‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 238 sur 321 · Var. : « Je me faiz fort. » Éd. Vérard · texte numérisé non relu

Var. : « Je me faiz fort. » Éd. Vérard

« en diray aucunes , c'est assavoir , celles qui princi- « pallement servent à nostre matière. Et, pour vérité « dire, les imperfections y sont si grandes que jamais « on n'y puet avoir assez. Et qui pirs est et qui plus « traveille l'entendement, c'est que on voit tousjours « chose en aultruy que on ne puet avoir en soy ; et « ce qui est le plus difficile est le plus désiré. En outre « la chose qu'on a longuement désirée, quant on l'a « acquise et on y est parvenu, on n'en tient compte, « soit honneur , office , dignité ou prééminence ; ain- « çois désire l'en tousjours aucune autre chose nonce velle. Mais, qui plus est dangereux et pis vault, « jamais, ou au moins de longtemps, n'est mémoire que « aucuns ayent monté en hault estât et grant gouver- « nement par le moyen de la court, qu'ilz ne soyent « deceuz en pou de temps, eulx ou leurs hoirs. Si n'est « point parfait ne durable l'advancement qu'on y a et « qu'on acquiert par fréquenter la court. Plusieurs « autres imperfections y a que délaisse pour abregier. « Or venons aux doubtes.

« Quant aux doubtes, il y en a tant que à paine « seroit-il possible de les racompter au long ; mais, « entre les autres, il y en a trois principaulx et plus à « craindre. Le premier si est qu'on doit tousjours « doubter la mutacion du voulloir et de l'afection du « prince. Car, puisqu'ilz sont hommes comme autres, « il est à présupposer qu'ilz sont aucunement muables, « especiallement pour la diversité et nouvelleté des « choses qu'ilz voyent de jour en jour. Et pour ce, « quant aucun est entré en leur grâce pour aucune « bonne propriété^ qui est en lui, il craint tousjours de

Page 1