Var. : « xxx ou xl. i B
2. Dans les mss. B et E et dans l'édition de Vérard tout le reste du chapitre manque et est remplacé par ces mots : « Adonc le JouYoncol rcmercya le cappitaine. Et par ce chappitre appert que le Jouvencel a maintenant charge et conduite. »
CHAPPITRE II.
Comment Ventreprinse du Jouvencel fut rompue à la survenue de ses ennemis.
Il* advient souvent que, quant on cuyde avoir le bout de ses besongnes, on est au commencement. Et semblablement, quant on cuyde décevoir, on est deçeu. Pour ce dist-on que l'homme propose et Dieu dispose, ainsi qu'il appert par le Jouvencel, qui cuidoit surprendre ses ennemys; mais il fut surprinspar eulx et mené prisonnyer.
1. En marge dans le ms. A : « Luc est prins pour Cbasteau- L'Hermitage, que tenoit le Jouvencel, dont le sire de Raiz, qui tenoit Sable, qu'il nomme Grathor, estoit marry et le volut prendre sur le dit Jouvencel; à quoy il faillit, comme on pourra veoir en ce ne chappitre. Et fut le Jouvencel prins et mené prisonnier au dit Sablé et après délivré. Et comme, luy estant prisonnier, ymagina la prinse du dit Sablé sur le dit sire de Raiz ; ce qu'il fit, ainsi que verres aux chappitres subséquents me et ive. Le dit sire de Raiz estoit françoys et tenoit le party du roy; touteffois le Jouvencel l'appelle, luy et ses gens, ennemys pour ce qu'ilz avoient envye sur luy et lui voloient oster ses places » (Voir Com^nentaire, XVm). Cette prise de Sablé eut lieu dans le commencement de l'année 1430, puisque, dans une pièce du 26 octobre 1430 (Voir Pièces justificatives, k la date), Jean de Bueil s'intitule « constitué par la reine de Sicille et monseigneur Charles d'Anjou, cappitaine des gens d'armes et de trait establis à Sablé. » Jean de Bueil avait pris part avec Jeanne d'Arc à une partie de la campagne de Reims (Voir Commentaire, XVII), il ne pouvait donc être dans le Maine que dans les premiers mois de 1430 (Voir plus loin la note de la page 77). — Le sire de Raiz dont il est question ici doit être Gilles de Laval, qui devint plus tard maréchal de France et fut mis à mort pour ses crimes.
Si advint que, la nuyt venue, les compaignons prindrent leur harnois et en la compaignie du Jouvencel vindrent à la porte du chastel et firent abaisier le pont; et, pour passer plus seurement et à moins de bruyt, estendirent dessus le pont ung fumier qui estoit auprès de la porte. Et lors saillirent et parla le Jouvencel en telle manière : « Il me semble, pour faire « nostre entreprinse plus secrètement et plus seeure- « ment, il n'est ja mestier d'approucher de maison « pour ce voyage. Et, pour ce, seroit bon que on por- « tast de l'avoyne pour les chevaulx; si repaistront « au boys\ se besoing est. Semble aussi qu'il nous « fault recouvrer le couvert de la forest avant qu'il soit « jour et laisser noz voisins à la main dextre sans « approucher d'eux de deux grosses lieues ; et me « semble que le meilleur chemin est par les Vannaiz. » — « Comment dea ! dist ung de la garnison nommé « Gervaise ^, se vous passez par les Vannaiz, vous ne « les eslongnerés pas d'une lieue et demye. Et, se la « faulce vieille qui demeure dessoubz le tertre ^ de la « montaigne, vous apperçoit venir, incontinent elle « yra le dire à Thommesson et serons encusez*. » — « Vraiement, dist le Jouvencel , c'est bien advisé. « Laissons doncques ce chemin, et prenons la haulte « voye par dessus les landes, qui est le plus secq et « le moins foullé. Aussi bien on ne nous pourroit
1. Var. : « que on portast de l'avoyne et du foin pour les chevaulx ; si repaistront et mangeront au boys. » Éd. Vérard et Lenoif.
2. Gervaise Nardereau est le nom d'un homme d'armes de la compagnie du sire de Fromentières. (Commentaire, VllI.)