‹ Le journal des orchidéesChapitre 188 sur 192 · OP SN PTE CU PL TT OT IE CONNUS · texte numérisé non relu

OP SN PTE CU PL TT OT IE CONNUS

je crois qu’il faut ajouter, pour être juste, la part que doivent prendre les horticulteurs aux mêmes à cette divulgation. La matière est un peu délicate, mais il faut dire la vérité quand même. Or, si l’on n’a pas tiré jusqu'ici des fleurs d’Orchidées tout le parti qu’on peut en attendre, la faute en revient bien un peu aux fleuristes, qui ne sont pas encore parvenus eux-mêmes à en bien comprendre l’Orchidée et ses qualités décoratives. Elles seraient plus en vogue, si l’on savait les arranger et les présenter d’une façon plus agréable. On les voit trop souvent, soit dans les réceptions, soit aux étalages, mélangées avec les fleurs les plus vulgaires, et ces voisinages leur font du tort, car elles sont d’une essence toute différente; les unes valent par leur noblesse, leur extrême délicatesse, l’élégance aérienne de leurs formes et Les jeux de couleur, les autres par leur ampleur touffue, et les nuances qui résultent de leur complication. Rapprocher ces objets d’ordres esthétiques si différents, c’est trahir l’un des deux, comme si l’on comparait la sauvage et primitive beauté de certaines paysannes à la séduction raffinée de la Parisienne fin de siècle. Les Orchidées sont aussi trop massées le plus fréquemment, et disposées d’une façon trop lourde. Il faudrait les traiter avec une légèreté extrême, mettre dans le montage des corbeilles et des bouquets beaucoup de diversité, opposer les coloris, alléger la masse des Cattleya et des Lycaste par le voisinage de grappes élégantes et fines, telles que celles de l’Oncidium incurvum et autres Orchidées gracieuses.

Dans tous les bouquets d’Orchidées que j'ai vus chez les fleuristes à Paris et ailleurs, il y avait ordinairement trois ou quatre fois trop de fleurs. En les comprimant entre elles, en les resserrant à l’excès, on leur enlève tout le charme qu’elles possèdent, toute leur grâce et leur originalité. Quant à la variété, rien n’est plus facile que de trouver dans cette immense famille toutes les formes, tous les coloris, et le goût le plus exigeant ne pourrait manquer d'y trouver de quoi se satisfaire.

Certains fleuristes croient relever l'éclat des Orchidées en les accompagnant d'immenses nœuds en soie de couleurs criardes, qui écrasent de leur voisinage les tons délicats des fleurs. Il y a là encore une erreur déplorable. La plus grande simplicité serait, au contraire, la plus grande beauté, et les Orchidées sauront toujours suffisamment se faire valoir par elles-mêmes.

Les mêmes fleuristes, chose curieuse, s'entendent admirablement à disposer en bouquets les roses, les Camellias et les autres fleurs de nos climats, et y déploient un goût incomparable. D'où vient alors cette contradiction ? Evidemment de ce que les Orchidées ne sont pas encore assez connues et appréciées

de la façon qui leur est propre, et que beaucoup de personnes du monde qui, comme je le disais plus haut, ne sont pas assez habituées à ces fleurs, ne savent pas encore saisir leur véritable et originale beauté. Les fleuristes ne sont pas en cause ; il y a parmi eux de véritables artistes, à Paris plus que partout ailleurs ; mais ils sont forcés de se conformer au goût de leur clientèle, du moins jusqu’à ce qu’ils l’aient insensiblement transformé. Et, patience, cette modification ne tardera pas à éclater aux yeux de tous; le progrès marche, la question des fleurs d’Orchidées fait son chemin, et je ne doute pas que d’ici à quelques mois, dès la prochaine saison d’hiver, l’évolution patronée par le directeur du Yournal des Orchidées ne soit un fait accompli. Comte DE MoRaAN.

