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REVUE DES ORCHIDÉES NOUVELLES OÙ PEU CONNUES

ODONTOGLOSSUM *X ANDERSONIANUM IMPERIALE O’BRIEN. — Superbe variété, qui a fait son apparition dans la collection de M. W. J. THomsoN, de St-Helens, Lancashire. D’après la description qui en est donnée, il a les segments de la même taille que ceux de l’O. crispum, maculés de rouge brun sur fond jaune clair. Gard. Chron., 14 mars, p. 330. .

*X %* ODONTOGLOSSUM LUTEO-PURPUREUM VAR. AMESIANUM Horr.

— Belle variété, pour laquelle MM. SaxDpEr & Ci, de St-Albans, ont recu un

certificat de première classe de la Royal Horticultural Society le 10 mars

dernier. Il a les fleurs d’un jaune vert clair, différent de tout ce que présentent les autres Odontoglossum. Gard. Chron., 10 mars, D 344:

ODONTOGLOSSUM *%X CLAESIANUM L. LINDEN. — Splendide hybride naturel, provenant évidemment de l'O. crispum et de l'O. luteo-purpureum. Il fut importé dans un lot d'O. crispum collectés par M. F. CLAES pour L'HORTICULTURE INTERNATIONALE, de Bruxelles, et fleurit dans cet établissement vers la fin de l’année dernière.

L'O. Claesianum a obtenu un certificat de mérite de première classe à l'unanimité au meeting de L'ORCHIDÉENNE du 14 décembre dernier. Il est entré aujourd’hui dans la célèbre collection de M. G. WarocQuÉ, de Mariemont.

Les segments sont larges, blancs avec de larges macules rouge-brun vif. Lindenia, pl. 271.

re |

CYPRIPEDIUM %X CERES N. E. BRoWwN. — Bel hybride provenant du C. Spicerianum fécondé par le C. hirsutissimum dans la collection de M. Drewerr, de Riding Mill-on-Tyne. Il rappelle plutôt le dernier, mais son

sépale dorsal et son staminode portent évidemment le cachet du C. Spicerianum. Gard. Chron., 21 mars, p. 360.

CYPRIPEDIUM X JUNO N. E. Brown. — Charmant petit hybride produit dans la collection de M. DRrEwWETT entre le C. callosum et le C. Farricanum, celui-ci étant porte-semence. Il se rapproche étroitement du C. Fairieanum dans presque toutes ses parties, et spécialement par sa forme et son coloris.

Il paraît qu'il a fleuri moins de trois ans après l’ensemencement. Gard. Chron., 21 mars, p. 360.

CYPRIPEDIUM X PALLAS N. E. Brown. -— Hybride produit dans la même collection que les deux précédents, et provenant du C. X calophyllum (lui-même hybride du C. barbatum et du C. venustum) fécondé par le C. callosum. Le sépale dorsal est blanc, avec de nombreuses nervures vertes, comme dans le C. calophyllum, auquel le C. X Pallas ressemble considérablement à d’autres points de vue. Gard. Chron., 21 mars, p. 360.

WALUEWA PULCHELLA REGEL. — Décrit comme un nouveau genre de la famille Orchidéenne, reçu ‘par M. LAETZE de la province de Minas Geraes, Brésil, et ayant fleuri au Jardin Botanique royal de St-Pétersbourg. Il est dédié au comte P. A. WALUJEW. Il paraît être étroitement allié aux Leochilus, mais il présente une grande ressemblance avec certaines espèces d’Oncidium du groupe pubes. Les fleurs sont petites, les sépales jaunes gris, d’une teinte uniforme,-les pétales jaunâtres barrés de pourpre, et le labelle jaunâtre avec des marques pourpres. Le disque linéaire est délicatement papilleux. Gartenflora, XL (1890), p. 89, t. 1341, fig. 1.

