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III. — A Bornéo

Ce qui caractérise l'habitat des Orchidées dans les régions tropicales, et notamment dans les Indes néerlandaises, ce n’est pas, comme on pourrait le croire, un soleil ardent et une certaine sécheresse du sol; la plupart des espèces croissent au contraire à l’étouffée, abritées des rayons du soleil, et plongées dans un bain de vapeur humide qu’entretient constamment l’évaporation, longuement prolongée, des quantités d’eau amassées dans les bas-fonds par les pluies, ou provenant des sources. La température est très élevée dans ces endroits ; mais le soleil n’y pénètre guère, l’air ne s’y meut que très peu, grâce à l'amoncellement de masses considérables de feuillages touffus ; le sol ne se dessèche que très lentement, et la vapeur qui s’en élève reste stationnaire pendant longtemps dans cette étuve.

On comprendra aisément la différence considérable qui existe entre la situation de ces épiphytes, comme on les appelle en Europe, et celle où elles se

trouveraient, suspendues à un fil, selon l’expression théorique, dans une serre de notre climat. Leurs racines ne sont pas plongées dans l’air, mais dans une atmosphère spéciale, extrêmement humide, et chargée d'émanations gazeuses des plus complexes.

C’est aux environs des rivières que se rencontrent le plus fréquemment les Orchidées ; là, dans un espace de trente à quarante mètres à partir du bord, l'air est suffisamment frais et chargé d'humidité pour entretenir leur végétation ; plus le lit du cours d’eau est étroit et resserré, plus les lianes encombrent ses abords, et plus les Orchidées y sont nombreuses; c’est le plus souvent en remontant le cours de petits ruisseaux, dans des chaloupes de très faible dimension, que j'ai réussi à les trouver en abondance; je pouvais alors m'avancer jusqu'aux bords, en me courbant sous les lianes, et recueillir les : précieuses plantes fixées aux troncs ou branches d’arbres, dañfs une ombre épaisse.

C’est dans ces conditions que croît généralement le Vanda Lowi; cette belle espèce présente une curieuse particularité; elle ne se rencontre jamais que,par groupes. Il est excessivement rare d’en trouver une plante isolée, et c'est d'ordinaire par massifs de cinquante à cent, parfois même deux cents plantes, qu’elle croît au bord des rivières. Les racines, qui atteignent souvent un développement considérable, s’entrelacent entre elles et s’enchevêtrent si bien qu'il faut une hachette pour les dégager afin d'enlever quelques plantes. Presque toujours, elles abritent des serpents, et parmi eux certaines espèces des plus dangereuses.

Le Vanda Lowi est répandu dans toute l’île, et non pas, comme l’a dit un auteur anglais, confiné au Saravak, aux bords de quelques sources chaudes. Mais il est distribué en groupes assez espacés et éloignés les uns des autres.

Les Phalaenopsis, Renanthera, Vanda, Aerides, Coelogyne, Cymbidium, Cypripedium, etc., qui croissent également à Bornéo, végètent à peu près dans ‘les mêmes conditions. Il est à remarquer que ces plantes n'apparaissent jamais à la partie la plus élevée des arbres; on ne les rencontre que sur les branches inférieures, où Le soleil ne peut les atteindre et où l'humidité est plus abondante.

Parmi les Orchidées les plus curieuses de ce groupe, il convient de citer les Anaectochiles, qui croissent à des altitudes extrêmement variées; il m'est arrivé d’en trouver à 1400 mètres de hauteur, et j’en ai vu également au niveau de la mer. Ils adoptent toutes les situations, et se rencontrent même dans les creux et les fentes des rochers; mais presque toujours, ils sont recouverts de feuilles

mortes et d’autres débris végétaux; ce n’est même qu'après avoir acquis quelque expérience qu’on arrive à les découvrir, car ils sont si bien dissimulés qu’on passerait auprès d’eux sans se douter de leur existence. Les plantes qui se trouvent dans les parties basses de l’île et dans les forêts se cachent sous la mousse.

Les Orchidées terrestres vivent dans le sol, à peu près dans les mêmes conditions; mais elles affectionnent les terrains élevés; celles qui prennent naissance dans les endroits bas sont probablement détruites par les inondations, qui sont fréquentes.

