‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 117 sur 321 · En Angleterre, on dit maintenant Abergavenny · texte numérisé non relu

En Angleterre, on dit maintenant Abergavenny

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pour les services rendus pendant la campagne. Le 27 novembre ^450^ un arrangement intervenait à ce propos entre les deux propriétaires, arrangement par lequel Dunois abandonnait, pour le règlement d'une dette, un quart de la valeur des otages, à Jacques Cœur, qui restait ainsi propriétaire des trois quarts de la rançon.

Après la condamnation de Cœur, Dunois fut désintéressé, le Roi lui faisant abandon , en échange du quart de la rançon de Bergavenny, d'une vieille dette et de la personne d'Ormond en toute propriété. En même temps la personne beaucoup plus importantede Bergavenny était vendue aux enchères (4 sept. -1406), comme tous les autres biens de Jacques Cœur 2. « Et ce jour « mesme, dit Jean Dauvet, après que je me suisenquis, par plu- « sieurlToisz, à plusieurs seigneurs, chiefz de guerre et autres, « s'ilz vouloient achecter et mectre à pris ledit seigneur de Ber- « quigny, et que je n'ay trouvé personne qui l'ait mis ou voulu « mectre à pris, que monseigneur de Bueil, qu'il l'a mis à la « somme de vingt quatre raille escuz, et qu'il y puet avoir dantt gier de mort et d'autres inconvéniens et fortunes à garder lon- « guement ledit prisonnier, j'ay vendu et délivré ledit prison-

1. C.-à-d. avanll'arreslationdeCœur. — Ms.fr. 2497, nouv.acq., fol. 31 v». « Appointeinent fait à Tours..., touchant le sire de Berquigny, inaistre * Rees et autres prisonniers angloys. » — V. aussi Arch. nat., KK. 328, fol. 383 y et s. — Clément, l. c, II. 179 et s.

2. Arch. nat., KK. 328; Vente des biens de Cœur, fol. 383 v à 384 r». — Cette vente fut entreprise par Jean Dauvet, nommé commissaire du Roi, par lettres datées de Lezignan, 1" juin Î453 (fol. 10). Le manuscrit se termine à la date du 5 juillet 1457. — Le lundi 4 septembre 1456, au Chaslellar, devers le Roi, il est fait appointeinent, touchant le seigneur de Berquigny et maître Ormond, tous deux j)risonniers anglais, du consentement de Dunois. Comme le quart de Berquigny, abandonné par Dunois, valait beaucoup plus que les trois quarts d'Ormond, abandonnés par les li(iuidateurs des biens de Cœur, on i)rocéda au relevé du compte de Dunois, qui devait 3,000 écus à Cœur, tandis «[ue ce dernier ne lui devait que 755 livres ((tu écus). Il est appointé que Dunois sera tenu quitte du surplus, à litre de compensation de la perte faite par lui sur Bcr(iuigny. Ce dernier était alors (onliéà la garde de Jean de Jambes (ou Chambes), .seigneur de Montsoreau, tandis que Ormond était dans les mains de Dunois. — Dunois achetait, le 1" sept. 1453, à Jean Dauvet, des pierreries de Cœur. Pour Dunois, v. aussi ms. cité, fol. 88 à 90 v°.

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« nier audit monseigneur de Bueil, de l'ordonnance du Roy, à « qui j'en ay parlé, pour ledit pris et somme de vingt quatre « mille escuz ' . »

Gomment un prisonnier aussi difficile à garder ^ pouvait-il trouver acquéreur à si haut prix? La chose s'explique d'ellemême lorsqu'on sait que monseigneur de Berquigny ou Bergavenny^ s'appelait Georges Nevil et était, du côté paternel, cousin germain de Richard Nevil, comte de Warwick, le Faiseur de Rois ■*.

1. Il est probable que cet argent représentait non seulement le montant de la somme à laquelle la personne de Bergavenny servait primitivement de garantie, mais encore le coût de l'entretien de ce prisonnier, depuis l'année 1449, coût qui , d'après l'usage et la convention faite à Rouen, venait s'ajouter à la rançon et avait dû la grossir rapidement. — V. Stevenson, Wars of the English in France, l. c, II, 612, à l'art. 3 de la capitulation, et, un peu plus bas, la lettre de Bueil à Louis XI. — Les prisonniers étaient ainsi un élément important de la fortune. D'après la Ghron. Martin, [l. c, fol. 296), Jacques de Chabannes en avait, à sa mort (1453), pour 60,000 livres.

2. Ormond passait beaucoup mieux son temps, à ce qu'il semble. En effet, quoique prisonnier, il faisait, par mer, le commerce des vins avec l'Angleterre. — Vallet de Vir., III, 372, note. — Plus bas, ch. xii, en note, à la capitulation de Bordeaux, et ch. xvi, aux traites de la Rochelle.

