‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 236 sur 321 · Var. : « ne sert ne ne prouffite. « Éd. Vérard · texte numérisé non relu

Var. : « ne sert ne ne prouffite. « Éd. Vérard

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a Et, pour vous dire quant à la mort, aussi tost « peuvent mourir gens de court comme vous, et « advient souvent que aussi tost meurt ung autre « homme comme ung homme de guerre. Et, au regart « de la povreté, je vous dy qu'il est plus de nobles « povres pour sieuvyr la court et les bonnes villes « quMl n'est pour sieuvyr la guerre. Et vous dy qu'ilz « puent bien parvenir à la mort et à la povreté aussi « bien comme vous. Mais à l'honneur ilz ne vous « approucheront jamais ne ne gaingneront les grans « biens et franchises^, comme font les bons hommes « d'armes. Car ce qu'ilz gaignent, ilz le tiennent de a Dieu et de l'espée, et est franchement leur. Mais « l'omme de court est par le contraire ; car il est « tousjours soubz la main des commissaires et en dan- « gier - ; par quoy ne puet venir à empire comme vous. « Des empereurs, des roix et des autres grans princes « viennent les biens que les gens de court ont ; par « quoy ne les feroient jamais si grans comme eulx- « meismes^. Mais vous povez avoir et prendre la que- « relie d'ung prince à autre , qui ne sçaura point le « fait d'armes ne l'exercice de la guerre, qui, pour « vostro prouesse et notable gouvernement, vous en « lessera et remettra du tout la charge, et vous consti-

1. Var. : « Et si vous dy que l'en peut bien parvenir à la mort et à la povreté par la court; ne honneur ne vousapproucbcroit ja, ne en telle franchise ne le pourriez gaigner, comme font, etc. » Éd. Vérard.

2. Var. : n des commissaires, des receveurs et autres officiers. » Id.

3. Var. : f Les empereurs, les roys et les autres grans princes ne feroient jamais les gens suyvans leur court si grans comme cuix-mcsmes. » Id.

« tuera en son lieu, si que vous-meisme serez prince « et tendres la principaulté que vous aurez conquestée « à l'espée, comme ont fait plusieurs vaillans hommes « ou temps passé, et encores de présent le conte Fran- « cisque^ qui tient et posside la duchié de Millan, que « par telz moyens il a conquestée.

« Pour ce , vous prye , Jouvencel , sieuvez ce que « vous avez commencé. Parlons de chevauchier et « d'aller à la guerre et nous fions en Dieu et en nous- « meismes et laissons appart ceulx qui ne se attendent « que aux gratis d'aultruy. »

Ces parolles fînyes, ung ancien homme, qui là fut entre les autres, lequel sembloit bien avoir veu plusieurs choses et estre expérimenté de la court et de la guerre, si commença à parler au Jouvencel, en lui disant et remonstrant plus amplement et en plus grant languaige ce que le premier avoit dit en brief. Si conforma ses parolles en telle manière :

« Certes, Jouvencel, il vous dit vray. Je sçay que « c'est que de la court et aussi de la guerre ; et, puisque « de la court fault parler et que à la court voullés aller, « je vueil faire une distinction- sur vostre voullenté « selon ma pensée tant seullement. Car, puisque vous « estes meu d'aller à la court, ou vous y vouliez aller « pour acquester aucun don et trouver aucun gratiz, « et puis avez entencion de retourner à la guerre , ou « vous y vouliez demourer de tous pointz.

1. François Sforza, devint duc de Milan en 1450, après trois années de république qui suivirent la mort de Philippe-Marie Visconti, son beau-père. Il mourut eu 1466. La date de la rédaction du Jouvencel est donc antérieure à cette époque.

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