‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 142 sur 321 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Sommaire. — Affaires de Bretagne (1455). — Don fait à Bueil, par le duc Pierre, des seigneuries de Gourcelles et Gliouzé (juillet 1455). — Seigneuries de Sénecé et de la Voulte (1456). — Mort de Jeanne de Montejean (1456). — Deuxième mariage de Bueil, avec Martine Turpin de Crissé (1457). — Leurs enfants, Louis et Edmond (1458-1495). — Affaires de Dauphiné. Mauvais rapports du Roi avec son fils. — Fuite du Dauphin. — Le Roi s'empare du Dauphiné. Mission de Bueil et de Lohéac (1456- 1457). — Fin du règne de Charles VII (1457-1461). — Caractère passager de la haine du nouveau Roi contre les conseillers de son père.

Dans l'été de -1455, Bueil était, à deux reprises, envoyé auprès du duc de Bretagne, qui traitait alors, avec le Roi et son conseil, un grand nombre d'affaires importantes. Il s'agissait, en premier lieu, de la succession au trône ducal, réglée peu après par le mariage de François, comte d'Étampes, héritier présomptif et cousin germain du duc Pierre, avec sa cousine Marguerite de Bretagne, fille du feu duc Françoise

Au moment de la guerre de Normandie, les vicomtes de Coutances et de Garentan ^ avaient été reconquises par ce dernier, qui les avait pourvues de deux candidats de son choix. Depuis lors,

1. Le feu duc François (mort le 17 ou le 19 juillet 1450) n'avait laissé que des filles de sa femme Isabelle Stuart. Le frère de cette dernière, Jacques II, roi d'Ecosse, contestait les droits du nouveau duc, Pierre, frère de François. — Annuaire- Bulletin de la Soc. de l'Uist. de France, année 1882, p. 300, Fragment d'un registre du conseil de Charles Vil (1455), publié par Noël Valois. Séance des 20 et 25 avril, à Bourges; Bueil présent. — Vallet de Vir., III, 378. — On trouvera, dans l'Hist. de Bretagne, de dom Lobineau (II, 1646 et s.), la lettre du Roi, datée de Bois-Sire- Aimé, 29 mai (1455), accréditant Bueil auprès du duc. Le Roi priait ce dernier de surseoir à tout projet de mariage entre le prince de Navarre et Isabelle d'Ecosse, veuve du duc François et nièce de Charles. A ce moment, les ambassadeurs d'Ecosse étaient auprès du Roi et demandaient qu'on s'abstînt de toute pression sur Isabelle.

2. V., L c, Ann.-Bullet. de 1883 (mars-juin 1455), p. 219 et s., la séance du 3 juin, à Bourges. Bueil est aussi présent le 23 mai (p. 215).

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le Roi avait installé, de son côté, deux autres titulaires. Le procès était pendant au Parlement-, mais Bueil et la plupart des conseillers faisaient ressortir que, vu les pouvoirs étendus conférés, lors de la guerre de Normandie, au feu duc, et les services rendus par lui, il paraissait plus convenable de faire juger la cause en conseil', d'après l'équité, et de ne pas remettre aux hasards d'un procès la solution d'une cause intéressant de si grands personnages^.

Enfin, comme anciens souverains indépendants, les ducs de Bretagne prétendaient au droit de régale dans les évêchés bretons, droit qu'à titre de suzerain Charles Vit refusait de leur reconnaître^. Après plusieurs demandes infructueuses faites auprès du conseil, le duc se décida (fin juillet) à aller lui-même chercher le Roi à Bourges, pour plaider sa propre cause'.

Bueil, qui se trouvait comme ambassadeur en Bretagne dès le mois de juin ou de juillet^, reçut le prince dans son manoir de

1. Cepciulanl les édits interdisaient au conseil du Roi la connaissance de toute cause juridique. — lieg. du Conseil, l. c.

2. « ... Ce povoir dessus dit (|ui touche si grans princes et si grant a chose ne doit estre mis à l'interjtrelacion de la court ne d'autre, fors « du Roi. » — Ibid., p. 221.

■3. Celte question de souveraineté se représentait aussi à chaque avènement, à i>ropos de la forme de l'hommage dû au Roi pour le duché.

