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HISTOIRE DE LA SECONDE DÉCOUVERTE

du vieux CATTLEYA LABIATA

J'avais promis, il y a quelques mois, de raconter aux lecteurs du Yournal des Orchidées, l'histoire de la réintroduction du fameux Cattleya; le moment est venu d'exécuter ma promesse.

Lors de l'Exposition Universelle de 1889 à Paris, j'avais obtenu pour L'HORTICULTURE INTERNATIONALE la création de toute la partie florale du compartiment Brésilien, tant en plein air dans des jardins qui devaient rappeler les sites du pays, qu’à l’intérieur de la construction spéciale. Nous avions mis à la tête de ce département M. F. CLAES, architecte paysagiste, de grand talent et qui, dans la suite, a prouvé être un collecteur de si grande énergie.

Un jour que nous visitions, mon Père et moi, le compartiment de l’exposition brésilienne, nous tombâmes en arrêt devant un tableau à l’huile représentant un Cattleya. L'artiste avait cherché l’effet en employant des teintes absolument fantaisistes, du bleu, du violet etc., et il était visible que le coloris | n'était pas exact; néanmoins les formes nous avaient frappés. D’autre part nous tenions à ne pas négliger une occasion de nous renseigner sur certains Cattleya que mon Père savait devoir exister au Brésil; bref nous chargeâmes M. CLAES, notre représentant à l'Exposition, de rechercher l’auteur du tableau et de recueillir à ce sujet tous les renseignements possibles. Peu de temps après, lors d’un des voyages que je faisais fréquemment à Paris pendant cette période, M. CLAES m'apprit que ce peintre se trouvait dans la même ville, qu'il avait peint le Cattleya en question dans la province de Pernambouc, et qu'il en avait même apporté avec lui une plante vivante dont il avait fait cadeau à une dame habitant Paris; enfin, que cette dame, ne sachant pas la Soigner, serait enchantée d'échanger sa plante contre un Palmier.

L'affaire fut aussitôt conclue, et la dame m’apporta le Cattleya; c'était une lorte touffe, avec les bulbes très allongés, minces, les feuilles étroites, et différente des C. Warocqueana que nous avons introduits dans la suite. Cette plante est encore toujours dans nos serres.

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Mon Père, à qui je communiquai ces nouvelles, me dit qu’il savait depuis

longtemps qu'il existait de beaux Cattleya non loin de Pernambouc et qu'il avait toujours projeté de faire explorer cette province; dès lors l'expédition fut immédiatement décidée. M. CLAES s’offrit pour la diriger; mais d’autres projets nous obligeaient à l’envoyer ailleurs. M. BUNGEROTH se trouvait justement en Europe à cette époque, et était sur le point de s’embarquer pour un autre grand voyage, 1l fut convenu qu’il irait d'abord passer trois mois à Pernambouc. L'auteur du tableau dont j'ai parlé voulut bien m'indiquer un nègre qui avait collecté la plante qu’il avait rapportée, qui connaissait parfaitement la localité, et pourrait servir de guide.

C’est ainsi que BUNGEROTH, muni de tous les renseignements nécessaires, partit pour Pernambouc et collecta quelques milliers de Cattleya, qui arrivèrent en Europe en avril et mai 1890 et qu’à leur floraison prouvèrent être les vieux Caftleya labiata de Linpcey. Ces plantes à leur arrivée étaient très desséchées; BUNGEROTH nous informait qu’il n’était pas tombé de pluie dans le pays depuis plus de dix ans, et que les Orchidées n’y vivaient absolument que de la rosée des nuits. D’après ce que nous écrit M. CLAES, qui est actuellement chargé de diriger le collectage dans la même région, il en est encore aujourd’hui de même, et c’est ce qui explique l’état de sécheresse dans lequel les plantes arrivent en Europe; une fois placées dans une atmosphère humide, elles se gonflent comme des éponges et reprennent bientôt une activité de croissance merveilleuse.

L'endroit où furent collecté les premiers C. Warocqueana est desservi par le chemin de fer et, par cette voie, n’est éloigné de la ville de Pernambouc que de quelques heures. C’est une des raisons pour lesquelles, je dois le dire, j'ai été grandement surpris que la maison d'importation établie en Angletere ait mis dix-huit mois à découvrir cette localité ; étant donné les facilités de communication actuelles et la rapidité des informations, j'étais persuadé que dans un délai de trois mois après notre importation, nos concurrents seraient sur nos traces.