MASDEVALLIA BIFLORA REGEL. -—- Espèce qui fut introduite par ROEZL de la province de Santa Martha, Nouvelle Grenade, et reçue au Jardin Botanique royal de S'-Péterbourg en 1871. Il appartient au groupe Amandae, et est allié au M. polyshcta Rec. F. On l’a comparé au M. caloptera RcHB. &., mais 1l est plutôt voisin du M. pachyura RCHB. F., et même il me semble être synonyme de celui-ci. Il a le périanthe blanc avec deux ou trois lignes pourpres à la base, et les pointes courtes, colorées de jaune. Gartenflora, XL (1890); p-100, F'arsar: Me. 2: KR. À. ROLFE.

CAUSERIE SUR LES ORCHIDÉES XVI. — Expositions de Paris

Le Momteur d'Horhculture du 25 mars contient la note suivante, concernant

l'Exposition organisée à Paris, au mois de mai prochain, par la Société nationale d’'Horticulture de France :

« Le plus parfait accord est loin, paraît-il, de régner à propos de cette Exposition. Il y a quelque temps, les exposants parisiens demandèrent au Conseil d'administration de la Société, l’exposition étant sationale, de faire comme dans les autres pays, c’est-à-dire de ne pas accepter d’exposants étrangers. Cette exclusion visait spécialement les maisons SANDER, BLOCK, PEETERS, etc., qui, outre qu’elles remportaient les premiers prix, trouvaient là un moyen d'apporter un stock considérable de plantes qu’elles écoulaient sans frais aux amateurs français; quand à celles non vendues, bénéficiant encore de la réduction sur les chemins de fer, elles les retournaient gratuitement.

« Le Conseil ne crut pas devoir tenir compte de cette réclamation en objectant que l'Exposition était ouverte à tous les membres de la Société, étrangers compris, et passa outre; d’où grand émoi au camp des horticulteurs . français, et, sur l'initiative de M. Duvaz, de Versailles, plusieurs d’entre eux résolurent de ne pas prendre part à cette exhibition.

« Espérons que d'ici là, tout s’arrangera au mieux des intérêts de nos nationaux; néanmoins il est regrettable que quand les Français ne peuvent prendre part aux expositions étrangères, moyennant vingt francs, les étrangers puissent venir installer un déballage aux nôtres. »

Il ne m’appartient pas de donner des conseils aux honorables horticulteurs

en cause, ni d'intervenir dans un débat qui paraît être entré dans une phase aiguë. Mais on me permettra d'exprimer à ce sujet les réflexions d’un spectateur tout à fait désintéressé, et d’essayer de dégager des faits leur moralité.

Avant tout, il me semble, que la question est mal posée, et que les récla-

mations dont je m'occupe ici ont perdu beaucoup à se présenter d’une façon quelque peu irritante.

Notez qu’au fond elles étaient assez justifiées, et je l’expliquerai tout à l'heure; mais ce n’est pas tout, hélas! d’avoir raison; il faut savoir le montrer, et faire que personne n’en doute. Or, qui saura, dans le public qui n’est pas au courant de ces expositions, de quel côté se trouve le bon droit? On ne verra guère qu'une chose : c’est que des horticulteurs, des commerçants, se plaignent de la concurrence d’autres commerçants qui sont étrangers, et refusent d’exposer pour ne pas accepter cette lutte; et là-dessus, les idées de libre-échange, de commerce ouvert et libre, viennent à l’esprit du lecteur qui s’étonne, et qui regrette de voir compromettre le succès d’une exposition si goûtée et si fréquentée tous les ans, cela pour une fâcheuse question de personnes.

Et sans doute ceux qui penseraient ainsi auraient tort, je le répète; mais beaucoup penseront ainsi, ce qui est déplorable. Si juste que soit une cause, c’est souvent la façon de la présenter qui fait tout; une question bien posée est aux trois quarts résolue.

Je crois qu’il était assez facile de poser celle dont on s'occupe aujourd’ Fa de telle façon, que sa solution n’eût plus fait aucun doute aux yeux de toutes les personnes compétentes. Il suffisait pour cela d’invoquer l'intérêt de l’horticulture en général, et de faire remarquer que les procédés dont on se plaint avec raison lui causent un réel dommage. Rien ne sert moins sa cause, en effet, que ces déballages, pour employer le mot très juste du journal cité plus haut.