CULTURE DES OPHRYS

Parmi les Orchidées de la zone tempérée, il y en a peu qui soient aussi jolies, en même temps que curieuses, que les Ophrys. Malheureusement, ils sont d’une culture fort difficile, ce qui fait qu’on ne les voit que rarement dans les collections. Les amateurs d’Orchidées terrestres s’intéresseront donc peut-. être aux résultats de l’expérience suivante à laquelle je me suis livré dans le courant de l’année qui vient de s’écouler :

Ayant passé l’hiver de 1890 à 1891 à Alger, j’eus l’occasion d’y récolter un assez grand nombre de plantes d'Ophrys appartenant à quelques-unes des plus jolies espèces. Je les expédiai chez moi avec ordre de les planter immédiatement dans le compost dont on se sert ordinairement pour les Orchidées de pleine terre. En revenant au Duno vers le mois d’avril, je trouvai que mes plantes n'avaient pas repris, qu’elles avaient presque toutes perdu leurs feuilles et que les étiquettes sur les pots dans lesquels elles se trouvaient étaient le seul signe de leur existence éventuelle. Ne voulant pas les déranger plus qu’elles ne l'avaient déjà été, je les fis mettre dans un coin de la serre froide où elles sont restées oubliées jusqu’au mois de septembre, sans recevoir une goutte d’eau pendant tout ce temps.

Vers cette époque, le hasard me fit examiner un jour un des pots dans lesquels devaient se trouver mes Ophrys et je ne fus pas peu étonné de voir apparaître un petit point blanchâtre annonçant une pousse. Cela m’engagea à faire retirer tous les bulbes de la terre, et à ma grande surprise je constatai

qu'ils étaient presque tous parfaitement sains et en train de pousser, Le hasard m'avait donc révélé une des conditions à observer pour bien cultiver les Ophrys dans nos contrées, à savoir un repos complet pendant les mois d’été. Du reste, en Algérie et dans le midi de l’Europe, les Orchidées terrestres forment et müûrissent leurs bulbes encore quelque temps après leur floraison, mais vers la fin de juin une sécheresse presque complète s'établit et continue jusqu’au mois d’octobre, leur procurant un repos aussi absolu que celui dont elles ont joui chez moi.

Ce résultat acquis, restait à savoir quel serait le traitement qui leur conviendrait le mieux pendant l’époque de leur croissance. Ici encore je tâchai de m'orienter d’après ce que je savais des conditions dans lesquelles elles croissent dans leur patrie. Or, j'avais observé que le plûs souvent on trouve les Ophrys en compagnie des Cyclamen, genre dont la culture est fort bien comprise en Hollande où l’on fait beaucoup de cas de cette plante. Je me dis par conséquent que le compost dans lequel viennent si bien les Cyclamen devait également convenir aux Ophrys, Je les fis donc planter dans un mélange composé d’un tiers de terreau de feuilles, d’un tiers d’argile entremêlé de bouse de vache desséchée, et d’un tiers de brique pulvérisée. Les pots placés dans la serre froide n’ont été arrosés au commencement que de temps en temps, mais à mesure que les pousses se montraient, les arrosages sont devenus plus copieux, pour devenir quotidiens à partir du mois de novembre.

Je ne sais pas si à la longue cette méthode serait la vraie, mais pour la première année, elle a donné des résultats surprenants. Non seulement les plantes ont bien poussé, mais en ce moment elles sont bien plus vigoureuses qu’elles n'étaient à l’état sauvage et donnent une quantité beaucoup plus considérable de fleurs, ce qui est d’autant plus étonnant qu’en les cueillant en février-mars, au moment de la floraison, j’entravais la croissance des nouveaux bulbes devant remplacer les anciens qui, comme on le sait, disparaissent après la formation de ceux-là.

Il est possible que je n’apprenne rien de nouveau à ceux qui se sont occupés spécialement de la culture des Orchidées du midi de l’Europe, mais j'ai lu si souvent dans les manuels et les recueils d’horticulture que la culture des Ophrys était délaissée à cause de son extrême difficulté, que j'ai cru que les détails qui précèdent intéresseraient peut-être quelques-uns des lecteurs du Yournal des Orchidées.

Duno, 15 février 1892. DE LANSBERGE.

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