‹ Le Jouvencel (volume 2)Chapitre 264 sur 321 · Var. : « compaigoie. » C. D · texte numérisé non relu

Var. : « compaigoie. » C. D

2. Escallon devrait d'après le Commcnlairc (§ VI) désigner Marchenuir. Cependant, dans ce passage ce nom désigne certainement

« dray bien autre chemin. » — « Sainct Jehan ! « dit le Jouvencel, c'est bien advisé. Vous estes bon « homme. Or ça, ne tenons yci plus de langaige. Faictes « ainsi qu'il est délibéré, et vous en allez soupper, « affin qu'on parte de bonne heure. Et je m'en voys « au chasteau soupper avec le cappitaine et lui diray « nostre entreprise. »

Ainsi s'en allèrent soupper. Et, après qu'ilz eurent souppé^ chascun s'appareilla au mieulx qu'il peust. Et puis montèrent à cheval, quant l'eure fut venue, et partirent de la ville et chevauchèrent en l'ordonnance, ainsi que cy-dessuz a esté pourparlé, jusques au lieu de la repeue. Et là trouva le Mareschal les guides, qui estoient parties le jour devant, et les amena au Jouvencel, qui estoit demouré ung pou arrière, accompagnié de Gervaise. Si lui dirent qu'il y avoit ung gros logeis de gens d'armes à bien douze lieues de là, qui ne se doubtoient point du Jouvencel ne de sa compaignie ; et n'estoient de lui nulles nouvelles sur le pais ; mais ilz estoient grosse compaignie et bien armez. « Ne peut chaloir, dist le Jouvencel ; tant « plus y en aura, tant plus y aurons de gaing et de « profïit, se nous les povons desconfîre. Toutefois, se « nous povons joindre à eulx, nous ferons beau bruit c( et les ferons bien esbahiz. » Et puis dit : « Qu'est- « il défaire? Que vous semble? Repaistrons-nous ? » — « Oy, dit le Mareschal; vous estes yci en une vallée « loing de gens, et ne passe jamais homme par cy,

une ville quelconque occupée par les ennemis et non une place déterminée.

1. Dans la variante du ms. B. on rapporte la conversation du capitaine et du Jouvencel. (Voir plus haut, p. 98.)

1 06 LE JOirVENCEL.

« si ce n'est bien d'avanture. Ainsi passerons la nuit fl en repaissant, et puis, quant le jour sera venu, nous « partirons ung peu tart^ affinque nous ne puissions « arriver sur eulx qu'il ne soit nuyt serrée. Et faudra « qu'il soit nuyt, avant que nous approuchions d'eulx « plus près de demye lieue, adfîn que les fourragiers fi ne nous sentent venir. »

Ainsi repeurent le Jouvencel et ses gens tout à leur aise; et, quant ilz eurent repeu, lors se mirent à chemin, ainsi qu'ilz avoient ordonné, et chevaulcherent tant qu'ilz arrivèrent en une grande lande, qui estoit loing du grant chemin ; et là firent leur ordonnance. Si prinst et choisit le Jouvencel cent hommes, c'est assavoir, XL hommes d'armes et soixante archiers et dist qu'il iroit arrester devant l'huys du cappitaine, adfin que leurs gens ne se puissent rallier ne retraire devers lui ; puis ordonna à Gervaise et au Mareschal qu'ilz feissent l'exécution par les logis et qu'ilz envoyassent des menues gens, comme varletz et autres, faire grant bruyt par deux ou par trois lieux, sans départir les bons combatans d'ensemble. Et vrayement ceste ordonnance me semble bonne ; car souvent advient-il mal pour diviser les bons combatans.

« Or ça, dist le Mareschal, jesuysd'oppinioiiqueGer- « vaise, qui cy est (car on doit advancer ses amys), « prengne vingt hommes d'armes et tous les archiers « avec soy, fors les soixante que vous retendrés, et « qu'il voise devant entrer ou village ; et nous le sieu- « verons queue à queue, moy et mes gens, et passe-

1. A partir d'ici le texte redevient le même dans tous les manuscrits.

« ray tout au long de la rue, adfin que nul ne puisse « passer sans estre rompeu^. Et, se je voy que Gerce vaise soit rechassié, je lui viendray au secours et « frapperay dedans. Et, pour chose que vous voyez, « je vous conseille que vous ne desmarchiés point de « devant l'huys du cappitaine. Car, se d'aventure nous « sommes repuisez, nous nous retirerons là à vous, et « vous les garderés de rallier; car vous tendres la « place où ilz sont acoustumé d'eulx assembler. Car « communément gens de guerre se ralient au logis et « au lieu du cappitaine. Et là où vous serez, c'est la « plus large place et la plus aisée pour soy rallier et « retraire ; et pour ceste cause s'i est logié leur chief « et y ont mys leur estandart. »

Après qu'ilz se furent ainsi ordonnés et appointez, ilz descendirent à pié et marcha Gervaise atout ses vingt hommes d'armes et ses archiers après lui, qu'il faisoit beau veoir selon le nombre qu'ilz estoient. Après marcha le Mareschal avec ses hommes d'armes bien serrez ; et sembloient bien gens qui avoi^nt vouloir de trouver leurs ennemys. Après le sieuvoit le Jouvencel atout ses cent hommes en bel et plaisant arroy, qui bien sembloit avoir grant désir de bataille ou de faire aucun beau fait. Ainsi cheminèrent au plus celléement qu'ilz peurent et tant firent qu'ilz arrivèrent au villaige, où estoient logiez leurs ennemys. Mais, pour le bruyt ou fraction du harnois ou autrement, furent ouys et apperceus de leurs ennemys, lesquelx incontinent crièrent à l'arme, firent grant noise et

1. Var. : « sans estre rompeu ou desmarché. » Éd. Vérard et Leaoir.

coururent à une petite barrière faible et mal emparée, laquelle incontinent fut ruée juz et gaignée par Gervaise. Et là s'entrerencontrerent lui et ses ennemis à grant coups et froisseys et grant hurtiz de lances, d'espées, de voulges et de guisarmes ^ . Et se esvertuoient et employoient les archiers à tirer par telle façon d'un costé et d'autre que l'air estoit obscurcy et couvert par l'abondance des sayettes, des viretons ^ et du traict, qui vouUoient sur les uns et sur les autres si espessement que à grant paine eust-on peu veoir la clarté de la lune reluire sur les harnoiz ; qui fut au grant grief et destourbement de ceulx qui là estoient logiés. Car les pluseurs n'estoient point armez. Par quoy il y en eut de navrez et de mors en très grant nombre. Si furent constrains à reculler. Et lors Gervaise et ses gens passèrent oultre au long de la rue et ne trouvèrent point de resistence. Si se mirent à pillier; car ilz cuidoient avoir tout gaignyé. L'un prenoit ung cheval d'un costé ; l'autre ungliarnois, l'autre une bouges ■\ l'autre ung prisonnyer, et chascun ce qu'il trouvoit. Et cependant se rallièrent les adversaires et fut assailly de tous costez le Jouvencel, qui estoit devant l'ostcl du cappitaine, et eut fort à souffrir ; car il n'avoit point d'ayde du Mareschal ne de Gervaise, pour ce

1. La voulge était une arme composée d'une lame longue et large, tranchante d'un seul côté, un pou recourbée et emmanchée au bout d'un long bâton. Les miniatures du ms. B. représentent souvent cette arme. La guisarme au xv siècle ressemblait beaucoup à la voulge.

2. Le vireton était un trait d'arbalète à for conique et as.<îez court. — La sagette était beaucoup plus longue et se lançait avec l'arc.

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