— V. Gruel, Mém. de Richemont, p. 411. — En cas de vacance de l'évéché, le duc prenait en main le temporel des églises, comme un licf gisant, et le faisait administrer par des olficicrs de régale. Il |)réleniiait aussi mettre les cv("^ques en possession de leurs bénéfices et exiger d'eux un serment de lidélité. Or, l'évéque de Nantes avait été cité devant le parlement de Paris et déclaré sujet du Roi, au regard de la temporalité. Le 24 avril, le duc, qui contestait la compétence du parlement, demandait, en vain, que cet arrêt fût interprété par le conseil. Une ambassade n eut pas |ilns de succès, non plus qu'une demande de sursis. — D. Taillandier, Ifist. de Bretagne. II, 54 et s., et Fragment d'un reg. du conseil, l. c. Séances des 24 et 30 avril, à Bourges, du 8 mai, à .Mebun, et du 3 juin, pages 303, 306, 293, etc.

4. Ce voyage était déjà décidé en principe le 24 avril. — V., ibid., p. 303.

5. D. Taillandier, l. c. — En effet, Bueil, qui est présent au conseil (à Bourges ou environ) du 20 au 30 avril, du 2 au 23 mai et le 3 juin, ne (igure |dus sur la liste des présents i)endanl le reste de ce dernier mois.

— L. c, Ann.-BuUet. de 1882 et 1883, et Legrand, ms. fr. li'JG7. p. 55, copie. — Nous venons de voir, en effet, que la mission de Jean V datait du 29 mai.

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Vaujours, à son passage dans celle localité. Durant ce séjour, le duc Pierre fît don à son hôte des seigneuries voisines de Gourcelles et de Ghouzé ' , acquises quelques jours auparavant de son propre neveu, Jean de Malestroit, seigneur de Derval et de Ghàleau- Giron -. Bueil soutenait que c'était indûment et contre sa volonté que la reine Yolande lui avait jadis acheté la seigneurie de Ghàteau-Fromont, pour la donner à sa fille et au feu duc François^. Il assurait avoir fait plusieurs réclamations infructueuses, soit auprès de ce dernier, soit auprès de son père le duc Jean, pour rentrer en possession de son bien. Dans le présent, il ne pouvait songer à recouvrer Ghâteau-Fromont, cette seigneurie ayant été donnée par le duc Pierre au comte d'Étampes"*. G'est pour compenser ce préjudice que, par lettres patentes, en date de Vaujours (25 juillet -1455), le duc cédait à Bueil les deux sei-

1. Chouzé-le-Sec, dans la commune de Gourcelles (cant. de Châteaula- Vallière), a été longtemps uue dépendance de ce dernier fief, qui, situé en Anjou et relevant de la baronnie de Chasteaux, appartint souvent aux seigneurs de cette localité. A partir de Jean V de Bueil, il demeura constamment en leur possession (Busserolle). L'achat de Courcelles par le duc datait du 16 juillet 14.55. — V,, Collection d'Achon (au Mans), l'Élat des titres que le seigneur de Chantilly rapporte contre le seigneur du Vivier des Landes (fief voisin), pour prouver que le domaine utile de la chàlellenie de Courcelles n'appartient au suzerain (le baron de Chasteaux) que depuis la donation du duc Pierre.

1. Et seigneur de Combourg. Fils de Geoffroy de Malestroit, il était neveu du duc par sa femme, Hélène de Laval, fille de Guy, comte de Laval, et d'Isabelle de Bretagne, sœur du duc Pierre. — Le P. Anselme, Vil, 74, et I, 45G. — Chartier, 1, ch. 87, et II, ch. 218 et passim. — Ces deux seigneuries valant 150 livres de rente, le duc avait promis en échange, à son neveu, une renie équivalente ou un capital de 3,000 réaux. Le 5 septembre 1457, le duc constatait dans son testament que Malestroit n'avait encore rien reçu et lui léguait, en attendant mieux, la jouissance de pareille rente sur la seigneurie de Hedé. — Dom Lobineau, Hist. de Bretagne, II, 1179.

3. V. plus haut, p. cliv et ss. — François était alors comte de Montfort. La terre valait 500 livres de rente, et la seigneurie avait été payée à Bueil 14,000 réaux.

4. Sire de Chezon. Il était fils de Richard de Bretagne, comte d'Étampes (frère lui-même du duc Jean VI), et devint duc de Bretagne (1458) sous le nom de François II. Son père et lui disputèrent longtemps le comté d'Étampes (qui leur avait été donné par Charles VII en 1421 et 1442) au duc de Bourgogne, puis à son cousin le comte Jean de Nevers. — Âi't de vérifier.