Pendant le court séjour que fit BUNGEROTH dans cette région, il nous fit l’'éxpédition d’autres Orchidées également; je citerai notamment un Miltonia qui n’est autre que le Moreliana atrorubens, différents Epidendrum, parmi lesquels l'E. Schomburgki, des Cyrtopodium, des Catasetum et un Rodriguezia que nous avons cru longtemps nouveau, mais que nous avons reconnu être le R. pubescens, et qui fleurit avec une abondance extraordinaire.

84 LE JOURNAL DES ORCHIDÉES | CR OR UT Ne ROSES Il m'a été demandé maintes fois si les Cattleya labiata collectés par nos collecteurs et par ceux de l’importateur anglais étaient les mêmes. Je suis aujourd'hui #rès exactement renseigné et je puis répondre que les collecteurs de L'HORTICULTURE INTERNATIONALE et ceux de la firme anglaise collectaient ces dernières semaines, je puis même dire ces derniers mois, exactement dans les mêmes parages ; mais que les plantes ne sont pas absolument les mêmes comme on verra plus loin.

Nous avions en outre un autre collecteur plus avant dans l’intérieur du pays; c'est celui qui nous a envoyé les variétés que nous avons nommées #ajestica et gloriosa, et qui sont vraiment distinctes. Il n’y a rencontré aucun collecteur étranger.

On m'a demandé aussi ce qu’étaient Les fameux « Swainson’s hunting grounds » et où l’importateur qui en a tant abusé dans ses réclames les plaçait. Je réponds sans hésiter que c’est une simple formule à effet, destinée à frapper l’imagination des acheteurs, mais absolument vide de sens. Personne ne sait à l’heure qu’il est où SWAINSON a découvert son C. labiata. L’importateur anglais place ses « Swainson’s hunting grounds, » que baigne son non moins fameux « Rio Pinto, » dans la région même où BUNGEROTH retrouva les Cattleya labiata et qui s'étend sur les provinces de Parahyba, de Pernambuco et d’Alagoas. Il suffit pour en être convaincu de vérifier les Catalogues de ses ventes aux enchères publiques à Londres et spécialement celui de sa vente du 15 janvier dernier où il dit que ses C. labiala ont été collectés dans les « Swainson’s hunting grounds » par ses collecteurs MM. ERICKSON, OvERSLUYS et FoRGET. Or, ces messieurs collectent depuis plusieurs mois dans cette région, rien que là, et y étaient à la date indiquée ci-dessus. C’est là que M. CLAES les voyait chaque jour, « Les avait sur les talons, » car ils suivaient sa trace avec une persistance acharnée. Il a même été obligé de leur faire des menaces pour les écarter et avoir les coudées franches (°).

#4 [Il y aura certainement lieu de faire un choix parmi les C. labiata pour avoir

L'importateur anglais sachant que je divulguais les lieux d’origine du C. labiata annonce maïntenant, ses catalogues de ventes publiques à Londres qui m'arrivent au moment de mettre sous presse, que variété de Pernambouc était inférieure et que ses plantes à lui provenaient des « Swainson’s hunting “rounds! > C'est la même chose, Les variétés de Pernambouc valent celles des autres provinces. Nos

Cattleye 'arocaue re : « : : = Cattleya W rocqueana proviennent de toutes les localités où on pouvait les collecter, Il y avait du très beau et du moins beau partout,

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les véritables autumnalis. M. CLAES, dont nous avions toujours appelé l’attention sur cette particularité, nous écrivait à ce propos, le 13 janvier dernier, dans une lettre datée de Pernambouc :

« Voici la conclusion de mes recherches relativement à la saison de floraison « du Caïtleya labiata. Quand j'ai collecté personnellement les premières plantes « en décembre, j'en ai trouvé un grand nombre portant des fruits verts, qui « devaient avoir quelques semaines de formation; ces plantes avaient donc « fleuri à la même époque que celles que nous avions en fleurs à L’Horri- « CULTURE INTERNATIONALE au moment de mon départ d'Europe, c’est-à-dire « en octobre; j'ai collecté toutes celles-là et je vous les ai envoyées; ce seront « certainement des labiata autumnalis. Un grand nombre d’autres plantes « commençaient seulement à développer des spathes, et fleuriront par consé- « quent en avril-mai seulement. Je n’ai pas voulu en collecter et les ai laissées « pour d’autres.

« Les indigènes connaissent les plantes sous deux noms différents : flor de « Natal (fleur de Noël), c’est la variété fleurissant d’octobre à décembre, et « flor de quaresma (fleur de carême), c’est celle qui fleurit de mars à mai.