3. Ou de Beigegin, ou Bergenay, ou encore Bequegnij. — Blondel, éd. Stevenson, p. 141 et 308.

4. Richard, comte de Warwick, mort sans héritier mâle, s'appelait Nevil. Fils aîné de Richard, comte de Salisbury, il était petit-fds de Ralph, comte de Westmoreland, et succéda, avec sa femme Anne, au titre de son beau-père, Richard Beaucharap, comte de Warwick. — Georges Nevil était fils d'Edouard Nevil, lord Bergavenny (de nos jours Abergavenny), quatrième fils lui-même du comte Ralph (et, par suite, oncle du fameux Richard). Edouard avait épousé Elisabeth, seule héritière de Richard Beauchamp, lord Bergavenny, fait comte de Worcester en 1420. Il était donc aussi parent par sa femme du Faiseur de rois. Il ne faut pas confondre ici Richard Beauchamp, lord Bergavenny, avec son cousin germain Richard Beauchamp, comte de Warwick, qui, à la mort de son cousin et homonyme, épousa (par dispense spéciale) la veuve et héritière de celui-ci, Isabelle. — Le fils aîné d'Edouard Nevil (Richard) étant mort de bonne heure, son deuxième fils, Georges, dont nous parlons ici, lui succéda, le 18 octobre 1477. C'est à tort que Dugdale ajoute que Georges avait alors vingt-six ans, ce qui est impossible, puisqu'il était prisonnier des Français dès la fin de 1449. Il aurait testé le 1" juillet 1491 et serait mort peu après. — V. Dugdale, English Baronage (deux vol. in-fol. de 1675), I, 226, 242, 309, etc. — Robert Blondel, éd. Stevenson {l. c), p. 141, et (même vol.) les passages de Berry, relatifs à la Normandie. — Letiers and papers illustrative of the war of the English in France, par Ste-

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En payant si cher Bergavenny, Bueil, bien loin de faire une bonne affaire, aux dépens de Cœur ou de ses héritiers, tentait, au contraire, comme on va le voir, une spéculation des plus chanceuses. On a beaucoup dit, en efTet. que les débiteurs de Targentier avaient acquis ses biens à des prix dérisoires ^ La chose est surtout exacte en ce qui concerne les biens-fonds. Ainsi, il est hors de doute que plusieurs des principaux débiteurs de Cœur, qui étaient aussi ses principaux ennemis^, s'étant portés acquéreurs des terres de leur créancier, furent avantagés par le Roi, comme des complices qui l'avaient soutenu ou poussé dans cette épineuse affaire. On trouve aussi, dans la liquidation des biens, faite par Dauvet, des traces de cadeaux, choisis par le Roi, parmi les meubles de Cœur, et offerts à diverses personnes^, ainsi que des exemples de créances remises aux débiteurs, en tout ou en partie"'. Mais l'inscription même de ces mentions, dans le registre de Dauvet, prouve qu'en pareil cas, les choses se passaient au grand jour, et Ton peut, pour ainsi dire, compter tous ceux qui ont été l'objet de ces faveurs com-

venson (/. c), vol. II, p. 611, 012, 628, 767; III, à Vlndejc. — General and Heraldic Didionarij of the Peerage and Daronetage of the British Empire, \y<ir John Burke, 4° édit , 2 vol. Londres, 1834, à Abergavenny cl passiin.

1. Kaynal, Hist. du Berrij, III, 88. — Clément, II, 190 et 251 et P. Justificatives, 20.

2. Kn particulier, Dammartin, qui fui, pour ce fait, poursuivi sous Louis \l (v. un peu plus bas). Pour Dammartin, voir, entre autres, Vente des biens, l. c, fol. 372 et 418 r", ainsi que Clément, passim.

3. Vente des biens, fol. 313 r°. Cadeau de meubles et ustensiles fait à Jean d'Aulon, pour une somme de lO.j livres t. — Fol. 492 r°. Le Roi fait donner à mademoiselle de Villequier trois lits de la maison de Cœur, à Bourses, dont un très grand, le meilleur de tous (31 janv. 1457). — Pour Villequier, voir un peu plus bas, miMne chapitre.

4. Vente des biens (/. c), foi. 503 r°. Lettres du Roi datées de Sainl- Priest, 23 déc. 1456, faisant remise à Pierre de Rrézé d'une somme de 2,580 livres t., due par lui à Cœur. — Fol. 132 v« et 189. J. de Daillon, seigneur de Fontaines, rachète pour 4,200 1. une rente de 400 I. assise sur ses terres. — V. aussi, fol. 390, 434 v° et s. et 470 r", le rôle des débiteurs de Cœur et, dans Clément (/. c, 11, P. Just., 18), la liste des débiteurs dispensés jiar le Roi de |)ayer leurs dettes (1457). A ((uelques exceptions près, ces débiteurs sont des personnages peu importants ou de la domesticité du Roi.

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promettantes. Il faudrait donc se garder d'exagérer ces faits qui ne sont, à tout prendre, que des exceptions.

