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XIV. — Les Orchidées à l’état naturel dans l’Amérique du Sud

Il y a évidemment un immense intérêt pour le cultivateur d’Orchidées à connaître exactement la position et les diverses circonstances dans lesquelles les collecteurs découvrent ces trésors de la nature. Je m’efforcerai de donner ces indications aussi complètes et aussi exactes qu’il est au pouvoir de ma plume de le faire, et je commencerai par les genres qui sont actuellement le plus en faveur dans le public des amateurs d’Orchidées.

Les Cattleya, les plus belles de toutes les Orchidées d'Amérique, se rencontrent dans des positions très variables, tantôt sur les branches d’arbres géants, dans les forêts vierges des régions basses, tantôt sur les rochers et les pentes raides des districts montagneux, jusqu’à une hauteur de 1000 à 1300 mètres au-dessus du niveau de la mer. Lorsqu'ils croissent sur des arbres, presque toujours dans les basses régions boisées, c’est de préférence sur certaines espèces d’arbres, dont l'écorce semble être particulièrement favorable à leur végétation, et généralement sur la lisière des forêts ou dans les clairières, où le jour et le soleil peuvent librement pénétrer.

De tous les arbres que j'ai vus dans mes voyages, l’arbre-calebasse (Crescentia) paraît avoir l’écorce la plus propice à la végétation des Cattleya et des autres Orchidées épiphytes, et c’est pourquoi cette espèce est très précieuse pour leur culture dans les contrées où les Orchidées peuvent être cultivées en plein air. Il existe, dans les Républiques Sud-Américaines, des centaines de villes ou de villages où la population s’est mise à garnir les arbrescalebasses de quantités d’Orchidées. Dans les parties les plus chaudes de l'Amérique du Sud, presque chaque habitation est entourée d’une petite plantation de plantains, de cannes à sucre, de caféiers, etc.; presque partout j'ai trouvé quelques arbres-calebasses étendant au milieu de ces plantes, leur beau feuillage vert clair; très souvent leurs branches sont littéralement couvertes d’Orchidées de genres et d’espèces divers. Plus d’une fois j'ai vu de vigoureux Schomburgkia mélangeant leurs longues tiges florales avec celles de

quelques beaux Cattleya, en grands exemplaires, en partie abrités par les branches supérieures de cet arbre étrange, splendidement ornées elles-mêmes de Rodriguezia, d’Ionopsis, de petits Oncidium, et d’autres genres peu volumineux. |

L’arbre-calebasse n’atteint pas une très grande hauteur (le plus élevé que j'aie vu avait à peine sept mètres); par suite, il est admirablement adapté à la culture des Orchidées en plein air. La vigueur et la santé des plantes qui croissent sur cet arbre sont merveilleuses. Son écorce renferme assurément quelque substance qui favorise grandement la nutrition des racines et des. plantés qui s’y posent, car sur aucun autre arbre on n’observe la même force de racines et de pousses.

Dans les Cattleya surtout, j’ai toujours remarqué la vigueur et la dimension des racines que la plante émettait de toutes parts en grande Farine, et qui s’enroulaient solidement autour des branches et du tronc.

J'ai vu, il y a quelques années, au Jardin Botanique de Demerara (Guyane anglaise) une collection très considérable d’Orchidées, cultivées sur un grand nombre d’arbres-calebasses. Plusieurs longues allées de ces arbres élégants y sont consacrées à la culture des Orchidées épiphytes, et les plantes paraissent trouver grand profit à ce traitement si simple et si peu coûteux. Le grand secret du succès dans tous les genres de culture consiste à suivre l'exemple de la nature elle-même; je recommanderais donc un traitement analogue même dans nos serres chaudes d'Europe. Quelle jouissance extraordinaire ce serait, pour les amateurs qui n’ont jamais eu l’occasion de voir les Orchidées à l’état de nature, d’entrer dans une serre de dimensions suffisantes, construite à peu près sur le modèle des jardins d’hiver, dans laquelle des arbres de ce genre formeraient une petite forêt analogue aux forêts des tropiques, et d'admirer, sur les branches de ces arbres déjà très intéressants par eux-mêmes, toutes les plus belles Orchidées épiphytes des tropiques, mélangées au feuillage pittoresque des fougères et d’autres belles plantes décoratives!

Le port naturel des branches de cet arbre permet à la lumière de se répandre partout, et l’on peut les choisir de la grosseur que l’on désire. Sur. les côtés de ce « jardin d’hiver d’Orchidées, » on placerait des rochers gracieusement disposés, sur lesquels on pourrait cultiver admirablement les espèces qui croissent, sous les tropiques, dans les rochers et les endroits pierreux. Les Cattleya pourraient être employés pour les deux usages, et garniraient les rochers aussi bien que les arbres. Combien de fois j'ai rencontré de

superbes plantes de Cattleya, dans les districts montagneux de l’Amérique, croissant sur d'énormes rochers à pic garnis d’arbres, et que seuls les plus intrépides des indigènes peuvent aller y chercher, soutenus simplement par une corde solide fixée au sommet du précipice.