« Il y a donc deux variétés distinctes de labiata, et presque partout elles « croissent en mélange; ce n’est donc pas une question d’exposition. Je me « suis assuré aussi qu’elles ne fleurissent qu’une fois par an. Vous pouvez être « certain que parmi les milliers de plantes exportées récemment, beaucoup « fleuriront régulièrement dans les premiers mois de l’année, entre mars et « mai, et un certain nombre aussi entre octobre et décembre.

« J'ai toujours eu soin de ne collecter ou de ne faire collecter que les « variétés qui me paraissaient être à floraison automnale. Je ne pense pas que « vous en trouverez beaucoup d’autres parmi la grande masse que je vous ai « envoyée jusqu'ici. Il n’y aura donc pas beaucoup de déceptions parmi les « plantes que vous vendrez. En sera-t-il de même avec celles qui proviennent « d’une autre source. Quien sabe? »

Les renseignements si intéressants fournis par M. CLAES semblent se confirmer. Ne voyons-nous pas, en effet, l’importateur anglais inviter les amateurs à venir visiter actuellement ses Caïtleya labiata en fleurs; et même constater mélancoliquement qu’ils ne veulent pas se déranger. L’HORTICULTURE INTERNATIONALE annonçait, elle, la même exposition en octobre-novembre,

la vraie époque de floraison des vieux C. labiata de LiNDLEY ! SN LE

CULTURE DES DENDROBIUM NOBILE ET WARDIANUM

Ces deux espèces comptent à bon droit parmi les plus populaires du genre: leur port est élégant, leurs fleurs sont d’une beauté remarquable, et leur floribondité ne laisse rien à désirer. Ce qui ajoute encore à leur charme, c’est que leurs fleurs apparaissent à un grand nombre de nœuds à la fois, sur toute la longueur des bulbes en quelque sorte, et ces bulbes étant eux-mêmes de hauteur variable, les uns érigés, les autres inclinés, une plante fleurie de l’une de ces espèces présente l’aspect d’un véritable buisson de fleurs.

L'époque de la floraison doit être également considérée. Les Dendrobium Wardianum et nobile, de même qu’un grand nombre de leurs congénères, fleurissent en février et mars, alors que les fleurs des autres familles sont encore très rares, et cette circonstance augmente naturellement leur prix.

La culture de ces deux espèces ne peut pas être considérée comme difficile.

On peut résumer ses exigences de la façon suivante : température de 15° à

18° centigrades (serre chaude), beaucoup de lumière, surtout au moment de la maturation des bulbes, repos très prononcé, et pendant la végétation humidité abondante. Beaucoup de jardiniers les cultivent en serre tempérée, d’autres en serre froide, ils y réussissent bien quoique moins bien qu’en serre chaude.

Lorsque les plantes sont en fleurs, ou sur le point de s'épanouir, on peut diminuer notablement la température de leur serre; la floraison se prolonge alors beaucoup plus longtemps. Pendant cette période les arrosages des racines et des sentiers doivent être aussi beaucoup réduits dans le même but.

Vers la fin de la floraison, les pousses commencent à se développer vigoureusement; elles sont terminées vers la fin du mois d’août, et bientôt après les boutons commencent à paraître des deux côtés des bulbes. A cette époque les arrosages doivent être diminués progressivement, les plantes exposées au soleil le plus possible, et les serres bien ventilées et aérées autant que la température extérieure le permet. Pendant la durée du repos, les Dendrobium ne doivent recevoir que la quantité d’eau indispensable pour empêcher les bulbes

de se flétrir.

Vers la fin de décembre, ou les premiers jours de janvier, on peut recom-

mencer à donner un peu plus d’humidité, et remettre insensiblement les plantes en végétation, en élevant aussi la température de la serre.

On peut cultiver les deux espèces dont nous nous occupons, soit en pots, soit en paniers, et ce dernier mode de traitement leur convient à merveille. Toutefois, il est un peu difficile à employer lorsque les plantes sont de grande taille. Le compost des Dendrobium se forme de sphagnum et de terre fibreuse hachés et mélangés par parties égales, avec un bon drainage.

Les seringages effectués pendant l'été, surtout dans la matinée, sont très profitables à ces espèces; mais ils doivent toujours être suspendus quand le temps est sombre ou humide.

Le même traitement convient parfaitement à beaucoup d’autres espèces de ce genre, telles que les D. densiflorum et thyrsifiorum, D. chrysanthum, etc.

