Le jugement est en quelque sorte un acte
432. Sottise de Hobbes qui parle de la volonté, comme si elle v'ic réduisait au mouvement avec lequel elle n'a aucune analogie.
433. Les idées des sens sont les choses réelles ou archétypes. Les idées de l'imagination, les r<^vcs, etc, sont les copies, les images des premières.
434. Mes doctrines étant bien comprises, toute cette philosophie d'Epicure, d'Hobbes, de Spinoza, etc., qui s'est montrée ennemie déclarée de la religion, seftondre.
(p. 462). — 435. Hobbes et Spinoza conçoivent Dieu comme étendu, Locke paraît aussi faire de même.
436 Ens, res, aliquid dicuntiir lermini transcendeniales.
Spinoza (p. 76, prop. 40, PJlh.. part. 2) donne une explication bizarre de leur original ainsi que de l'original des univcrsaux: homo, canis^ etc.
437. Spinoza (Préface. Opera Posth] fait de Dieu « la cause immanente de toutes choses » et, pour appuyer cette opinion, il produit celle de St Paul : en Lui nous vivons, etc. Or celle idée de St Paul peut être expliquée par ma doctrine aussi bien que par celles de Spinoza, Locke, Hobbes, Raphson, etc.
438. La volonté est acte pur, ou plutôt elle est pur esprit, ni imaginable, ni sensible, ni intelligible ; elle ne peut, en aucune manière, être l'objet de l'entendement ou être perçue, (p. 53),
439. La substance d'un esprit est ce qui agit, cause, veut, opère, ou, si vous préférez, (pour éviter l'équivoque h laquelle pourrait donner lieu le mot « ce ») la substance d'un esprit agit, cause, veut, opère. Elle n'est pas connaissable, parce qu'elle n'est pas une idée.
440. Pourquoi ne concevrions-nous pas que Dieu puisse tirer les choses de rien ? Nous sommes assurément créateurs nousmêmes, quand nous imaginons.
441. Ex nihilo fit nihil. Ce principe, dit Spinoza, [Opera Posth., p. 46i) et les principes semblables sontr appelés veritates œternae. parce que « nullani fidem tiabent extra menleni ». Pour que cet axiome eût une signification positive, on devrait le formuler ainsi : toute idée a une cause, c'est-à-dire est le produit d'une volonté.
4V2. Les philosophes parlent beaucoup d'une distinction entre les choses absolues et les choses relatives, ou bien entre les choses considérées dans leur propre nature et les mêmes choses considérées par rapport à nous. Je ne sais pas ce qu'ils entendent par choses considérées en elles-mêmes : c'est un nonsens, un jargon.
(p. 463.) — 443. Il semble qu'il ne puisse pas y avoir de perception d idée sans la volonté, vu qu'il n'y a pas d'idées assez indifférentes qu'on ne les préfère à l'annihilation, ou qu'on ne préfère l'annihilation à ces idées.
S'il y a équilibre parfait, il doit être produit par un mélange égal de plaisir et de peine, car il n'y a pas d'idées si complètement dépourvues de peine et de malaise qui ne soient préférables à l'annihilation.
444. Recipe in animum' timm, per cogitationem vehementem^ rerum ipsarum, non literariim aid sonorum imagines. Hobbes contre Wallis.
445. Une perfection dont nous pouvons supposer Fexistence chez les esprits supérieurs, c'est qu'ils peuvent voir beaucoup de choses à la fois avec la plus grande clarlé, tandis que nous ne pouvons voir qu'un seul point.
446. Quand je m'occuperai des mathématiques, f étudierai la controverse entre Hobbes et Wallis. (p. 54)
447. Chacune de mes sensations qui résulte des lois générales connues, de la nature, et qui vient du dehors, c'est-à-dire qui est indépendante de ma volonté, démontre Texistence d'un Dieu, dun esprit inétendu, incorporel, qui est omniprésent, omnipotent, etc.
448. Je ne dis pas, d'accord avec John Sergeant, que je vois les corps solides. Je repousse sa philosophie solide : la solidité n'est perçue que par le toucher.
449. Il me semble que la volonté et rentendement, les volitions et les idées, ne peuvent pas être séparées, et que l'une ne puisse pas exister sans l'autre.
450. D'une manièr'b ou d'une autre, je dois avoir des idées, aussi longtemps que j'existe ou que je veux, sans qu'aucune idée ou catégorie d'idées soit essentielle.
451 . Je ne peux autrement concevoir la différence entre l'idée et l'objet de l'idée, qu'en faisant de l'une l'eft'et ou la conséquence d'un rêve, d'un songe, de limagination, de l'autre l'effet des sens, et des lois constantes de la nature.