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gneuries voisines contre renonciation formelle à toute prétention sur Ghâteau-Fromont^

Nous ignorons si ce cadeau était une marque de munificence princière, à l'adresse du conseiller et de l'ambassadeur du Roi, ou simplement un acte de justice envers Thôte du duc Pierre. Gc qui est certain, c'est que les documents antérieurs par nous analysés, à propos de Ghâteau-Fromont et de Mirebeau, ne font mention ni du soi-disant préjudice causé, par Yolande, aux intérêts de Bueil et reconnu par les lettres du duc Pierre, ni des réserves que Jean V était censé avoir faites, jadis, lors de la vente de Ghâteau-Fromont^. Le 3 août, le prince, poursuivant son voyage, était à Vierzon^. Arrivé à Bois-Sire- Aimé, le duc, déjà sûr de Bueil, obtint de Gharles (grâce à de nouvelles libéralités envers son entourage '') qu'il serait sursis à l'arrêt du Parlement, contre lequel la Bretagne réclamait^.

En novembre, l'amiral de Bueil, qui avait regagné la Bretagne, assistait à Fouverture des États à Vannes. Quelques jours après, il était présent au mariage du comte d'Étampes, dont il portait le cierge pendant la cérémonie'''.

1. V., p. Just. aux 25 juillet et 3 août 1455, ces lettres inentionnées par Mabille {Catal. de Dom Rousseau) et Villevieille (vol. XXI, fol. 91 et ss.). — En 1457, Hueil faisait aveu au roi de Sicile, pour la seigneurie de Courcelles, nafîuèrcs son <ief, comme seigneur de Chasteaui et maintenant son domaine. — Coll. d'Achon, /. c.

2. V. plus haut, ]). cliv et ss., et /'. Jusi., au 26 août 1431, la vente de Château-Fromont et la cjuittance donnée pour le raciiat de Mirebeau.

3. Le duc, qui passa à Tours (Vallet de Vir.. III, 379), était le 29 juillet à Langeais. A celte date, les élus de Tours, voulant envoyer à Bourges des lettres pour le bailli de Touraine et M. de Montsoreau, décident » que l'on ira vers M. de Bueil, à Langes, Iccjuel s'en va devers le Roi, » pour le jirier de s'en charger. — Reg. des Délibérations de la ville de Tours, tome X, au 29 juillet. — Au conseil tenu i\ Vierzoïi, assistent entre autres le connétable el le comte d'Étampes (v. /-•. Just., au 25 juillet 1455). De là, le duc se rendit à Bourges, puis à Mehun.

4. Marguerite de Ville(|iiier et les conseillers du Roi y eurent part. Le duc quitta le Roi In 8 se|)tembre. — Vallet de Vir.. 111, 380.

5. La question demeura longtemps pendante. Une enquête, faite par le duc, fut loin de clore le débat.

6. Les étals, convoqués pour l'exécution du testament du duc François el pour le mariage du comte d'Klainpes avec la |)rincesse Marguerite, furent ouverts le 13 nov. 1455. Bueil était ]>lacé entre les barons de Der-

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Nous venons de rappeler les démêlés de Bueil avec le roi René, à propos de Mirebeau. Ces deux personnages avaient alors une autre contestation, dont l'origine remontait aussi au temps de l'échange de Château-Fromont. Jean V avait fait acquisition des seigneuries de Ghenesche et de la Voulte^ en Anjou. Le roi René, duc d'Anjou, les fit saisir, parce que Bueil refusait de lui payer les droits de mutation. Le ^0 janvier iVoG, ce dernier réclamait auprès du conseil du prince, prétendant (ju'à teneur des conventions intervenues jadis pour Mirebeau, il devait être exempté de ces droits '^. Deux mois après, le litige était terminé : car Bueil engageait la seigneurie de Ghenesche à Amaury d'Estissac^, en paiement des dettes contractées par son beau-frère.

