XVII. — Vingt ans avant
La vulgarisation est un apostolat des plus méritoires et des plus dignes d'encouragement. Des plus séduisants aussi; peu de tâches présentent un attrait plus puissant à ceux qui s’y adonnent; cela tient sans doute à ce que ce genre d'enseignement s'adresse aux débutants et réclame, par dessus tout, de la simplicité en même temps que de la netteté; il consiste à condenser les faits, à en extraire l’idée générale qui les relie et les explique, et rien n’est plus passionnant qu’une idée générale pour quiconque connaît la joie de penser.
Toutefois, il n’est peut-être pas aussi facile à exercer que les ignorants se l’imaginent ; précisément parce qu’il va au fond des choses, et forme la base sur laquelle doit reposer l’édifice des connaissances, il n’admet rien d’incertain ou d’erroné. Quiconque enseigne doit savoir à fond ce qu'il est chargé d’expliquer à autrui, ou plutôt il doit savoir beaucoup plus; autrement il risquerait de répandre des idées fausses dans les esprits qu’il voudrait éclairer; c'est assumer une lourde responsabilité que de prétendre ten ce qu’on ne sait pas parfaiternent soi-même.
Ces pensées me venaient à l'esprit ces jours-ci en lisant le Bulletin de la Société Royale Linnéenne de Bruxelles, dont les trois dernières livraisons réunies en une seule étaient occupées par une longue causerie élémentaire sur les Orchidées. De semblables travaux pourraient être fort utiles, et l’on doit savoir gré à la Société bruxelloise d’avoir entrepris la publication d’un Bulletin, qui rendrait de grands services si le résultat était à la hauteur des intentions, et si la rédaction en était confiée à des personnes compétentes, qui ne püssent jamais paraître encourir le reproche de chercher moins à faire connaître l’horticulture qu’à se faire connaître elles-mêmes. Malheureusement, il n’en est pas tout à fait ainsi, et il faut regretter de trouver dans un recueil de ce genre des inexactitudes et des confusions qui surprennent particulièrement sous la plume d’un écrivain qui, m’assure-t-on, s’est consacré à l’enseignement.
Je ne parlerai pas des compliments à Madame L*#*, qui occupent un peu longuement, sans aucune utilité, une partie notable de ces vingt-sept pages;
je ne mentionnerai même pas des erreurs accessoires à peine excusables. Ce qui est plus grave, ce sont des appréciations de nature à donner aux lecteurs inexpérimentés les idées les plus fausses sur l’histoire, la vie et la culture des Orchidées.
Il est dit dans la brochure en question que l'Odontoglossum Alexandrae fut trouvé en 1864 par JoHN WEBB en compagnie de BLUNT. Tout le monde sait. et 1l n’est pas besoin d’insister sur ce point historique, que la fameuse Orchidée fut découverte en 1842 par C. T. HARTWEG et J. LINDEN, simultanément, et introduite à l’état vivant par SCHLIM, voyageant pour le compte de ce dernier.
Si l’auteur de cet article est ici en retard de vingt-deux ans sur l’histoire, en revanche il est singulièrement en progrès, dans d’autres endroits, sur l'état actuel de la culture, et ce n’est pas exagérer de dire que ses récits avancent de vingt ans. S'il fallait l’en croire, en effet, on serait arrivé dès maintenant à améliorer les Orchidées par des croisements et à les soumettre
. à la sélection n1 plus ni moins que les Pensées et les Pelargonium.
Il faut citer les phrases mêmes de l’auteur, car on a peine à croire que de telles erreurs soient possibles, et j'ai dû relire deux fois ces passages :
« N'est-ce pas merveilleux que cette variation dans les fleurs d'une méme
« imflorescence? C’est se basant sur cette particularité si intéressante que les
« hybridateurs d’Orchidées se sont mis à entrecroiser les Odontoglossum « Alexandrae et à obtenir ces brillantes variétés qu’ils font couronner dans les « expositions et les meetings horticoles. Toutes ces variétés de l’UNIQUE « Od. Alexandrae..…. feraient certes un tableau d’une grande richesse... »
Et plus loin :
« Les habiles hybridateurs sont parvenus à perfectionner la superbe fleur »
(il s’agit maintenant du Miltoma vexillaria), « tant comme nuance que comme
« dimensions, à tel point que le type original n’a plus guère le don d’émouvoir « les amateurs. Ainsi le veut le progrès! »
Le progrès le voudrait, sans doute. Mais nous ne sommes malheureusement pas encore parvenus à cette habileté, et comme il faut plusieurs années pour que le produit d’une fécondation artificielle puisse être jugé, 1l se passera assez longtemps encore avant que les hybrides deviennent assez nombreux pour pouvoir remplacer dans nos serres les espèces originales.
En fait, combien existe-t-il d’hybrides d’Odontoglossum ? Je ne parle pas d’ENTRECROISEMENTS de l'O. Alexandrae avec lui-même, ce que personne n’a eu jusqu'ici la singulière idée d’entreprendre; mais en fait d’hybrides des