Ces inondations ont une influence des plus importantes sur la constitution de l'île. Toutes les parties du sol qui ne bénéficient pas des chaleurs desséchantes de l'été sont perpétuellement à l’état de marécage; aussi l’intérieur des forêts vierges est-1l extrèmement malsain.

Cette circonstance cause généralement des déceptions curieuses à ceux qui débutent dans le collectage des Orchidées. Les voyageurs novices supposent presque toujours pouvoir faire de riches découvertes dans les profondeurs des forêts vierges; après des voyages de plusieurs jours, accomplis dans les conditions les plus pénibles, car il faut toujours avoir le couteau ou la hache à la main pour se frayer un passage, ils sont obligés de renoncer à leurs recherches et de revenir sans avoir rien trouvé.

Certaines parties de ces forêts sont des îles flottantes; il n’est pas rare d’y rencontrer des espaces de plusieurs milliers de mètres carrés où le sol est mouvant et complètement vaseux. Les Dayaks mettent à profit cette circonstance pour capturer des sangliers, des cerfs et autres animaux qu’ils prennent là comme dans un piège; pour cela ils se réunissent en assez grand nombre et forment un vaste cercle de rabatteurs, acculant ainsi leur proie dans les parties bourbeuses où elle ne peut s'échapper, et où elle est tuée à coups de lance.

Pour traverser ces espaces dangereux, les indigènes coupent d’ordinaire des branches d’arbres ou des arbres entiers, en nombre suffisant pour former une sorte de pont que l’on passe, soit à pied, soit en l’air, suspendu à la force des poignets. ù

Pour comble de souffrances, ces forêts sont d'ordinaire remplies de moustiques et de sangsues, qui font cruellement souffrir les voyageurs. Il est indispensable, pour échapper à leurs atteintes, de faire construire les cabanes de branchage à plus de deux mètres au-dessus du sol; les indigènes entretiennent au-dessous du plancher un feu produisant une fumée abondante, afin d’écarter les serpents et

les moustiques. Enfin les hommes s’enveloppent, pendant le sommeil, d’un moustiquaire fait de tulle ou de toile légère. Malgré toutes ces précautions, il est encore assez difficile de pouvoir jouir d’un repos complet; heureux si l’on ne se trouve pas, à son réveil, couvert de sangsues. Si les hommes ne se veillaient pas entre eux, plus d’un risquerait de succomber aux blessures faites par cet ennemi qui n’est nullement à dédaigner.

éloigne un peu des Orchidées... Encore un mot seulement ; il est

Mais je m’ rare, à Bornéo, de rencontrer une Orchidée en fleur. Dès qu’une tige florale se forme, elle est dévorée par d’innombrables insectes; les boutons n'arrivent presque jamais à s'épanouir. Cette particularité diminue assurément les charmes du collectage. Quel merveilleux coup d’œil offriraient ces magnifiques massifs de Vanda, dont je parlais tout à l’heure, couvert de milliers de fleurs d’un coloris ravissant et délicieusement parfumées !

CHARLES ANDRÉ Collecteur de L'HORTICULTURE INTERNATIONALE.

L'EXPOSITION SPÉCIALE D’'ORCHIDÉES A LA HAYE, dont nous avons déjà parlé, comprendra vingt concours, tous réservés aux Orchidées, et dont nous donnons ci-après les conditions :

1° Collection d'Orchidées. — 1° Prix : une médaille d’or et 200 florins. — 2° prix : une médaille d’or et 100 florins.

2° Vingt Orchidées différentes. — 1% Prix : une médaille d’or et 50 florins. — 2° Prix : une médaille d’or.

3° Dix Orchidées différentes de serre chaude. — 1° Prix : une médaille d’or. — 2° Prix : une médaille de vermeil et 10 florins.

4° Dix Orchidées différentes de serre tempérée et de serre froide. — 1° Pyax :

une médaille d’or. — 2° Prix : une médaille de vermeil et 10 florins.

5° (Exposants néerlandais seulement). Dix Cattleya et Laelia différents des principales espèces ou variétés. — Prix : un objet d’art offert par le Club Orchidophle néerlandars.

6° Quinze Odontoglossum. — 1% Prix : une médaille d’or. —— 2° Prix : une médaille de vermeil et 10 florins.

7° Quinze Cypripedium. — 1° Prix : une médaille d’or. — 2° Prix : une

médaille de vermeil et ro florins,

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