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XIX. — L'avenir des Orchidées

M. le comte DE MoRAN relevait ici même tout récemment, en excellents termes, les plaisantes confusions d’un écrivain qui, insuffisamment renseigné sur le sujet qu’il traite, représente les Orchidées comme « améliorées » et « perfechonnées » par les croisements artificiels, à ce point que les types originaux, s’il fallait l’en croire, seraient déjà tout à fait effacés et oubliés.

Ainsi que le disait notre savant confrère, c’est de « l’horticulture commencement de siècle », et ce n’est guère avant vingt ans que nous en arriverons là (ce qui constituera un progrès déjà bien rapide; mais il est probable, en effet, que l’hybridation marchera, à partir de notre époque, à pas de géant). Toutefois il serait intéressant, croyons-nous, de chercher dès maintenant à se faire une idée de ce que deviendront les Orchidées sous l’influence d’une abondante production artificielle. |

Tout fait présager un bouleversement total (au point de vue botanique, bien entendu) de la famille que nous voyons à peu près échafaudée aujourd’hui.

Le classement si difficilement établi n'aura plus aucune raison d’être quand des milliers d’hybrides, dont beaucoup dépourvus d’état-civil régulier, viendront s’introduire dans les cadres déjà un peu insuffisants des divers genres. Aucune mémoire ne suffira plus à retirer les noms, ou à reconnaître les physionomies ; et puis les distinctions des botanistes ne paraîtront peut-être plus

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très justifiées, quand les quelques caractères généraux qu’ils ont pu noter seront émiettés, fondus entre tant de formes intermédiaires.

Il est à remarquer, d’ailleurs, que les hybrides ne constitueront pas seulement une moyenne entre les parents, ce qui rendrait déjà les divers types assez difficiles à reconnaître. Parmi ceux qui proviendront eux-mêmes d’hybrides, au deuxième ou troisième degré, il se produira des faits d’atavisme qui tendront à conserver tantôt un courant, tantôt l’autre, tantôt les deux dissociés dans une même gousse de graines, comme nous l’avons vu pour le Cattleya X parthenra.

Cet exemple mérite d’être cité, car c’est le premier de ce genre qui se soit produit jusqu'ici; il a donc une importance historique. Voici ce qu’écrit dans la Lindenia, M. A. BLEU, l’auteur du croisement en question :

« Ce nouveau Cattleya est un hybride du second degré qui, par la stabilité « de ses caractères, qu’on retrouve dans les divers sujets, peut-être considéré « comme un type bien défini, beaucoup plus facile à reconnaître que la plupart « des espèces du genre labrata. Il suffit, en effet, d’avoir vu une de ces plantes « pour distinguer, sans la moindre hésitation, une autre quelconque de ses « congénères, ce qui n'avait pas eu lieu pour les hybrides de la première « opération. Trois sujets de celle-ci ont pu être amenés à bien; l’un s’est « emparé dans toutes ses parties des caractères de la mère, tandis que les « deux autres ont emprunté ceux du père, et la différence entre eux est si « grande qu’il est indispensable d’avoir la clef de l’énigme pour reconnaître « leur consanguinité. |

« Cette première fécondation a été pratiquée en 1870 entre le C. amethystina, « pris comme porte-graines, et le C. Aclandiae; c’est de la plante qui rap- « pelle le C. amethystina, croisée en 1878 avec le C. Mossiae, qu’est sorti le « C. parthenia.

« Une particularité de ce nouveau venu qui mérite d’être signalée, c’est « que l’époque de sa floraison est loin d’être la même pour tous les sujets. « Il m’a, en effet, été donné de voïr le premier épanouir sa fleur vers la fin « d’avril 1889, le second dans le courant du mois d’août de la même année; « puis un troisième fin octobre. En 1890, trois autres sujets montrèrent « successivement leur superbe inflorescence, le premier dans la deuxième « quinzaine de mai, le second vers le 20 août (c’est celui que représente la « planche de la Lindenia), et le troisième dans les premiers jours de novembre.

« Enfin un quatrième semblait devoir fleurir à son tour en décembre ou au

« plus tard en janvier 1891, comme l’annonçait le développement de sa « hampe, qui portait trois boutons et était déjà haute de trois centimètres au « commencement de décembre, si, par une cause inexpliquée bien qu’assez « fréquente en hiver, elle ne s’était subitement arrêtée dans son essor. Plu- « sieurs ayant déjà fleuri deux fois à la même époque, n'est-il pas permis « d'espérer que les autres feront de même? Dans ce cas, les diverses variétés « ne justifieraient-elles pas les épithètes de C. parthenia vernalis, — oestivalis ç« — autumnalis — hibernalis ? »

J'ai parlé de ce que deviendront les Orchidées ; mais que deviendront les rédacteurs de nomenclature, alors que deux ou trois espèces, ainsi croisées entre elles dans les diverses combinaisons possibles, donneront naissance à un nombre assez grand de plantes tout à fait distinctes? Ce sera le chaos définitif; la nomenclature des Orchidées ne sera guère plus abordable au public, dès lors, que celle des Tulipes ou des Roses aujourd’hui.

Il y a là toute une nouvelle perspective qu’il m’a paru intéressant et utile d'envisager avant que nous soyons complètement débordés par le flot qui monte. Il faut peut-être voir dans cette transformation qui approche le commencement d’une ère nouvelle dans la faveur dont les Orchidées jouissent à juste titre, car elle permettra aux amateurs d’être plus exigeants encore avec cette famille privilégiée et de ne choisir, parmi tant de joyaux, que les plus splendides au point de vue, soit du coloris, soit de la forme. Chaque genre donnera alors naissance à une foule de variations dans les lignes et les nuances; les Orchidées ainsi « perfectionnées » promettent de fournir une collection infinie de merveilles incomparables, et dont la nouveauté sans cesse renouvelée ne s’épuiserait pour ainsi dire jamais.