Certains cultivateurs, désirant avoir des fleurs en grand nombre pendant les mois les plus rigoureux de l'hiver, soumettent les Dendrobium mobile et Wardianum à une sorte de forçage qui les amène à fleurir prématurément. Pour cela, ils activent la végétation de façon à terminer la maturation des bulbes au début de l’automne ; puis ils donnent aux plantes une température très faible, de 8° à 10° environ, et après une ou deux semaines, ils augmentent progressivement le chauffage. Ainsi traitées, les plantes développent rapidement leurs boutons et fleurissent dans les premiers jours de janvier. En opérant sur plusieurs lots, il est facile de les amener à floraison par séries successives, et d'obtenir ainsi des fleurs pendant au moins trois mois sans interruption.

Les fleurs ainsi obtenues ne sont pas aussi colorées et aussi belles que celles qui se produisent dans la saison normale, et d’autre part il est certain que les plantes soumises à ce forçage en éprouvent quelque fatigue ; leurs bulbes ne sont pas aussi forts ni aussi bien développés que les précédents. Il n’est pas douteux pour nous qu’en répétant cette expérience plusieurs années de suite, on épuiserait les plantes et on les perdrait toutes. Nous ne conseillerons à aucun amateur de s'offrir le caprice d’une semblable consommation; aussi bien, grâce aux introductions de ces deux dernières années, il ne manque pas aujourd’hui de fleurs d'Orchidées d'octobre à janvier, et les serres sont suffsamment embellies à cette époque par les plus splendides Cattleya, qui sont entrés maintenant dans toutes les collections.

Le Dendrobium nobile, une fois mis en repos, peut rester inactif pendant des semaines et des mois entiers ; le D. Wardianum, au contraire, a une tendance marquée à partir en végétation même avant l’achèvement du bulbe antérieur.

Il est permis de se demander, à ce propos, si le D. Wardianum n’est pas un hybride naturel, provenant par exemple du D. nobile, dont il tient beaucoup, et du D. chrysanthum; il est plus beau que ces deux espèces, mais il n’est pas rare que les hybrides présentent une amélioration sensible des deux parents. D'autre part, la façon dont les nouvelles pousses partent des anciennes, et dont les bulbes se superposent en hauteur au lieu de s’amasser à la base, établit une ressemblance marquée entre le D. Wardianum et le D. chrysanthum: celui-ci, qui fleurit en août et septembre, développe ses pousses en novembre et décembre, et c’est aussi la tendance qui se manifeste chez le D. Wardianum.

Ce n’est là qu’une hypothèse; il est probable qu’elle pourra être vérifiée dans un avenir peu éloigné, grâce à l'extension prise par les fécondations artificielles.

La multiplication du D. nobile, et aussi du D. Wardianum, s'opère très aisément par division. On détache un ou plusieurs bulbes, à l’époque du repos, en ayant soin de blesser le moins possible les racines, on les rempote comme à l'ordinaire, et on les place dans une serre chaude et humide, en les arrosant abondamment. On les multiplie aussi facilement, mais le procédé est plus long, en coupant les bulbes en morceaux ayant au moins la longueur de deux nœuds et en les plaçant sur du sphagnum humide. La jeune pousse ne tarde pas à se former, et une fois qu’elle est terminée on peut replacer la nouvelle plante dans

les conditions normales. Baron DE MEYLHAND.

CATTLEYA REX. — L'Orchidophile, nous sommes heureux de le constater, rend hommage à la suprême beauté du nouveau venu, et croit y reconnaître un hybride naturel entre les Caftleya Mendeli et C. Percivaliana. Nous n’y voyons, nous, rien de semblable, mais là, rien absolument. Le que nous savons de l'habitat de notre plante rendrait du reste cette supposition complètement invraisemblable,

Le Cattleya Rex est très distinct de tous les autres Cattleya; c’est un lype nouveau, provenant d'ailleurs d’une localité où aucun autre Cattleya n’est signalé. M. C. ELLKNER, le diligent collecteur de L'HORTICULTURE INTERNATIONALE, est encore toujours dans les mêmes parages et y restera tant qu'on pourra conserver le moindre espoir d’en retrouver quelques autres exemplaires. Sa dernière lettre n’était cependant guère rassurante et il envisageait la chose comme presque impossible. Quand M. ELLNER, en qui nous avons la plus entière confiance, considèrera sa mission terminée, nous nous empresserons de divulguer son lieu d’origine comme nous le faisons aujourd’hui pour le Cattleya

rate, Et les collecteurs étrangers à sa recherche devront constater qu'aucune d’eux n’a même brälé jusqu'ici } .

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