Le Ÿournal des Orchidées a déjà protesté contre ces abus; il était inévitable . que leur prolongation donnât lieu, quelque jour, à de vives réclamations. Ni l’horticulture, ni même les amateurs qui recherchent simplement le plaisir des yeux, ne peuvent trouver profit à ces étalages de plantes banales. On l’a dit déjà, et il est bon de le répéter, ce n’est pas en apportant cent ou cinq cents exemplaires d’Orchidées ordinaires, d’espèces archi-connues ou de variétés médiocres sinon inférieures, que l’on fera faire des progrès à la culture de nos préférées, ou que l’on encouragera Île goût du public; vingt spécimens bien choisis, bien fleuris, vaudraient beaucoup plus, car ils montreraient ce que sait faire celui qui les expose, et ce qu’on peut obtenir d’une belle espèce par une culture bien entendue. — Or c’est là précisément le but des expositions et ce qui serait profitable à fout le monde.

C'est ainsi qu’on entendait, autrefois, les expositions d’horticulture et la concurrence internationale. Qui ne se souvient, parmi ceux qui ont vu la grande Exposition Universelle de 1867, de la fameuse rivalité de quelques grands établissements belges et anglais qui luttaient pour les grands prix, de

ces concours où chacun des concurrents apportait des merveilles de culture ou de grandes nouveautés sans cesse renouvelées, où les maisons LINDEN et VErTcH remportaient des succès si mérités! C'était le beau temps. Faut-il donc croire que nous ne le reverrons plus? L’Exposition de 1889, malheureusement, était loin d’égaler sa devancière à ce point de vue. J'y ai vu d'énormes groupes d’Orchidées, mais, à part les beaux lots, si variés, de M. GEORGES MANTIN, peu qui méritässent d’être soumis au public. Quel intérêt pouvait présenter une enfilade de deux à trois cents Milionia vexillaria ou Odontoglossum grande, tout à fait ordinaires sinon médiocres, et comprenant à peine trois ou quatre variétés passables? La quantité ne peut suppléer à la qualité. Ces plantes ne sont évidemment là que pour la vente, et ni la culture, ni le goût n’ont à profiter de ces entassements.

Je condamne donc, comme les horticulteurs français, les procédés dont il s’agit; mais J'ajoute qu’à mon avis il était un moyen bien simple d’en éviter le retour, c'était de réclamer une modification du règlement des expositions, modification qui s'impose absolument et. dont les autres Sociétés, pour la plupart, fourniront l’exemple. En Angleterre, en Belgique, en Hollande, ailleurs encore, les programmes des concours limitent toujours soigneusement le nombre des plantes à exposer, et indiquent : lo de dix, de vingt Orchidées, lot de quinze Odontoglossum, etc., et non pas, comme je l’ai vu à Paris : Le plus beau lot d'Orchidées. Cette dernière rédaction est faite pour placer les juges, aussi bien que les exposants, dans un cruel embarras. Faudra-t-il donner la

palme à celui qui présente vingt espèces ou spécimens de premier ordre, ou bien au marchand qui groupe deux à cinq cents plantes quelconques, sans mérite, et sans beauté, amassées un peu partout? Le jury, tout en estimant bien plus le premier, ne peut souvent s'empêcher de prendre en considération .la bonne volonté du second, la peine qu'il a prise pour venir participer au concours (surtout quand c’est un étranger), et le vide considérable que laisserait son abstention, si on lui refusait un encouragement. Mais ce raisonnement aboutit à ce fâcheux résultat, que le vrai mérite est méconnu et que nos expositions deviennent des bazars.