GASTON RiIvois.

BESNGRANDS CONCOERS SPÉCENUR

Les grands Concours et l'Exposition organisés par L'ORCHIDÉENNE à l’occasion de son 28° meeting, dans les jardins d’hiver de L’HORTICULTURE INTERNATIONALE, 79, rue Wiertz, à Bruxelles, ont obtenu un succès qui dépasse tout ce que les organisateurs de cette solennité avaient pu espérer.

Le spectacle splendide qu'offraient les galeries et les vastes halls regorgeant de merveilles incomparables, l’empressement et l'admiration de la foule énorme qui s’y renouvelait constamment, produisaient sur tous ceux qui ont assisté à cette belle fête une profonde impression, et leur laisseront sans aucun doute un souvenir vivace. Jamais, de l’avis unanime, on n'avait rien vu de semblable, et ce n’est pas sans une sorte de serrement de cœur que tous pensaient à la dispersion inévitable de ces merveilles.

Les efforts de la Société Bruxelloise ont reçu d’ailleurs une éclatante consé-

cration par la visite de nos Souverains, qui ont daigné lui apporter le plus précieux encouragement en venant constater son succès. Leurs Majestés le Roi et la Reine, arrivées rue Wiertz un peu avant 3 heures, ont été reçues à l’entrée de l'établissement par MM. J. LINDEN et LUCIEN LINDEN, administrateurs délégué et directeur de L’HORTICULTURE INTERNATIONALE, accompagnés des membres du Conseil d'administration, et se sont fait présenter plusieurs des membres de L'ORCHIDÉENNE, également présents, ainsi que M. G. GoRDoN, directeur du grand journal anglais « The Gardeners Magazine, » qui était venu de Londres pour assister aux Concours et avait bien voulu se joindre aux membres du Jury, et M. Juzes VAN Moz, premier chef de culture de l’établissement. Le Roi, avec une délicate bienveillance, a adressé à chacune de ces personnes quelques paroles gracieuses, puis Leurs Majestés ont visité l'établissement tout entier, entrant dans chacune des serres, et montrant par leurs jugements et leur examen attentif combien Elles aiment et connaissent l’horticulture. Elles ont exprimé la plus vive satisfaction à plusieurs reprises, et chaudement félicité les principaux amateurs qui avaient pris part aux concours d’ Ces Su et de Cattleya de la beauté de leurs envois. à @heures 1/4, respectueusement salués par la foule compacte qui se pressait sur leur passage, et ont bien voulu exprimer encore, en partant, à MM. LiNDEN, le très grand plaisir qu’Ils avaient pris à leur visite, et leurs vifs éloges au sujet de la tenue de leur établissement. |

Nos souverains se sont retirés

Ce n’est qu'après leur départ qu’il a été possible de laisser entrer les visiteurs qui, depuis plus de deux heures, asssiégeaient les portes, et qu’il avait fallu faire attendre pour éviter un encombrement effroyable pendant que le roi était présent. Plusieurs milliers de personnes, que le nombreux personnel avait peine à contenir, se sont aussitôt répandues dans les galeries et ont pu. admirer, à leur tour, les plantes magnifiques exposées et leur arrangement

exquis. C’est miracle que cette foule serrée n'ait causé, dans sa hâte, aucun accident, aucun dégât ; il fallait, pour obtenir ce résultat, la bonne volonté et la bonne grâce de tous.

Leurs Altesses Royales le Comte et la Comtesse de Flandre, accompagnés des deux jeunes princesses et de M" la princesse de Hohenzollern, se sont également rendus, dans la matinée de mardi, à L’'HORTICULTURE INTERNATIO- NALE et ont longuement examiné les groupes d’Orchidées exposées et les serres de l'établissement. Les augustes visiteurs ont bien voulu témoigner du vif intérêt qu'ils avaient pris à la contemplation des merveilles exposées et de la magnificence de l’établissement.

L’empressement du public ne s’est pas ralenti pendant les trois jours d’'Exposition. Ce magnifique spectacle, disaient tous les visiteurs, n’avait jamais été égalé jusqu'ici; un grand nombre d'amateurs anglais, qui avaient traversé la Manche pour cette solennité, déclaraient franchement qu'aucun établissement horticole de leur pays ne pouvait offrir un coup d’œil aussi splendide. Le public non connaisseur, qui sans doute formait un contingent assez important, était émerveillé, non seulement de la beauté des plantes, mais du soin et de l’ordre avec lequel tout était réglé et entretenu, n’ayant pas l’habitude de voir, comme le disait naïvement une de ces personnes, « un établissement d’horticulture tenu comme un grand « magasin de bijouterie. »

Quant aux connaisseurs, ils ont admiré dans les lots exposés pour les grands concours une nombreuse série de merveilles incomparables. Il faudrait citer tous les lots pour rendre justice à tous.

Le jury était composé de MM. J. DE LANSBERGE, président; ÉM. Ropicas, secrétaire; ERN. BERGMAN, Comte DE BousiEs, G. GORDON, KEGELJAN, MARTIN-CAHUZAC, G. MITEAU, D' van CAUWELAERT et WALLAERT. Sa tâche n’a pas toujours été facile, et dans plusieurs concours il a dû partager des prix, qu'il eût été difficile de décerner, soit à l’un, soit à l’autre des concurrents.

Le Comité directeur était représenté par MM. G. WAROCQUÉ, président ; LUCIEN LINDEN, secrétaire et J. DU TRIEU DE TERDONCK, trésorier.

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