Var. : « doulceur. » Id
trop ne assez ; mais alloient très souvent deux à deux sur ung cheval, et la pluspart alloient à pié. Et, pour brief parler, tant d'hommes que de chevaulx, les plusieurs estoient, les uns borgnes et les autres boiteux d'aucun membre, et n'y avoit cellui qui ne portast les enseignes de son mestier.
Si estoit en leur compaignie le jeune gentilhomme * dont j'ay parlé, qui entre les povres estoit l'un des plus mal habilliés et des plus povrement convayez-. Si n'avoit ne cheval ne asne ; ainçois alloit à pié, dont j'avoie grant pitié ; car il avoit très hault et très noble couraige, et estoit tousjours le premier à faire lesentreprinses. Si parlay à lui par plusieurs fois, et lui demandoie de ses nouvelles, quant il retournoit de ses entreprinses et Dieu le ramenoit à l'hostel. Très doulcement me respondoit, en me racomptant de ses adventures. Et bien povoie appercevoir à ses parolles qu'il avoit grant fiance en Dieu ; car il conduisoit tout son fait sous la main de Dieu et en son nom ; par quoy Dieu lui aida tellement que puis le vey-je prince et seigneur, et posséder régions et terres en sa main, par le grant sens et vaillance et dilligence de sa personne.
1. En marge dans le ms. A : « Qui est monseigneur de Bueil. » Jean V de Bueil, comte de Sancerre, amiral de France, mort vers 1477, auteur de cet ouvrage, où il se désigne lui-même sous le nom du Jouvenccl. Voir l'Introduction.