En effet, lorsque l'on examine le registre où Jean Dauvet a consciencieusement noté, jour par jour, les détails de ses pérégrinations dans toute la France et de ses longs et minutieux travaux, l'on acquiert la certitude que Ton assiste à une liquidation, bien réelle et non fictive, des affaires du malheureux négociant *. Il faut songer, en outre, que tous ces larcins supposés, faits, sous des formes diverses, à l'avoir de Cœur, étant devenus, de par la confiscation des biens, des prélèvements sur la part du Roi, ne pouvaient évidemment dépasser une certaine mesure. En tous cas, l'on ne saurait, sans preuves positives, accuser la majorité des débiteurs, ou même des acheteurs, d'avoir participé à ces largesses et commis sciemment un acte malhonnête. Quant à Bueil, à défaut d'une preuve irréfutable, les événements postérieurs nous fournissent des indices très probants qu'il paya bien réellement les vingt-quatre mille écus d'or dus pour la rançon de Bergavenny. Quelques années plus tard, une lettre de Jean V, fort curieuse, adressée à Louis XI peu après son avènement 2, nous montre son auteur toujours en possession de ce même prisonnier. Sur la demande du Roi, il joint à sa lettre les preuves de son droit de propriété sur Bergavenny 3, ainsi qu'un mémoire des frais considérables à lui causés par cet hôte incommode ^ Le Roi avait sans doute voulu s'assurer,

1. Oomptede la vente des biens de J. Cœur, l. c, passim. V., par ex., toi. 195, I histoire des ustensiles appartenant à Cœur et réclamés par Dauvet a Jacques de Chabannes. — Fol. 462 r». Gaspard Bureau ajourné comme débiteur. — V. aussi la note précédente.

,,h^t '^l^^^' ^^^^^ ^^ Vaujours (26 avril), doit être attribuée à l'année 1462. V. plus bas et aux P. JusL, à la date ci-dessus.

3. « L'apointenient de monseigneur de Berquigny, » c.-à-d. l'arrangement intervenu entre Bueil et les liquidateurs des aflaires de Cœur. - V. plus haut, p. clxxij.

4. L'envoi est lait par l'entremise de Jacques Tiercelin, sans doute un des hls de Macé Tiercelin (v. plus haut, p. clv, note 3). « Sire, « dit Bueil, je vous supply, si vostre plaisir est de prendre ledit seigneur « de Berquigny, qu'il vous plaise me asseurez bien de mon fait. Car « autrement je seroye deslruit, vu ce quil m'a coûté. » Il s^agit ici des irais de garde et d'entretien qui couraient depuis douze ans.

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par la vue de ces pièces, de la légitimité des prétentions de Bueil sur la personne de l'otage anglais. En effet, Louis XI, qui, comme on le sait, fut toujours favorable à Jacques Cœur, avait, dès son avènement, entrepris la réhabilitation de ce dernier et la restitution de ses biens à ses héritiers'. Il faut croire que l'examen auquel se livra le Roi ne fut pas défavorable : car Jean V, alors assez mal en cour, demeura néanmoins possesseur de Bergavenny 2. En effet, ce ne fut qu'en juin U67, après une captivité de plus de dix-sept ans, que ce malheureux cousin de Warwick revit l'Angleterre, juste au moment où l'étoile du Faiseur de Bois commençait à pâlir. A cette date, après avoir payé un acompte dont nous ignorons Timportance, Bergavenny fut mis en liberté par Jean V, Warwick et le reste de la famille s'engageant à payer, dans des délais fixés, le solde de vingt et un mille écus d'or. Warwick, qui passait d'ailleurs pour un maître fourbe, vit peu après sa fortune décliner, et Jean de Bueil en fut pour ses frais de spéculation : car cette somme n'était pas encore remboursée au commencement de Tannée i 478 ^.

Vallet de Viriville-', rapprochant les condamnations de Saincoins et de Cœur de la mort d'Agnès Sorel et de la retraite de Brézé et du connétable ^, fait ressortir la fâcheuse influence de ces derniers événements sur le caractère et le gouvernement de Charles VII. Ses conseillers, ajoute-t-il, sont de nouveaux favoris, des gens de second ordre. « André de Villequier^, Louis de Bohaing,

1. Soit à ses enfants et à de Varye. Il s'agissait surtout des biens acquis par Danimartin, confisqués et adjugés à Geoffroy Cœur, par arrêt du Parlement (lu 20 août 1463. L'action intentée, par voie d'appel, en Parlement, par les enfants de J. Cœur, afin d'établir la nullité du procès de leur père, fut plaidée à huis clos, le 20 mai 1462; mais elle n'aboutit jamais et il ne fut pris aucune décision <\ cet égard. — Clément, II, J'. Just., 22, p. 414 et 418. — La Thaumassière, 1. I, ch. lxxxii.

2. V. j)lus bas, ch. xiv et xv, les effets de l'inimitié du Roi.

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