faudra modifier certaines serres ou en construire de nouvelles adaptées spécialement à la grande culture. Il est clair que les grands amateurs dont je parlais ne se priveront pas de placer dans leur collection certaines espèces très belles, mais qui ne se prêtent pas bien à la culture pour la fleur coupée; ils ne s’astreindront pas à remplir leurs serres uniquement de milliers de plantes d’une dizaine d’espèces mises en exploitation régulière; le produit ne sera, chez eux, que l’accessoire, qu’une partie de la culture légitimant et facilitant le reste. C’est pourquoi les spécialistes, les professionnels peuvent se rassurer; la concurrence ne leur sera pas bien redoutable, et si le goût des fleurs d’Orchidées se répand davantage, ils seront les premiers à en bénéficier.

Il est impossible que les horticulteurs ne saisissent pas la portée de ce nouveau service que les amateurs peuvent leur rendre, et qu’ils sont seuls à même de leur rendre; ils peuvent faire connaître les fleurs d'Orchidées dans les milieux élégants et riches où se recrutera la clientèle des horticulteurs. J'ai pu constater souvent dans mon pays, et notamment à Paris, combien cette

propagande est efficace et nécessaire; combien de fois ai-je vu, dans les grandes

réceptions mondaines, que la plupart des personnes présentes ne connaissaient pas les Orchidées dont la table était ornée, et les prenaient pour des plantes grasses! Et quand on avait dit leur nom, l’étonnement ne faisait que s’accroître; on les croyait vénéneuses, on racontait sur elles cent légendes extraordinaires ! Leur forme semblait étrange, par la simplicité, le petit nombre et la disposition étalée des segments; tout cela contraste si fort avec les masses touffues et le fouillis des Roses ou des Chrysanthèmes !

J'avoue même qu’au premier abord, en général, l’étonnement nuit un peu à l'admiration. Ce qui violente trop nos habitudes déconcerte notre jugement, et nous trouve dépourvus du criterium nécessaire à la contingence de nos organes; ainsi le Yugement dernier offert à la vue d’un jeune berger ignorant des éléments du dessin. Ce n’est qu’un peu plus tard, la première surprise effacée, que l'impression de beauté prend naissance et s'empare profondément de l’esprit.

Il faut donc faire connaître les fleurs d’Orchidées, il y a beaucoup à faire cncore à ce point de vue, et le concours des amateurs y est indispensable. Et

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