MARS 189I II
atténuée presque toujours, car le ciel est généralement couvert de nuages, et les brouillards perpétuels ne laissent jamais les rayons du soleil darder avec toute leur énergie sur les plantes et les fleurs. On les rencontre le plus souvent dans les lisières des forêts, et, comme la plupart des Orchidées, ils sont plus rares dans les parties épaisses.
Si nous nous en rapportons aux indications que nous fournit la nature sur la culture des Odontoglossum, ils doivent réclamer en tout temps une atmosphère fraîche extrêmement humide, et une lumière abondante, sans cependant
être exposés aux rayons directs du soleil.
E. BUNGEROTH, Collecteur de L'HORTICULTURE INTERNATIONALE.
ÉTUDES DE BOTANIQUE ÉLÉMENTAIRE SUR LES ORCHIDÉES
2° Les Ophrydées et les Néottiées
(Suite, voir 1'e année, p. 365). -
Ces deux tribus, auxquelles se rapportent la plupart des Orchidées européennes, ne comptent qu’un nombre assez restreint d'espèces cultivées dans les serres. Il sera donc plus difficile, du moins à cette époque de l’année, de se procurer des matériaux d’étude que pour les autres tribus; c’est pourquoi nous n’en parlerons que brièvement en ce moment, préférant y revenir lorsque les circonstances seront plus favorables.
Toutefois, nous supposons que nos lecteurs pourront se procurer les fleurs de quelque Anaectochilus, ou de l’un ou l’autre des genres voisins, cultivés surtout pour leur admirable feuillage, tels que les Dossinia, Argyrorchis, * Goodyera, Physurus, Haemaria, etc., qui ont tous une organisation florale à peu près identique. Nous allons analyser la fleur de l’Haemaria OtletaeR. A. ROLFE, récemment introduit; mais on peut le remplacer soit par l’ancien H. discolor, soit par une espèce quelconque de l’un des genres cités plus haut.
L’H. Ofletae à de petites grappes de fleurs blanches, munies de longues bractées rosées presque transparentes. Nous remarquons d’abord que, dans
pe? LE JOURNAL DES ORCHIDÉES
son ensemble, la fleur de cette plante est fortement tordue, de manière à porter le labelle plus ou moins vers le haut, au lieu qu’il soit tourné vers le bas comme d’habitude ; la torsion de l’ovaire est particulièrement bien visible. On voit que le labelle n’est pas toujours du côté inférieur, comme dans toutes les espèces que nous avons examinées jusqu'ici; nous aurions des remarques curieuses à faire à ce sujet, mais ce serait trop nous écarter de notre étude actuelle et nous y reviendrons plus tard.
Examinons le périanthe : nous reconnaissons facilement les deux sépales latéraux, qui sont étalés, ovales, obtus et munis d’une seule nervure médiane. Le sépale dorsal, qui-par suite de la forte torsion de la fleur se trouve tourné à peu près vers le bas, est uni aux deux sépales pour constituer une seule pièce fort concave, largement ovale, obtuse et creusée de deux profonds sillons qui marquent les lignes de soudure entre les trois organes qui la composent. Dans d’autres genres, les trois mêmes pièces sont fort rapprochées l’une de l’autre, mais ne sont pas soudées; dans l’un comme dans l’autre cas, leur ensemble porte le nom de casque.
La base du labelle, un peu adhérente au gynostème, présente extérieurement une double gibbosité; le limbe, assez étroit, se divise au sommet en deux lobes obtus très divergents. ;
Le gynostème, long de six millimètres, est blanchâtre, sauf, tout au sommet, l’anthère, qui est d’un jaune pâle. Toute sa partie supérieure ressemble à une tête d'oiseau dont le long bec, tourné vers le labelle, constitue le rostellum. En dessous de celui-ci, on voit le stigmate, sous la forme d’un assez gros tubercule luisant et visqueux. A partir du sommet du rostellum, introduisons la pointe d’une aiguille sous la partie jaunâtre, pour ouvrir l’anthère : le rostellum se fend alors et les deux parties s’écartent beaucoup; on dirait que l'oiseau a le bec en l’air et l’ouvre largement. Sous la mandibule supérieure, on voit les deux pollinies, adhérentes à un même rétinacle, qui est quelque peu retenu à la partie du rostellum figurant la pointe de la mandibule inférieure; mais le plus léger effort de l'aiguille suffit pour le détacher.
