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MORT DE P. E. DE PUYDT

La science horticole vient de faire une perte cruelle. M. DE PUYDT est décédé le 20 mai dernier.

M. PAUL ÉMILE DE Puypr était né à Mons en 1810. Sa famille occupait un rang des plus honorables; son père avait été à deux reprises, en l’an VI et en 1830, placé à la tête de l'administration du Hainaut.

La passion de l’horticulture se manifesta chez lui de très bonne heure, et, ses études à peine terminées, il prit place parmi les principaux amateurs de sa ville natale. Dès 1831, il était nommé secrétaire de la Société Royale d'Horticulture de Mons, fonctions qu’il exerça avec une activité et un zèle persévérants pendant soixante années.

Il se consacra bientôt à l’étude des plantes de serre et notamment des Orchidées, qu’il fut un des premiers en Belgique et sur le continent à connaître et à cultiver. Chercheur infatigable, amoureux du beau et amoureux de la vérité, il apporta dans ces travaux une netteté et une distinction d'esprit des plus rares et qui en faisaient une individualité supérieure ; ses ouvrages, éminemment vulgarisateurs, présentent, à côté d’une précision et d’une largeur de vues vraiment scientifiques, un sentiment artistique, une élégance et une poésie de style qui les rendent profondément attachants; on y sent percer des qualités de cœur captivantes. Bonté, simplicité, sincérité, voilà quel était le fond de cette âme d'élite, et c’est ce qui donnait tant d’attrait à ses leçons; il n’y professait jamais, mais s’associait au lecteur, cherchait avec lui, et, tout en le guidant sûrement, semblait lui demander avis; avec un jugement d’une finesse et d’une solidité merveilleuses, ces qualités constituaient un esprit admirablement

armé pour combattre les routines et réaliser des progrès. Je n’ai pas parlé de sa modestie; elle était extrême, vraiment touchante, complétant bien ce tempérament exquis de savant et de poète, toujours

à la poursuite de la vérité, mais se rendant compte de l’imperfection de nos ressources et de nos organes, et ne croyant jamais l’avoir trouvée.

Quoiqu'il eût reçu une instruction brillante, il ne céda au goût d’écrire que quand il se crut capable d’écrire quelque chose d’utile; ce n’est qu’en 1860 qu'il se décida à publier son premier livre, le Traité de la culture des plantes de serre froide, dont le vif succès l’encouragea à faire imprimer, en 1866, le traité d'ensemble Les plantes de serre, ouvrage considérable, très complet, et regardé encore aujourd’hui comme un modèle ; et c’est en 1880, à l’âge où la plupart des hommes faibliraient sous la lourde tâche d’écrire et de faire paraître un livre, qu’il donna sa magnifique étude intitulée Les Orchidées, à la fois attrayante et pratique, pleine de documents et de vues fécondes, et qui restera comme un monument impérissable élevé à la gloire des bijoux des Tropiques.

L'activité et la puissance de travail de M. DE PuyDT étaient immenses, et il laisse derrière lui de vastes travaux, dispersés dans un grand nombre de journaux et de Revues auxquels il a collaboré, momentanément ou d’une façon suivie, pendant une période de cinquante ans; ce sont, entre autres, l’'Horticulteur belge, le Fournal d'Horticulture pratique, les Annales de la Société d'Agriculture et de Botanique de Gand, la Flore des Serres, la Belgique horticole la Revue de l’'Horticulture et l'Illustration horticole; plusieurs de ses articles ont été reproduits à l’étranger et traduits dans diverses langues. Depuis deux ou trois ans seulement, M. DE PUYDT avait presque cessé de produire ; toutefois, avec son extrême bonne grâce coutumière, il avait tenu à faire encore une exception en faveur du Yournal des Orchidées, qu’il honorait d’une sympathie particulière; et les lecteurs de ce journal ont pu y lire, cinq jours avant sa mort, le dernier article qu’il m'avait adressé, restant ainsi jusqu’au dernier moment sur la brèche.

Prévenu par son âge avancé, M. DE PUYDT prévoyait la mort, et ne la craignait pas; ses lettres portaient fréquemment depuis quelque temps la trace de ces pensées, et tout dernièrement, en me demandant quelques plantes, il me priait de les lui choisir assez fortes, afin qu’il pût encore les-voir fleurir.

Les souvenirs qu’il a laissés à ceux qui l’ont connu sont profondément doux et réconfortants; c'était une grande âme, si haute et si bonne que l’on oublie volontiers le savant pour ne penser qu’à l’ami et au conseiller. Mais au point de vue des progrès de l'humanité, l’homme d'étude mérite de laisser un nom glorieux; la science horticole lui doit des acquisitions et surtout une méthode

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et une direction générale très précieuses. Il laisse l'exemple et l’enseignement d’une vie noble et bonne, consacrée au travail jusqu’à son dernier instant.

J'ai le vif regret d'apprendre au moment de mettre sous presse, le décès d’un autre collaborateur du Fouwrnal des Orchidées, M. ÉmiLe PIERRET, industriel à Vilvorde. Amateur passionné d’Orchidées, M. PIERRET avait fait de cette riche famille une étude assidue, qui l’aurait conduit sans doute à d’utiles découvertes si la mort n’était venue arrêter prématurément ses travaux. Sa collaboration au journal avait été remarquée; tous ceux qui ont lu ses intéressants articles s’associeront à mes regrets.

LUCIEN LINDEN

CAUSERIE SUR LES ORCHIDÉES

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