val et d'Ancenis, un peu au-dessous et à côté du comte d'Étainpes. Le mariage eut lieu le 16 novembre. —Art de vérifier, à Bretagne. — D. Taillandier, II, 54 et s. — D'Argentré, Hist. de Bretagne, p. 840. — Deux ans après, le comte d'Étampes était parrain d'un enfant de Jean de Bueil. V. plus bas, p. ccxxij. — Nous apprenons, par une note datée du 14 nov. 1455 (ms. fr. 20499, fol. 18), concernant des pièces d'archives du temps de Charles VII et intitulée : « Choses envoyées par Bourré au général (Bourcier?), par le commandement de mondit seigneur (le Dauphin), » que, vers le même temps, Bueil et Villequier s'employaient activement à négocier avec l'Espagne. Ces négociations doivent être celles qui eurent lieu de 1454 à 1457, entre autres pour le renouvellement de l'alliance avec la Castille (traité du 10 juillet 1455, à Cordoue). — Chartier, ch. 271. — Berry, p. 474. — Abrégé d'Hist. chronoL, 353 et s. — Vaesen, Catal. du fonds Bourré, Bibl. de l'École des chartes, 1883, 1'° livr., p. 30, n» 27. — V. aussi, plus haut, p. ccix, note, l'aflaire du vaisseau d'Ormond.

1. Nous ignorons à quelle date. — V. P. Just. aux 10 janv. et 18 mars 1456. — Ces deux seigneuries devaient être dans le ressort de Saumur. Nous n'avons pu identifier la Voulte. Quant à Ghenesche ou Senesché, nous retrouvons ce nom dans celui du hameau de Sénecé, comm. de Mazé, cant. de Beaufort, arr. de Baugé (Maine-et-Loire), qui relevait de la baronnie de Fontaines-Guérin. Cependant, d'après Port (art. Sénecé), Macé Bodiau, écuyer, en aurait été seigneur en 1455. Les terres de la Voulte et Sénecé avaient été précédemment vendues (avant 1440), par Gilles de Raiz, à J. de Monteclercet Guill. Le Cesne. — Dom Lobineau, II, I0G8.

2. Le conseil décide d'examiner les pièces invoquées par Jean de Bueil. Il n'est pas question, dans les pièces citées plus haut (p. ccxviij, note 2), des allégations de J. de B.

3. V. jP. Just. Chinoa, 18 mars 1456. La seigneurie fut dégagée l'année suivante. On trouve dans cet acte une mention de Nicole Riolay. — D'après une note, tirée des papiers de Quicherat, et communiquée par M. B. de Mandrot, Estissac, seigneur de Coulonges-les-Royaux (près Niort), aurait

ccxx INTRODUCTION BIOGRAPHIQUE. [1456

Jean de Montejean ', envers d'Estissac et envers Pierre Barillet de Saincoins ^.

On aurait tort de croire cependant que ces discussions d'intérêt portaient atteinte aux anciennes et cordiales relations de Bueii avec la famille d'Anjou. Jean V était, il est vrai, depuis longtemps, sorti des limites étroites de sa province pour figurer sur un plus vaste théâtre ; mais il n'en continuait pas moins, comme ses ancêtres, à servir son suzerain, dont il était un des principaux conseillers^.

Sur ces entrefaites, Jeanne de Montejean, vivante encore au moment où Bueil vendait Chenesche à Estissac\ était morte avant la fin de l'année^. Quelques mois à peine après cet événement, Bueil songeait déjà à se remarier, et, le 29 janvier -1457, il faisait établir son contrat de mariage^ avec

acheté celte seigneurie de Jean de Bueil et de sa femme, en 1447 ou 1448, pour 10,000 écus d'or neufs. — Comptes de R. Denysot, receveur de la chntellenie de Fontenay, 1449. — En 1469. <etle seigneurie appartenait à Guy de Maiicorne (v. plus bas, en 1469, l'entrevue de Brau).

1. Son père était mort : car il est qualilié de sire de Montejean. Jean de M., ainsi que nous l'avons dit, était un dissipateur qui se ruina Sur une somme de 8,500 écus, 500 seulement sont dus par Bueil lui-même à Estissac.

2. Pierre était, sans doute, frère de Jean de Saincoins, seigneur de Cangé. — V. plus haut, p. dxvij et ss. — Pierre, qualifié ici de doyen de Tours, fut conseiller au parlement de Toulouse, puis évéque de Viviers. C'est à tort que Busserolle le nomme Barillot.

3. Lccoy de la Marche : Le roi René, sa vie, son administration (2 vol. Paris, 1875), j). 443 et 407. — J. de Bueil, sire de Chenesche et amiral, est cité parmi les chambellans du roi de Sicile. Toutefois, nous avons vu plus haut (p. clxix, note 4) que, pour Bueil, le service du roi de France |)assait avant celui du roi René.

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