L'ensemble des pollinies a une longueur de quatre millimètres; chacune d’elles a la forme d’une longue massue, rétrécie en queue du côté du rétinacle. En les pliant légèrement, on voit que leur masse n’est pas continue : elle est formée d’une foule de petits granules triangulaires, retenus à l’aide d’un filament très délicat à un axe central et longitudinal; c’est le prolongement de cet axe qui forme la queue se reliant au rétinacle dont nous venons de parler.
Les granules, les filaments qui les retiennent et l’axe central se distingueront: beaucoup mieux en plaçant les pollinies dans une goutte d’eau entre deux lames de verre que l’on comprime légèrement, et en les observant à la loupe, à contre-jour.
= Lorsque les pollinies se divisent ainsi en une foule de petits granules, elles portent le nom de pollinies granuleuses (pollen granuleux). Chaque granule est formé par la réunion de quelques grains de pollen, ordinairement quatre, et forme ce que l’on nomme une féfrade. Rarement les grains de pollen sont isolés, et ont l’apparence d’une poussière très fine (pollen pulvérulent). Parfois plusieurs tétrades sont réunies pour constituer des granules assez gros, en forme de coin, dont la pointe est tournée vers l’intérieur de la masse pollinique et se rattache à l’axe longitudinal (pollen sectile).
Le prolongement de l’axe longitudinal, nommé la caudicule (c’est-à-dire petite queue), ne doit pas être confondu avec le pédicelle que nous avons observé dans certaines Vandées : ce dernier est un prolongement ou une dépendance du rétinacle qui, comme nous le verrons plus tard, est de même nature que le stigmate et fait par conséquent partie des organes femelles; tandis que la caudicule, n'étant qu’une partie de l’axe de la masse pollinique, se rapporte aux organes mâles.
Toutes les Orchidées à une seule étamine dans lesquelles le pollen est granuleux, pulvérulent ou sectile, ont été divisées en deux tribus :
1° La TrIBU DES NÉOTTIÉES, comprenant les espèces dont l’anthère, insérée à la face postérieure du gynostème, est souvent operculiforme et facilement caduque; les pollinies, granuleuses ou pulvérulentes, sont souvent libres et dépourvues de caudicules et autres appendices, ou elles possèdent des appendices qui se développent vers la pointe de l’anthère et ne se rattachent que faiblement à la pointe du rostellum.
2° La TRIBU DES OPHRYDÉES, composée des espèces dont l’anthère, toujours persistante, large et courte, forme la continuation du gynostème ; les pollinies, ordinairement sectiles, se prolongent vers la base de l’anthère en une caudicule très distincte, qui s'attache au rostellum par un rétinacle visqueux.
On peut citer, parmi les Néottiées, les Anaectochilus et les genres voisins déjà mentionnés, les Vanilla, les Sobralia, ainsi que les genres indigènes Neottia, Epipactis, Cephalantera et Spiranthes.
On ne cultive guère, parmi les Ophrydées, que les Disa, auxquels on peut ajouter les genres indigènes Orchis, Ophrys, Gymnadenia, Platanthera, etc.
Presque toutes les espèces de ces deux tribus sont des herbes terrestres, toujours dépourvues de pseudo-bulbes; tandis que l:s Epidendrées et les Vandées, dont nous nous sommes occupés précédemmient, sont presque toutes épiphytes, c'est-à-dire qu’elles vivent en fausses parasites sur les arbres; et la partie inférieure de leur tige est fréquemment renflée en pseudo-bulbes
charnus.
A. COGNIAUX.
(Sera continué.)