Les Cattleya qui végètent dans les forêts se trouvent généralement dans une situation plus ombrée que ceux qui poussent sur les rocs, et, par suite, leurs feuilles et leurs bulbes sont presque toujours d’une teinte plus foncée et d’une substance plus molle; d’autre part l'exposition au soleil colore les feuilles et les bulbes des autres d’une nuance plus claire, et rend la texture de leur feuillage beaucoup plus ferme et plus dure. D’après ce que Jj’ai observé, un excès d'ombre nuit beaucoup plus aux Cattleya qu’un excès de soleil. Dans un village de l'Amérique du Sud, j'ai vu des centaines de Cattleya placés sur le faîte de murs en terre, et exposés en plein au soleil, qui prospéraient admirablement. Comme dimension, je ne crois pas qu’il existe une autre Orchidée qui atteigne un volume aussi énorme que les Cattleya quand ils sont placés dans une position favorable, et favorisés en même temps de beaucoup de lumière et d'humidité. J'ai vu des plantes pesant plus de 150 livres et portant plus de 300 bulbes.

Il faut cependant un grand nombre d’années, même dans leur pays natal, pour que des plantes atteignent de si fortes dimensions, et cela ne se produit que dans les endroits les mieux appropriés à leur végétation.

Il sera peut-être intéressant de faire ici l’'énumération de quelques groupes du genre Cattleya, de façon à donner une idée générale des conditions dans lesquelles les collecteurs les rencontrent à l’état de nature.

Le Cattleya Eldorado ne pousse que sur des arbres de moyenne grandeur et d’écorce très inégale et très sillonnée, sur les lisières des épaisses forêts vierges près des rivières, et principalement dans les régions qui sont inondées pendant plusieurs mois de l’année.

Dans les mêmes forêts, et soumis aux mêmes conditions, on rencontre le C. superba et ses variétés, et le C. Holfordi ou luteola, ce dernier généralement placé très bas, sur des arbres de moyenne ou de petite taille.

Le C. Gaskelliana croît dans des endroits élevés et montagneux, généralement sur de très grands arbres d’énorme diamètre, dans les épaisses forêts des versants des montagnes. 5

Les différentes variétés de la section Mossiae se trouvent dans des districts élevés, sur de grands arbres à la lisière des forêts. Le C. Mendeli et ses

variétés, sur de petits arbres, le plus souvent sur des rochers et les flancs ensoleillés des précipices. Le C. Percivaliana apparaît toujours sur des blocs de rochers effrayants, ou sur le versant des montagnes, et parfois sur des roches à pic dans les régions très élevées voisines des districts d’Odontoglossum. Le C. Warocqueana ne Se rencontre que sur des arbres de taille gigantesque, dans des parties assez élevées.

Les Odontoglossum, ces autres merveilleuses Orchidées d'Amérique, se trouvent dans les mêmes conditions naturelles que les Cattleya, sauf qu’ils habitent des régions plus élevées, et ne croissent absolument que sur les arbres. On les rencontre surtout dans les forêts basses qui couvrent le sommet et les pentes des plus hautes chaînes de la Cordillère. Les arbres qu’ils préfèrent sont presque toujours de petite taille, et ont les branches et la tige couvertes de différentes mousses qui s’accrochent à leur écorce Une humidité abondante règne dans ces forêts. Ce n’est qu'au milieu du jour, au moment où le soleil acquiert toute sa force, que les feuilles et les branches de ces arbres commencent à se sécher un peu. Vers le soir, elles sont mouillées de nouveau par les épais nuages qui s'élèvent des vallées et séjournent pendant toute la nuit, baignant de leur humidité le refuge favori de ces précieuses Orchidées.

J'ai presque toujours observé qu'il régnait dans ces forêts une atmosphère très fraîche, même pendant le jour, et elle descend parfois, la nuit, à une température inférieure à zéro. Il y a quelques années, j’ai rencontré, sur un sentier qui traversait une de ces forêts à Odontoglossum, de la glace congelée à la surface de quelques petites mares d’eau qui bordaïent le chemin. Dans la même forêt, je notai deux espèces de palmiers majestueux mélangés aux arbres, ce qui montre quelles basses températures peuvent supporter, dans leur pays natal, bien des plantes que nous considérons en Europe comme délicates. Des milliers de Broméliacées sont généralement associées, sur le même arbre, à ces Odontoglossum, et l’évaporation de l’eau qu’elles contiennent toujours dans leur partie centrale, jointe à celle que renferme l’immense quantité de mousse suspendue de la façon la plus pittoresque entre les branches et entre les arbres, couvrant des milliers de racines aériennes et de plantes grimpantes de ses festons splendides, ajoute encore à la puissante humidité qui règne dans ces régions.

Les forêts basses qui couvrent les chaînes froides des Andes sont composées de telle façon, que la lumière et le soleil pénètrent partout, car il ne s’y trouve nulle part d’arbres élancés et de grande taille. Néanmoins, c’est une lumière

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