(p. 464.) — 452. Dico quad exlensio non concipiiur in se et per se, contra qiiam dicii Spinoza^ in Epist. 2% ad Oldenbiirgium.
453. Je trouve ma définition de Dieu beaucoup plus claire que les définitions suivantes de Descartes et Spinoza : Ens siinime perfectiun et absolute infinitum ; ou bien : Ens constans infmitis attribulis quorum unumquodque est infinitum.
454. Nous sommes surtout induits en erreur par la connexion existant entre les idées tangibles et les idées visibles, et non par les idées visibles elles-mêmes.
455. Notre grande erreur, c'est que nous ne savons pas ce que nous entendons par les mots « nous )), notre « moi ^>, notre « esprit ». 11 est tout à fait certain que nos idées sont distinctes de l'intelligence, c'est-à-dire de la volonté, de l'esprit.
45G. Il ne faut pas que je donne le jugement comme une faculté ou partie de l'intelligence. Il faut que je comprenne le jugement et la volonié dans le mot esprit par lequel j'entends tout ce qui est actif. Ne pas dire que le jugement ne diiïère pas des idées particulières, ou que la volonté ne diffère pas des volitions particulières.
457. L'esprit, rintelligence, n'est ni une volition, ni une idée. (p. 55.)
458. J'affirme quil n y a pas, à proprement parler, d'autres causes que des causes spirituelles, rien d'actif en dehors de l'esprit. Vous me direz : ce n'est qu'une distinction verbale ; vous ne faites qu'ajûuter un nouveau sens au mot cause et, dans ce cas, pourquoi d autres ne conserveraient-ils pas le vieux sens? Pourquoi n'appelîeraient-iis pas une idée la cause d'une autre idée qui l'accompagne toujours ? — Si vous faites ainsi, vous répondrai-je, je vous pousserai à des conséquences absurdes et vous serez entraîné à professer telles opinions que vous serez heureux de rejeter, si vous restez fermement attaché à cette signification du mot cause.
■459. En appréciant le bien, nous comptons trop sur le bien présent et notre propre bien.
460. Il y a deux espèces de plaisirs : l'une est établie en vue de nous exciter à une autre action et elle a envers cette dernière une relation et une subordination visibles ; l'autre espèce n'est pas du même ordre. Ainsi le plaisir de manger est de la première catégorie de plaisirs, et le plaisir de la musique est de la seconde. Ceux-ci servent à récréer notre esprit, ceux-là ne servent point à cette fin, car ils ont leur fin propre.
(p. 465. — 46 1 . Trois sortes de connaissances utiles : P connaissance des rapports de coexistence, à étudier dans nos principes de physique; 2° connaissance des rapports de relations, dans les mathématiques ; 3" de la définition, de la limitation, du langage, dans la morale ; cette dernière connaissance ne diffère peut-être pas des rapports de relation.
462. Vouloir,entendement, désir, haine, etc., en tant qu'ils sont des actes, ou actiis, ne diffèrent pas. Toute leur dilîérence consiste dans leurs objets, dans les circonstances, etc.
463. Nous devons soigneusement distinguer deux sortes de Causes : les causes physiques et les causes spirituelles.
464. Les causes physiques peuvent plus proprement s'appeler des occasions. Nous pouvons pourtant, par déférence, contmuer à les appeler des causes, mais il est entendu que ces causes ne font rien. (p. 56.)
465. Suivant Locke, nous devons être dans un malaise perpétuel, pendant toute notre vie, sauf pendant le sommeil ou la catalepsie, parce qu'il soutient que la continuation d'une action est, à son sens, une action, par suite exige une volition, et cette dernière un malaise.
466. Je ne dois pas avoir la prétention de promettre de.s démonstrations nombreuses. Je dois effacer tous les passages qui laissent paraître celte sorte d'orgueil, cette manière de fan-c
naître des espérances chez mon ami. (*)
467. Si tel est le cas, on ferait mieux de ne pas philosopher du tout: de même qu'une personne difforme ne doit rien trouver à reprocher, quand elle se voit à la lumière réfléchie d'un miroir.
468. Ou encore, comme des personnes difformes qui, s'étant regardées à la lumière réfféchic d'un miroir, sont mécontentes de leurs infirmités.
461). A quoi peut ressembler une idée, si ce n'est à une autre idée ? Nous ne pouvons [)as la comparer à autre chose : un son est semblable à un son, une couleur est semblable aune couleur.