C'est ainsi que nous avons été vivement surpris, nous autres amateurs français, de voir, à l'Exposition Universelle de 1889, le grand prix refusé à M. GEORGES MANTIN, dont les envois étaient de premier ordre, et méritaient même davantage. J’admets fort bien la courtoisie à l’égard des étrangers; je n'ai contre eux aucune animosité, au contraire; mais l’indulgence n’est plus de

mise lorsqu'il s’agit de concours, et que ce qu’on donne à l’un est retiré à l’autre; la courtoisie risque alors de devenir injustice. Que les étrangers fassent mieux que nous, qu'ils apportent des Orchidées nouvelles, ou rares, ou des spécimens de culture remarquables, comme beaucoup de Belges et d’Anglais pourraient aisément le faire; je serai le premier à les en louer et à approuver la décision du jury qui les récompensera; mais tant qu’ils prendront nos expositions pour des succursales du marché de la Madeleine, je réclamerai énergiquement contre un tel abus.

Il n’est pas bon, à mon avis, de vouloir exclure les étrangers et restreindre la concurrence, car c’est elle qui engendre les progrès, c’est elle qui attire le public et développe en lui le goût de l’horticulture. Mais il faut, bien entendu, que cette concurrence s'exerce d’une façon profitable, qu’elle consiste, non pas dans le nombre, mais dans la qualité des Orchidées exposées. Ce qu'il faut donc demander à la Société Nationale d’'Horticulture de France, et ce qu’elle ne peut se dispenser de faire sans se condamner à une déchéance fatale, c’est de modifier les programmes de ses concours de façon à les rendre productifs, c’est-à-dire de limiter le nombre des plantes exposées, de spécifñer dans la plupart des cas des espèces variées, et de donner le pas enfin de la façon la plus formelle à la qualité sur la quantité.

Enfin je crois qu’il conviendrait d'interdire la vente des plantes exposées, du moins pendant la durée des expositions.

Voilà, à mon avis, les mesures qu'il faut réclamer; elles suffiront parfaitement à empêcher les abus dont on s’est plaint avec raison, et à rendre aux Expositions de la Société Nationale d'Horticulture de France leur ancienne prospérité, en même temps que leur véritable utilité.

Max GARNIER.

VENTE DE CANNART D'HAMALE. — Au moment où paraîtra ce numéro, aura lieu la vente qui dispersera cette célèbre collection, formée par M. le Sénateur DE CANNART D'HAMALE, à Malines, et qui renfermait, on le sait, un grand nombre d’Orchidées remarquables comme belle culture et comme choix des variétés. Nous regrettons vivement d’avoir connu trop tard la date exacte de cette vente pour pouvoir l’annoncer dans un numéro précédent du Journal.

ÉTUDES DE BOTANIQUE ÉLÉMENTAIRE SUR LES ORCHIDÉES

3 Les Cypripédiées

(Suite, voir p, 11)

Quoique la tribu des Cypripédiées soit bien moins nombreuse en genres et en espèces que toutes les autres, nous serons beaucoup moins embarrassés pour trouver des matériaux d’étude que nous ne l'avons été pour les deux tribus précédentes, ‘car les Cypripedium sont connus de tout le monde et on en trouve partout des espèces cultivées.

Examinons les fleurs du Cypripedium insigne, l'une des espèces les plus répandues dans les cultures : elles sont solitaires, c’est-à-dire qu’il n’en naît qu’une seule au sommet du pédoncule. Celui-ci, d’un pourpre noir, est très brièvement et densément velu; il porte à son sommet une grande bractée dite engaïnante, parce qu’elle entoure la base de la fleur, qui se trouve comme enveloppée dans une gaine ou étui; on dit aussi qu’elle est carénée, parce que le dos de cette bractée, fortement plié à angle aigu, rappelle, par cette sorte de crête, la forme de la carène d’un vaisseau. Ave

En entr'ouvrant la bractée, on constate que l’ovaire qu’elle entoure est très brièvement velu et distinctement trigone.

