‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 263 sur 321 · Guy de Fromentières · texte numérisé non relu

Guy de Fromentières

« lerànostre adventure. Car nous pourrons rencon- « trer aucun qui ne se double de nous. Et me semble a que, quant on a fait une prinse, on ne doit pas pour- « tant arrester ; mais doit-on tendre à une aultre ; « car on peut beaucoup faire avant que les ennemiz « et adversaires soient advertiz de leur fait. » — « Sans faulte, dit le Jouvencel, c'est très bien dit. Il « nous fault appoincter, quant viendra sur le tart, « pour partir. Dittes à tous noz gens qu'ilz facent « ferrer leurs chevaulx, quant il sera heure ; et met- « tez gardes es portes, qu'ilz ne laissent nully passer d. après qu'on aura ferré, affin que on ne sache ne e qu'il soit nouvelles de nostre partement. Et, quant « vous aurez fait, si venez à mon logeiz et amenez « avec vous Petit-Thomas, Jehannet et Gaigne-payz. » — <c Bien, dit Gervaise, aussi ferons nous. Mais je a hay ce ribault Gaigne-payz, pour ce qu'il est si « couart. » — « Ne vous chaille, dit le Mareschal; il « est bonne guide et seur, et n'y a petit trou ne venelle « qu'il ne sache ou congnoisse. Mais il ne vous fault a pas tenir ne plus fors ne plus foebles pour sa com- « paignie. Au regard des aultres, ilz sont bonnes gens « et hardiz ; mais il ne sçaivent pas si bien le payz « comme il fait. » — « Or sus ! dit le Jouvencel. C'est « du moins [?] Allez faire dilligence de vostre costé et a je la feray bonne du mien. Et ne failliez pas à venir « à quatre heures. »

Et ainsi se despartirent et allèrent faire ce qui leur estoit en charge, comme devisé avoient. Et semblablement le Jouvencel parla à ses gens et les lit appareiller. Et, (juanl quatre heures furent sonnées, le Mareschal

et Gervaise vindrent au logeiz du Jouvencel et amenèrent Petit-Thomas, Jehannet et Gaigne-payz. Et là conclurent leur fait; et dit le Mareschal qu'il avoit envoyé deux autres guides devant, qui dévoient l'endemain revenir au devant d'eux au bien matin. « Vraye- « ment, dit Petit-Thomas, je les congnoys bien, ilz « sont bonnes gens et seurs, et parleront àcesthomme « que vous savez de tousjours ; car je leur ay enseigné « où ilz le trouveront. » — « Adonc, dit le Jouvencel, « parlons de nostre partement. » — « Vrayement, « dist le Mareschal , il me semble que nous devons « ancore annuyt partir à la porte fermant et que chas- « cun repaisse bien entre cy et là, afin que on puisse « chevaucher toute la nuyt jusques au lieu que j'ay « dit à noz guides ; et là nous repaistrons ung peu et, « selon ce que noz guides nous diront, nous beson- « gnerons. Il est bon que vous dittes ceste entreprise « au Gappitaine, au sire de Rocqueton et à Piètres, « aflfin qu'ilz se donnent garde de la place, tant que « nous soions retournés. » — « Il sera fait, dit le « Jouvencel. Mais il me semble, Mareschal, que vous « devez ancores ennuyt monter le premier à cheval « atout dix lances et que vous comptez par nom et « par surnom tous [ceulx] qui sauldront avecques « vous, affin que, soubz umbre de vous, ne saille nulz « qui puisse aller dire les nouvelles. Et puis mettez « gardes à la porte affin que nul ne saille s'il n'est « congneu. Et puis monterez sur ceste petite mon- « taigne auprez de l'appendiz aux vignes pour garder « qui sauldra. Et ainsi, s'il y avoit aucuns estradeurs, « ilz s'enfuiroient et n'auroient point congnoissance

« de nostre armée ^ ne de nostre chemin. Me semble fi en oultre que vous devez avoir une des guides « avecques vous et l'autre demoura avecques nous et « avec l'estandart et la tierce sera avecques Gervaise, « qui mènera l'avant-garde. Si ne nous assemblerons « point jusques au lieu de la repeue, où les deux guides « qui sont partis nous doivent trouver. Et, quant au « regard de vous, il m'est adviz que devez tousjours « chevaucher quelque demy-quart de lieue devant « nous. Et mettez deux de voz coustilleurs devant et « en laissez trois ou quatre environ vous. Au regard « de Gervaise, il me semble qu'il doit ordonner de la « ville ceulx qui sauldront avec luy pour demourer « derrière, faire l'arrière garde et saillir le derrenier « de la porte sans approucliier de nous, lui ne sa com- « paignie, affin que gens du payz ne aultres ne puissent « ouyr. Et ainsi chevaucherons sans arrester jusques « au lieu de la repeue. Et, quant le Mareschal y sera « arrivé, vous, Gervaise, et moy arresterons ung pou « derrière tant qu'il ait repeu. Et, quant il aura repeu, « il picquera oultre et yra sur les champs ; et vous et « moy repaistrons ensemble. Ainsi nous serons seure- « ment et ne pourra aucun approucliier de nous sans « nostre sceu. «►

Lors parla Petit-Thomas et dit ainsi : « Vrayement, « messeigneurs, il me semble qu'il sera bon de vous « teurdre environ de deux lieues pour eschever « et laisser à costé le chasteau d'Escallon - ; et ten-

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