470. N'est-ce point un non sens de prétendre qu'une odeur ressemble à une chose qui ne peut être sentie et qu'une couleur ressemble à une chose qui ne peut pas être vue?
471. Les corps existent hors de l'esprit, c'est-à-dire ne sont pas l'esprit, mais sont séparés de l'esprit: je le concède, car l'esprit est chose tout à fait différente.
472. Assurément nous ne verrions pas le mouvement, s'il n'y avait pas de diversité dans les couleurs.
473. Le mouvement est une idée abstraite, c'est-à-dire qu'il n'existe pas une pareille idée capable d'être conçue par ellemême.
474. Les contradictions ne peuvent être l'une et l'autre vraies. On est obligé de répondre aux objections tirées des conséquences.
475. La volonté et la volition sont des termes que le vulgaire n'emploie pas. Les savants sont dupes, parce qu'ils se servent de ces mots pour désigner les idées abstraites.
476. (A propos des) mathématiques théoriques : comme si (juelqu'un passait sa journée à faire des nœuds difficiles, pour avoir le plaisir de les défaire.
477. Quoique les choses eussent pu être autrement, il est utile que le même objet qui est matière visible soit aussi matière tangible ou quelque chose de bien approchant.
478. Ne pas désigner l'ame ou l'esprit par le terme scolaslique « acte pur », mais plutôt l'appeler « pur esprit )), « être actif ».
479. Ne pas dire que la volonté et l'entendement ne font qu'un, mais qu'ils sont tous les deux des idées abstraites, c'est-à-dire qu'ils ne sont nullement des idées, puisqu'ils ne sont pas même différents de l'esprit en tant (jue facultés, ou en tant qu'actifs.
(1) chez le lecteur
480. Il est dangereux de faire de l'idée et de la chose des termes convertibles. Ce serait le moyen de prouver que les esprits ne sont rien.
481. Question : Le terme a Veritas» nereprésente-t-il pas une idée abstraite ?
482. Il est clair que les modernes doivent, d'après leurs propres principes, reconnaître qu'il n'existe pas de corps, aucune espèce de corps, hors de Tesprit, c'est-à-dire des corps non perçus.
483. Question : la volonté peut-elle être objet de prescience ou de quelque connaissance ?
484. S'il n'existait qu'une boule dans le monde, elle ne pourrait pas être mise en mouvement. Il ne pourrait y avoir de variété d'aspect.
485. Suivant la doctrine de la divisibilité infinie, il doit exister une certaine odeur de rose, à une distance infinie de cette fleur.
486. Bien que Tétendue n'existe que dans l'esprit, elle n'est pas une propriété de Tesprit: l'esprit peut exister sans elle ; elle ne peut exister sans l'esprit. Mais je montrerai, dans le livre H, avec détail, quelle différence existe entre l'âme et le corps, ou être étendu.
487. Locke pose une question absurde, quand il demande si rhomme est libre de vouloir.
(p. 467). — 488. Rechercher l'explicatiop de la règle pour la détermination des questions algébriques.
489. D'autres (philosophes) ont déjà fait remarquer que les noms ne sont nulle part plus nécessaires que dans le calcul.
490. Je reconnais qu'on peut dire que l'étendue, la couleur, peuvent exister hors de l'esprit, à un double point de vue : comme indépendantes de notre volonté, et comme distinctes de l'intelli^'encc.
491. Assurément il n'est pas impossible qu'un homme arrive à la possession de toute vérité réelle, sans l'aide des signes ou avec l'aide dos signes, s'il avait une mémoire et une imagination très fortes et très étendues.
C'est pourquoi le raisonnement et la science ne dépendeni pas entièrement de mots ou de noms. (p. 58.)
492. Je ne crois pas que les choses arrivent par nécessité : il n'existe pas deux idées dont la connexion soit nécessaire. Tout résulte de la liberté, tout est volontaire.
493. ()n"un homme, les yeux fermés, se représente par l'imagination, le soleil et le lirmamenl, vous ne direz |)as i\\]c cet homme, ou son esprit, soit le soleil, ou chose étendue, (pioiipie ni le soleil, ni le firmament, ne soient hors de son esprit.
494. Il est étrange de trouver des philosophes qui se demandent s'ils ont ou s'ils n'ont pas, des idées de choses spiriluelles. C'est assurément facile à connaître. Voir De Wries, De ideis innatis^ p. 64.
495. De Wries soutient que nous connaissons l'accord de Tesprit avec les choses, non par l'idée, mais par le sens (intime) ou conscience. Tel est aussi l'avis de Malebranche. Distinction vaine.