Les sépales, nettement externes par rapport aux pétales, sont très brièvement velus en dehors. Le sépale supérieur est ovale, à nervure médiane carénée et à bords un peu ondulés ; il est d’un vert blanchâtre avec des macules d’un pourpre brun, et largement bordé de blanc dans sa partie supérieure. Les sépales latéraux sont soudés en un seul sépale snférieur, placé directement en dessous du labelle; il est plus petit, plus vert et moins maculé que le sépale supérieur, et sa base entoure bien les deux tiers de la fleur.

Les deux pétales sont oblongs, d’un vert très pâle, veinés et maculés de pourpre, et un peu velus intérieurement vers la base.

Le labelle, qui est d’un vert jaunâtre lavé et veiné de pourpre, se présente sous la forme d’un sac allongé et pendant ou d’une sorte de sabot, qui a donné

son nom à ce genre remarquable : Cypripedium en grec peut se traduire par Sabot de Vénus; les Anglais disent Ladies’ shpper (pantoufle de dame), le labelle de certaines espèces figurant, en effet, une très élégante pantoufle.

Le gynostème, long en tout de près de deux centimètres, est épais et charnu, blanchâtre, avec de petits poils pourprés épars. À son sommet et du ‘côté supérieur, on voit une sorte de plateau ou de large écaille, presque en forme de cœur, longue de treize à quatorze millimètres sur douze millimètres de largeur, échancrée au sommet et portant vers le milieu une forte saillie obtuse. Cet organe occupe exactement la même place que l’étamine dans toutes les espèces que nous avons étudiées précédemment ; il est de même nature qu’elle, mais il a une forme spéciale et 1l ne porte aucune trace de pollen : c’est une étamine stérile, ou ce que l’on nomme ordinairement un staminode.

Également au sommet du gynostème, mais du côté inférieur, il y a une seconde écaille moins grande que la première, mais plus épaisse, glabre et arrondie au sommet, qui correspond au rostellum des plantes déjà examinées; sa face inférieure est partagée, par de légers sillons, en trois parties, qui sont autant de stigmates. Dans les autres Orchidées, les trois stigmates existent également ; mais ils se reconnaissent plus difficilement au premier abord : l’un d’eux est modifié complètement et constitue le rostellum; les deux autres sont les rebords à droite et à gauche de la cavité glutineuse que nous connaissons déjà, mais que nous avions désignée précédemment comme formant un stigmate unique. |

Sur les deux côtés du gynostème, vers ia base de ces écailles et presque entre elles, nous remarquons deux tubercules (un de chaque côté), de forme assez irrégulière : ce sont les étamines. Au sommet de chacune d’elles, l’anthère forme une espèce de tête globuleuse, rejetée vers le bas ; sa face inférieure, d’un brun pâle, montre deux loges parallèles et contiguës. Chaque loge contient une masse pollinique jaunâtre, longue d’environ deux millimètres, dépourvue de toute espèce d’appendices, formée de très nombreux granules qui n’ont presque aucune adhérence entre eux (pollen granuleux) et ne sont pas rattachés à un axe intérieur. Ces grains de pollen sont revêtus d’un enduit tellement visqueux, qu’on peut l’étirer en fils allongés.

Remarquons que chez les autres Orchidées, les masses polliniques ne présentent pas cette viscosité; mais alors Le stigmate contient la matière visqueuse propre à retenir le pollen. Ici, le même résultat de fixer le pollen au Stipmate peut être obtenu, mais par une disposition absolument inverse,

L'organisation florale des autres Cypripedium est absolument identique, et nous retrouvons les mêmes caractères essentiels dans le genre voisin Selenipedium, qui a été distrait du premier. Ainsi, si nous analysons la fleur du Selenipedium grande, charmant hybride provenant du croisement des S. Roezli et S. caudatum, nous ne trouvons non plus que deux sépales, l’un supérieur et l’autre inférieur. Les deux pétales sont à leur place normale, mais ils sont démesurément allongés : ils ont au moins deux décimètres et parfois plus de trois décimètres de longueur. Le grand labelle à la forme d’un sabot, qui caractérise les deux genres qui nous occupent. Le gynostème n’a guère qu'un centimètre de longueur. À la même place que dans les Cypripedium, nous reconnaissons le staminode en forme d’écaille ou de bouclier, long de sept à huit millimètres et large d’un centimètre, verdâtre lavé de pourpre, avec les bords d’un pourpre foncé ciliés de nombreux petits poils pourpres ; il est attaché par la partie tournée vers le haut de la fleur, sa pointe libre étant dirigée vers le bas. La masse stigmatique, regardant le labelle, est blanchâtre et très charnue, toute couverte sur les deux faces, mais surtout sur la face inférieure, de nombreux poils extrêmement courts. À droite et à gauche, nous trouvons facilement les deux étamines pâles, dont les anthères à deux loges sont bordées d’un étroit rebord pourpre. Les pollinies ne diffèrent aucunement de celles des Cypripedium.

Dans les Cypripedium et les Selenipedium, nous constatons donc la présence de trois étamines : les deux latérales sont normalement développées et contiennent du pollen; la supérieure, stérile, est transformée en un grand staminode en forme d’écaille ou de bouclier. Cette troisième étamine est ellemême fertile et semblable aux deux autres dans le genre Neuwiedia, comprenant trois espèces qui croissent dans l’archipel Malais et la presqu'île de Malacca, mais dont aucune n’est habituellement cultivée dans les serres d'Europe.

Les trois étamines des Cypripedium et genres voisins existent généralement aussi dans les autres Orchidées; seulement chez celles-ci, on observe une disposition inverse : c’est l'étamine supérieure qui est seule fertile; les deux étamines latérales sont transformées en staminodes, souvent visibles sous forme de petits appendices, de crètes, de filaments, naissant sur les côtés du gynostème un peu en dessous du rostellum, ou parfois au-dessus de lui, pour former la lame qui limite le clinandre. Parfois aussi, ces deux staminodes paraissent manquer, parce qu’ils sont complètement fondus dans le gynostème, et il est nécessaire de faire l'étude anatomique de celui-ci pour pouvoir reconnaître

leur présence. Dans les Diuris, plantes australiennes non cultivées, les deux staminodes sont au contraire fort développés et ont été pris par certains auteurs pour des pétales supplémentaires.

On voit que les Cypripedium et les quelques autres genres d'organisation analogue diffèrent notablement du reste de la famille : ils forment la TRIBU DES CYPRIPÉDIÉES, la plus tranchée de toutes, la plus facile à caractériser et la plus anciennement distinguée.

Les principaux caractères de cette tribu sont : deux ou parfois trois étamines fertiles, toujours dépourvues d'opercule; chaque anthère contient deux pollinies granuleuses et glutineuses, libres et manquant de caudicule ou d’appendices quelconques ; le shgmate trilobé est privé de toute viscosité. Toutes les espèces sont terrestres, et elles n’ont jamais de pseudo-bulbes.

En comparant les caractères des cinq tribus des Orchidées, on reconnaît que les principales différences entre elles portent sur le nombre des étamines fertiles, sur la consistance du pollen et sur la structure des anthères. Si l’on ne tient pas compte des exceptions ou des genres qui établissent le

passage graduel d’une tribu à l’autre, on peut les distinguer de la manière suivante :

Pollinies libres; rétinacle nul. . I. ÉPIDENDRÉES. Pollinies cireuses./ Pollinies attachées au rostellum par. URIrÉtinACIe LM ENT NN AANDIEES

Une ae Pollinies ord. libres, à appendices

à k : nuls ou développés vers la point étamine fertile. LE RON

Pollinies sectiles de Panthère. 1 : TT NÉOTNÉES. ou granuleuses. Pollinies prolongées vers la base de l’änthère et attachées au rostellum par un rétinacle . . . IV. OPHRYDÉES.

Deux ou trois étamines fertiles, Pollen granuleux . . . . . . . V. CyPriPéDiées.

La classification que nous venons d’exposer .est celle qui a été adoptée par BENTHAM, célèbre botaniste anglais mort il y a quelques années, pour le Genera plantarum qu'il a publié avec Sir Josepx Hooker. La partie de ce grand ouvragé contenant les Orchidées a paru en 1883; mais BENTHAM avait déjà exposé les détails de sa classification dans un mémoire spécial (Nofes on Orchideac), publié en 1881.

A. COGNIAUX, (Sera continué).

REMPOTAGE DES "CYPRIPEDIUM

Les Cypripedium ne doivent être rempotés, en principe, et comme toutes les Orchidées, que quand les pots où ils sont cultivés se trouvent trop petits pour contenir les plantes qui ont augmenté de volume, ou dans des cas exceptionnels si les racines sont malades ou le compost gâté par quelque accident.

Le compost doit être formé de terre fibreuse et de sphagnum, à peu près en quantités égales. Le Yournal des Orchidées a indiqué déjà longuement comment ces matières doivent être préparées (‘), et je ne répéterai pas ici ces explications; mais j'y renvoie mes lecteurs en appelant leur attention sur l’importance de ces manipulations.

Après avoir préparé les matériaux en quantité suffisante, dans des paniers qu’on place près de soi, on commence le rempotage. Le pot doit être juste de la grandeur nécessaire, en général avec un centimètre et demi de diamètre de plus que le précédent ; il serait mauvais de le choisir trop vaste, quoique les inconvénients de ce procédé soient, à vrai dire, moins sensibles pour les Cypripedium que pour les autres genres.

Le drainage prend tout d’abord place dans le récipient. Les débris de tessons, bien propres et soigneusement lavés, sont disposés au fond du vase, jusqu’à la moitié de sa hauteur à peu près, parfois moins; cela dépend de la quantité de racines que possède la plante traitée.

Il ne serait pas bon, évidemment, de trop comprimer les racines, et l’on devra tenir compte du plus ou moins grand développement qu’elles atteignent dans tel espèce ou dans tel individu.

Une autre raison, en outre, doit conduire à donner un drainage plus abondant aux plantes qui ont peu de racines; c’est qu’elles sont plus délicates et qu'on doit prendre des précautions plus grandes pour que l’humidité stagnante ne fasse pas périr les quelques racines qui leur sont si nécessaires.

Tout préparé pour recevoir la plante, il reste à la retirer de son ancien pot; c’est une opération qui présente quelquefois des difficultés. Souvent les racines

(1) Voir Yournal des Orchidées, 1'e année, p. 15.

adhèrent aux parois du pot, et l’on ne parvient pas aisément à les en détacher; en pareil cas, il vaut mieux sacrifier le vase, car on risquerait autrement de briser les racines et d’affaiblir beaucoup la plante. Prenez alors un marteau, et mettez le récipient en pièces avec précautions; les racines se détacheront ensuite bien plus facilement, ou si quelques unes restent collées après des débris de tessons, on pourra conserver ceux-ci comme partie intégrante de la motte.

Avant de rempoter la plante traitée, on nettoiera sommairement son compost en enlevant toute la surface et les parties qui ne seraient pas absolument fraîches et saines. Puis on la pose sur les tessons, après avoir recouvert ceux-ci d’une légère couche de sphagnum, qui est destinée à arrêter les débris de racines et les poussières entraînés par l’eau des arrosages. |

Afin de consolider la plante et de remplir entièrement le pot, on introduit alors la quantité nécessaire de compost, par petites pincées, entre la motte et le pot, en pressant modérément pour ne pas risquer de briser les racines.

La plante ne doit être ni trop enfoncée dans le pot, ni trop élevée au-dessus des bords. Les Cypripedium, qui demandent beaucoup d’humidité, pourront être enfoncés un peu plus que les autres Orchidées: il suffit que le collet reste au-dessous des bords d’un centimètre environ. Dans ces conditions les racines supérieures ne risqueront pas de se trouver sèches.

Le rempotage ainsi terminé, on recouvrira la surface du compost d’une couche de sphagnum pur d’espèce assez grande, afin que les plantes conservent

toujours une bonne fraicheur.

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